Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
Page 1
LA RÉVOLUTION FRANÇAISE
A LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE
Comme l’an passé, à la même époque, la Bibliothèque Nationale convie actuellement le public à une Exposition dont l’importance et la puissance évocatrice sont au moins égales à celles qui rassemblaient, dans la Galerie Mazarine, les chefs-d’œuvre des arts et des lettres du siècle de Louis XIV. Les trésors qui sont aujourd’hui mis sous les yeux des visiteurs sont d’un ordre bien différent, puisqu’il s’agit d’une des périodes les plus dramatiques de notre Histoire Nationale, la Révolution Française. Ainsi l’a voulu l’Administrateur général, M.P. Roland-Marcel: par un contraste saisissant, attester que la grandeur de la France dans les heures les plus tragiques, les plus douloureuses et les plus sanglantes, comme aux époques les plus brillantes, ne s’est jamais démentie. Après la majesté et la gloire du XVIIe siècle, l’épopée des victoires révolutionnaires et les créations de la Convention, si foncièrement humaines que le monde entier, depuis lors, en a bénéficié.
C’est à l’enfantement d’un monde nouveau que nous assistons en passant de vitrine en vitrine, devant tant de documents célèbres ou, parfois, très peu connus, mais qui tous, œuvres artistiques ou textes historiques, sont de première valeur pour rappeler, de la façon la plus objective les faits, les hommes, les erreurs et les crimes, mais aussi les incontestables beautés de la Révolution.
Cette Exposition a été formée d’éléments puisés à des sources diverses, mais surtout dans les réserves si extraordinairement riches de la Bibliothèque Nationale. Ses quatre départements ont apporté, chacun, les documents les plus caractéristiques, les plus curieux et les plus rares de leurs séries : autographes, estampes, imprimés, médailles, dont beaucoup n’ont jamais été présentés aux amateurs de souvenirs historiques et qui permettent, même aux mieux informés, de réelles découvertes. Mais, pour assurer à cette manifestation toute son ampleur, la Bibliothèque Nationale a fait appel à la collaboration des Archives Nationales, d’où proviennent une centaine de documents, pièces justi-
---
The Bibliothèque Nationale, just as it did last year at this same season, is at present inviting the public to an Exhibition equal in importance and power of commemoration to that which collected the masterpieces of arts and letters of the Century of Louis XIV in the Mazarine Gallery. The treasures which are at present on view are of an entirely different order, since they have to do with one of the most dramatic periods of our national history — the French Revolution.
This was the wish of the Administrateur Général, M. P. Roland-Marcel: by striking contrast, to prove that the greatness of France in her most tragic and sorrowful moments, just as in her most brilliant periods, is never lessened. After the majesty and the glories of the Grand Siècle we have an epic of revolutionary victories and of the utterly human creations of the Convention — so human that since then the whole world has profited by them.
As we pass from one show-case to the next it seems as if we were present at the birth of a new world, before so many documents which — whether famous or little known, artistic efforts or historical texts — are all nevertheless of primary value in recalling most objectively the deeds, the men, the errors and the crimes, and also the incontestable beauties of the Revolution.
The elements of this Exhibition have been collected from various sources, but especially in the extremely rich storehouse. Each of the four departments of the Bibliothèque Nationale has contributed the most characteristic, the most moving and the rarest documents in their possession: autographs, prints, engravings, printed matter and medals many of which have never before been set out before the lover of historical souvenirs, and which will make new discoveries possible for even the best informed. But to widen the scope of its Exhibition, the Bibliothèque Nationale appealed to the collaboration of the Archives Nationales, whence have come at least a hundred documents which are
Page 2
LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
ÉVÉNEMENT DU 14 JUILLET 1789
JANINET. — DEUX ÉPISODES
DE LA JOURNÉE DU 14 JUILLET 1789. — LAVIS.
ficatives capitales et émouvantes de l'histoire de la Révolution. Les Musées Nationaux, l'Institut de France, Sèvres, Carnavalet, quelques éminents collectionneurs, même le Musée d'Art ancien de Bruxelles, nous ont prêté des dessins, des peintures, des autographes et des objets d'art.
*
Installer la Révolution chez Mazarin, c'est-à-dire dans la grande Galerie du XVIIe siècle de la Bibliothèque Nationale, ne pou-
5e ÉVÉNEMENT DU 14 JUILLET 1789
notable as vindicating and moving evidences of revolutionary history. The National Museums, the Institut de France, Sèvres, Carnavalet, as well as certain prominent collectors and even the Museum of Ancient Art in Brussels — all these have lent drawings, paintings, autographs and objects of art.
*
To set forth the Revolution in the Mazarine Gallery — that is to say the great XVIIth Century Gallery of the Bibliothèque
ANDRIEU.
MÉDAILLE COMMÉMORATIVE, EN ÉTAIN,
DU SIÈGE DE LA BASTILLE.
Page 3
LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
Page 43
Text Content
Left Column:
vait s'entendre sans quelques modifications à la décoration de cette magnifique salle. Sans toucher à son décor, somptueux et si justement admiré, M. Roland-Marcel eut l'ingénieuse idée de suspendre, sous la voûte de Romanicelli, 70 drapeaux copiés d'après des drapeaux militaires et civils d'époque révolutionnaire. Rien n'est plus curieux que la fantaisie avec laquelle furent composés les symboles parfois fort élégants, ou quelque peu naïfs, qui les caractérisent.
Derrière la tribune du Président de l'Assemblée, dans l'ancien théâtre transformé du palais des Tuileries, se dressaient deux longs tableaux, La Déclaration des Droits de l'Homme et La Constitution de 1791, nouvelles Tables de la Loi. Ces deux tableaux, prêtés par le Musée Carnavalet, ont été exposés en bonne place. Aux grands bustes emperruqués de Coysevox, on a substitué des sculptures dues presque toutes au ciseau du grand artiste de la fin du XVIIIe siècle, Houdon. Son Mirabeau, portrait puissant, fougueux et, on le sent, très ressemblant de cet homme génial et monstrueux, est une œuvre maîtresse. Le plâtre original nous a été confié par M. André Camoin. A le contempler on saisit la sincérité de l'apostrophe du célèbre tribun, quand il s'écriait : « On ne connaît pas la toute-puissance de ma laideur. Quand je secoue ma terrible hure, il n'y a personne qui osât m'interrompre. » Bailly, à la figure probe et nette, l'astronome Lalande, grimaçant et vif, l'abbé Barthélémy, paisible auteur du Jeune Anacharsis, le conventionnel Thouret ont aussi été représentés par Houdon et nous exposons leurs bustes. Mais qui croirait que la Révolution ne nous a pas laissé
Right Column:
Nationale — was an impossibility without certain modifications in the decoration of this magnificent hall. Without touching the fine decoration which actually exists, M. Roland-Marcel conceived the ingenious plan of draping under Romanicelli's vault seventy flags; either the originals themselves or copies of military and civil flags of the revolutionary period. Nothing could be more curious than the imagination which invented the symbols — whether full of distinction or of naiveté — which characterise these banners.
Behind the tribune of the President of the Convention in the old transformed theater of the Tuileries Palace,
rung two large paintings, La Déclaration des Droits de l'Homme and La Constitution de 1793, the new Tables of Law. These two paintings, lent by the Musée Carnavalet, are well shown here. Coysevox's imposing bewigged busts have been replaced by sculptures which are almost without exception the work of that great artist of the late XVIIIth Century, Houdon. His Mirabeau, a powerful, tempestuous and undoubtedly excellent likeness of the man both as genius and monster, is indeed a masterpiece. We are indebted for the original plaster to M. André Camoin. As we gaze at it we become convinced of the celebrated Tribune's sincerity in that apostrophy wherein he cried out : " No one knows the total power of my ugliness. When I shake my awful boar's-head no one dares interrupt me ". Bailly with his honest clear-cut face, the astronomer Lalande grimacing and vivacious, the Abbé Barthélémy, the quiet author of the Jeune Anarcharsis, and Thouret, member of the Convention,
---
Image Description
Caption: Bataillon des Feuillans
Source: PLANCHE TIRÉE DE LA « DESCRIPTION... DES SOIXANTE DRAPEAUX DES DISTRICTS DE PARIS » (1790).
---
Page 4
LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
une seule statue de la République ou de la Liberté ?
Enfin, souvenir sensationnel, voici, au milieu de la galerie, la table sur laquelle, selon une tradition, Robespierre, la mâchoire fracassée, fut déposé aux Tuileries, siège du Comité de Salut Public, pendant les dernières heures avant son exécution. Cette table, du début de l'époque Louis XVI, faisait partie du mobilier du Roi dans ce même palais, mais sur les bronzes les chiffres et les fleurs de lys ont été effacés et remplacés par des emblèmes révolutionnaires.
*
Énumérer les objets placés dans les vitrines, ce serait, à nouveau, raconter l'histoire de France entre 1789 et le 18 brumaire. Signalons seulement les principaux ou, tout au moins, quelques-uns des plus dignes de retenir l'attention. Dans la vitrine des précurseurs, on peut voir à côté de l'Esprit des lois de Montesquieu et du Contrat social, un tome du manuscrit autographe des Confessions de Rousseau, et le recueil des Constitutions des États-Unis d'Amérique qui furent si souvent consultées par les préparateurs de la première constitution française. La Révolution, à ses débuts, fut, on peut le dire, très « Louis XVI ». Les documents qui occupent les vitrines des États Généraux, lettres de convocation, discours du Roi, cahiers des Trois Ordres, proclamations et règlements, sont bien imprimés et fort élégamment présentés. Ils portent encore les emblèmes de la royauté et le chiffre du souverain. Mais bientôt tout change. Les privilèges sont abolis, ceux des imprimeurs comme les autres ; les presses se multiplient et des mains d'ouvriers souvent peu expérimentés, en tout cas très pressés, sortent une foule de libelles imprimés sans grand soin,
RELIURE EN MAROQUIN AUX ARMES DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE.
all these have been portrayed by Houdon and their busts are here on view. But who could credit the fact that the Revolution has not left us a single statue of the Republic or of Liberty?
And finally here in the middle of the Gallery stands the most impressive relic of all — that table upon which tradition tells us that Robespierre with his fractured jaw was laid out in the Tuileries where the Committee of Public Safety was sitting, during the last few hours previous to his execution. This table, dating from the early reign of Louis XVI, was part of the royal furniture of this same Palace, but upon its bronzes the initials and the fleurs de lys had been effaced and replaced by revolutionary emblems.
*
To enumerate the objects in the vitrines would be to resume the history of France between 1789 and the 18th Brumaire. We shall only mention a few of these which are the most important or most worthy of attracting attention. In the vitrine devoted to precursors of the Revolution may be seen, alongside of l'Esprit des lois by Montesquieu and the Contrat social, an autograph volume of Rousseau's Confessions and that copy of the Constitution of the United States of America which was so constantly consulted by those charged with drawing up the first French Constitution. We may say that the Revolution was at the outset “ very Louis XVI ”. The documents in the vitrines devoted to the States General — convocations, royal speeches, books of the Three Orders, proclamations and regula-
Page 5
LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
L'ÉGALITÉ DEVANT L'IMPOT. — ESTAMPE POPULAIRE ALLÉGORIQUE, GRAVÉE SUR BOIS.
sur du méchant papier souvent gris ou bleuté. C'est que les événements se précipitent, et quels événements! La prise de la Bastille, la rentrée du Roi à Paris, la Constitution civile du Clergé, la guerre, pour ne citer que ceux-là. Il s'agissait de publier les nouvelles au plus vite pour tirer profit de leur vente, répandre ou combattre une doctrine, alerter l'opinion en faveur d'un parti ou mettre en garde contre tel autre, et chacun voulait dire son mot. Une forme très courante de libelle et d'annonce apparaît alors. C'est le placard, l'affiche. La Bibliothèque Nationale en possède une très belle collection, dont quelques spécimens, les plus typiques, sont exposés. Leur style est parfois lapidaire, d'autres fois très ampoulé. Par voie d'affiches, on annonçait la mise en vente des portes et des charpentes de la Bastille, celle du mobilier des châteaux de Versailles et de Trianon. La déclaration de la guerre, la « Patrie en danger », la condamnation de Louis XVI, de la Reine, de Charlotte Corday et les mesures d'ordre prises pour leur exécution, furent aussi proclamées par affiches. Ceux qui se sentaient menacés imprimaient aussi des placards pour affirmer leur innocence. La Commune de Paris, les sections annonçaient les manifestations, les fêtes, les réunions d'assemblées, les mesures économiques ou les ordres de police par le même procédé. On peut donc supposer, à bon droit, que Paris se réveillait, certains matins, couvert de placards collés pendant la nuit par les autorités les plus diverses ou même par de simples particuliers.
tions — all these are well printed and presented with distinction. They still bear the royal emblems and the monogram of the sovereign. But this was soon to change. All privileges were abolished, including those of the printers; printing presses multiplied and from the hands of workmen often inexperienced and obviously hurried came masses of printed material carelessly prepared upon common grey or bluish paper. The storm was gathering, and what a storm! The taking of the Bastille, the return of the King to Paris, the Civil Constitution of the Clergy, the war — to mention only these. It was urgent that the news be made public with the utmost speed so that it might be sold profitably — or in order to spread or combat a doctrine, animate public opinion on the one side or warn it on the other; everyone had to have his say. At this time appeared a popular form of manifesto — the poster or hand-bill. Of these the Bibliothèque Nationale possesses an exceedingly fine collection, and a few of the most typical appear in the exhibition. Their style varies from the laconic to the most bombastic. The sale of doors and frame-work from the Bastille, as of furniture from the Palace of Versailles and the Trianon—these were announced by means of hand-bills. The declaration of war, the “Country in danger”, the condemnation of Louis XVI, of the Queen, of Charlotte Corday as well as measures taken for their execution were also events proclaimed in the same way. Persons
Page 6
LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
---
HOTEL DE VILLE.
COMITE PROVISOIRE
D'ADMINISTRATION PROVISOIRE.
VENTE
De Menuerries, Meubles & autres Objets provenants des Chambres & Cachots de la Baffille, ainsi que des Matériaux provenant de la démolition, autres que les pierres & moedons.
CETTE Vente confite en Portes très-épaisses; dont plusieurs revêtes de fer, garnies de forts gonds, pentures, verrous, & ferrures de la plus grande force; Croisées de toutes grandeurs, avec & sans espignolettes; Menuerries de toute espèce & Meubles trouvés dans les Chambres & Cachots. Tous ces Objets feront divisés par Lots, & vendus aux plus Offres à d'autres Especheries, dans l'Affilie du Jardin de l'Arfendel, qui borde les Fosses de la Baffille, le Landi, au Août 1789, à deux heures du matin, & à quatre heures de relevée, en présence de MM. Morel, Charpenter, Jolly & Manifier, Commillaires nommés à cet effet, des Architectes chargés de la démolition, & des Officiers du Comité du Diffrêt de St-Louis de la Cultovre, qu'y feront appelés.
On entrera par le Jardin de l'Arfendel.
Les Acquéreurs feront tenus de faire enlever leurs Lots dans les vingt-quatre heures.
Et le Mercredi, 26 Août, & jours suivants, il fera procédé à la Vente des Matériaux provenants de la démolition, autres que les Pierres & Moedons, en commençant par les Plouas, & commençant de foire par les Ferns, Bois de Charpente, Tuiles, Ardelés, Sec.
Ladite Vente fe fera aux Clafes & Condition dont fera domine commodance dans les Bureaux des Architectes chargés de ladite Démolition, telquels Bureaux font établis à la Baffille.
Permis d'imprimer & afficher, au nombre de trois-cents Exemplaires.
Fait au Bureau d'Administration Provisoire, ce 21 Août 1789.
Signé, Chaudour, Président; Grandin, Remard, Chauvin.
---
AFFICHE MUNICIPALE ANNONÇANT LA VENTE AUX ENCHÈRES DU MOBILIER DE LA BASTILLE.
---
VENTE
DE MEUBLES ET EFFETS
DE LA CI-DEVANT REINE,
PROVENANT DU PETIT TRIANON,
EN VERTU DE LA LOI DU DIX-JUIN DERNIER.
Le Dimanche 15 Avril 1791, l'am deuxième de la République que & indivisible, 10 heures du matin, 6 4 heures de relevée, & jours suivants.
SAVOIR:
Tous les matins, BAterrie & uilenfiles de coutume & d'office, feralles & meubles communs.
Tous les jours, Meubles de faute, contillans en Lin avec boites houdies de différentes étalles; armoires, féceratères, commodes, tables, cindoles, partie à deflux de marbre, feux, chaîtes logues, fauteuils, canapès, banquettes, chaises à abreuces de damas, lampas, velours de foie d'Utrecht, & moquette, faronce, verrerie, porcelaine d'office & de table.
Les autres Meubles de toute espèce, & en grande quantité, feront annoncés pas de nouvelles affiches.
Cette vente fe fera en préence des Représentants du Peuple, & des Commillaires du Diltrich, au ci-devant Château de Verfaillies.
N.B. Les Meubles de la ci-devant Lille civile peuvent être transportés à l'étranger, en exemption de tous droits.
Les Commillaires de la Convention Nationale.
CH. DELACROIX, J.M. MUSSET.
---
AFFICHE DE LA CONVENTION ANNONÇANT LA VENTE DES MEUBLES DE MARIE-ANTOINETTE AU PETIT TRIANON.
---
Pendant ces jours troublés, les artistes étaient fort malheureux. La Révolution avait guillotiné, ruiné ou dispersé leur clientèle, les privant ainsi de leur gagne-pain ; et cependant Moreau le jeune, Fragonard, Debucourt, Janinet et bien d'autres ne pouvaient cesser de dessiner et de graver, sous peine de mourir de faim. Nous trouvons donc quelques beaux livres à images, illustrés par eux pendant la Révolution, mais si l'impression est irréprochable et même exemplaire (c'est l'époque des éditions des Didot), le style des artistes se fait sec et leur fantaisie se glace. Il est vrai que le goût du jour est aux Grecs et aux Romains, aux héros de Plutarch, à une antiquité artificielle, mais qu'une mode autoritaire impose rigoureusement, avec tous ses accessoires et tous ses oripeaux. Voici, en exemple, une gravure pour l'un des Contes de La Fontaine édités par Didot en 1795.
On gravait au burin et à l'eau-forte et l'on tirait souvent en couleurs des portraits, des allégories et des sènes d'actualité. Nous donnons ici de beaux spécimens de ce dernier procédé, utilisé par Debucourt, Allix, Sergent-Marceau pour d'admirables planches que les collectionneurs s'arrachent aujourd'hui. Beaucoup moins fines, mais beaucoup moins chères aussi étaient les gravures populaires sur bois et coloriées. Elles sont très rares, ayant été très méprisées : mais l'allégorie de l'Égalité devant l'Impôt, la prise de la who felt themselves in danger likewise had posters printed to affirm innocence. The Commune of Paris and the various districts would give notice of manifestations, fêtes, assembly meetings, economic measures or police orders by similar methods. We may well imagine Paris waking up on certain mornings covered with posters which had been put during the night by most diverse authorities or even by private individuals.
During these times of disturbance the lot of artists was a sorry one. The Revolution had guillotined, ruined or scattered their patrons and thus deprived them of their livelihood ; nevertheless Moreau le Jeune, Fragonard, Debucourt, Janinet and many others besides continued to draw and to engrave under threat of starvation. We therefore possess a number of fine books illustrated by them during the Revolution, but though the printing may be faultless, even exemplary (for this was the period of the Didot, editions), the artists' style had become dry and their imagination lifeless. It is true that the taste of the moment inclined largely to the Greeks and Romans, to the heroes of Plutarch and an artificial antiquity rigorously imposed by arbitrary fashion. As an example we have here an engraving for one of the Contes of La Fontaine published by Didot in 1795.
There was copper-plate engraving and etching, but
Page 7
LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
Bastille, la Fête de la Fédération, le « grand général Buonaparte et la générale Buonaparte » n'en font pas moins les délices de l'amateur, par leur saveur pleine de naïveté. La vitrine du théâtre, non loin, est fort curieuse et nous rappelle, entre autres choses, que Jocrisse, Cadet Roussel et Mme Angot sont nés pendant la Révolution.
On serait assurément quelque peu déçu, si l'on concevait l'Exposition actuelle du seul point de vue de l'art. Il est trop évident qu'ici l'histoire politique, militaire, sociale et économique doit prendre le pas sur toute préoccupation ar-
POILUS DE L'AN II. — SOLDATS DE L'ARMÉE DE PICHEGRU QUI ENVAHIT LA HOLLANDE EN HIVER 1794. — AQUARELLES DE HAUCK.
still more stippling and coloured engraving of portraits, allegories and scenes of current life. We shall reproduce here superb specimens of the last mentioned method used by Debu-court, Allix, and Sergent Marceau for those fine proofs which collectors feverishly pursue to-day. Less fine but also less expensive were the popular coloured wood-engravings. Having been scorned at the time, they are now rare: but the allegories of "Equality Before Taxation", "The Fall of the Bastille", "The Fête of the Federation", Le grand général Buonaparte et la générale
CALENDRIER RÉPUBLICAIN POUR L'AN II (1793-1794), COMPOSÉ ET GRAVÉ PAR DEBUCCOURT.
Page 8
LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
tistique et littéraire, et cette histoire, on la trouve racon- tée dans les vitrines, non seulement par l'image, mais par des imprimés et des manuscrits méthodiquement groupés autour d'un même événement, d'une même personnalité, d'une même époque : Mémoires autographes de Mme Roland, lettres de C. Desmoulins, de Robespierre, de Charlotte Corday, de Fouquier-Tinville, de Semson, testament de Louis XVI procès-verbal de l'exécution du Roi, texte du jugement des Girondins et de la condamnation de Mme Du Barry; plus loin, les diverses constitutions, les traités de Bâle (5 avril 1795), de La Haye et de Tolentino, des lettres de Bonaparte, l'arrêté du Directoire créant l'Ecole Polytechnique (20 février 1796), et le décret de la Convention créant l'Institut (25 octobre 1795). Si, pendant la Révolution, les Lettres et les Arts ne sont pas cultivés, sauf quelques très belles et célèbres exceptions, comme Chénier et David, par des écrivains et des artistes aussi glorieux qu'à d'autres époques, il faut convenir que les savants de ce temps-là étaient particulièrement éminents et nombreux.
La Révolution commit le crime d'exécuter Lavoisier en raison de son ancienne charge de fermier général, mais elle
Buonaparte are no less a joy to the collector for the very flavour of their naiveté. A vitrine devoted to the theater is full of interest and recalls to us that Jocrisse, Cadet Roussel and Mme Angot were all born under the Revolution.
There might be disappointment in store were we to consider this present Exhibition merely from the artistic point of view. It is all too evident that political, military, social and economic history must here take precedente over artistic and literary interest. And history is related in every vitrine — not through pictures alone but by means of printed material and of manuscripts methodically grouped about a single event a single personality, or a single period: autograph memoirs of Mme Roland, letters of Robespierre, of Charlotte Corday and Fouquier-Tinville, of Marie-Antoinette the procès-verbal of the execution of the king — as well as the text of the judgment against the Girondins and the condemnation of Mme Du Barry; further on the various constitutions, the Treaties of Bâle (April 5th 1795), of the Hague and of Tolentino. Also letters of Bonaparte's, the resolution of the Directoire which created the Ecole Polytechnique (February 20th 1796) and the decree of the Convention creating the Institut (October 25th 1795). If during the Revolution
PROCLAMATION DES CONVENTIONNELS ST.-JUST ET LEBAS AUX DAMES DE STRASBOURG.
PROCLAMATION DES Représentans du Peuple.
Les Citoyennes de Strasbourg sont invitées de quitter les modes allemandes puisque leurs coeurs sont français.
A Strasbourg le 25e Brumaire l'an second de la République une et indivisible.
Les Représentans du Peuple près l'armée du Rhin.
Signés St. JUST et LEBAS.
Page 9
LOUIS DAVID. — MARAT ASSASSINÉ. — TABLEAU AUTREFOIS PLACÉ DANS LA SALLE DES SÉANCES DE LA CONVENTION, MUSÉE DE BRUXELLES.
J.-E. BULLIGZ, ÉDIT.
Figure Caption:
À MARAT, DAVID
Source:
J.-E. BULLIGZ, ÉDIT.
Page 10
LE DÉPART POUR LA FRONTIÈRE.
ESTAMPE EN COULEURS DE COQUERET,
D'APRÈS DUTAILLY.
PORTRAIT DU GÉNÉRAL BERTHIER,
GRAVÉ PAR ALIX, D'APRÈS LE GROS.
LE GÉNÉRAL BERTHIER
Le départ pour la frontière est une des plus diverses affections.
Page 11
LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
utilisa les services d'illustres mathématiciens, physiciens, astronomes etc., dont on peut lire les signatures sur le registre de présence de l'Académie des Sciences, le jour où, pour la première fois, Bonaparte, qui venait d'être élu, prit séance.
Nous retrouvons beaucoup de ces savants en Égypte, au pied des Pyramides, où le jeune général, futur Premier Consul, a entraîné l'armée française.
*
Avec cette campagne et celle, si brillante d'Italie qui la précéda de quelques mois, nous parvenons aux dernières vitrines de l'Exposition, qui ne dépasse pas la fin du Directoire.
Et bien que de mai 1789 au coup d'État de brumaire, il n'y ait que dix ans d'intervalle, on mesure l'immense distance qui sépare la société nouvelle de l'ancienne et combien profond fut le changement des idées, des mœurs, de la vie en un mot, après le bouleversement dont l'Exposition de la Bibliothèque Nationale rappelle les phases dramatiques, les actes héroïques, les tares, mais aussi la grandeur.
JEAN CORDEY.
the Arts and Letters were little cultivated (except for a few brilliant individuals like Chénier and David) by writers and artists as great as those of other periods, it must however be admitted that the scholars of that time were especially eminent and numerous. The Revolution made good use of the services of famous mathematicians, specialists in physics, astronomers, etc. We find many of these scholars in Egypt, at the foot of the Pyramids, where the young General, soon to be First Consul, led the armies of France. With this campaign and the brilliant Italian campaign which preceded it by only a few months, we arrive at the last vitrines of the Exhibition — which carries us no further than the end of the Directoire. Although it was but ten years between May 1789 and the Coup d'État of Brumaire, we cannot fail to be impressed by the immensity of distance separating the new society from the old, as well as by the depth of alteration in ideas, habits and life itself that followed upon the great upheaval which is reviewed in all its dramatic and heroic phases — in its defects as in its greatnesses — by this Exhibition at the Bibliothèque Nationale.
JEAN CORDEY.
CHANSON SUR LA PRISE DE MALTE, ILLUSTRÉE D'UNE CURIEUSE GRAVURE SUR BOIS A LA GLOIRE DE BONAPARTE.