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LES ARTS N° 28 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Avril 1904 JEAN FOUQUET. — PORTRAIT D'HOMME INCONNU (Collection Liechtenstein, Vienne)
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LES ARTS N° 28 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Avril 1904 JEAN FOUQUET. — PORTRAIT D'HOMME INCONNU (Collection Liechtenstein, Vienne)
ÉCOLE FRANÇAISE. — XIVe siècle. — LA TRINITÉ (Collection Weber, Hambourg) L'EXPOSITION DES PRIMITIFS FRANÇAIS C'est au lendemain même de l'exposition de Bruges de 1902 que fut formulé pour la première fois, par M. Henri Bouchot, le très distingué conservateur du Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale, le projet d'une Exposition des Primitifs français. Après avoir requis le concours scientifique des érudits que leurs études sur l'art du moyen âge français et particulièrement sur l'histoire de la peinture et de la miniature lui désignaient comme collaborateurs obligés, MM. Léopold Delisle, Robert de Lasteyrie, Georges Lafenestre, J.-J. Guiffrey, Paul Durrieu, Camille Benoit, Henri Martin, etc., après s'être assuré, d'autre part, le concours matériel des plus généreux de nos amateurs d'art parisiens, il obtint, de l'Union centrale des Arts décoratifs, la promesse d'une hospitalité magnifiante dans la partie disponible de son futur musée, en plein palais du Louvre. Dès le mois de juillet 1903, l'Exposition était résolue, son local et son budget assurés, ses comités constitués, M. le ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts en avait accepté la présidence d'honneur et M. Édouard Aynard, député de Lyon, la présidence effective. Le travail de préparation commença. Ceux qui, comme nous, ont suivi au jour le jour ce travail dont on va juger maintenant les résultats, savent les ressources d'éradition avisée, d'ingéniosité de rapprochements et d'hypothèses, d'inlassable activité, de ténacité opiniâtre et d'infatigable bonne humeur qu'y a dépensées M. Henri Bouchot. Enquêtes personnelles, discussions, démarches, voyages, publications d'idées et de faits nouveaux, direction matérielle de toutes les besognes, il a tout mené de front, et l'on pourra dire, sans blesser personne assurément, que l'Exposition des Primitifs est bien son œuvre, comme son catalogue est en grande partie le résumé de ses idées et de ses travaux personnels sur la matière. La hardiesse de ses affirmations, l'imprévu de certains de ses rapprochements déconcerteront évidemment certains esprits critiques; mais, on devra le reconnaître, l'œuvre qu'il a entreprise et menée à bien est
L'EXPOSITION DES PRIMITIFS FRANÇAIS --- Le mot de primitif était jadis une sorte d'injure, à tout le moins, un terme de mépris et de dédain, absolument comme le mot de gothique, qui, à ses origines, ne signifiait que barbare, maladroit et tout à fait indigne de l'attention des gens de goût. L'un et l'autre sont devenus des étiquettes que l'usage courant a consacrées malgré leur peu de valeur intrinsèque et de signification profonde. Les gens avertis peuvent répugner à s'en servir; mais, comme dans toute question de langage, il est bien superflu de lutter contre la coutume. On a donc pris l'habitude de désigner couramment comme primitifs, quels que soient leur science et leur génie aujourd'hui reconnus, les artistes antérieurs à la Renaissance classique du xvi^e siècle en Italie, au xvii^e siècle dans le Nord. Les Primitifs flamands s'étendaient, à l'exposition de Bruges, jusqu'aux Pourbus, c'est-à-dire jusqu'à la fin du xvie siècle. Comme de plus, pour le grand public, il n'y a guère d'artistes qui comptent que les peintres, « primitifs flamands » suffisaient presque à désigner les peintres antérieurs à Rubens, de même que par « primitifs italiens » on entend généralement les peintres antérieurs à Raphaël. Mais primitifs français, voilà deux mots que l'on n'a guère coutume singulièrement utile et féconde ; son initiative courageuse et passionnée, soutenue par une érudition considérable et une mémoire sans cesse active et présente, a produit un résultat capital pour l'histoire de l'art, et contribuera très légitimement à nous donner à tous une conscience plus nette de la valeur de notre passé artistique. Dans l'exposé qui va suivre, nous réserverons peut-être notre jugement sur certains points et nous nous garderons un peu d'accepter comme vérités démontrées ce qui dans le catalogue de l'Exposition n'est qu'indication proposée ou qu'hypothèse provisoire; mais nous tenons à reconnaître hautement tout ce que nous devons aux travaux de M. Bouchot ainsi qu'aux amicales indications qu'il nous a toujours prodiguées sans compter. Que faut-il entendre d'abord par ces mots de Primitifs français qui paraissent servir de programme, un peu vague, avouons-le, à l'Exposition, et qui se sont imposés aux organisateurs beaucoup plus qu'ils n'ont été choisis par eux? --- Cliché P. Sauvannand. ÉCOLE DU MIDI DE LA FRANCE. — XIV^e siècle. — ADORATION DES MAGES (Collection Lippmann, Berlin) --- Cliché P. Sauvannand. ÉCOLE DU MIDI DE LA FRANCE. — XIV^e siècle. — MORT DE LA VIERGE (Collection Lippmann, Berlin)
LES ARTS --- d'accoupler ensemble ! « Où prenez-vous des primitifs français? Il n'y a pas de primitifs français ! » répon- daient avec plus ou moins de scepticisme et d'ironie, les gens plus ou moins avisés à qui l'on parlait encore récemment des projets de cette exposition. N'enseignait-on pas autrefois que Jean Cousin fut le premier peintre fran- çais, et n'y a-t-il pas encore des histo- riens pour écrire que « François Ier n'a pas restauré, mais fondé la peinture en France » ? Cependant, on est un peu revenu des préventions clas- siques d'antan contre l'art du moyen âge. On ne pense plus, ainsi que l'écrivait Quatremère de Quincy, que les architectes gothiques bâtissaient les cathédrales guidés par le seul instinct, comme font les castors ; on n'oserait plus écrire que les imagiers d'avant le xvie siècle « n'étaient guère plus habiles que les paysans de la Forêt Noire, qui passent leurs soirées d'hiver à sculpter des magots en bois ». On sait, au contraire, quelle fut l'originalité féconde de nos constructeurs du xive siècle et l'activité, rayonnant sur l'Europe entière, de nos architectes du xixe. On sait la haute valeur de l'œuvre de nos ima- giers, démontrée jusqu'à l'évidence par des musées comme celui du Trocadéro. On sait enfin la brillante activité de nos ateliers d'art industriel, depuis le xi° jusqu'au xvie siècle, des orfèvres, des émailleurs, des ivoiriers, des brodeurs, etc., du pays de France. La triomphale Exposition de 1900 a mis tout le monde à même d'apprécier les merveilles d'art que conservent en ce genre nos trésors d'églises ou nos collections particulières. Mais est-ce que tous ces métiers d'art, qui furent poussés jusqu'à une telle perfection, n'exigeaient pas la science du dessin, le sentiment de l'harmonie colorée? Est-il possible que nous n'ayons eu parallèlement aucun dessinateur, aucun peintre? Cela tombe sous le sens commun. Si l'on s'informe, du reste, un peu plus, on s'apercevra qu'il y avait des corporations de peintres dans nos villes du moyen âge. Les statuts de ces corporations figurent dans le Livre des Métiers parisiens d'Étienne Boileau, en plein xime siècle, bien avant que fussent organisées les fameuses gildes flamandes. Il y avait, à la fin de ce siècle, plus de soixante peintres établis à Paris et payant l'impôt. Ces artistes ou ces artisans ne nous ont guère, il est vrai, transmis leurs noms; soit modestie de leur part, soit insouciance de la postérité, aucun, même des plus estimés de son temps, n'a réussi à nous laisser la ÉCOLE DE PARIS. — XIVe siècle MITRE EN SOIE BLANCHE (Musée de Clany) ÉCOLE DE PARIS. — XIVe siècle. — PAREMENT DE NARBONNE. — Dessin sur soie blanche (Musée du Louvre) Click Ch. Marion.
L'EXPOSITION DES PRIMITIFS FRANÇAIS trace de sa renommée. Nul Vasari, nul Karel van Mander ne s'est trouvé, comme en Italie ou aux Pays-Bas, pour recueillir les traditions plus ou moins légendaires sur leur vie et sur leur œuvre. Cependant, la science historique de notre temps, compulsant patiemment les vieux comptes royaux ou princiers, les minutes des notaires, les registres des paroisses, tout ce qui, des archives du passé, a échappé au temps et aux révolutions, a fait réapparaître bien des noms d'artistes dont l'historie se reconstitue peu à peu, grâce à la mention des commandes qu'on leur a faites, des sommes qu'on leur a payées, des faveurs qu'on leur a accordées, des baptêmes auxquels ils ont assisté, de leur naissance ou de leur mort. Parfois, une rencontre heureuse a fait que telle pièce d'archives a pu s'appliquer à telle œuvre heureusement conservée et celle-ci s'est trouvée, de la sorte, perdre son anonymat et s'authentiquer bien plus sûrement que par les racontars de tel chroniqueur mal informé ou partial. En effet, malgré toutes les causes de destruction inhérentes au climat ou aux hommes, et ces dernières infiniment plus fréquentes, hélas ! chez nous que nulle part ailleurs, malgré le vandalisme brutal, doctrinaire ou esthétique, malgré les émeutes, les crises de rigorisme religieux ou les proscriptions, plus terribles que toutes les autres, faites au nom du bon goût et des principes du beau, certaines œuvres sont demeurées pour affirmer le génie de nos artistes d'autrefois. Elles sont en petit nombre relativement, et bien moins abondantes que celles dont nous parlent les textes, les descriptions ou les inventaires d'autrefois. Elles sont, de plus, généralement méconnues, par une tendance trop répandue chez nous à garder tout enthousiasme pour les productions étrangères. Elles sont même souvent, lorsqu'on en reconnaît l'intérêt, par un penchant connexe au précédent, mises sur le compte d'artistes du dehors, que l'on fait, pour la circonstance, voyager bien en dehors de leur cercle d'action ordinaire, naître ou mourir cinquante ou cent ans trop tôt ou trop tard... Ce sont ces œuvres, trop négligées ou mal interprétées, que l'on a commencé d'étudier, chez nous et ailleurs, depuis quelque temps, avec l'attention qu'elles méritent, ce sont elles que l'on a cherché à grouper en aussi grand nombre que possible, de façon à en faciliter
LES ARTS --- ÉCOLE FRANÇAISE. — XIVe siècle MINIATURE DÉTACHÉE DES HEURES DE TURIN (Musée du Louvre) l'étude et la comparaison, à l'Exposition des Primitifs. Ces témoins subsistants de l'activité de nos peintres d'autrefois devraient être cherchés du reste dans des domaines assez divers. Il y aurait d'abord celui de la grande peinture monumentale, de la fresque murale, dans lequel nos artistes paraissent avoir excellé en un temps où l'art italien balbutiait encore. De grands ensembles décoratifs du xiiie siècle, comme ceux de Saint-Savin ou du Liget, de Brioude ou de Montoire, subsistent encore pour nous rappeler cette priorité de notre art roman. Mais on sait aussi que le développement normal de l'architecture gothique, en restreignant de plus en plus les surfaces murales disponibles, ralentit ce mouvement, qui allait se continuer magnifiquement dans l'Italie du xive siècle, avec Giotto et ses successeurs. Pourtant, la fresque ne fut pas complètement abandonnée chez nous. Nous en connaissons nombre d'exemples conservés datant du xive siècle et du xve, depuis les fresques de la cathédrale de Clermont, où figure un des premiers portraits de donateur que l'on puisse citer au xive siècle, jusqu'à celles de Notre-Dame de Dijon, d'Amiens ou du Puy. Néanmoins, ce sont les verrières, dont la parure lumineuse remplaça dans les églises, comme décoration et comme moyen d'enseignement, les peintures murales d'autrefois; ce sont les tapisseries qui, ailleurs, dans les intérieurs de châteaux notamment, où les murs salpêtrés ne se prêtaient que difficilement au procédé de la fresque, tinrent lieu, avec leur aspect plus étoté, leurs colorations plus chaudes, leur adaptation plus intelligente aux nécessités de la vie septentrionale, des grandes compositions peintes aux murs des palais méridionaux. Des ateliers de tapisserie étaient établis à Paris dès la fin du xiiiie siècle. Ils y prospérèrent au xive siècle, avant l'établissement des célèbres ateliers des Flandres, demandant aux peintres les plus en renom des cartons à traduire, empruntant leurs motifs aux thèmes les plus variés, sujets religieux, histoires romanesques, scènes de genre, etc., et l'on trouve généralement, dans leurs productions, une liberté d'allure et une grandeur d'effet décoratif qui rivalisent avec les qualités mêmes de la fresque italienne. C'est donc dans l'art du vitrail et dans celui de la tapisserie qu'il conviendrait de chercher la suite du développement de la peinture monumentale dans notre pays. La création des tableaux peints sur panneaux, formant diptyque, triptyque ou polyptyque, et servant à orner quelque oratoire, quelque chapelle ou quelque retable d'église, ne date guère que du xive siècle. C'est sous cette forme que la peinture se développa, surtout dans les Pays-Bas; mais c'est en France que s'étaient créés peut-être les premiers types de ce genre d'œuvres d'art, et la production devait s'en continuer, ininterrompue, pendant tout le xve siècle. Enfin, il y aurait lieu d'interroger aussi nos manuscrits, dont les miniatures, échelonnées depuis le ixie jusqu'au xvie siècle, constituent une série de documents infiniment précieux pour l'histoire du dessin et de la couleur dans notre pays, série d'autant plus complète que, dans les bibliothèques, ces manuscrits sont demeurés en général mieux à l'abri --- JEAN MALOUEL (ATTRIBUÉ A). — VIERGE (Collection Ed. Aynard, Lyon)
L'EXPOSITION DES PRIMITIFS FRANÇAIS --- des ravages du temps et des hommes que les fresques ou les tableaux de nos églises. Les deux arts de la peinture et de l'enluminure se complètent et s'éclairent l'un l'autre, les miniaturistes reproduisant souvent les trouvailles de types, de gestes, de compositions de leurs confrères les peintres, à moins que ceux-ci (et nous en avons d'illustres exemples) ne s'adonnent eux-mêmes à cet art minutieux et ne créent, tel Fouquet dans les Heures d'Étienne Chevalier, des chefs-d'œuvre de composition que d'autres artistes à leur suite traduiront, en les agrandissant, dans des œuvres de dimensions importantes, comme le retable de Loches, par exemple. Il est bien évident que les fresques, immeubles par destination, ne pouvaient être représentées à l'Exposition que par des relevés comme ceux qui appartiennent aux Monuments historiques ou au Musée des Arts décoratifs et qui ont été exécutés par des artistes de la valeur de M. Ypermann ou de M. Laffillée. Quant aux vitraux, malgré l'importance de la peinture sur verre dans notre histoire artistique, on a dû renoncer à peu près complètement à en constituer des séries, à cause de la difficulté du déplacement et aussi de la présentation de ces documents. Exception a été faite cependant pour un JEAN MALOUEL (Attribué A). — LE CHRIST MORT SOUTENU PAR LE PÈRE ÉTERNEL ET PAR LA VIERGE (Musée du Louvre)
LES ARTS fragment appartenant à M. Léon Arnoult, et où se voit une charmante tête de femme très voisine de l'art de notre Jean Fouquet. L'intérêt des amateurs, de plus en plus attirés de nos jours vers les admirables tapisseries gothiques, a fait ressortir, des greniers où elles se rongeaient, nombre de pièces qu'il eût été facile de réunir. Le Musée des Arts décoratifs lui-même en possède un certain nombre de fragments du plus vif intérêt, dus presque tous à la libéralité de M. Maciet. Nos églises, nos établissements municipaux ont conservé aussi de nom- breuses tentures que l'on aurait pu facilement mobiliser. Malheureusement, c'est l'espace ici qui a fait un peu défaut, et il a fallu se contenter de quelques spécimens très caracté- ristiques, comme certains morceaux de la suite de l'Apo- clyse d'Angers, ou certaines pièces appartenant à MM. Sigis- mond Bardac, Maurice Fenaille ou Martin Le Roy. Ces spécimens de choix compléteront l'enseignement des œuvres peintes et apporteront à certaines pièces d'entrée ou galeries HENRI BELLECHOSE (ATTRIBUÉ A). — GALVAIRE ET MARTYRE DE SAINT GEORGES (Musée du Louvre) Cliché Girauden. de repos de l'Exposition la richesse de leurs effets déco- ratifs, en attendant une revue d'ensemble spécialement con- sacrée à cet art merveilleux..... mais encombrant. Pour les miniatures, des scrupules respectables ont em- pêché de laisser sortir de la Bibliothèque nationale les pré- cieux témoignages de la passion de bibliophile d'un Charles V et d'un Jean de Berry, ou les chefs-d'œuvre de Fouquet, de Bourdichon et de tant d'autres anonymes du xve siècle. La volonté formelle du duc d'Aumale retient à Chantilly les Très Riches Heures du duc Jean et celles d'Étienne Che- valier. Mais on a organisé à la Bibliothèque nationale, dans une salle nouvellement édifiée par M. Pascal sur la rue Vivienne, une exposition parallèle à celle du Pavillon de Marsan; on peut y voir, présentés méthodiquement, les plus beaux manuscrits de la Bibliothèque, auxquels sont venus se joindre, en un ensemble inoubliable, ceux de la bibliothèque de l'Arsenal et des bibliothèques des départements. Cette réunion mériterait une étude spéciale, que nous n'aurons même pas le loisir d'esquisser ici. Nous nous bornerons à signaler, chemin faisant, les feuillets détachés, les minia- tures isolées, prêtées par le Louvre ou par des particuliers, que l'on a pu rapprocher, ainsi que quelques esquisses ou quelques dessins, des peintures exposées au Pavillon de Marsan; ils sont accrochés aux murs comme de véritables
L'EXPOSITION DES PRIMITIFS FRANÇAIS tableaux, posés sur des pupitres ou réunis dans une vitrine analogue à celle qui est consacrée aux émaux peints du xve siècle. Cette dernière branche, en effet, de la peinture française, n'a pas été négligée, et l'on peut voir, à côté des œuvres peintes de Fouquet et de Bourdichon, un certain nombre d'émaux de Monvaerni, même l'admirable plaque en argent gravé appartenant à M. Garnier, préparation pour un émail translucide de la fin du xive siècle, qui est un si prodigieux exemple de dessin et de composition. On peut surtout, en ce qui concerne le xvie siècle, suivre parallèlement, dans la peinture et dans les émaux, l'utilisation des crayons exécutés par les Clouet ou leurs émules, les trois séries d'œuvres ayant pu fort heureusement être juxtaposées. Enfin on a tenté de réunir, en s'adressant seulement aux collections parisiennes et à celles de l'Union centrale des Arts décoratifs, un certain nombre de sculptures ou d'objets d'art en ronde bosse, destinés soit à rappeler, par des spécimens de choix, la haute valeur de l'art essentiellement français du xime siècle, soit à fournir quelques points de comparaison comme types iconographiques, comme style ou comme esprit général, avec l'évolution parallèle de la peinture. Nous nous bornons à signaler, pour aujourd'hui, ces séries accessoires, espérant y revenir bientôt. L'intérêt ira certainement, tout d'abord, aux véritables peintures, dont on a réussi, malgré l'opinion courante, malgré les prévisions pessimistes de certains, à grouper un très bel ensemble, sobrement et harmonieusement présenté. C'est cet ensemble que nous allons essayer de décrire tout à l'heure. Il a été complété à la dernière heure par le triptyque du Palais de Justice, ce morceau célèbre sans être connu, que l'on s'obstina longtemps à ne laisser sortir pour aucune exposition. Il y manque encore différentes pièces qui ont échappé à la France, pour passer avec la collection Micheli à Anvers, enfin le très précieux diptyque qui appartient à Lord Pembroke. Mais, en général, les collections les plus illustres et les musées les plus fermés se sont ouverts devant les efforts du comité de l'Exposition. Nos musées nationaux eux-mêmes ont été autorisés à prêter les pièces capitales qu'ils possèdent et qui étaient absolument indispensables pour constituer des séries un peu complètes. Le Musée de Berlin et celui d'Anvers ont envoyé chacun une pièce du fameux diptyque de Fouquet, reconstitué enfin pour quelques mois. S. M. le roi d'Angleterre, S. A. le prince de Liechtenstein, ont gracieusement consenti le prêt de quelques MAITRE DE FLÉMALLE (ATTRIBUÉ AU). — VIERGE GLORIEUSE ENTRE SAINT PIERRE ET SAINT AUGUSTIN (Musée d'Aix-en-Provence)
LES ARTS pièces capitales de leurs collections, et nous ne pouvons citer ici toutes les bonnes volontés, tous les concours obligeants qui se sont offerts plus ou moins spontanément. Il en résulte une réunion unique et réalisée pour la première fois, où figurent, à côté de quelques pièces connues, un grand nombre de pièces inédites de première valeur, beaucoup aussi sur l'origine desquelles on hésitera ou l'on discutera. Mais de ces discussions, facilitées par les rapprochements et les comparaisons, jaillira une lumière qui sera certainement très utile à la science historique, et s'il y a quelque déchet, pour ainsi dire, en fin de compte, il n'en subsistera pas moins un ensemble très démonstratif de la valeur et de l'existence continue de notre École française de peinture. Mais entre quelles dates extrêmes pourra-t-on suivre ici le développement de cette école? c'est ce qu'il importe d'abord de préciser un peu. On n'a pas prétendu, en effet, remonter jusqu'aux origines mêmes de l'art français, jusqu'aux véritables primitifs du xi^e ou du xii^e siècle dont les tâtonnements maladroits, les incertitudes inévitables, les efforts féconds aboutissent au prodigieux épauvrissement d'art du xiii^e siècle. Quelques pièces de sculpture, d'orfèvrerie ou d'ivoire rappelleront seules ce passé glorieux et la perfection at- Clique Groufoux JEAN FOUQUET. — SON PORTRAIT Email point (Musée du Louvre) teinte par nos artistes et nos artisans du temps de saint Louis. Pour la peinture, c'est au moment où elle se constitue indépendante de la décoration murale, vers le milieu du xive siècle, qu'elle pouvait commencer à figurer utilement à l'Exposition, et c'est la date de 1350 qui a été fixée en principe comme date initiale de la série exposée, cette série devant se poursuivre jusque vers 1589, depuis les premiers Valois jusqu'à l'épuisement de leur race. On avait même songé un moment à dénommer ces primitifs «les peintres des Valois» et l'étiquette eût été certainement plus juste. Tous ou presque tous les princes de cette dynastie furent en effet des amateurs passionnés de luxe et d'art, des protecteurs éclairés pour nos artistes et nos artisans. Nous les retrouvons du reste presque tous en effigies au Pavillon de Marsan, Jean le Bon, Charles V, Charles VII, Louis XI, Charles VIII, François Ier, Henri II et ses fils. C'est même sous le patronage de l'effigie sculpturale de Charles V, jadis placée au portail de l'église des Célestins de Paris, avec la bonne et loyale figure de Jeanne de Bourbon son épouse, que s'ouvre l'Exposition, patronage bien plus légitime pour une exposition d'art français que celui qu'on avait semblé invoquer au Petit Palais en 1900, lorsqu'on avait placé au seuil de l'Exposition, sous un François Ier figuré par une JEAN FOUQUET. — PORTRAIT DE CHARLES VII, ROI DE FRANCE (Musée du Louvre)
L'EXPOSITION DES PRIMITIFS FRANÇAIS JEAN FOUQUET. — PORTRAIT DE GUILLAUME JOUVENEL DES URSINS, CHANCELIER DE FRANCE (Musée du Louvre)

Ce numéro de la revue « Les Arts » présente une exposition consacrée aux Primitifs français. L'article explore l'histoire et la définition du terme « primitif » dans l'art, soulignant la redécouverte et la valorisation des artistes français antérieurs à la Renaissance. Il détaille les différentes formes d'art présentées, telles que la peinture monumentale, les vitraux, les tapisseries, les panneaux peints et les miniatures, tout en abordant les défis liés à la conservation et à la présentation de ces œuvres anciennes.