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LES ARTS N° 17 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Mai 1903 FERDINAND HUMBERT. — PORTRAIT DE MADAME B., ET DE SES ENFANTS (Société des Artistes Français)
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LES ARTS N° 17 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Mai 1903 FERDINAND HUMBERT. — PORTRAIT DE MADAME B., ET DE SES ENFANTS (Société des Artistes Français)
HENRI MARTIN. — PANNEAU DÉCORATIF. — FRAGMENT D'UN ENSEMBLE POUR LE CAPITOLE DE TOULOUSE (Société des Artistes Français) LES SALONS DE 1903 (Lettre à un ami de province) Vous me demandez de vous donner, en quelques lignes, mon impression sur les Salons... Savez-vous que les Salons c'est, cette année, un peu plus de sept mille cinq cents œuvres d'art, sans compter le sarcophage d'Israël Rouchomovski? Je viens de me promener, pour l'amour de vous, à travers ce prodigieux déballage, et, rentrant chez moi, la tête et les yeux endoloris par le choc simultané de tant de couleurs et de tant de formes, j'essaie de HENRI MARTIN. — PANNEAUX DÉCORATIFS. — FRAGMENTS D'UN ENSEMBLE POUR LE CAPITOLE DE TOULOUSE (Société des Artistes Français)
LES SALONS DE 1903 --- remettre un peu d'ordre dans les idées... que je n'ai pas. Et d'abord, pour me dispenser de toute énumération, je vous envoie les catalogues. Feuilletez-les, lisez-les à loisir, si vous êtes curieux de savoir ce que les gens connus exposent. Vous comprendrez, à les parcourir, l'inutilité de tout dénombrement et même la vanité de toute critique. « Mais, sommes-nous en progrès ou en décadence? » La question, me dites-vous, fut mise à l'ordre du jour de votre Société pour l'Encouragement du Commerce, de l'Agriculture et des Beaux-Arts, et vous me faites l'honneur de me demander mon avis. Ceci, mon ami, dépend de votre humeur... Sachetti raconte que, le vieux Taddeo Gaddi, fidèle disciple de Giotto et qui avait eu la gloire de travailler aux côtés du maître d'Assise, de Santa Croce et de Padoue, reçut un jour la visite d'Andrea Orcagna. La conversation tomba sur l'état de l'art contemporain. « Ya-t-il eu, demandait Orcagna, un grand artiste depuis Giotto? — L'art s'en va tous les jours! » répondit tristement le vieux peintre, du même ton sans doute que Célestin Nanteuil disait, vers 1855, aux derniers romantiques : « Il n'y a plus de jeunes gens ! » Et pourtant, à l'horizon prochain tremblait déjà l'aurore du radieux quattrocento, et peut-être étaient-ce les premiers symptômes, à peine discernables encore, du renouvelle- JEAN-PAUL LAURENS. — JEANNE D'ARC. — TRIPTYQUE. — FRAGMENT : JEANNE MONTE AU BUCHER (Société des Artistes Français)
LES ARTS ment, qui faisaient l'inquiétude et la tristesse du grand giottesque vieilli! Si donc vous tenez pour une certaine « manière » ou pour un certain « style », — si vous avez été classique avec M. Bouguereau, ou « impressionniste » avec M. Claude Monet — si vous avez professé qu'il n'y avait d'art, de grand art, d'art véritable que dans certains partis pris d'école ou de facture, — que la peinture claire et le « pleinairisme » ou leur contraire devaient être désormais la seule peinture, vous risquez fort de sortir de ces Salons découragé et pessimiste autant que moulu... Et puis c'est si tentant, et c'est si distingué, et c'est si facile! de gémir sur la médiocrité de son temps, de « juger », de mépriser ou d'anathématiser au nom d'un dogme dont on est le prophète! Mais si vous êtes assez vieux, ou si vous savez assez d'histoire, pour avoir observé que d'une génération à l'autre, — et plus souvent même, en notre temps de journalisme et d'électricité, — la mode et les théories changent et se transforment, que chaque système s'use l'un après l'autre par l'abus de son propre principe, que notre sensibilité s'érouse dans la mesure où elle est sollicitée par les mêmes excitations répétées et notre sens esthétique par les mêmes formules, vous ne vous étonnerez pas que certains rythmes ou certaines harmonies perdent tour à tour de leur efficacité, cèdent insensiblement la place à d'autres ou évoluent pour s'adapter aux conditions, sans cesse mouvantes, du milieu, des mœurs et de la vie... Mais la mission de l'art et l'ambition des artistes sont justement de faire vivre, de perpétuer en des harmonies durables et à jamais reconnaissables aux autres hommes, ces harmonies changeantes et éphémères, de réconcilier en une admiration fraternelle des principes qui semblaient opposés. Ingres et Delacroix « entendent » aujourd'hui La voix du genre humain qui les réconcilie. On peut admirer également le Parthénon et Notre-Dame, mais les « classiques » et les « gothiques » auraient été également absurdes de vouloir reconstruire Notre-Dame sur l'Acropole ou le Parthénon dans l'île de la Cité... Et c'est pourquoi le Palais des Beaux-Arts ne « passera » jamais chef-d'œuvre, pas plus que la Madeleine. Il est évident que le principe vivant de l'art de notre temps ne saurait être l'imitation, l'application docile et mécanique d'aucune « formule » ancienne. Léonard de Vinci disait des imitateurs qu'ils étaient les neveux et non les fils de la nature. Je sais bien que nous avons beaucoup de « neveux » qui prendraient aisément leur parti de n'être que neveux, si seulement ils parvenaient à se procurer des oncles d'Amérique, — mais dites-moi, je vous prie, à quelle époque, à quel moment de l'histoire de l'art, si l'on avait reuni d'un seul coup, en un même local, sept mille cinq cents œuvres peintes ou sculptées, on n'y eût trouvé que des Copyright 1993 by Brown, Clément & Co. H.-J. HARPIGNIES. — BOROS DE L'ALLIER (Société des Artistes Français)
LES SALONS DE 1903 JOSEPH BAIL. — LE BÉNÉDICITÉ DES HOSPITALIÈRES DE BEAUNE (Société des Artistes français) chefs-d'œuvre ou des œuvres originales...? Nos « Salons » sont devenus des marchés, de grands déballages ; nos palais des Beaux-Arts sont des halles ; c'est une affaire entendue... Mais l'art de notre temps n'en est pas moins vivant, et nous laisserons à nos successeurs, de nous, de notre manière habituelle, sinon de rêver le bonheur, comme disait Stendhal, du moins de « sentir » la vie, des images évocatrices et dignes d'être interrogées. Et d'abord, dans nos portraits. Henri Heine—qui pourtant vit, en leur nouveauté, quelques-uns des plus beaux portraits d'Ingres! — écrivait des portraitistes de son temps que ce qu'on percevait d'abord et surtout dans leurs œuvres, c'était, chez le modèle, l'impatience de retourner à ses affaires, et chez le peintre, la hâte d'en finir le plus tôt possible pour passer à un autre tableau, à un autre profit. Les gens d'esprit de 1903 pourront écrire tout ce qu'ils voudront d'ironique et de fin sur les portraits de l'année. Je vous assure qu'il en est quelques-uns de fort bons et deux ou trois de très beaux. Je tiens, pour ma part, qu'un portrait doit être ressemblant, — non certes à la manière d'une photographie, — parce que la mise en évidence du caractère individuel et de la vérité physionomique est la mesure de la sensibilité, de l'esprit et de la pénétration du portraitiste; en même temps que la ressemblance de son modèle, il nous livre quelque chose de la sienne propre et c'est pourquoi rien n'est plus suggestif qu'une galerie de portraits. Celui de Madame Besnard, par M. Albert Besnard, son mari, — autant qu'on peut décider de ces choses-là entre contemporains et avant la postérité,— me fait tout l'effet d'un chef-d'œuvre. Venez le voir, si vous aimez la peinture, et, dans la peinture, la liberté, l'ampleur, l'élegance native, l'invention jaillissant à la demande de la vie. Mais dispensez-moi de vous donner, avec des mots, l'impression du dessin et du modelé d'une main, du « passage » d'un poignet, du prestige caressant de la lumière sur un visage qu'elle illumine et qu'elle transfigure, mais dans le sens de son expression véridique et sincère. Léonard de Vinci, dans son Traité de la Peinture, donne aux portraitistes les conseils les plus minutieux : il leur recommande de bien étudier tous les détails de forme et de construction, d'observer surtout « les os et les cartilages qui composent le nez », puis les joues, le front, le menton. « Vous trouverez ainsi quelques particularités dans les moindres parties qu'il faudra que vous observiez sur le naturel pour en remplir votre imagination. » C'est cette mise en évidence, cette proclamation et cette exaltation de la vérité par la sympathie et l'imagination de l'artiste, autant dire par son amour créateur, qui font d'une effigie sincère une œuvre d'art, et d'un portrait un chef-d'œuvre. Vous ne vous tromperez pas en pensant que M. John Sargent a composé dans la joie le délicieux portrait de trois jeunes filles, — deux en noir, une en blanc, — qu'il a groupées sur la même toile. La floraison de ces têtes blondes, entre les noirs soyeux des robes étalées et les noirs plus mats
LES ARTS d'un paravent qui occupe le fond du tableau, le goût souverain en leur simplicité des moindres ajustements, tout ici respire l'inspiration heureuse, et, à côté d'un épanouissement si noblement souriant de la vie et de la beauté, on est pris de quelque pitié pour les jeunes femmes mélancoliques et repliées que M.M. Hébert et Dagnan-Bouveret ont peintes avec tant de soin et de talent d'ailleurs, et d'une pénétration si minutieuse, — ou bien pour la mélancolie exquise, raffinée, mais un peu morbide des modèles de M. Aman-Jean .. Mais ce n'est pas un article, c'est un long chapitre qu'il faudrait écrire, si l'on voulait tout dire des portraits de l'année. Celui de M. Lucien Simon, par M. Jacques Blanche, est parfait d'intelligence et de divination : l'expression du regard, celle de la main, nerveuse et volontaire, sont comme des révélations, et il semble que l'on retrouve, dans la peinture de M. Lucien Simon, toute frémissante d'une belle et inquiète sincérité, quelque chose de ce portrait... Vous rappelez-vous le portrait que Baudry peignit, voici vingt-cinq ou trente ans, de M. Eugène Guillaume? Essayez de le revoir par les yeux de l'esprit et comparez-le à celui que M. Bonnat nous montre cette année, criant de vérité. Certes, c'est bien le même homme, mais à deux époques si différentes de sa vie, et vu par des yeux, des esprits si différents... Et figurez-vous le portrait de Mademoiselle Bréval, de notre admirable Valkyrie, si fermement construit et magistralement modelé par Bonnat, tel que Aman-Jean, ou Sargent, ou Besnard, ou Carrière, ou Renoir auraient pu la peindre. Ce serait toujours elle, et ce serait tout autre chose. On parle beaucoup d'un grand portrait de femme en robe de dentelle noire et blanche, par M. Marcel Baschet. C'est un Van Dyck bourgeois, — un Van Dyck un peu refroidi et figé dans la facture du visage, — mais d'une surprenante et discrète virtuosité dans le traitement des étoffes. M. Humbert et M. Carolus-Duran restent égaux à eux-mêmes, M. Flameng a fait mieux ; M. Ernest Laurens a fait aussi bien peut-être, mais pas mieux, dans sa manière enveloppée, harmonieuse et intime; et comme portrait d'intimité familiale et de vérité profondément et tendrement sentie, celui d'une vieille dame, par M. René Ménard est entre tous significatif. MM. Patricot, Déchenaud, Baugnies, Paul Chabas, Raffaelli, Laparra, Bordes, Ferrier, et parmi les étrangers, Lorimer, Lavery, Herkomer, exposent aussi de CAROLUS-DURAN. — PORTRAIT DE Mme C. H. (DE LONDRES) Société Nationale des Beaux-Arts
Apperticot à M. A. André. LA TOUCHE. — LA JEUNESSE (PANNEAU DÉCORATIF) Société Nationale des Beaux-Arts
LES ARTS Page 8 bons portraits... Mais je me suis interdit toute énumération. Après avoir pataugé dans toutes les esthétiques, essayé de tous les déguisements — grecs, romains ou moyenâgeux, — erré à travers toutes les civilisations, la peinture s'est avisée qu'elle n'avait peut-être rien de mieux à faire que de revenir à la vie, à la simple vie, diverse et féconde, toujours nouvelle, inépuisable ; — les peintres se sont aperçus qu'il se passe tous les jours, à portée de nos mains, des choses merveilleuses, que la promenade d'un rayon sur une humble muraille dans un intérieur clos peut être, pour un œil bien organisé, un poème, sinon un drame, en cent actes divers, et ils ont demandé à la nature ce que les systèmes et les doctrines ne leur avaient pas révélé. Mais, comme il faut que les systématiques, les docteurs et les esthéticiens pullulent sur l'art dont ils vivent sans y rien ajouter, — quelquefois même sans en jouir de contemplation désintéressée et sans l'aimer d'amour sincère, — comme il faut que nous classions et classifications en catégories étiquetées et en compartiments démontables toutes les « manifestations » de l'art, que nous inventions, à défaut d'idées, des mots nouveaux, voici qu'on nous parle de l'école des intimistes, — comme si la peinture simple et intime de la vie quotidienne était chose nouvelle au pays de Chardin! Laissons donc les écoles, mais constatons une fois de plus que ce qui se fait de plus intéressant dans la peinture de nos jours se rencontre dans cet accord de l'art et de la vie. Je n'en finirais pas, si je voulais ici entrer dans le détail. Lucien Simon, dont nous parlions tout à l'heure, Charles Cottet, qui évoque un à un tous les deuils, toute la vie morne et lente de ses chers Bretons attachés à leur terre, que l'Océan enclôt à l'horizon « d'un cercle de gémissements »; Roll, qui fut de notre temps comme un autre Géricault et qui a ouvert la voie; Lobre qui vous peint à la fois l'intimité et la splendeur mélancolique de Versailles, Morisset, Prinet, Struys, Saglio, Bartlett, Adler, Wéry, Meslé, vingt autres, ont éprouvé le bienfait de ce contact direct avec la vie, et leurs œuvres sont d'autant plus persuasives et de portée plus grande qu'ils se tiennent davantage en garde contre l'anecdote, « spirituelle » ou sentimentale. Parmi ceux qui ont marqué d'une originalité aiguë et prenante, l'Espagnol Zuloaga obtient, cette année, un succès retentissant. Il a la hardiesse et l'adresse, la verve et l'apreté, l'art du raffinement dans l'emploi du mot cru. Ses Gitanes et ses Andalouses, ses filles à toreros et ses porteurs de cruches de grès plus recuits que leurs cruches, sont d'étonnants morceaux. Quand, au xvie siècle, les raisonneurs et les esthéticiens d'Italie et d'académie envahirent l'Espagne et essayèrent de lui persuader que les belles manières et le style noble devraient lui convenir, elle hésita un moment, puis se recueillit, prit conscience d'elle-même et trouva sa force, son génie et sa gloire dans le réalisme lyrique de Vélasquez. C'est encore dans la vérité et la vie que la peinture espagnole renait avec honneur. Vous connaissez déjà Zuloaga, Sorolla y Bastida; voici deux nouveaux venus, dignes d'attention : Alcala Galiano et Mezquita; le Repos, — un terrassier endormi à l'ombre d'une clôture, dont les bois disjoints laissent passer des rayons de soleil, — me paraît un morceau de premier ordre. M. Bail obtiendra, cette année encore, un grand succès. Il a renouvelé son décor habituel en nous transportant P.-A. BESNARD. — PORTRAIT DE Mme D'" Société Nationale des Beaux-Arts
LES SALONS DE 1903 à l'hôpital de Beaune, — dans le réfectoire aux nobles boiseries, dont une peinture vénitienne occupe et réchauffe tout un panneau, — à l'heure où, rangées autour de la table couverte de faïences et d'aiguières d'étain, dans le glissement des rayons sur les cornettes et les robes blanches, les religieuses récitent le Bénédictité. Toute l'adresse, tout l'art et toute la science du peintre sont dans ce tableau à un degré aussi rare que dans ceux qui l'ont déjà illustré... Dites-moi pourquoi devant ce Bénédictité, que j'admire, j'ai tant envie de revoir le Bénédictité de Chardin? Cochin parle quelque part « d'une certaine recette infaillible de teintes pour l'accord harmonieux d'un tableau, dont M. Chardin faisait un excellent usage » et qui consisterait en un mélange de « laque, terre de Cologne et cendre d'outremer broyées à l'huile de lin anglaise », qui, diversement et bien modifié, lui servait à revenir sur toutes les ombres « de quelque couleur qu'elles fussent, pour obtenir l'accord magique du tableau ». C'est possible, mais je sais, d'autre part, qu'à quelqu'un qui lui demandait sa recette, Chardin répondit d'un ton bourru : « Qui vous a dit qu'on peignait avec des couleurs? on se sert de couleurs, on peint avec le sentiment ! » Et c'est peut-être que chez M. Bail je devine la recette plus que je n'entre dans le « sentiment ». Et c'est peut-être aussi ma faute. En tout cas, il a bien du talent. Au commencement du siècle dernier, on écrivait du paysage : « C'est un genre qui ne devrait pas exister » et David le proscrivait — sinon comme complément et fond d'un tableau d'histoire. Vous savez s'il a pris sa revanche au cours du xixe siècle et si — de Corot, né en 1796, à Claude Monet — l'évolution de ce genre proscrit et condamné a assez transformé la peinture moderne. Après avoir essayé de peindre la splendeur de la lumière, le « manteau divin de Zeus », glorieusement épandu sur le monde, après avoir absorbé et comme fondu les formes individuelles dans l'éclat dévorant et la palpitation frémissante des molécules colorées, nous avons l'air de revenir, en vertu d'une loi naturelle et cent fois vérifiée, à la peinture sombre. Un principe d'art ayant évolué jusqu'à ses conséquences extrêmes, on refait, en sens inverse, le chemin parcouru. Mais, sombres ou clairs, vous trouverez CHARLES COTTET. — DEUIL MARIN (Société Nationale des Beaux-Arts)
LES ARTS --- aux Salons beaucoup d'excellents paysages et dès que vous y reconnaîtrez, avec la nature, l'émotion fraternelle de l'artiste qui l'a contemplée, vous vous laisserez aisément persuader. Je ne veux citer qu'un nom, puisque c'est celui du doyen, du vieux Sylvain, toujours vert, droit et fort, Harpi- gnies, l'ami du père Corot. Mais combien d'autres autour de lui et avec lui ! Le paysage a pénétré tous les genres. La peinture décorative elle-même, avec Puvis de Chavannes, a été son tributaire... Et le grand triptyque que M. Henri Martin a peint pour le Capitole de Toulouse, emprunte aussi à la nature la beauté de son accent. Je ne suis pas encore tout à fait d'accord avec M. Henri Martin; je crois que les fonds de son tableau sont compromis par l'abus d'un « pointillisme » systématique et pâteux; j'admire et j'aime ce tableau. Jamais encore, à mon gré, il n'avait rien peint d'aussi sain, d'aussi large, d'aussi significatif et d'aussi beau. Le rythme de ses faucheurs, la grâce ou la fraicheur des floraisons printanières, l'accent de nature, la libre et vivifiante circulation d'air pur à travers les prairies et les peupliers... tout cela m'a ravi et si j'avais voix au chapitre je lui voterais des deux mains la médaille d'honneur. Est-ce parmi les décorateurs qu'il faut ranger M. La Touche? Son cas n'est pas sans m'embarrasser. Il tire avec une virtuosité méthodique des feux d'artifice éclatants. Je vois très bien son talent, je n'en ai pas subi le charme. Enfin, il ne faut pas oublier que l'art a aussi une destination sociale; que de tout temps l'humanité s'est plu à évoquer aux murs des édifices publics les actions des ancêtres et les grands faits de l'histoire de la patrie. Parmi
LES SALONS DE 1903 --- ceux qui sont, de notre temps, capables de répondre à ce besoin, aucun, pour la probité et la sûreté du savoir et du talent, la franchise directe et évocatrice, la composition, la justesse du réalisme rétrospectif et du sens historique, la force dramatique, n'est comparable à Jean-Paul Laurens. Ce qu'il a peint dans ce genre au Capitole de Toulouse est de premier ordre et le triptyque de Jeanne d'Arc destiné à l'Hôtel de Ville de Tours — pour lequel on a fait cette année, aux deux Salons, hélas! beaucoup de mauvaise peinture — n'est pas indigne du maître qui l'a signé. ZULOAGA. — CITANE ET ANDALOUSE (Société Nationale des Beaux-Arts) Vous ne m'avez rien demandé sur les sculpteurs et sur les objets d'art... Je vous en remercie ! D'ailleurs, vous me disiez : « Écrivez-moi quelques lignes »... et j'ai noirci trop de papier... Ne manquez pas de m'envoyer le compte rendu de la séance de votre Société pour l'Encouragement du Commerce, de l'Agriculture et des Beaux-Arts où aura été discutée la question que vous me posiez : « Sommes-nous en décadence? Une réaction est-elle nécessaire ? » Ces discussions — quoi qu'en puissent dire les sceptiques — sont toujours intéressantes. D'abord, elles justifient l'existence des académies, et c'est bien quelque chose, et puis, si les artistes les lisaient, elles ne manqueraient pas — comme nos critiques, qui en doute? — de renouveler l'art. Mais les artistes ne lisent plus. C'est grand dommage et l'art s'en tire comme il peut!... Observez pourtant que les académies et les esthéticiens sont toujours nés après les chefs-d'œuvre ! ANDRÉ MICHEL. NOTA. — La revue LES ARTS rendra compte, dans un très prochain numéro, des œuvres de sculpture exposées aux deux Salons.

Ce numéro de la revue "Les Arts" présente une analyse des Salons de 1903, discutant de la notion de progrès artistique et de la diversité des styles. L'article examine en détail les portraits exposés, soulignant l'importance de la ressemblance et de la pénétration psychologique de l'artiste. Il aborde également les tendances de la peinture contemporaine, notamment l'école des "intimistes" et l'influence de l'art de l'Extrême-Orient.