Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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LE CYCLE DE LA FLEUR ENFANTS JARDINIERS. — TAPISSERIE DES GOBELINS. CHILDREN GARDENERS. — GOBELINS TAPESTRY. GALERIE ROYALE. — FLORENCE. --- Les mois, qu'en ce moment, nous vivons, une fois de plus, ramènent la beauté, le bienfait et l'énigme de la Fleur. Enigme, bienfaits et beautés inépuisables, à ce point qu'on ne se lasse pas d'interroger, de recevoir, d'admirer, — toutes sensations, idées, émotions, qui, si on en réunissait jamais les études, analyses, chants, descriptions, peintures, formeraient une bibliothèque immense, un ensemble d'images, musée à perte de vue, presque égaux à ceux dont l'humanité elle-même a été le sujet. C'est que les fleurs sont des êtres, respirant comme nous, pensant comme nous ainsi que l'a démontré Maeterlinck, sensibles plus que nous peut-être, et du point de vue de la vie, supérieurs à nous, puisqu'ils peuvent renaître sous la même forme. Malgré la place incommensurable qu'elle a pris dans la vie, et sans doute à cause de cette place même, la littérature et l'art n'ont jamais pu rassembler en un seul résumé tout ce que la Fleur apporte à nos aspirations et suggère à notre pensée. N'est-il pas curieux que l'histoire entière des actions des hommes puisse tenir en certains manuels de quelque huit cents pages, alors que celle de la Fleur serait difficilement contenue dans ces limites ? The succession of seasons has again brought us the beauty, the beneficience and the enigma which lies in every flower. So inexhaustible an enigma, a beneficience and beauty, that we are never wearied of query, acceptance or admiration — of all these sensations, ideas and emotions which, should they ever be assembled as they exist in research, analysis, song and painting would indeed form a vast library. Here would be an infinite museum of imaginative visions almost as numerous as those which have been devoted to the study of mankind itself. For flowers are beings which breathe as we breathe and which think, as Maeterlinck has proved; more sensitive perhaps than we, and from the stand-point of life superior to ourselves in that they may be born over again in the same form. In spite of its incommensurable place in our existence — perhaps because of this very place — neither literature nor art has ever been able to gather into a single summary all that a flower may have suggested to our ideals or contributed to our minds. Strange, that the history of mankind can be encompassed in a manual of some eight hundred pages — whereas the story of the

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE CL. GIRAUDON TAPISSERIE DU XV^e SIÈCLE. XVTH CENTURY TAPESTRY. ARTS DÉCORATIFS. — PARIS. Aussi n'aurons-nous pas la folie, en une simple fan-taisie d'été, de tenter autre chose qu'une indication rapide, légère, d'une assez curieuse évolution dans l'art d'interpréter picturalement les multiples féeries d'une Renaissance éternelle. * L'Antiquité nous est trop mal connue quant à l'intérêt qu'elle a accordé aux fleurs dans son art, pour qu'on puisse en donner un trait absolument juste. Ces fragiles accessoires ont été effacés en grande partie. L'on ne découvre plus guère dans les frises ou au flanc des vases que le principe ornemental. Mais le sentimental nous échapperait complètement s'il ne subsistait pas l'admirable bas-relief grec qui a provoqué l'émotion du monde entier : l'Exaltation de la Fleur. On en peut déduire que les tendresses de la race si parfaite n'étaient pas moins vives, moins lyriques que les nôtres. Et puis, elle avait tout de même créé une déesse spécialement affectée au service des parterres et des prés. Mais encore ici, malgré le petit nombre des décorations et l'assez grand nombre des poèmes, celui qui pourrait consacrer un beau livre à la Fleur dans le monde antique CL. GIRAUDON GÉRARD VAN SPAENDONCK. FLEURS ET FRUIT. — FLOWERS AND FRUIT. MUSÉE DU LOUVRE. Flower could scarcely be confined within such limits. Thus we shall attempt, in this form of a simple summer fantasy, nothing beyond a swift and superficial glance into the curious evolution of the art of picturing the endless enchantments of that which is, in truth, the one eternal Renaissance. Little is known of Antiquity in respect to its attitude towards flowers, so that its importance cannot be determined. Fragile accessories, they have for the most part been effaced — and nothing but the ornamental principle remains — in friezes and in the decoration of vases. But any sentimental significance would be utterly lost to us did we not know that lovely Greek bas-relief which the whole world has so long admired : "The Glorification of Flowers". From this we may deduce that the tenderness of a race so highly perfected was no less lyrical or ardent than our own. Especially a race which had created a special deity for its gardens and meadows. But here again there is fame to be earned by him who — regardless of the scarcity in pictured decoration and the comparative abundance of verse — would compile a superb volume on "The Flower in the Age of Antiquity".

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE CL. GIRAUDON UN VASE DE FLEURS. — TAPISSERIE DES GOBELINS. VASE WITH FLOWERS. — GOBELINS TAPESTRY. FLORENCE GALLERIE DES ARAZZI. J.-B. — MONNOYER. FLEURS. — FLOWERS. MUSÉE DU LOUVRE. ne manquerait pas de s'en acquérir de la gloire. Comment l'Asie, qui ne compta jamais, tant elles sont multiples et complexes, ses richesses et ses ivresses, n'aurait-elle pas triomphé, peut-être plus que toute autre terre dans l'univers, dans la contemplation et l'interprétation des grandes favorites ? La Perse nous en fournit la preuve par ses miniaturistes qui ont glorifié la Tulipe et la Rose, entre toutes. Mais la Chine et le Japon, lorsqu'on les étudie, si peu que ce soit, ont tout aimé, tout compris, tout conquis. De combien de prédécesseurs inconnus sont sortis, rien que pour le Japon, les Sotatsou, les Korin, les Hokousai ? Rien que la pensée en est affolante, et c'est un autre livre, plus difficile et plus subtil encore, qui illustrerait son auteur. Il ne faut pas nous attarder à ce chapitre ; nous aurions plus de peine à nous en dégager que Parsifal des séductions des Filles-Fleurs ! Le Moyen-Age nous ramène à des simplifications, mais profondes. Il a presque créé la Fleur-Emblème, ou tout au moins, attachant sur elle une réflexion intense, il a dégagé de ce qu'elle a de plus insaisissable, ce qu'il y a de plus abstrait. Cela ne l'a pas empêché d'atteindre à une grande perfection ornementale, et les enluminures comme les tapisseries suffiraient à donner naissance à un troisième livre qui pourrait en dire long sur la pensée et l'art floral aux temps du Roman de la Rose. Mais tout ce qui précède n'était, en quelque sorte, que les premiers « mouvements » d'une symphonie qui va It is inevitable that Asia, so careless of her treasures and delights because of their very complexity and range — should excel all other regions in her contemplation and interpretation of this pre-eminent theme. Persia brings witness to bear in her miniaturists, who have glorified the Tulip and the Rose above all. But only a brief study is required to convince us that both China and Japan loved, understood, and made their conquest of the subject. How many unknown predecessors, in Japan alone, were the forbears of the Sotatsou, Korin and Hokousai ? There mere thought is bewildering — and here is matter for another volume, more difficult and subtle still, to be illustrated by its author. But we must not linger here, where we might less easily escape than even Parsifal from among his Flower-Maidens ! The Middle Ages bring us back to simplifications — which are profound. This period practically created the Emblematic Flower, or at least by an intense concentration succeeded in bringing forth the abstract essence of the intangible. And there was at this same time a high degree of ornamental perfection, so that illuminations in colour as well as tapestries of the period would suffice to fill that third volume which should speak at length upon the floral thought and art of an age which produced the “ Romance of the Rose ”. But all that has gone before is but the first movement to a symphony which is on the point of overwhelming us — the access to a garden where we should be hopelessly lost, did we not select only a very few points of outlook.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE BLAIN DE FONTENAY. NATURE MORTE ET FLEURS. — NATURE MORTE AND FLOWERS. GALERIE CORSINI. — FLORENCE. désormais nous déborder, si nous ne choisissons pas simplement un nombre d’aspects. * Et, tout d’abord, se présentent ces étranges spécialistes, ces maniaques exquis, les Hollandais. Voilà en vérité, de bien particuliers anatomistes, des ciseleurs comme on n’en vit jamais ! Ils ne font pas grâce à la fleur, ni à nous, ni à eux-mêmes, d’une veinure, d’un cil vibratile, on pourrait presque dire d’un grain de pollen. Ils sont plus orfèvres que Cellini ou M. Josse. On doute, en s’ébahissant sur leur patience, qu’ils aient pu éprouver dans ce travail de ciselure au microscope, la moindre émotion et qu’ils se soient aperçus, tout en poussant jusqu’à la folie la constatation de sa délicatesse, qu’elle avait aussi un parfum. Et pourtant ces jouets sont merveilleux. Et, de plus, ils étaient nécessaires. Non pas seulement pour l’agrément de la société minutieuse et cossue dont ces peintres étaient les fournisseurs, mais pour une raison beaucoup plus profonde. Il fallait que leur art fût une transition entre la généralisation de la fleur et son individualisation. Quels affreux mots ! mais qui renferment une vérité, un fait. Les grands artistes ou plutôt les grandes écoles du JAN VAN HUYSUM. FLEURS ET FRUIT. — FLOWERS AND FRUIT. GALERIE PITTI. — FLORENCE. First of all we have those amazing specialists — those delightful eccentrics — the Dutch. Here in truth are the veritable anatomists who chisel as no one else has done! They do not spare the flower — nor us, nor themselves — a single vein, one vibrant lash, nor even one grain of pollen. They are greater goldsmiths than Cellini, or M. Josse. Certainly we cannot believe, while yet marvelling at their patience, that in the course of all this microscopic chiselling they could have been conscious of even the faintest emotion — or that they could ever have realized in their mania for the detail of a flower, the fact of its perfume. Yet these are wonderful toys, and they are serviceable as well — not only for the pleasure of the cautious, comfortable burghers for whom the artists intended them, but for a far deeper reason. It was necessary that their art should provide a transition between the generalizing and the individualizing of a flower. Words which are terrifying, but true! The great artists — or rather, the great schools — of the past had marvelled at the flower. Its prodigal beauties could not escape them, as they amply proved. But they seemed unconscious that the flower might be loved lovingly, as one loves a person. A novel like Picciola — old-fashioned yet delightful — would for them have had no meaning The flower might become

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE passé, avant ceux dont nous parlons, avaient admiré la fleur. Sa beauté et ses prodigalités ne pouvaient pas leur échapper, et ils le prouvèrent. Mais il semble qu'ils ne s'étaient pas avisés qu'on pouvait l'aimer d'amour, comme une personne. Un roman comme cette désuète, mais si gentille Picciola, n'aurait pas eu de sens pour eux. Elle pouvait aller jusqu'à être comme le lotus pour les Egyptiens, le chrysanthème pour les Japonais, la tulipe pour les Persans, un emblème, la plupart du temps réduit à devenir géométrique. Mais elle n'avait jamais été prise pour une confidente, et à plus forte raison, ne lui aurait-on pas attribué, comme le grand écrivain cité tout à l'heure, l'intelligence, et comme nos poètes, la sensibilité réciproque. En la décrivant, avec leur incroyable précision, les Hollandais, et telles Écoles du Nord, rappelèrent qu'elle était objet du plus grand prix, et non pas une petite chose qu'on rencontre sur son chemin, qu'on respire un moment, et qu'on jette. Il n'y avait plus après les Abraham Mignon, les Van Huysum, les Van Spaendonck, qu'à l'animer, peu à peu, du souffle humain. C'est ce que commencèrent de comprendre et d'essayer cer- for them — as did the lotus for the Egyptians, the chrysanthemum for the Japanese and the tulip for the Persians — an emblem, usually growing to be geometrical with time. But it had never been admitted as their friend, and consequently never endowed, as by the author mentioned alone, with intelligence — nor with the attribute of a sort of reciprocal sentiment awarded by our poets. The Dutchman and other northerners by their incredible precision called attention to the flower as something precious, not merely a thing beside one's path to be inhaled an instant and then cast aside. After Abraham Mignon, Van Huysum and Van Spaendonck, there remained but the task of endowing it with human breath. This was understood and attempted by certain French masters such as Baptiste Monnoyer, Blain de Fontenay and various other decorators of Versailles—and finally, by Robert. Under his brush the Garland of Julie sealed upon parchment the union if the flower with poetry. What matter if the former were still miniature-like, and the latter quintessential—once the vow had been exchanged. Furthermore, French flower- HOKOUSAI. — CHRYSANTHÈMES. — CHRYSANTHEMUMS. MUSÉE DU LOUVRE. FANTIN LATOUR. PIVOINES. — PEONIES.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE CL. GIRAUDON SAINT-JEAN. LA RÉCOLTE. — THE HARVEST. MUSÉE DU LOUVRE. tains Maîtres français comme Baptiste Monnoyer, Blain de Fontenay et divers autres décorateurs de Versailles et Robert, enfin. La Guirlande de Julie, sous le pinceau de celui-ci, scella, sur le vélin, la nouvelle alliance de la fleur et de la poésie. Peu importe que la fleur fût encore miniaturale et la poésie quintessenciée, du moment que les paroles étaient échangées. D’ailleurs les fleuristes, du XVIIe et du XVIIIe siècles français, avaient amené plus de largeur et de caprice, et certains, comme Desportes et Largillière, commencèrent de traiter la fleur comme une grande dame. Il est une certaine leçon de technique donnée par Largillière, à un de ses élèves, devant un simple bouquet blanc, qui indique que l’on osait, avec ce modèle, procéder comme La Tour avec Mlle Fel ou avec Mme de Pompadour . Toutefois, bien des études de cette époque, pourtant pas si lointaine, ont dû être perdues, c’est-à-dire refroidies, comme la versification de Voltaire avait imposé de refroidir l’expression de situations passionnées. Le XIXe siècle, enfin, dans la seconde moitié de son parcours, affranchit, d’un seul coup, la fleur des liens qui la retenaient encore en tutelle. Elle était la servante des peintres, mais désormais elle devint leur maîtresse. Ils la copiaient, mais après cela ils la subirent, avec délices. Delacroix lui fit de frémissants aveux à Champrosay, CL. GIRAUDON VAN GOGH. — FRITILLAIRES DANS UN VASE DE CUIVRE. SMAKE’HEAD IN A COPPER VASE. MUSÉE DU LOUVRE. painters of the xviiith and xviiiith Centuries had contributed a greater amplitude and imagination, while some of them — like Desportes and Largillière — had begun to treat the flower like a noble lady. There exists a lesson in technique given by Largillière to one of his pupils on the subject of a simple white bunch of flowers which proves that it was possible to proceed with such a model exactly as did Latour with Mlle Fel or with Mme de Pompadour. Nevertheless countless studies of this period must have been lost, or rather — chilled : just as Voltaire’s method of versification had resulted in chilling the expression of many an impassioned moment. The second half of the xixth Century at last witnessed the sudden liberation of the flower from the bondage in which it still remained. Having been the serving-maid of artists, the flower now became their mistress. At first the artists only copied — later they submitted themselves wholly, and with joy. Delacroix wooed the flower tenderly at Champrosay, between the intervals of his fevered epics — while Courbet, massive fellow that he was, became with flowers a lover ardent and accepted. Fantin-Latour in his retirement executed an astonishing number of faultless and life-like flower-pictures, wherein we may trace all the beauty of his restraint

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE dans les intervalles de ses fièvreuses épopées. Courbet, le massif bonhomme, devint, lorsqu'il se trouva en sa présence, un amoureux fort entreprenant et point rebuté. Fantin-Latour, dans sa solitude, accomplit un nombre surprenant de tableaux de fleurs, à la fois impeccables et vivants, où se reflètent toute la beauté de son scrupule, and the fineness of his spirit. Manet evinced his impetuous delight whenever a bunch peonies — let us say — would tempt his palette just as an instrument summons the musician to a prelude. Cézanne brought his glorious impotence to bear upon the flower over and over again, and who knows but that some time his flower- CL. GIRAUDON ÉCZANNE. — DAHLIAS DANS UN VASE DE DELFT. — DAHLIAS IN A DELFT VASE. MUSÉE DU LOUVRE. toute la délicate noblesse de son âme. Manet apporta toute sa joie fougueuse dans les quelques occasions où un bouquet de pivoines, par exemple, tentait sa palette, comme un instrument invite le musicien à préluder. Cézanne y essaya, maintes fois, son impuissance grandiose, et ce sont peut-être ses peintures florales qui seront considérées dans l'avenir comme le plus précieux de tout son bagage. Odilon Redon, malgré l'agrément de ses harmonies, ramena trop la fleur à l'abstraction. pictures may be ranked as the best of all his work. Odilon Redon, although his harmonies are pleasing, reduced the flower to an exaggerated abstraction. Then all at once we have the fire-works of impressionism. Renoir and Monet both flung about a most prodigal arm-full — or rather a meadow-full — of flowers. Renoir especially was capable of losing his head over them, and there are times when with a sudden urge of passion he seems unable to distinguish a flower

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE Et puis, c'est soudain le feu d'artifice de l'impressionnisme. Renoir, Monet, jettent la fleur à pleines brassées, à pleines prairies. Renoir, particulièrement, s'y affole ; il y a des moments où, en réalité, il ne distingue pas la fleur de la femme dans sa fringale de volupté. Dans ces bouquets, ces massifs, ces océans, les décorateurs puisent maintenant sans se lasser, ni sans nous rassasier. Sans doute il y a bien dans ce torrent le véhicule proprement dit, l'onde aquarellifère des jeunes et des vieilles demoiselles, par exemple. Mais n'est-il pas remarquable que de grands talents féminins comme ces deux disparues, Marie Duhem et Louise Breslau aient créé de nouveaux sentiments de la fleur. Jacqueline Marval y a apporté une joie d'enfant tellement ébouriffante que beaucoup de spectateurs ne s'en remettront jamais. Enfin que dire? Mme de Noailles, ces jours derniers, cédait à la curiosité inexorable de chercher si les couleurs lui obéiraient avec le même empressement que les mots et les rythmes et le résultat de l'expérience prouva que quoi qu'ils entreprennent jamais les grands poètes ne nous sont indifférents. Mais nous avons tort peut-être de nous perdre dans les exemples, car il en est toujours d'oubliés. Il nous aura suffi de donner une idée de la courbe immense qu'a suivie dans l'évolution des arts, cette petite chose fragile et puissante, ce rien passager et immortel, la Fleur. ARSÈNE-ALEXANDRE. COMTESSE DE NOAILLES. FLEURS DANS UN VASE. — FLOWERS AND VASE. from a woman. And the decorators of to-day draw upon the wealth of these bouquets and floral masses without tedium to themselves nor to us. From now on we regain the oriental note in the description and psychological analysis of sentiment. In decoration alone the flower had never before played so prominent a part. Doubtless there was trash mingled with this torrent like the water-coloured outbursts of so many ladies both elderly and young. But it is a notable fact that two women painters of great talent — Marie Duhem and Louise Breslau, both of them now dead — have created an entirely new feeling for the flower. Jacqueline Marval has also made her contribution in a childlike joyousness of conception, so stirring that it is impossible to forget. And just lately Mme de Noailles has yielded to curiosity in an attempt to discover whether colour — like words and rhythm — could be induced to obedience. The result of this attempt proves that no great poet may ever be a subject for our indifference. But why lose our way among so many examples, when so many others are bound to be forgotten ? We shall rest content if only we have succeeded in outlining the great curve which illustrates the evolution in art of that little thing at once so powerful and frail — that transient and immortal trifle which is a Flower. ARSÈNE ALEXANDRE. MARIE DUHEM. — NATURE MORTE ET FLEURS. NATURE MORTE AND FLOWERS.

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VUE D'UN JARDIN D'AGRÉMENT AU MOYEN ÂGE DANS L'ENCEINTE FORTIFIÉE DU CHATEAU. VIEW OF A GARDEN AT AGREMONT IN THE MIDDLE AGES IN THE FORTIFIED ENCLOSURE OF THE CASTLE. DOMAINES Les jardins de l'esprit sont des jardins d'hiver, les jardins du passé sont jardins pour l'été, car beaucoup se survivent, disséminés parmi les contrées de la terre, où, par les claires saisons, nous adorons nous promener. Jardins pour l'été les parcs, et surtout les domaines, ces morceaux de nature composée, qui n'ont point d'autre fin que celle de plaire aux plus artistes d'entre nous ; jardins pour l'été ceux qui naquirent au soleil des siècles éblouissants et qui sont destinés, comme toutes les choses, à d'impitoyables et certaines automnes. Promenons-nous donc dans les bois et dans les prairies, organisés encore selon les principes qui fixèrent leur apogée, puisqu'il nous est loisible d'en retirer, avec des visions très belles, de hautes leçons d'esthétique. The gardens of the mind are winter-gardens — while gardens of the past are gardens for summer, as they survive so plentifully distributed all the world over, and in fine weather afford the delights of many a leisurely walk. “Summer gardens” include both parks and estates — those bits of pre-arranged nature which have no other end but that of pleasing the more artistic among us; summer-gardens are also those which had their origin under the sun of splendid centuries and which are destined, like everything else, to inevitable, pitiless autumns. Let us therefore wander in these woods and meadows — planned according to the rules which determined their apogee — since we are entitled to extract from

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE VUE DES PARTERRES RENAISSANCE DU CHATEAU DE BLOIS. — CES PARTERRES SONT RENFERMÉS DANS DES ENCLOS COMPLÈTEMENT INDEPENDANTS DU CHATEAU. RENAISSANCE "PARTERRE". — CHATEAU OF BLOIS. — SITUATED ENTIRELY INDEPENDANT OF THE CASTLE. Primitivement, nos aieux se contentaient de parcelles de terrain divisées en carrés, forme la plus élémentaire et la plus accessible aux premiers degrés de civilisation ; ils ne se préoccupaient point de satisfaire leur cinquième sens, la vue, mais seulement un des moins évolués, le goût. En effet les ébauches de nos jardins et, par extension, de nos parcs et de nos domaines, n’avaient d’autre but que celui de fournir, à leurs créateurs, les légumes et les fruits dont ils composaient leur habituelle nourriture. Nés potagers, les jardins ne tardèrent pas à s’agré- menter de fleurs, d’abord, puis de palissades, d’arbres, aux essences purement décoratives, disposés bientôt en quinconces, enfin de divers motifs leur faisant perdre, de plus en plus, leur caractère purement utilitaire du début, tels que bancs, bassins, statues, etc... Arrivés à ce stade, où déjà s’affirmait un luxe recherché, certains jardins, alors détenus par des mains magnifiques, s’étendirent, devinrent des parcs, lesquels ne tardèrent pas à se développer encore, gagnant peu à peu les environs immédiats, englobés sous un terme général de dépendances. L’ensemble composait le domaine que l’on pouvait dès le XVIIe siècle, diviser en trois parties bien distinctes, celle du décor proprement dit, celle des bois, et celle des fermes. En ce temps-là, les seigneurs inoccupés passaient la majeure partie de leurs journées à diriger l’administra- them both lovely pictures and a fine lesson in aesthetics. Originally our ancestors were satisfied with bits of land divided into squares — the form most elementary and most accessible to even the crudest degree of civilization ; they were not concerned with gratifying their fifth sense — that of sight — but only one far less evolved — that of taste. For in fact the plans for our gardens, our parks and estates had no purpose other than that of supplying their creators with the vegetables and fruit which formed their accustomed diet. Intended as they were for vegetables, these gardens however speedily adorned themselves with flowers, first of all — then with hedge-rows, trees of a purely decorative order which were before long arranged in the form of a quincunx, and finally, with all sorts of motifs which robbed them more and more of their purely utilitarian character — such as benches, ponds, statues, etc. Having arrived at a point which proclaimed the refinement of luxury, certain gardens, till then confined by some lavish hand, developed into parks, which in their turn speedily spread out over those immediate surroundings that had till then been merely known as dependences. The whole thus formed an estate; which, from the XVIIth Century on was divisible into three separate portions : the decorative part, the woods and the farm

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE 367 VUE GÉNÉRALE DU PARC DE LIANCOUR, MONTRANT OU EN ÉTAIT L'ART DES JARDINS AVANT LE NÔTRE. VIEW OF THE PARK AT LIANCOUR SHOWING THE POINT OF DEVELOPMENT REACHED IN GARDENING BEFORE LE NÔTRE. --- tion de leurs terres, parfois aussi vastes que de petites provinces, et une extraordinaire émulation les poussait, les uns les autres, à parachever la beauté de leurs possessions, et un orgueil très noble à vouloir vaincre toutes les difficultés pécuniaires et pratiques afin d’atteindre le maximum de la grâce ou de la majesté. Sous la Renaissance, les propriétés, destinées uniquement à la chasse, n’atteignaient pas, à beaucoup près, les dimensions que plus tard allaient connaître les mises en parcs purement architecturales. L’effet général fut surtout recherché pendant le siècle de Louis XIV ; l’unité des jardins et de l’habitation primait absolument toute autre notion plastique, dans l’intérêt de la somptuosité, alors triomphante. À la fin du XVIIIe siècle, le luxe spécial des grandes demeures se mit à décroître ; les encyclopédistes aménèrent une réaction, une conception sentimentale, de l’art des jardins, qui nuisit aux domaines par l’introduction de la nature (période paysagère amoindrissant l’idée première). Le règne de Napoléon III vit finir cette conception, puis il vit la nature faire place à sa parody, décadence totale. En 1878, les jardins, dénommés anglais, se fanaient, enfin démodés, dans l’esprit de ceux qui les détenaient et ce fut de nouveau la recherche architecturale, intégrale, non une copie mais une adaptation rationnelle et logique des principes fondamen- In those days the nobles, being otherwise unoccupied, passed the greater portion of their time in the administration of their properties — which sometimes equalled a small province in size, and a remarkable spirit of competition urged them on to develop the beauties of their land — with an admirable pride in surmounting all pecuniary and practical obstacles in order to attain the maximum of beauty and dignity. During the Renaissance, properties reserved solely for hunting purposes were far smaller than were, later on, the purely architectural parks. During the period of Louis XIV, the general effect was the chief aim, and the conception of unity as to gardens and buildings took precedence over every other plastic idea — especially when it came to splendour, which was the triumphant note. At the end of the XVIIIth Century the magnificence of great estates began to decrease ; the Encyclopedists brought about a reaction — a sentimental conception of art which was harmful to the estates through its introduction of the idea of “nature” (the landscape period thus proving detrimental to the primary plan). The reign of Napoleon III witnessed the end of the conception, and then beheld nature replaced by its parody — a total decadence. In 1878 what were known as English gardens — being already out of date — vanished by degrees from the minds of those who