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LES ARTS N° 16 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Avril 1903 POT, DE FORME DITE ALBARELLO. — SYRIE, XIVe SIEGLE Collection de Madame la comtesse R. de Béarn Exposition des Arts Musulmans Clickt Moreau fables.

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PLAQUE DE REVÊTEMENT. — DÉCOR EN RELIEF SUR FOND À REFLETS D'OR Feuilles de Rhages. — Perse, xiii° siècle (Appartient à M. S. Goldschmidt) L’Exposition des Arts Musulmans AU MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS > E fut, je crois, à l’Exposition universelle de 1878 que s’organisa pour la première fois, à Paris, une Exposition des Arts Musulmans. A recueillir la version orale des amateurs survivants de cette époque, à feuilleter les recueils spéciaux qui s’en occupèrent, on demeure émerveillé des belles choses qui s’y trouvaient réunies. C’est qu’alors les collections d’Albert Goupil, de Schéfer, de Leroux, de Piot, n’avaient pas encore été dispersées, et contribuaient à former un ensemble du plus merveilleux éclat. Une seconde tentative fut faite en 1893, grâce aux actives démarches de M. Marie, qui était alors conservateur du musée d’Alger. Cette seconde exposition eut lieu au premier étage du Palais de l’Industrie, aux Champs-Élysées, avec le concours de M. Georges Bénédite, qui avait organisé un groupement d’œuvres des peintres-orientalistes anciens et modernes. C’est de là qu’est sortie la Société des Peintres-Orientalistes, dont les petits salons se sont tenus chez Durand-Ruel et depuis quelques années au Grand Palais. M. Marie était sans doute parvenu à y réunir un très grand nombre d’objets où se manifestaient la richesse, la fantaisie et le goût que les peuples de l’Orient avaient toujours apportés à décorer leurs objets les plus usagers; il s’y

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L'EXPOSITION DES ARTS MUSULMANS trouvait même quelques objets de la plus haute et de la plus noble valeur d'art. Mais il semblait qu'on avait agi un peu vite et sans discernement, et qu'un choix sévère n'avait pas suffisamment modéré le désir que bien des globe-trotters avaient eu de montrer publiquement les choses qu'avaient drainées leurs flâneries dans les bazars de l'Orient. Quand quelques passionnés de cet art merveilleux, avec le japonais le plus enivrant du monde, se communiquèrent il y a quelques mois, l'idée de faire une Exposition des Arts de l'Islam, il y eut instantanément une entente unanime de ne pas renouveler ces erreurs. Cette Exposition ne valait d'être tentée que si elle révélait au public les pures merveilles susceptibles d'enchanter ses yeux, d'affiner son goût, de le sensibiliser au point de lui rendre insupportable ce qui ne serait pas dans une chose d'art, richesse et logique décoratives, fantaisie et couleur. Quelles leçons ne devons-nous pas recevoir d'œuvres aussi parfaites! Quelques-unes même ne sont-elles pas dans leur genres le summum de la réussite décorative, la limite qui n'a pas été dépassée, ni même approchée! Est-il céramique décorée aussi parfaite qu'un beau plat de Damas? que certains ensembles de carreaux de revêtement d'Asie Mineure? Y a-t-il au monde des tapis plus extraordinaires d'invention que ceux d'Ispahan? de tissus d'un plus somptueux éclat que certains velours de Scutari, que certains brocarts de Brousse? Cette exposition est donc née de l'intime besoin qu'avaient certains de communiquer leur admiration à leurs semblables, de les convier à une fête artistique où les sens trouveraient à s'enivrer des plus magiques couleurs. Et l'on a vu s'attendrir l'égoïsme bien naturel de tout détenteur de trésor. Il n'en est pour ainsi dire pas dont les portes ne se soient entr'ouvertes; quelques-unes même se sont ouvertes si grandes, que tout ce qu'elles renfermaient s'est trouvé aimanté vers le Pavillon de Marsan. Et l'on n'aurajamais assez de gratitude pour des sacrifices aussi librement consentis. Il suffit de jeter les yeux sur la liste des noms des amateurs qui se sont ainsi laissé dépouiller. L'on verra, quoi qu'on en dise, que le culte des belles choses s'est conservé intact dans cette Ville du goût, et que, pour une collection qui se défait, dix autres VASE, DÉCOR A RUPULETS MONDORÉES Fouilles de Rakka (vallée de l'Euphrate). — XIIe-XIIIe siècle (Collection de M. Mouton) se reforment, qui maintiennent intacte cette réputation de goût curieux et affiné. Cette exposition ne saurait avoir la prétention d'être audessus de toute critique; mais elle est présentée avec goût et elle a ce mérite d'avoir été en majeure partie constituée à l'aide des collections particulières. Il n'est pour ainsi dire pas de séries qui n'y soient représentées, quelques-unes de façon plus ou moins éclatante. Paris a ce privilège que de nombreux amateurs y ont goûté les cuivres incrustés d'argent, que les Anglais, paraît-il, trouvent un peu tristes sous leur climat brumeux. Je ne crois pas qu'il eût été possible, en aucun autre pays, d'en constituer une série plus complète, en de plus magnifiques spécimens. Surprenante aussi est la réunion des Etoffes et des Tapis bien que nos collections aient été décimées par les attaques des Américains qui se sont pris pour ce genre d'objets d'un enthousiasme devant lequel les plus énergiques résistances finissent par capituler. Sans vouloir entrer dans des détails archéologiques qui ne seraient pas ici à leur place, je me bornerai à passer en revue les diverses séries qui se trouvent exposées, en signalant dans chacune d'elles les pièces qui me paraissent offrir le plus vif intérêt historique ou artistique. LA PIERRE ET LE BOIS Il était pour ainsi dire impossible de montrer par quelques monuments importants ce qu'a été en Orient, et particulièrement en Egypte, l'art de sculpter la pierre et le marbre, et cela on ne peut le connaître que par les édifices eux-mêmes, ou par les beaux fragments qui ont été recueillis au musée de l'art arabe du Caire. On en aura cependant une idée par la petite fontaine qu'a bien voulu envoyer M. Stanislas Baron, d'origine espagnole, et surtout par le merveilleux chapiteau provenant de la primitive mosquée de Cordoue prêté par M. Charles Gillot. Très intéressante encore est une belle frise de marbre à inscription provenant d'une maison du Caire et prêtée par M. Georges Coulon. Les quelques morceaux arrachés aux monuments de la dynastie mongole, élevés dans le

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LES ARTS Turkestan à Samarkand, et prêtés par M.M. Kalebjian et Sivadjian, ne donneront qu'une faible idée de la beauté des grands édifices élevés par ce démolisseur effréné, Tamerlan, qui fut aussi un constructeur. Plus nombreux sont les fragments de bois parce qu'il s'est trouvé au Caire au moment opportun, quelques Français, artistes, d'un goût sûr, qui ont les premiers compris l'extraordinaire beauté de cet art, et qu'il fallait en sauver le plus possible de la destruction, et de la rage de démolir qui a sévi au Caire, il y a vingt-cinq ou trente ans. C'est ainsi que M.M. de Saint-Maurice, Ambroise Baudry et Delort de Gléon, ont pu créer là-bas des demeures féeriques, encore aujourd'hui existantes, complètement édifiées avec des matériaux provenant des mosquées détruites du Vieux Caire. Beaucoup de beaux fragments de bois sont venus alors chez nous, n'y ont pas été compris, hélas! et forment maintenant une des plus belles séries du Kensington Museum. Les boiseries prêtées par Madame de Blignières, par Madame Delort de Gléon, par M. Baudry, les morceaux des collections Gillot, Guérin, Kelekian, Dallemagne, ne peuvent rivaliser, bien entendu, avec les surprenants panneaux du mimbar de la mosquée de Touloun. Ils méritent néanmoins d'être examinés et étudiés de près. Un morceau très rare est cette frise sculptée, appartenant à M. Dallemagne, donnant le titre de propriété d'une maison du Caire, l'an 258 de l'hégire. Le procédé de l'assemblage de panneaux polygonaux fut une des spécialités de la boiserie arabo-égyptienne, et fournit matière à la plus surprenante et intarissable invention de formes géométriques et de combinaisons de lignes. Puis, la marquererie en filets de bois de couleur, et en incrustations de petits morceaux ou de filets d'ivoire, apporta à ces travaux une couleur et une richesse de matière qui ravissent l'œil. C'est de cette façon qu'étaient exécutées dans PLAQUE DE REVÊTEMENT (COIN DE FENÊTRE). — FALENCE A REFLETS MÉTALLIQUES Perse, XIVe siècle (Collection de M. Manzi)

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L'EXPOSITION DES ARTS MUSULMANS PLAQUE DE REVÊTEMENT DE FOND DE MIRHAB. — FAIENCE A REFLETS MÉTALLIQUES PERSE, XIVe SIÈCLE. — Collection de M. Manzi

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LES ARTS les mosquées, les mimbars ou chaires à prêcher, les portes de placards, les mirhabs ou niches de prières, et bien des ustensiles du mobilier religieux. Un autre procédé de travail du bois en Égypte a été le tournage dans des travaux qu'on a nommés Moucharabiehs. C'est ainsi qu'étaient construites toutes les baies des maisons qui débordaient sur la rue, comme nous avons dénommé dans nos pays des balcons semblables, les bow-windows. Les moucharabiehs jouèrent dans les maisons un rôle important, servant à y ménager une douce lumière, à permettre à la brise d'aérer les appartements, et à faciliter en même temps aux femmes la vue de la rue, sans que l'œil indiscret du passant puisse les apercevoir. De formes très variées et faisant d'heureuses saillies hors des murs, de belles lignes d'encorbellement, ces balcons de bois donnent toujours aux maisons arabes un très bel aspect décoratif. — Ils offrent une inépuisable variété de combinaisons, soit qu'ils soient produits par le tour, soit que des morceaux découpés en triangles ou en polygones se trouvent combinés avec des pièces tournées. M. Georges Coulon a bien voulu prêter trois charmants panneaux, spécimens de cet art si curieux. Des petits meubles à tiroirs, et des petits coffres, exécutés en ébène ou en noyer incrustés d'ivoire, prêtés soit par Mesdames Delort de Gléon ou de Blignières, soit par M. Baudry, sont des objets d'un goût très sûr, où la décoration florale égaie la surface du bois, et qu'on est sur- Époque Abbasside. — IXe-XIe siècle (Collection de Madame la comtesse R. de Béarn) Trouvée à Nichapour (Perse). — XIe-XIIe siècle. (Collection de M. H. Dallemagne) pris de ne plus voir fabriqués en Orient encore de nos jours, avec un esprit semblable, alors qu'il serait si facile d'en faire revivre la pratique dans des mains qui n'ont rien perdu de leur adresse. LES IVOIRES Dans la série des ivoires purement orientaux, il est assez difficile souvent de discerner ceux qui sont d'origine arabe de ceux qui sont d'origine byzantine, tellement les formules décoratives, venues de la Perse antique, ont pénétré également les deux arts. Les coffrets et les oliphants, par exemple, se présentent ainsi fréquemment pour l'archéologue, avec des origines incertaines. Ce genre d'objets est devenu bien rare; la collection Spitzer en renfermait plusieurs très intéressants : mais depuis sa dispersion, aucune réunion ne s'en rencontre dans les collections pari-siennes. Il a paru intéressant de présenter un objet d'une grande rareté; un autel portatif d'une forme semblable à celle que les émailleurs rhénans ont adoptée pour leurs autels d'orfèvrerie en émaux champ-leves. Ici également, au centre de la tablette, a été réservé un vide rectangulaire, destiné à la plaque de marbre. Les quatre côtés et les frises d'encadrement sont décorés de grands rinceaux sculptés, renfermant des hérons et des lapins. C'est tout à fait l'esprit du décor oriental qu'a dû adopter un ouvrier byzan-tin du xi° ou du xii° siècle. Ce très rare objet d'ivoire, après avoir appartenu à M. Carrand, est aujourd'hui en la possession de M. Boy.

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L'EXPOSITION DES ARTS MUSULMANS Parmi les ivoires de technique purement arabe, le plus ancien, d'une franchise d'exécution et d'une vigueur d'outil tout à fait rares, est un petit coffret à couvercle plat, tout décoré d'ornements sculptés tirés de la feuille stylisée; une inscription d'une beauté de caractères et d'une netteté merveilleuses, nous donne le nom de la ville de Zahrâ (Cordoue la Vieille), et la date de 355 de l'hégire (966 de notre ère). Voici un petit monument précieux, passé de la collection de la Béraudière dans celle de M. Chabrières-Arlès, et qui nous montre l'art extraordinaire des artisans maures de l'Espagne du x° siècle. — Il faut en rapprocher une petite plaque de coffret à M. Alfred André, de travail tout semblable. Une boîte ronde, appartenant à Madame la comtesse de Béarn, décorée de compartiments où sont assez profondément sculptés des bran- chages, des oiseaux, des gazelles accouplées les cous entrelacés, et une frise où alternent des quadrupèdes affrontés et des masques humains, nous rappellent le beau travail de la fameuse boîte du Musée du Louvre au nom d'un khalife de Cordoue, PETITE LAMPE DE MOSQUÉE. — FAIRANCE BLANCHE, INSCRIPTION BLEU FONGÉ Anatolie, xv° siècle (Collection de M. O. Homburg) et est bien significative du bel art de l'Andalousie au xi° siècle. Le couvercle porte une inscription sans signification utile, et paraît de travail postérieur, peut-être du xiii° ou du xiv° siècle. — A peu près de même époque peut être un manche de poignard de la même collection, décoré d'inscriptions et d'en-trelacs assez analogues à ceux qu'on rencontre dans certaines parties d'orfèvrerie émaillée, décoratives des armes, telles que l'épée de Boabdil. Un joli coffret rond, à M. Peytel, porte des frises d'entrelacs, de réseaux ou d'inscriptions en caractères arrondis, portant une formule protocolaire de souverain musulman d'Espagne, sans doute, par le style, de la fin du xii° siècle. Bien qu'ils ne soient pas de façon absolue œuvres arabes, il a semblé acceptable de faire figurer ici deux ivoires admirables. Ce sont deux bras de croix décorés de frises d'animaux passant dans des rinceaux qui, par la fantaisie, le merveilleux parti pris décoratif, sont des œuvres d'art raffinées. D'époque romane du xii° siècle, et tout à fait chrétiens, on ne saurait contester que ces bras de croix ont pu être tra- Clichés Moreau férés. (Collection de M. Raymond Kachlin) PLATS. — FAIRANCE DE DAMAS xv° siècle (Collection de M. Peytel)

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LES ARTS --- vaux de Maures travaillant pour les chrétiens. Ils sont, en tout cas, tout pénétrés d'esprit arabe. Comme le sont d'ailleurs maints détails de la célèbre croix d'ivoire de saint Isidore de Léon, actuellement conservée au Musée archéologique de Madrid. Ces deux ivoires remarquables, appartenant aujourd'hui à M. Doistau, firent partie jadis de la collection Maillet du Boullay, et figurèrent à l'Exposition universelle de 1878. Darcel les avait publiés, assez mal reproduits, dans la Gazette des Beaux-Arts, dans ses études sur l'Art ancien. Nous trouvons sur une boîte carrée de marqueterie d'ivoire et de bois de couleur, appartenant à M. le baron Edmond de Rothschild, deux indications bien précieuses : ce sont deux inscriptions nettement sculptées dans l'ivoire, l'une extérieure, au bas d'un des côtés, donne une signature d'artisan et une origine « Ahmed de Brousse ». L'autre, à l'intérieur du couvercle, indique que l'objet fut fait pour le trésor du sultan Bajazet II, fils du sultan Mahomet II, en 888 de l'hégire (1483 de notre ère). Voici donc un objet inestimable : le seul que je connaisse nous montrant une façon de travailler l'ivoire à la cour d'un souverain turc, en Asie Mineure, au xve siècle. On sait le beau parti que les artisans d'Egypte ont su tirer de l'ivoire, dans l'ornementation du bois, dans les portes ou dans les petits meubles, soit au moyen d'in- crustations, soit en l'utilisant par plaques sculptées généralement d'inscriptions. Il était déjà utilisé ainsi au xive siècle, et d'un usage tout à fait général au xve. Les portes, entre autres, avaient généralement une plaquette rectangulaire d'ivoire à inscription dans la partie supérieure de chaque vantail. D'excellents spécimens en ont été montrés par Mesdames de Blignières et Delort de Gléon, par MM. Charles Gil lot et Kelekian. — D'Egypte encore est une boîte tubulaire tout ajourée d'étoiles, prêtée par M. le baron Edmond de Rothschild, et qui permettra de grouper bien des objets semblables, jusqu'ici assez confusément classés, car nous trouvons sur cet objet une inscription aux noms et titres du sultan Mammlouk Malik Salik, fils du sultan Mohammed, qui régna en Egypte de 1351 à 1354. Une série d'ivoires ne saurait subir encore une clas- Fouilles de Rakka (vallée de l'Euphrate), XIIe-XIIIe siècle (Collection de M. Mutiaux) Valence, XVe siècle (Collection de M. Peytel)

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L'EXPOSITION DES ARTS MUSULMANS Page 9 Text Content sification bien précise, car je n'en connais pas qui par les inscriptions nous aient appris quelque chose de nouveau. Ce sont les ivoires assez nombreux, décorés de sujets peints à la surface. De la collection de M. Homberg sont une boîte ronde portant une frise de cavaliers et des caractères coutiques à formule de bénédiction banale, et un petit coffret présentant des animaux peints au trait noirâtre, un peu verdâtre dans les médaillons. Ces ivoires peuvent être des xiii^e ou xiv^e siècles, sont-ils d'origine syro-égyptienne, ou bien d'origine hispano-moresque? Il est impossible de l'affirmer, bien qu'un bon nombre ait été trouvé dans la Péninsule Ibérique. La série des ivoires n'aurait pas été complète sans quelques ivoires de l'Inde. Les Cuivres Comme je le disais au début de cette étude, les cuivres arabes incrustés d'or et d'argent sont certainement une des branches de l'art oriental vers laquelle s'est portée ardemment, depuis quelques années, la curiosité des amateurs. C'est en même temps une de celles où l'archéologue doit trouver un intérêt considérable. Indépendamment du beau caractère qu'ils présentent, de l'éclat somptueux qu'offre Image Description Caption: PLAT. — FAIENCE HISPANO-MORESQUE XV^e siècle (Collection de M.S. Barduc)

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LES ARTS FAIENCES D'ANATOLIE Ateliers de Sivas et de Kutayeh, — XVIe-XVIIe siècle (Collection de M. Jenniette) leur ornementation due aux matières les plus précieuses, du style des caractères utilisés comme éléments décoratifs, de la noblesse ou de la grâce des sujets de guerre et de vénérerie que renferment des médaillons, — quelques-uns de ces objets offrent un intérêt tout à fait rare dans les monuments de l'art oriental : une inscription qui les date : soit qu'ils portent une date bien précise, soit qu'ils portent un nom de sultan et puissent être ainsi indirectement datés. Parfois l'artiste lui-même n'a pu résister au désir d'y mettre son nom et son origine. L'épigraphie orientale doit donc être ici l'auxiliaire la plus précieuse de l'archéologie, pour étudier une forme d'art qui s'étend sur plusieurs siècles et sur plusieurs régions de l'Orient musulman, et pour contribuer à éclairer l'histoire de ces civilisations par l'étude de leurs monuments. On ne saurait trop louer M. Max van Berchem, attaché à l'Institut national archéologique du Caire, un des meilleurs épigraphistes de l'arabe que nous possédons, qui a consenti à venir relever toutes les inscriptions des ivoires, des cuivres et des céramiques qui allaient se trouver pour plus d'un mois réunies au musée des Arts décoratifs. Il a fait toutes ces lectures avec une conscience et une perspicacité remarquables; et tous les travailleurs doivent lui savoir gré de leur avoir fourni une foule d'indications précises, qui seront d'utiles points de repère pour toutes recherches ultérieures. Ces lectures et ces renseignements permettent-ils d'établir des divisions bien nettes, une classification définitive de tous ces objets de cuivre? Il serait téméraire de l'affirmer. Il paraît certain qu'il y eut des ateliers de ciseleurs de cuivre à Mossoul, en Égypte et en Perse, et il a paru justifié qu'on n'hésitât pas à créer ces trois familles de cuivres incrustés, qu'on peut assez justement distinguer par le style des figures ou le système de l'ornementation, en les rapprochant des pièces datées et avec noms, qui demeurent les pivots autour desquels doit nécessairement tourner la discussion, les points de comparaison auxquels on devra toujours recourir. Mais il parait non moins certain qu'on travailla le cuivre en Syrie, dans l'opulente Damas, sans qu'il soit toujours possible de distinguer certaines pièces sorties des ateliers syriens plutôt que des ateliers de la Mésopotamie. L'existence d'ateliers actifs en Égypte, au Caire surtout, n'est pas plus douteuse. Nous avons pour nous l'assurer de FAIENCES D'ANATOLIE Ateliers de Sivas et de Kutayeh, — XVIe-XVIIe siècle (Collection de M. Jenniette)

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L'EXPOSITION DES ARTS MUSULMANS très nombreuses inscriptions à formules protocolaires, aux noms et titres des sultans ou de leurs émirs, et il n'est pas vraisemblable que des commandes si nombreuses et si importantes aient été toutes exécutées loin du centre demandeur. Mais pouvons-nous être certains d'en avoir pas classé au titre égyptien des pièces qui peut-être étaient venues de Syrie ou du Yemen, et dont la technique et les modes du décor se rattachaient étroitement aux pratiques égyptiennes? Une troisième famille enfin est celle de la Perse, mais là encore la confusion avec certains cuivres de Mossoul ou de Syrie n'est pas impossible, alors que les trois régions se sont trouvées à un certain moment groupées sous le pouvoir d'un même sultan, dont les titres protocolaires inscrits sur un cuivre ne suffisent pas à indiquer une origine bien nette. Quoique des caractères bien tranchés se manifestent sur les cuivres de ces trois ateliers, il est néanmoins prudent de laisser à certaines attributions un peu de flottant. C'est pour ne pas compliquer les choses que tous les cuivres ont été groupés sous ces trois seules dénominations. A quel moment peut-on faire remonter l'art de graver le cuivre en Orient? En l'état actuel de nos connaissances, et en ne se contentant pas de pures hypothèses, on ne saurait monter plus haut que le xive siècle. Il est évident que l'art de décorer le métal a existé chez les peuples orientaux de l'antiquité. Déjà dans quelques objets d'orfèvrerie sassanides, tels que la Coupe dite de Luynes, à la Bibliothèque nationale, apparaissent avec une technique d'ailleurs toute différente, ces scènes de chasse dont les Musulmans aimèrent tant plus tard à décorer leurs cuivres. On a jusqu'ici supposé que c'est dans la vallée du Tigre, à Mossoul, que cette industrie commença à se développer au xive siècle. Dans le bassin supérieur du Tigre occidental se trouve un centre minier très important, Maden Khapour. La montagne voisine, le Magharat, fournit en abondance du minerai de cuivre que les ouvriers grecs, arménien ou turcs, fondent en partie sur place, et dont la plus forte part est expédiée aux cités de la Turquie d'Asie, Diarbekir, Erzeroum et Trébizonde. Cette production a de nos jours beaucoup diminué dans la région, mais, naguère tous les Orientaux, de Constantinople à Ispahan, s'approvisionnaient de cuivre et même d'ustensiles de cuivre battu à Khapour et à Arghana. Diarbekir, dans la vallée du Tigre supérieur, et Mossoul, sur le Tigre moyen, cités puissantes et riches, durent, au moyen âge, utiliser largement les minerais de cuivre de Khapour. Il y a d'ailleurs un fait remarquable, c'est qu'au xive siècle, les monnaies d'argent avaient tout à fait disparu de Mossoul, et avaient été remplacées par des monnaies de cuivre repoussé, et déjà, dans ces monnaies, l'artiste commence à prendre ses sujets dans la vie qui l'entoure. Ce sont même parfois des scènes composées, c'est un souverain assis à l'Oriental; c'est même un cavalier. Il est évident qu'il y eut à Mos-