Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
JANVIER 1925
SOMMAIRE
77 ILLUSTRATIONS DANS LE TEXTE
- ARSÈNE ALEXANDRE
- Puvis de Chavannes glorifié — De Rodin à Desbois.
- 3 Illustrations.
- HENRI CLOUZOT
- Les Arts Appliqués au Salon d'Automne.
- 33 Illustrations.
- GEORGES LOUKOMSKI
- Quelques Objets d'Art français retrouvés dans les Palais Impériaux de Russie.
- 19 Illustrations.
- PAUL-SENTENAC
- Le Musée de la Légion d'Honneur.
- 18 Illustrations.
- PIERRE LORTHE
- Pour l'Intérieur moderne.
- 3 Illustrations.
- LE CURIEUX
- Le Carnet d'un Curieux.
- 1 Illustration.
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Jeanne Lanvin
Couture, Mode, Fourrures, Lingerie
22, Faubourg Saint Honoré, Paris.
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PUVIS DE CHAVANNES GLORIFIÉ DE RODIN & DESBOIS
Le monument à Puvis de Chavannes vient d'être enfin inauguré, presque à la veille de Noël 1924. Le grand poète était mort le 24 octobre 1898. C'est donc vingt-six années qu'il lui a fallu attendre cette commémoration. Etant donné le train où vont les morts, c'est-à-dire infiniment plus vite qu'au temps de la célèbre ballade de Bürger — toute la différence qui s'est produite entre les diligences et les aéros — la mémoire de Puvis aurait grand risque de ne survivre que par ses œuvres, ce qui était d'ailleurs l'essentiel. Tant de gloires qui se dressent dans nos squares et sur nos places ne connaissent plus d'autre forme de survie que sous les espèces de bronzes ou de marbres, généralement critiqués ! Notre grand peintre du Bois Sacré n'aura donc pas eu, eu égard à la dureté des temps pour les hommes de génie, une trop mauvaise part : un hommage pas encore trop tardif, et un monument d'une réelle beauté.
Il est vrai de dire que cette véritable victoire de l'esprit sur le matérialisme de nos jours n'aurait jamais été remportée sans le dévouement acharné de quelques amis fidèles, et d'un, tout particulièrement, lui-même admirable par l'œuvre comme par le caractère : Albert Bartholomé. Il sera curieux de raconter un jour, en détail, les difficultés, capables de décourager tout autre que cet intraitable honnête homme, par lesquelles évolua ce monument, si facilement accordé parfois. On peut cependant, aujourd'hui que tout est bien qui finit bien, en donner un simple croquis.
Certes, Rodin fut un caractère aussi vague et flottant que son génie était large et puissant, ce qui n'est pas peu dire. Lorsque la gloire lui fut enfin venue — ne le posons plus, suivant l'usage actuel, en victime, car plus d'un de ses illustres prédécesseurs ne la connut jamais en ce bas monde — ce fut une fureur de lui commander des choses monumentales. Il était bien temps ! Vers 1890, on l'avait découragé à jamais d'accomplir de ces grandes entreprises, en infligeant à son magnifique projet du Victor Hugo pour le Panthéon, des restrictions et des obstacles réellement outrageants et indignes. C'est uniquement, grâce à une combinaison imaginée par l'excellent Dujardin-Beaumetz qu'a été sauvé le marbre du Palais-Royal, lequel d'ailleurs subit les conséquences de l'âge où Rodin n'était plus autant lui-même et fatiguait ses œuvres au lieu d'en triompher.
Mais toujours est-il, qu'après l'Exposition particulière qu'il fit de tout ce qu'il avait produit ou projeté, en 1900, dans un pavillon du Pont de l'Alma, le succès s'abattit sur lui comme un cyclone. Succès d'argent de la part des riches particuliers, qui se disputèrent des quantités d'exemplaires uniques, bronzes admirablement patinés par Limet, et marbres auxquels Rodin, qui en surveillait l'exécution il est vrai, ne se gênait pas pour raconter qu'il n'y avait pas donné un coup de maillet ni même de gradine. Succès aussi de réputation qui lui valait, de la part de comités venant des cinq parties du monde, assez de commandes monumentales pour occuper sa vie jusqu'à la fin du xx° siècle, au moins.
Or, le bon Rodin ne savait pas refuser, mais il avait le don d'accepter avec une résignation tout à fait souriante, qu'on pouvait prendre pour une formelle promesse. C'est ainsi que, suivant la règle du moment, le Comité Puvis de Chavannes alla droit à son atelier et obtint de lui une adhésion enthousiaste. Alors, ceux qui connaissaient le dieu (ce qui ne les empêchait pas de l'aimer) purent concevoir les plus vives inquiétudes sur la date de la glorification d'une autre divinité de l'art qu'ils aimaient non moins profondément.
D'ailleurs, comment aurait-on pu faire autrement ? Si, sous le coup du grand deuil de l'art par suite de
DESBOIS. — LE MONUMENT A PUVIS DE CHAVANNES.
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la mort du peintre, on avait commandé son monument à tout autre qu'à Rodin, la presse aurait jeté les hauts cris et le public se serait indigné. Heureux temps, tout de même, où l'on savait à quoi s'en tenir.
Cependant, il restait aux sceptiques eux-mêmes un certain espoir. Quelques années auparavant, Rodin avait fait de Chavannes le très beau buste que tout le monde connaît. Digne hommage d'un Maître à un Maître. Il y avait eu, toutefois, un léger désaccord entre eux, à l'occasion même de ce superbe morceau. Rodin avait conçu son Puvis avec le col et la poitrine nus, arrangement qui donne un si magnifique style au Dalou. Puvis mettait une certaine coquetterie (témoins le grand portrait par Bonnat où la redingote et le verre d'eau donnent une si étrange idée du poète de Marseille, porte de l'Orient), à passer à la postérité sous la figure et le costume d'un parfait diplomate. Il fallut lui mettre ce semblant de faux-col et cette amorce de revers qui s'arrangent assez maladroitement avec le mouvement.
Quoi qu'il en soit, ce buste de Chavannes, c'était déjà un commencement de monument. Hélas ! ce fut au contraire, si l'on peut dire, la pierre d'achoppement. Si Rodin n'avait jamais fait le buste, il aurait été capable d'inventer dans un élan, une superbe évocation du personnage, avec toute autre figure plus ou moins symbolique. Mais le buste était buste et buste devait demeurer. Rodin s'ingénia de mille façons à le combiner avec une figure qu'il avait conçue à part, et, croyons-nous, nullement en vue du monument. On en voit ici la reproduction. C'est, comme on le remarquera sans doute au premier coup d'œil, une réminiscence très libre et d'ailleurs fort belle, du célèbre antique dit le Génie du repos éternel. Rodin appuya d'abord son Génie contre un arbuste, puis il plaça le portrait sur une stèle. A un moment, le buste reposait sur une petite table toute unie, une simple table de cuisine. Cela n'allait pas davantage : on ne comprenait pas ce génie contre un arbre, auprès de ce buste sur une table... Et puis Rodin finit par laisser le tout de côté. Et, quelque remarquable que fût la grande figure à laquelle avait travaillé un de ses meilleurs collaborateurs, quelque historique que fût l'effigie de Puvis, il fallut bien reconnaître après la mort de Rodin, que l'on ne pouvait pas utiliser les disjecti membra pictoris.
C'est alors qu'Albert Bartholomé, qui n'était et ne fut jamais homme à renoncer à une belle cause, surtout quand elle est désespérée, finit par faire adopter par le Comité l'idée de faire exécuter un monument par Desbois. Il suffit que le nom d'un des plus grands statuaires modernes eût été mis ainsi en avant pour que les choses finissent par prendre une tournure plus rapide et décisive. Le puissant sculpteur, auquel l'art français sera redevable, entre autres, et pour ne parler que de temps récents, du Monument aux morts d'Angers, mit non moins de couleur, d'émotion, de vie dans cette Musée de Chavannes, qui va rendre l'honneur au petit square que n'embellissait pas précisément le mémorial de l'honorable Recteur Gréard. Il aurait même été très bien que l'on transportât ailleurs cette composition et que l'on laissât Chavannes seul maître du jardin, en face l'édifice qu'il a à jamais rendu un lieu de pèlerinage pour l'avenir, avec sa pure et majestueuse décoration de l'hémicycle. Mais on ne peut pas tout avoir.
Qu'il nous soit permis de noter en passant, que Chavannes nous a souvent dit personnellement, que c'était celle de ses grandes œuvres pour laquelle il avait une prédilection sans rivale.
Tout ce que nous venons de raconter est sans doute un peu futile. L'ombre du Maître que nous avons chéri n'en sera nullement offusquée. Il aimait la plaisanterie et savait lui-même la manier avec élégance. Il n'y avait qu'une chose qu'il ne pardonnait point : la fausseté.
Voilà que nous venons de nous laisser aller encore à l'anecdote. Mais ce ne serait inexcusable que si nous devions finir là-dessus. Ce que nous nous sommes pro-
CL. RENAISSANCE
RODIN. — GENIE. — ESQUISSE.
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posé, au contraire, c'est de faire comprendre pourquoi l'on doit attacher un sens particulier à l'inauguration de ce monument, et pourquoi il a une grande importance pour les choses de l'esprit.
D'abord c'est quelque chose de nullement négligeable qu'une très belle œuvre s'érite dans un lieu passager. Tant de carrefours, de jardins et de rues de Paris affligent nos regards et consternent notre esprit, qu'on se réjouit de pouvoir reposer sa pensée sur une vision aussi forte et à la fois aussi suave que celle où Desbois a si profondément interprété le deuil de la Muse picturale et s'est élevé à une hauteur, voisine de l'art même qu'il devait célébrer. Rare réussite, en vérité. Rappelez-vous seulement l'amoncellement bizarre, l'en-tassement froid et sous certains aspects, ridicule, par lequel on est parvenu à « glorifier » Victor Hugo. Le modeste et exquis et cependant si pénétrant hommage à Puvis, merveilleux de modelé, exemplaire de tact et de goût, nous offre donc ce spectacle trop peu fréquent d'une haute pensée traduite par une pensée adéquate.
C'est une des raisons déjà, pour nous féliciter de voir cette leçon et cette joie, offertes à la jeunesse, entre le vieux palais de Julien et les richesses vénérables de Cluny, et l'immense Sorbonne où s'élaborent les secrets de l'avenir intellectuel.
Mais c'est, en même temps, un appel à la méditation sur l'œuvre même et la carrière d'un des plus grands Maîtres de l'art français. Parfois la mémoire de nos génies paraît sinon s'éclipser, du moins n'être entretenue que dans l'ombre de ce que Montesquiou appelait les « autels privilégiés ». Il n'y a point en réalité de fléchissement, mais les choses admises sont silencieuses autant qu'elles sont fortes. Toutefois il est bon qu'une date et une pierre se dressent en leur honneur sur la route.
En cette fin de l'année 1924, année où ceux qui viendront plus tard verront beaucoup plus clair que nous, c'est-à-dire discerneront, mieux que nous, ce que nous avons pu faire et dire de bien, tandis que surtout, c'est le mal qui frappe nos oreilles et affecte les esprits portés au doute et à la crainte, trois grandes cérémonies symboliques auront eu lieu presque coup sur coup.
On a conduit au Panthéon un homme qui brilla et domina par le prestige de la parole ; nous sommes ici dispensés d'émettre une opinion sur les convictions que cette parole propagea ; la constatation suffit pour notre thèse. En second lieu on mena le convoi funéraire d'un autre homme qui séduisit par l'écriture ; on sait de quelle grâce se para la marche ondoyante et diverse de sa pensée. Enfin voilà célèbre après un quart de siècle le bienfait d'un des plus grands inventeurs de poétiques spectacles que l'art de tous les temps ait inspirés. Or, remarquez-le, — et cette remarque tient particulièrement à cœur à cette Revue qui soutient la renaissance perpétuelle de l'Art Français — ces trois génies sont des génies latins.
Il est certain que celui, qui a ouvert sur l'infini tant de merveilleux horizons en France et jusqu'au delà de l'Atlantique, fut bienfaisant entre tous. Entrez au Panthéon, à la Sorbonne, à l'Hôtel de Ville, au Musée de Lyon, à ceux de Rouen et de Poitiers, ou bien retrouvez votre patrie à la Bibliothèque de Boston, en tous ces lieux Puvis de Chavannes vous apportera une joie ou une consolation, vous fera retrouver un moment le rêve et la foi. C'est ce bienfait, qu'en plein Paris de jeunesse et d'étude, ce monument exquis rappellera aux passants.
ARSÈNE ALEXANDRE.
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ALFRED LEVARD. — UNE PISCINE DANS UNE VILLA SUR LA CÔTE D’AZUR.
ÉDITÉ PAR L’ATELIER PRIMAVERA DES MAGASINS DU PRINTEMPS.
LES ARTS APPLIQUÉS AU SALON D’AUTOMNE
Le Salon d’Automne ferme le cycle des Expositions d’art décoratif de 1924, ou, pour mieux dire, du premier quart du XXe siècle. C’est une date. Pour la postérité, elle marquera la fin des années d’enfance et d’adolescence de l’art vivant, de cette période de tâtonnements et de luttes qui aura vu passer le modern style, le style naturiste et triompher le style d’à présent, encore sans nom, mais qui en prendra un quand la mode, exigeant de nouvelles formes, aura relégué les nôtres dans le grenier aux vieilleries.
Vingt-cinq ans ! Ce n’est pas trop pour implanter un goût mobilier quand on songe que la manie du vieux neuf et des formes empruntées au passé régnait en France depuis plus d’un demi siècle ! Demain l’art jeune et vivant entre dans l’âge mûr. Il en prend déjà le sérieux et la gravité dans les stands du Salon d’Automne.
C’est en effet un peu le temple de la Sagesse que le Grand Palais, tel que l’ont garni les meubliers de 1925. Les Expositions précédentes nous avaient habitué à plus de recherches audacieuses. Mais il n’est peut-être pas mauvais de montrer, à la veille de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs Modernes que le goût français quand il le veut, sait s’assagir et se mettre à la portée des préférences bourgeoises.
On aurait tort de prendre cette remarque pour une critique. N’est-il pas naturel que nos meubliers réservent pour le grand tournoi international leurs idées nouvelles ? Ce qui doit nous étonner n’est pas de rencontrer au Salon d’Automne un si petit nombre de créations intéressantes ; c’est, au contraire, d’en découvrir autant. Sans doute beaucoup de nos décorateurs — et non des moindres — se sont contentés d’envoyer une carte de visite : Joubert une coiffeuse en palissandre, Dufrène la monture d’un écran dont la tapisserie a été exécutée à Aubusson d’après un attrayant carton floral de Main-gonnat, Sue et Mare un secrétaire en amboine, Bagge une commode de salon, Chareau un meuble en palis-sandre et ébène macassar, Prou un secrétaire en bois des îles et ivoire. Mais d’autres meubliers se manifestent par des ensembles plus importants.
La chambre à coucher acajou et ébène que Mme Lucie Renaudot a composée pour la maison Dumas, dans une note calme et volontaire, assortie à la chaude tonalité d’une tenture grenat, est parmi les meilleures. J’en
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EDGAR BRANDT. — L'OASIS, PARAVENT. — FERRONNERIE.
CL. RENAISSANCE
GEORGES SAUPIQUE. — LE CHAMPAGNE. — LE CAFÉ. — BAS-RELIEFS.
CL. L. CHIFFLOT
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dirais autant de la chambre à coucher de Paul Follot, en palissandre et amboine, rehaussé d’ivoire, confortable et somptueuse, comme aime à les réaliser ce bel artiste. Le cabinet de travail en palissandre de Rio, par René Crevel, édité par Kriéger, le fumoir de Djo-Bourgeois — un peu rustique mais garni d’une si jolie cretonne ! — la bibliothèque gaïac et poirier de Kohlmann, édités l’un et l’autre par le Studium-Louvre, le meuble-bibliothèque en palissandre de Rio, dessiné par Montagnac pour les établissements Sangouard, la salle à manger en acajou de Favre, la bibliothèque et les deux fauteuils en ébène macassar de Leleu, affirment les belles qualités de notre jeune École d’ébenisterie : simplicité et élégance des lignes, choix des beaux matériaux, exécution impeccable, sobriété du décor. Quelques nouveaux venus ont pris rang parmi ces Maîtres des bois précieux : Guénot — dessinateur de Pomone — dont la petite salle à manger en noyer sculpté, un peu rigide de lignes, ne manque pas d’agrément, Gauthier, une maison lorraine de grande production qui cherche à se renouveler, dans une salle à manger acajou médiocrement originale, Mme Renée Kinsbourg, dont la personnalité n’est pas encore dégagée, mais dont les meubles en merisier et sycomore sont pleins de promesses.
L’atelier Primavera a réalisé un ensemble architectural imposant, sous la direction d’Alfred Levard, de Ruhlmann et de Mme Chauchet-Guilleré. Il y a dix ans, le mortel fortuné qui aurait eu à faire meubler une villa sur la Côte d’Azur se serait adressé à un tapissier notoire, fournisseur des ambassades et des cours étrangères, qui lui aurait composé un ensemble Louis XVI ou Directoire, garanti pur style. Les temps sont changés. Nos grands magasins ont constitué des équipes de talents jeunes, originaux, inventifs, qui sous la direction d’un Maître de l’œuvre — Dufrène, Follot, Ruhlmann ou tout autre — réalisent pour leur clientèle un décor accordé au rythme de la vie moderne, avec la même richesse, mais avec le goût et l’art qui manquaient aux pasticheurs du passé. La piscine (accompagnée de son boudoir et de sa salle à manger), exposée par Primavera, avec ses meubles de Sognot et de Guillemard, ses tapis de Thomas, ses sculptures de Joseph Bernard, est une des attractions du Salon.
L’ensemble ferro-nnier d’Edgar Brandt en est une autre. Consoles, entourages de glace, appliques, lampadaires garnissent une estrade où s’érige le plus étonnant ouvrage qu’on ait encore osé réaliser en fer : un para-vent en plusieurs feuilles dont le remplissage est fait de jets d’eau retombant et de feuillages d’eaux d’une virtuosité inouïe. Travail de forge ? Il serait impropre de lui laisser ce titre. Seule la soudure autogène permet ces prouesses interdites aux grands serruriers du XVIIIe siècle, qui n’avaient ni nos fers, ni nos procédés d’exécution. Il faudrait créer un nom pour ces belles mosaïques de fer, et je n’ose proposer le néologisme « autogénie », qui mal prononcé ferait songer au cinéma.
Il y a autant d’élégance et de robustesse dans les supports de table et de banquette en fer forgé par Raymond Subes, superbe décoration pour une salle des gardes, dans quelque demeure historique. Marcel Schenck expose un solide travail de forge, porte charretière pour maison de campagne ; Brégeaux, un bon ensemble de ferronneries, qui ne valent pas cependant celles de Genet et Michon. Je remarque deux nouveaux venus, René Gobert — appliques et encadrement de glace — et Jean Spiri, marteau habile.
Le travail du cuivre en dinanderie fait défaut à ce Salon, comme aux précédents, bien qu’une suédoise, Marta of Ekenstam, ait réalisé un combat de coqs qui ne manque pas d’allure. En revanche le cuivre allié aux métaux précieux est excellemment traité par Linossier,
CL. RENAISSANCE
JOUBERT ET PETIT. — UNE COIFFEUSE EN PALISSANDRE.
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RENÉ CREVEL. — CABINET DE TRAVAIL EN PALISSANDRE DE RIO.
CL. RENAISSANCE
SUE ET MARE. — C¹⁰ DES ARTS FRANÇAIS. UN MEUBLE.
CL. PAUL BARON
MAURICE DUFRÈNE. — UN ÉCRAN. TAPISSERIE DE M. MAINGONNAT.
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JULES LELEU. — FAUTEUIL ET CHAISE, ÉBÈNE DE MACASSAR.
Pierre Carrel, Jean Serrière, surtout, dont la bouteille, les vases, les coupes en cuivre et argent battus sont des ouvrages de Maître. Quant à l'argenterie, si longtemps rebelle au modernisme que seuls les étrangers nous présentaient des modèles acceptables, elle se renouvelle avec les vases, les coupes, les cadres de Miault, ciselés et revêtus d'émail, avec les travaux en repoussé de Monod-Herzen, avec les accessoires de toilette de Gérard Sandoz, un de nos plus jeunes orfèvres, doué d'un sentiment très vif du décor original et des formes neuves, avec les pièces de service de toilette d'Armand Rivir, auteur également du fusil d'honneur (rien d'une arme à feu) destiné à récompenser le meilleur cuisinier de France. J'allais oublier l'intéressante applique de bronze argenté, à motif de fleurs stylisé, modelé par le sculpteur Binquet pour la porte d'entrée de MM. Michon et Pige, excellent exemple de décoration moderne appliquée à l'architecture.
Le verre — est-il besoin de le rappeler ? — profite largement des préférences du public pour les formes originales et pour les belles matières. Marinot, le Maître des patines rares et des pâtes précieuses, Argy-Rousseau, Heiligensten, Platon, Goupy, Jean Sala, Luce, se jouent des plus délicates techniques, pâtes de verre ou verrerie émaillée. Leur art fait d'un objet d'usage un bijou. Quant à Lalique, il se présente avec des pièces impressionnantes : lustres en forme de boule ou d'étoile,
appliques à plusieurs branches ou en demi coupes, grands vases décoratifs. Ce pur artiste poursuit sans cesse des recherches nouvelles alors que tant d'autres s'en tiendraient à leur réputation acquise.
C'est peut-être dans l'art du vitrail que nous trouvons, à ce Salon, les innovations les plus heureuses. Tandis qu'Auguste Matisse, dans sa belle verrière, destinée à la salle de la Première Commission de l'Hôtel de Ville, fait jouer toute sa palette de beau peintre en composant une véritable mosaïque de verres de couleurs, Louis Barillet, dans la gamme distinguée du blanc et de l'argent, demande le modèle de son vitrail des Anges décorateurs au simple mélange des sortes de verre
CL. PAUL BARON
ÉTIENNE KOHLMANN. — UNE BIBLIOTHÈQUE GAIA C ET POIRIER ; UN TAPIS POINT NOUÉ, ÉDITÉ PAR LE STUDIUM-LOUVRE. — DEUX APPLIQUES ALBATRE.
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GÉRARD SANDOZ,
ÉTUIS À CIGARETTES
EN ARGENT NIELLÉ.
CL. REP
JEAN SERRIÈRE.
VASE CUIVRE INCRUSTÉ D'ARGENT, TRAVAIL AU MARTEAU.
CL. R. GAUTHIER
MARGUERITE PANGON.
TISSUS BATIK.
CL. RENAissance