Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

Page 1

SIXIÈME ANNÉE N° 141 6 fr. 1er NOVEMBRE 1930 L'ART VIVANT PIERRE LAPRADE, PAYSAGE LE SALON D'AUTOMNE DIRECTION-RÉDACTION 146, Rue Montmartre, PARIS (2e) ADMINISTRATION ET VENTE: LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17, Rue du Montparnasse, PARIS (6e)

Page 2

GALERIE LE CENTAURE 62, Avenue Louise — BRUXELLES --- TABLEAUX MODERNES --- YVANGOT 29, RUE DE PENTHIÈVRE - (8°). ÉLISÉES 42-24 DERAIN - UTRILLO - DUFY KOLLE - LA SERNA - PIERRE HODE SÉRAPHINE - VIVIN - BOMBOIS - FAUREC SCULPTURES DE GARGALLO --- GALERIE BARREIRO PEINTURES DE: 30, rue de Seine Tél.: Littré '98-50 Antral, Asselin, Benetow, Derain, Raoul Dufy, Léon Detroy, Durey, Eberl, Friesz, Kvapii, Laprade, André Lhote, Marquet, Marcel Bach, Ortiz, Henri Ottmann, Ramey, Utrillo, Vlaminck, Suzanne Valodon, Vergé Sarrat, Waroquier, Zingg. --- Galerie MARCEL BERNHEIM 2bl. Rue Caumartin PARIS (9°) TABLEAUX MODERNES Téléphone: CENTRAL 88-28 Télégr.: MABERNECO. PARIS VENTE — EXPERTISES — ACHAT --- TARIF DES ABONNEMENTS ART VIVANT …………………… un an : 130 fr. Etranger prix réduit : 150 fr. Prix fort : 165 fr. ART VIVANT et NOUVELLES LITTÉRAIRES …… un an : 153 fr. Etranger prix réduit : 188 fr. Prix fort : 213 fr. Les abonnés reçoivent pour un prix très inférieur à celui des 24 numéros de l’année, les numéros spéciaux qui sont majorés de 2 à 4 francs.

Page 3

TENTURES SIÈGES RIDEAUX PORTIÈRES LES TISSUS D'ART Baltiss DECORATIFS INALTERABLES ÉCONOMIQUES

Page 4

D&M 40 RUE DU COLISEE --- D&M LUMINAIRES TAPIS --- D&M DECORATION MODERNE --- jean perzel luminaire 1, rue henri-becque, paris-xiii téléphone : gobelins 77.24 sur rendez-vous par téléphone --- BRUNET & MEUNIE Cie LEURS CRÉATIONS MODERNES LEURS ÉTOFFES D'AMEUBLEMENT LEURS SOIERIES LEURS TAPIS LEURS REPRODUCTIONS D'ANCIEN 13, Rue d’UZÈS PARIS (2e) TÉL: CENTRAL 42-74 GUTENBERG 26-33

Page 5

AMEUBLEMENT DECORATION G EJ DENNERY FABRICANTS. PARIS 6 RUE MOREAU 6 TEL. DIDEROT. 85-60. 85-61. 85-62 usine à bourg la Reine Léon Pouchet directeur artistique --- SADDIER MEUBLE ET DECORE EN MODERNE 29 et 31, Rue des Boulets — PARIS (XI°) Téléphone : Roquette 50-15 --- BUREAU (Maquette de M. Michel OUFET) EXÉCUTÉ PAR LA DÉCORATION METALLIQUE en ZINC de la Cie ROYALE ASTURIENNE des MINES 1, Rue du Cirque. — PARIS - 8° Téléphone : Elvées 51-37, 51-38, 51-60, inter 33 Brochures et devis gratuits sur demande WILLI CAGNON Pub Lebeau

Page 6

un moteur souple, une ligne harmonieuse... L2CV S1X DEUGEOT

Page 7

L'ART VIVANT LE GUIDE ARTISTIQUE DANS LES MUSÉES LES MUSÉES NATIONAUX - Musée du Louvre. — Ouvert tous les jours, sauf le lundi, de 10 à 16 heures. Des visites d’ensemble du Musée, sous la conduite de guides autorisés, ont lieu tous les jours à 10 heures et 14 heures (prix 10 fr.). Visites privées sur demande. - Musée de l’Orangerie (terrasse des Tuileries). — Exposition des antiquités orientales provenant des fouilles de Tello, de Suse et de Syrie. Tous les jours, sauf le lundi, de 10 à 16 heures. - Musée des Arts Décoratifs (Pavillon de Marsan, 107, rue de Rivoli). — Tous les jours, de 10 à 16 heures. A partir du 6 novembre, 1er Salon de l’Art et l’Aéronautique. - Musée de l’Armée (Hôtel des Invalides). — Tous les jours, de 13 à 16 heures. - Musée du Luxembourg (19, rue de Vaugirard). — Tous les jours, sauf le lundi, de 10 à 16 heures. - Musée du Jeu de Paume (Place de la Concorde et rue de Rivoli). Annexe du Musée du Luxembourg pour les peintures, sculptures et dessins d’artistes étrangers contemporains. — Tous les jours, de 10 à 16 heures, sauf le lundi. - Musée des Thermes et de l’Hôtel de Cluny (24, rue du Sommard). — Tous les jours de 10 à 16 heures, sauf le lundi. - Musée Guimet (6, place d’Iéna). Arts et religions de l’Orient et de l’Extrême-Orient. — Tous les jours, de midi à 16 heures, sauf le lundi. - Musée de Versailles et des Tranons. — Tous les jours de 10 à 16 heures, sauf le lundi. - Musée de la Révolution (Salle du Jeu de Paume, à Versailles). — Ouvert aux mêmes heures que le Musée de Versailles, dont il dépend. - Musée des Antiquités Nationales (Château de Saint-Germain-en-Layevre). Collections d’archéologie nationale et préhistorique. — Tous les jours, de 10 à 16 heures, sauf le lundi. - Musée de Maisons-Laffitte (Château de Maisons-Laffitte). — Tous les jours de 10 à 16 heures, sauf le lundi. - Musée de Malmaison (à Rueil). — Collections d’art et d’histoire de l’époque napoléonienne. - Musée de Fontainebleau (Palais de Fontainebleau). Tous les jours, de 11 à 16 heures. - Musée de Compiegne (Palais de Compiegne). — Collections d’objets d’art et d’ameublement de style. Ouvert tous les jours de 11 à 16 heures. - Musée de la Voiture et du Tourisme. — Collections de carrosses, traînées, gravures, etc. Annexe du Musée National de Compiegne. Mêmes heures ouverture. - Musée National et Château de Pau. — Collections des souvenirs d’Henri IV et de tapissières, ouvert tous les jours de 10 à 12 heures et de 13 heures 30 à 16 heures. MUSÉES DE LA VILLE DE PARIS - Musée Galliera (10, Avenue Pierre-Fr-de-Serbie). — Tous les jours de 10 à 16 heures, sauf le lundi. Exposition du Décor Moderne de la Table. - Maison Victor Hugo (6, Place des Vogses). — Tous les jours, de 10 à 16 heures, sauf le lundi. - Musée Carnavalet (23, rue de Sévigné). — Tous les jours, sauf le lundi, de 10 à 16 heures (le mardi à 12 heures 30 et le jeudi à 12 heures). - Musée Cernuschi (7, avenue Vélazquez). — Collections Sino-Japonaises. Tous les jours, sauf le lundi, de 10 à 16 heures, et le mardi à partir de 12 heures 30. - Musée Ethno-graphique et de Sculpture comparée (au Palais du Trocadéro). — Ouvert les dimanches, mardis et jeudis de 12 heures à 16 heures. - Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris (Petit Palais). — Ouvert tous les jours, sauf le lundi, de 10 à 16 heures et le mardi à 13 heures. - Musée Rodin (Hôtel de Biron). — Tous les jours, de 13 à 16 heures. L’ENSEIGNEMENT DANS LES MUSÉES Tableau Horaire des Visites-Conferences Musée du Louvre. Lundi 3, 10 h. 30. M. LÉON GOSSET: La Formation de Paris, vue et commentée du haut des toits du Louvre. Mme CHEVALLIER-VEREL: L’art grec au début du Ve siècle. M. CILLES DE LA TOURETTE: Léonard de Vinci. M. BAZIN: Gros. Mlle GAIGNE: Rembrandt (in English). M. ROMANELLI: La peinture primitive à Venise (in Italian). Musée de Cluny. Lundi 3, 10 h. 30. Mlle LAROCHE: Les débuts du costume français; ce qu’il fut au Moyen âge. Musée du Louvre. Lundi 3, 14 h. 30. Mlle PUY LE BLANC: Salle du Mastaba. La vie d’un haut personnage égyptien d’après les bas-reliefs de son tombeau. Mme MASSOUL: Les hérosines antiques représentées sur les vases peints. Mlle JALABERT: La sculpture bourguignonne et la sculpture française au XVe siècle. Mlle LEVALLET: Le mobilier en France au XVIIe siècle. Les Bouille. Mme BOUCHOT-SAUPHIE: Comparaison entre la peinture française et la peinture italienne au XVe siècle. M. LANSON: La peinture française sous la Révolution et l’Empire. La représentation du corps humain. Mlle LEJEAUX: Les primitifs allemands. Mrs. TAYLOR: Atelier Life in the Louvre in the time of David and the painting (in English). Musée des Arts Décoratifs. Mardi 4, 10 h. 30. M. IBELS: Le mobilier Louis XIV. Musée du Louvre. Mercredi 5, 10 h. 30. Mlle GAIGNE: The Great cabinet makers and decorators of the XVIIIth century (in English). Musée des Arts Décoratifs. Mercredi 5, 14 h. 30. Mme DURAND-LEFEBVRE: L’orientalisme dans les porcelaines tendres de Saint-Cloud et de Chantilly. Musée du Louvre. Jeudi 6, 10 h. 30. M. IBELS: Les dieux grecs et romains. Musée de Cluny. Jeudi 6, 10 h. 30. Mlle GIACOMOTTI: Le mobilier au Moyen âge et début du XVIe siècle. Musée du Luxembourg. Jeudi 6, 10 h. 30. Mrs TAYLOR: The Faunes and other groups of Moderns (in English). Musée du Trocadéro. Vendredi 7, 10 h. 30. Mlle JALABERT: La sculpture romane en Provence. Musée du Louvre. Samedi 8, 14 h. 30. Mlle RUTTEN: L’histoire de l’Asie antérieure d’après les monuments du Louvre (I). Musée Guimet. Samedi 8, 14 h. 30. Mlle GUILLAUME: Visite d’ensemble du Musée. Musée du Louvre. Dimanche 9, 10 h. 30. Mme de BISTRAM: Poussin, Mignard (en langue hongroise). Lundi 10, 10 h. 30. M. GOSSET: Le Louvre fédal. Ce qu’il en reste. Visite des sous-sols. Mme CHEVALLIER-VEREL: L’époque classique. Myron et Polyclete. M. GILLES DE LA TOURETTE: Raphael. M. BIZAN: Le premier qui osa: Géricault. Mlle GAIGNE: Great Dutch portraitists of the XVIIth and XVIIIth centuries (in English). M. ROMANELLI: Mantegna e Carpaccio (in Italiano). M. FONTANE: Les émaux du Moyen âge. Musée de Cluny. Lundi 10, 10 h. 30. Mlle LAROCHE: Le costume français à la fin du XVIe et au XVe siècle. Musée du Louvre. Lundi 10, 14 h. 30. Mlle PUY LE BLANC: La modification et les funérailles dans l’Egypte ancienne. Mme MASSOUL: Les céramiques primitives de la Troade, de Crète, de Chypre et d’Athlènes. Mlle JALABERT: Les vierges du XVe siècle, le Christ, les scènes de la Passion. Mme BOUCHOT-SAUPHIE: La tradition française dans le portrait au XVIe siècle. Mlle LAMY: Les grandes formes de la peinture italienne. M. LANSON: La peinture sous la Révolution et l’Empire. La peinture de genre, le paysage. Mlle LEJEAUX: La Renaissance en Allemagne, Dürer, Holbein. Mrs. TAYLOR: Gros ; the atelier and teachings of Guérin (in English). Musée des Arts Décoratifs. Mercredi 12, 10 h. 30. Mlle GAIGNE: Silver and porcelain in the XVIIIth century (in English). Mercredi 12, 14 h. 30. Mme DURAND-LEFEBVRE: Les porcelaines de Saxe. Les figurines mythologiques. Musée du Louvre. Jeudi 13, 10 h. 30. M. IBELS: Les dieux grecs et romains. Musée de Cluny. Jeudi 13, 10 h. 30. Mlle GIACOMOTTI: Le mobilier Les meubles de la Renaissance classique. Musée du Trocadéro. Vendredi 14, 14 h. 30. Mlle JALABERT: La fin du style roman et les débuts du gothique. Musée Guimet. Vendredi 14, 14 h. 30. Mlle PUY LE BLANC: Visite des salles égyptiennes du Musée. Musée du Louvre. Samedi 15, 14 h. 30. Mlle RUTTEN: L’histoire de l’Asie antérieure. La civilisation suméro-acadienne. --- COURS GRATUIT D’HISTOIRE GÉNÉRALE DE L’ART 3e leçon. Archéologie Egyptienne, par Mile Puy Le Blanc. 1ère série: le dimanche 2 novembre, à 10 heures; 2e série: le jeudi 6 novembre, à 20 h. 45. 4e leçon. — Archéologie Orientale et Sémitique par M. Delaporte. 1ère série: le dimanche 9 novembre, à 10 heures; 2e série: le jeudi 13 novembre à 20 h. 45. 5e leçon. — Archéologie Orientale et Sémitique par M. Delaporte. 1ère série: le dimanche 16 novembre à 10 heures; 2e série: le jeudi 20 novembre, à 20 h. 45. --- L’ÉCOLE DU LOUVRE Palais du Louvre Porte Lefuel, 38, quai du Louvre --- PROGRAMME DE LA DEUXIÈME SECTION Pour le programme de la 1er section voir Le Guide Artistique du 15 Octobre Histoire des Arts de l’Asie. — Mercredi, 15 h. 45. M. Georges SALLES, Conservateur adjoint au département des objets musulman; il exposera l’histoire des arts industriels aux premiers temps de l’Islam. La première leçon aura lieu le mercredi 19 novembre. Archéologie et Art indiens. — Mercredi, 17 heures. M. J. HACKIN, Conservateur du Musée Guimet, professeur. M. Philippe STERN, Conservateur du Musée Indochinois, professeur délégué, poursuivra, pendant le 1er semestre, l’étude des arts de l’Indochine et de l’Insulinde. Pendant le 2e semestre, M. René GROUSSET, Conservateur adjoint, au Musée Guimet, professeur délégué, traitera des arts du Thibet et de l’Asie centrale. La première leçon aura lieu le mercredi 19 novembre. --- PROGRAMME DE LA TROISIÈME SECTION Histoire de la sculpture du Moyen âge, de la Renaissance et des Temps modernes. — Mercredi, 10 h. 30. M. Paul VITRY, Conservateur du département des Sculptures du Moyen âge, de la Renaissance et des Temps modernes, professeur, poursuivra l’étude de la sculpture française au XVIe siècle, en montrant à l’occasion ses rapports avec la sculpture italienne du même temps. Il consacrera quelques leçons du 2e semestre à l’étude de l’œuvre de certains sculpteurs du XIXe siècle. La première leçon aura lieu le mercredi 19 novembre. Histoire des Arts appliqués à l’industrie. — Jeudi, 14 heures. M. Jean VERRIER, Inspecteur des Monuments historiques, professeur, étudiera la tapissière, en France et à l’étranger, du milieu du XVIe siècle à la fin du XVIIIe siècle. La première leçon aura lieu le jeudi 20 novembre. Histoire de la peinture. — École française. Lundi, 15 h. 30. M. Robert REY, Conservateur du Musée de Fontainebleau, professeur, étudiera, dans le 1er semestre, la vie et l’œuvre d’Ingres, son action directe et le développement de son influence. Dans le 2e semestre, il étudiera l’évo-

Page 8

L'ART VIVANT lution de la gravure sur bois en France au xixe siècle. La première leçon aura lieu le lundi 17 novembre. Histoire de la peinture. — Écoles étrangères. Mardi, 15 h. 30 M. Gabriel ROUCHES, Conservateur adjoint au département des Peintures professeur, étudiera la fin de la peinture espagnole (l'école de Madrid aux XVIIe et XVIIIe siècles). La première leçon aura lieu le mardi 18 novembre. Histoire des collections et des Musées d'Art moderne. — Samedi, 15 heures. M. Gaston BRIERE, Conservateur adjoint au Musée de Versailles et des Trianques professeur, étudiera l'histoire des musées en France, sous le Directoire, le Consultat et l'Empire. La première leçon aura lieu samedi 22 novembre. Histoire des Arts décoratifs. — Mardi, 17 heures. M. Louis HAUTECEUR, Conservateur du Musée du Luxembourg, professeur, étudiera l'architecture musulmane dans le bassin oriental de la Méditerranée (Egypte et Syrie). Le premier leçon aura lieu le mardi 29 janvier. CONFÉRENCES TECHNIQUES Muséographie. — MM. Paul VITRY, Gaston BRIERE, J.-G. GOULINAT, Gabriel ROUCHES, Jean VERRIER, etc.: L'organisation générale et la formation historique des Musées, le classement et l'entretien des collections. Les principaux Musées. Les conférences seront données le lundi, à 17 heures, à partir du lundi 5 janvier. Conférence de langue hébraïque. — M. Charles-F. JEAN, les mardis à 15 h. 45 et les samedis à 15 h. 45, à partir du mardi 18 novembre. Épigraphie hittite. — M. Louis DELAPORTE, attaché au département des Antiquités orientales. L'écriture cuniforme hittite et les éléments de la langue hittite, les vendredis, à 15 h. 45, à partir du vendredi 5 décembre. Technique des fouilles archéologiques. — M. R. DU MESNIL DU BUSSON, diplômé de l'Ecole du Louvre, chargé de mission archéologique en Syrie, 15 conférences et exercices pratiques, les lundis, à 10 h. 30, à partir du lundi 1er décembre. Lectures en english. — 10 lectures will be given by M. Charles CHASSE, agrégé de l'Université, on the lives of ten great French sculptors from Puget to Bourdelle), on Thursdays, at 5 h. p.m. From January 8th. Université de New York. — Les cours et Conférences de l'Ecole du Louvre sont organisés en collaboration avec l'Université de New York. En vertu d'une convention passée entre cette Université et l'Ecole du Louvre, les élèves inscrits au Cours ou Conférences de l'Ecole du Louvre pourront bénéficier, s'ils en font la demande, de points de crédit de l'Université de New-York, à raison d'un point pour 15 conférences suivies. Un directeur d'études parlant anglais sera spécialement chargé de guider et de conseiller les étudiants de langue anglaise. LES EXPOSITIONS A PARIS Musée des Arts décoratifs. — A partir du 6 novembre: 1er Salon de l'Art et l'Aéronautique. Grand-Palais. — Salon d'Automne. Parce des Expositions (Porte de Versailles). Galerie A. L. P. (4, rue Michelot). — Jusqu'au 15 novembre: œuvres récentes de Imre Reiner. Galerie d'art contemporain (55, boulevard Raspail). — Exposition permanente des œuvres de Branchion, Deshayes, Foujita, Friesz, Gluckmann, Ladureau, Laparde, Legault, Le Molt, Mariette Lydis, Léopold Pascel; le mari Paul-Emil Pajot, Thevenin, Vlaminck, de Waroquier. Galerie d'art du Montparnasse (132, boulevard du Montparnasse). — Artistes contemporains. A. Barbeire (30, rue de Seine). — Jusqu'au 14 novembre: David Liddel et Ewald Dalhskog. Galerie Bénédit (29, rue de Seine). — Du 3 au 18 novembre, G. Martet Zuber. Georges Bernheim (76, rue du faubourg Saint-Honoré). — Jusqu'au 13 novembre: œuvres de Ebiche. Bernheim-Jeune (83, faubourg Saint-Honoré). — Patrici modernes. Marcel Bernheim (2 bis, rue Caumartin). — Du 7 au 20 novembre: exposition Gabriel Fournier. Bernier (10, rue Jacques-Collot). — Œuvres de Dignimont, Raoul Duty, Othon Friesz, Kars, La Paternelle, Laprade, Suzanne Valdon, Vlaminck. Sculptures et dessins de Jane Poupelet. Bignon (8, rue La Boëtie). — Tableaux modernes. Billiet (30, rue La Boëtie). — Jusqu'au 28 octobre: exposition de maquettes de décors et costumes exécutés pour la Compagnie des Ballets Russes de Serge de Diaghilev. Bing (20 bis, rue La Boëtie). — Peintures modernes. Jacques Bonjean (34, rue La Boëtie). — Les cinq maîtres français du dessin: Derain, Braque, Raoul Duty, de la Fresnaye, Henri Matisse; jusqu'au 11 novembre. Galerie d'art du Bon-Marché. — Jusqu'au 31 octobre: Bécus, Favre, François-Aubert, Frémons, Achille Mohrien, Donis Jacquin. Th. Briant (32, rue de Berry). — Jusqu'au 13 novembre: André Allin. Bru (14, rue de Clichy). — Galerie ouverte de 9 heures du matin à minuit: peintures modernes. Jeanne Bucher (5, rue du Cherche-Midi). — Exposition d'oiseaux pris dans la nature, par André Bauchant, paysan tourangeau. Cardo (61, avenue Kléber). — Exposition W. Sickert. Carmine (51, rue de Seine). — Du 16 au 30 novembre exposition de peintures de Pierre Marseille. Jeanne Castel (1, avenue de Messine). — Du 3 au 25 novembre: Roger Clastel. Castencho-Diana (16, rue de la Grande-Chaunière). — Villa Nuig. Jean Chappenter (76, faubourg Saint-Honoré). — Du 4 au 18 novembre: L'œuvre de Georges Scott. Crayon de Henri de Nolac. Armand Drouant (35, rue de Seine). — Jusqu'au 14 novembre: Picart Le Doux. Dru (11, rue Montagne). — Jusqu'au 3 novembre exposition de «reintures» de Barbier, Camoin, Fournier, Gerbault; céramiques de Massoul. Du 6 au 25: dessins de Asselin, Laprade, Marquet, Puy, Thomsen, sculptures de Halou. Druet (20, rue Royale). — Du 3 au 14 novembre: 4e Groupe (Bissière), Favry, Rodette des Garets, Gernez, Gimmi Liote, Lotiron, Malcon, Simon-Lévy, Utilrio, exposition F. A. Guèvelée. Fermé-la-Nuit (41, quai de l'Horloge). — Peintures modernes et librairie. De Frene (41, rue de Seine). — Œuvres de Bonnard, Vuillard, Utilrio, Modigliani, Bosshard, Vlaminck. Galerie de France (2 bis, rue de l'Abbaye). — Peintures modernes. Jusqu'au 5 novembre, gouaches de Varese. Gerbo (93, avenue de la Muette). — Peintures de Reignier, Modeste, Marcel Bach, etc. Gilbert (45, Rue Madamel). — Peintures modernes. Charles-Auguste Girard (1, rue Edouard-VII). — Jusqu'au 3 novembre: peintures récentes de Traini. Graat (12, rue de Sèze). — Maîtres du XIXe siècle et peintres contemporains. Katia Granoff (19, quai de Conti). — Groupe 1930: Annenkoff, Branchion, Ch. F. Blanc, Charlemagne, Compad, Ch. Chartier, Cheval, du Marbéod, d'Esparbes, Fauchef, Fautrier, A. Foy, Gen-Paul, Goerg, Graham, Grichtenko, Harboe, Holy, J. Janin, Lagienne, Legueult, Lucrat, Mané-Katz, Mintchine, Outo, Ogull, P. Pelter, Pruna, Salvado Savin, Tozzi, Androussow, Simond, Garagalo, Hilbert. Blanchet-aulet (17, place du Tertre). — Peintures modernes. Galerie ouverte jusqu'à minuit. A.A. Hébrard (8, rue Royale). — Du 3 au 20 novembre: Jean Serrière, Art décoratif. Wladimir Hirshman (265, rue Saint-Honoré). — Exposition d'œuvres de pintres russes. Javal et Bourdeaux (44, rue de Villejust). — Jusqu'au 6 novembre, exposition des originaux des illustrations de P. Jouve, pour la Chasse de Kaa, de Rudyard Kipling. La Jeune Peinture (3, rue Jacques-Collot). — Jusqu'au 8 novembre: fresques et aquarelles de Charles Kassier, sculptures de Benny Kassier. Kleinmann (4, rue de Seine). — Jusqu'au 15 novembre: exposition A. Mohr. Kolbert «Le Studio» (27, avenue Bosquet). — Portraits ou masques. Le Goupy (5, boulevard de la Madeleine). — Exposition de gravures, dessins et peintures de Georges Le Meilleur. Alice Manteau (Rue Jacques-Collot). — Peintures de Mintchine, Eve, etc. Henri Manuel (27, faubourg Montmartre). — XXIIIe exposition de l'Association artistique des Chemins de fer français. G.L. Manuel Frères (12, rue de Presbrough). — Salon du Livre d'Arf français et exposition de peintres modernes. Jusqu'au 15 novembre, peintures, dessins, gravures et livres la Chasse, jadis et aujourd'hui. Marseille (7, quai Vaillotte). — Œuvres de Boussingault, de La Fresnaye, Lotiron, Luce, Marchand, Segonzac, Signac. Nouvel Essor (40, rue des Saints-Pères). — Aquarrelles, dessins et gravures modernes. Paquerneau (17, rue Mazarine). — Peintures, dessins, aquarrelles de Delacroix, de La Fresnaye, Derain, Vlaminck, Dutresne, Despain, R. Duty, Friesz, C. Guys, Krémège, Laprade, Lautrec, Matisse, Modigliani, Payles, Paseln, Utilrio, Valodon. Georges Petit (8, rue de Sèze). — Du 4 au 22 novembre, exposition d'art décoratif: Daurat, Jean Fouquet, Lalique, Mayodon, Ruhlmann, Despias, Dutresne, Raoul Duty, J. Lucrat, Henri Matisse, Picasso. Tissus de Ducharme d'après les compositions de Michel Dubost. Du 4 au 15 novembre: peintures de H. E. Wagner. Galerie Pierre (2, rue des Beaux-Arts). — Peintures modernes. Le Pompeon (99, boulevard Raspail). — Peintures modernes. Quatre-Chemins (18, rue Godot-de-Mauroy). — Aquarrels de Mme Baker, jusqu'au 6 novembre. Renaissance (11, rue Royale). — Jusqu'au 15 novembre: Majorelle. A.M. Reitinger (12, rue La Boëtie). — Jusqu'au 18 novembre: Fleurs et Marines, par Pierre Forest. Jacques Rodrigues-Henriques (20, rue Bonaparte). Santiago (10, rue des Beaux-Arts). — Exposition d'œuvres récentes de Marie Vassilleff, Gross, Sine Mac Kinnon, Zina Gaither, Kaye, Dorand-Rose, Scott, Velez, Brenson et Romulo Rozo. Galerie du Sénat (28, rue de Vaugirard). — Jusqu'au 4 novembre: Scènes de la Vie de Theatre. Au Singe peignant (31, rue de Richelieu). — Tableaux anciens et modernes, bibelots. Galerie Simonson (19, rue Caumartin). — Jusqu'au 13 novembre: peintures de Yves Alix, Barat-Levrax, P. Bompard, E. Bonchaud, C. Capon, Chapelain, Bridy, Ch. Sculptures de Marcel Gimon et Auguste Guéné. Sloden (43, faubourg Saint-Honoré). — Peintures et dessins de Corot, Picasso, Derain, Vlaminck Utilrio. Sculptures de Bourdelle, Tsapline. Vanter (41, rue de Seine). — Peintures récentes de Graham jusqu'au 7 novembre. Vignon (17, rue Vignon). — Œuvres de Picasso, Braque, Rouault, Utilrio, Chirico, etc. B. Weill (46, rue Lafitte). — Jusqu'au 9 novembre: Charles Réal. A partir du 10 novembre: Maurice Savin. Colette Weil (71, rue La Boëtie). — Jusqu'au 5 novembre: œuvres récentes de Foutija. Du 8 au 26: œuvres récentes de Kvapl. Yvangot (29, rue de Penthiève). — Œuvres de Bombois, Braque, Chagall, Derain, Duty. Zak (16, rue de l'Abbaye). — Jusqu'au 6 novembre: Constantinovsky. Du 7 au 20 novembre: Ary Stillman. ESTAMPES André (3, rue des Saints-Pères). — Eaux-fortes modernes. Doré (33, rue de Richelieu). — Pointes sèches et eaux-fortes originales modernes; reproductions de musées. I. Festi (2, rue Vavin). — Estampes, reproductions des musées. Galerie de l'Estampe (1, rue Edouard-VII). — Gravures modernes. Madsen (374, rue Saint-Honoré). — Eaux-fortes originales de Wistler, Alfred Fourn, Foutija, Marie Laurencin. Doré, Bréheret et Paul (38, rue de Vaugirard). — Eaux-fortes et originales. Nouvel Essor (40, rue des Saints-Pères). — Gravures modernes. ARTS DÉCORATIFS Dim (40, rue du Colisée). — Ameublement et décoration modernes. Tapis de Boberman. André Hunebelle, Maître verrier (4, Rand-Point des Champs-Elysées). — Verreille moderne. G.A.M. (84, rue Amelot). — Bronzes, dinanderie, céramique, luminaire. Essor décoratif moderne (65, rue de Grenelle). — Meubles, tissus, obliets d'art. Atelier Charles Lorin (199, rue de Vaugirard). — Vitraux de Mlle V. Revrey. EN PROVINCE Librairie de la Mésange (18, rue de la Mésange) à Strasbourg. — Du 15 octobre au 30 novembre: pastels, aquarelles et dessins par A. Ingelbeck, Robert Heitz, Alfred Paul. Galerie Saint-Pierre, à Lyon. — Jusqu'au 14 novembre, exposition A. Chartres. À L'ÉTRANGER Suisse. — A Genève, Galerie Moos (3, rue du Léman). — Jusqu'au 8 novembre, exposition Mariette Lydis. Allemagne. — A Halle, exposition d'art religieux moderne

Page 9

LE SALON D'AUTOMNE « De ce couvercle de boîte à cigares, « dont parle Maurice Denis, « sur quoi on distinguait un paysage informe à force d'être synthétiquement formulé » et que Sérusier, à son retour de Pont-Aven, offrait en exemple à son époque, sont peut-être sortis tous les mirages qui menacent la peinture depuis plus de quarante ans. Gauguin, qui avait peint cette nouvelle boîte de Pandore, comme il se plaisait à décorer ses sabots, proposait à ses enthousiastes disciples le principe de l'équivalence et du symbole. Il pensait ainsi délivrer l'art pictural du réalisme académique et de l'asservissement à l'objet. Tous les moyens de traduction dont avaient usé les peintres jusqu'à lui devaient être oubliés. Dans ses nuits ensorcelées par les idoles Maories et par les frustes figures des calvaires bretons, Gauguin découvrait cette imagerie sensible où les formes se pliaient aux exigences de ses rêves, où l'harmonie des couleurs suppléait à l'absence des valeurs. Dans sa fougue d'il y a trente ans, Maurice Denis a pu écrire que les disciples du mage de Pont-Aven eurent alors cette révélation que « toute œuvre d'art était une transposition, une caricature — nous soulignons ce mot — l'équivalent passionné d'une sensation reçue ». Il n'est pas douteux — et Jacques-Emile Blanche l'a parfaitement noté dans son livre De Gauguin à la Revue nègre — que le maître de Pont-Aven marque le tournant entre la peinture de chevalet, avec ses lois de l'architecture des formes, de la composition, du rythme, des valeurs, et la peinture décorative qui, avec l'art mineur de la caricature, menace d'absorber l'art pictural d'aujourd'hui. Depuis Gauguin, en effet, un tableau tend à n'être plus qu'une surface, pour reprendre le célèbre principe, où les couleurs doivent s'assembler. Il ne sera plus que rarement ce monde plastique, riche d'une signification dont se préoccupaient autant l'intelligence de Poussin que la conscience de Chardin. Cézanne fut le dernier peintre qui, conscient de l'anarchie latente, aura détruit l'univers pictural pour le reconstruire à sa mesure ; Renoir, l'ultime artiste dont la main, obéissant à une tradition millénaire, aura brossé, dans l'ardeur sanglante où reposaient ses baigneuses, le couchant empourpré d'une journée que vécurent Delacroix et Giotto. Tous les mouvements qui se sont succédé depuis l'impressionnisme n'ont cessé d'incliner la peinture vers la décoration ou vers la caricature. Toutes les théories techniques ou esthétiques qui ont prévalu, celles mêmes qui visaient à sa reconstruction, n'ont cessé de désagréger l'objet qui avait servi de spéculation aux plus merveilleux esprits. L'impressionnisme, avant Gauguin, avait déjà sapé les lois éternelles qui régissaient la peinture de chevalet, en substituant à une vérité permanente l'illusion d'un instant. Et ce ne sont pas seulement les préceptes esthétiques sur lesquels se rencontraient Hégel, Descartes et Aristote qui se trouvaient ainsi violés, mais les lois organiques de la matière colorée. Les impressionnistes condamnaient la ressemblance académique, mais ils ne visaient plus qu'à mettre sur leur toile les principes colorés de la lumière. Enfin le tableau n'était plus ce tout, cette construction dont aucune forme ne pouvait s'échapper, sans que l'ensemble s'effondrât. Le tableau devenait un aspect proposé par la nature au lieu d'être une nécessité imposée par l'exigence souveraine de l'esprit. L'impressionnisme, qui a suscité quelques pages admirables, a comme aboutissement la fresque des nymphéas, où la métaphysique d'une âme d'enfant finit par s'exprimer par des images dignes d'un calendrier. Le néo-impressionnisme qui se croit en réaction contre Claude Monet, entraîne la peinture plus avant dans cette voie. Seurat est un des plus grands décorateurs de ce siècle. Le Chahut et le Cirque atteignent à une grandeur à laquelle ne parviennent pas les plus édifiantes symphonies de la peinture de chevalet. Mais, entre Corot et Delacroix, le Cirque ne « tenait » pas, dans la petite salle du Louvre où il fut, un temps, abrité. Il en est de même du fauvisme qui, élargissant les conquêtes de l'impressionnisme dans le domaine de la couleur, aboutit en quelques années à une impasse dont s'échappèrent Derain et Vlaminck, et dont Matisse fera, à son usage, le palais même de la féerie. Le cubisme dont le principe est d'éviter la description de l'objet, pour en exalter les seuls éléments plastiques, et qui théoriquement, eût pu ramener la peinture à sa destinée éternelle, aboutit en quelques années à l'art de l'affiche dont toute la malice de Fernand Léger ne le fera jamais s'évader. C'est un truisme de rappeler que ce mouvement, qui aura permis à Picasso, comme le fauvisme à Henri Matisse, d'ordonner quelques belles pages, a déterminé tout l'art décoratif de notre époque, au point que les contempteurs du malaguène en sont réduits, aujourd'hui, à orner leur vie même de tous les attributs de son art détesté. Il n'est pas jusqu'au surréalisme, dont les adeptes exigent des couleurs qu'elles suivent sans truchements les commandements de nos de nos rêves, qui n'aboutisse aux agréments décoratifs de Max Ernst et de Miro. Jamais l'art ne s'est autant encombré de théories que depuis les entretiens de Gauguin à l'auberge Gloanec. Depuis quarante ans, l'art épuisé demande à d'audacieux alchimistes de découvrir le nombre qui délivrera le génie. Comme si les théories préexistaient aux œuvres, comme si les découvertes, qui ont étendu l'art de la peinture depuis Ucello, n'étaient pas la conséquence d'une recherche méthodique, où la main elle-même de l'artiste prévient souvent les spéculations de l'esprit ! Tout l'art de notre temps hésite entre le courant qui entraîne la peinture vers la décoration et celui qui la conduit à la caricature. Ce n'est pas diminuer l'œuvre de Matisse que d'en souligner la grandeur ornementale. Dufy restera au même titre que Boucher, car il aura créé le style même de notre époque, mais son œuvre entière, et même ses dernières pages où des nus majestueux s'équilibrent, ressortit à la décoration. Braque est à sa place dans l'ascenseur d'un homme de goût, comme les allégories mythologiques sur les panneaux d'une chaise à porteur. Et Dufresne, et Per Krohg, pourquoi l'ignorance de l'État leur interdit-elle de couvrir les murs de nos palais de fresques magiques ? La Caricature ? elle menace les œuvres, quand elles sont mal venues, des expressionnistes, de Rouault, comme de Chagoll, de Gromaire, comme de Soutine, de Van Dongen, comme de Vlaminck, ce grand artiste dont les paysages les moins heureux ressemblent à des charges. Tous les jeunes peintres dont le désarroi est visible, intoxiqués de théories, à défaut de vraie culture, comprennent que ces deux routes ne peuvent poursuivre les grandes traditions de la peinture de chevalet. Et l'on les voit la plupart d'entre eux revenir à un réalisme qui est, malgré son camouflage de modernisme, aussi académique que celui condamné par Gauguin. C'est ce réalisme, que ne semble avoir enrichi aucune conquête des révolutions récentes, qui inspire la plupart des œuvres figurant au salon d'Automne. Et cependant ces deux courants éternels qui n'ont cessé de partager la peinture française, entraînant les uns vers le style et la traduction des raisons permanentes de l'objet, les autres vers la suggestion de ses plus secrètes apparences,

Page 10

L'ART VIVANT ne sont-ils pas toujours aussi forts ? Un Derain délaisant les effets trop faciles que la sculpture nègre lui avait un temps inspirés, ne prolonge-t-il pas, par sa volonté de rechercher dans la nature la correspondance entre son propre génie et l'appel de tous les héros de la peinture, la voie triomphale où s'avancèrent Cézanne et Poussin ? Bonnard, dont les œuvres éblouissantes de jeunesse, irradiant dans la grise lumière du Grand Palais, qui, miraculeusement, sans l'artifice des ombres, ni du modèle, découvre sans cesse, par son sens prodigieux de la vérité tonale, des apparences nouvelles, ne poursuit-il pas le gra-cieux chemin où passe la fantaisie dans l'ombre légère de Watteau ? Au surplus, le meilleur moyen de conjurer les malé-fices du mage de Pont-Aven n'est-il pas de renoncer d'abord à ce principe, selon lequel « un tableau avant d'être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quel-conque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées ? ». Il faudra proclamer ensuite que, sans jamais tomber dans l'anecdote, un tableau doit être, avant tout « un che-val de bataille, une femme nue » et que la mission des peintres d'aujourd'hui est de rendre à la peinture le conflit des sentiments humains, d'autant plus émouvant, d'ailleurs, qu'il sera traduit par un plus fier combat contre les fatalités plastiques. * Devant la perfection à laquelle atteignent certains objets nés de l'industrie, devant la grandeur formelle exigée par le calcul des résistances, il nous est parfois arrivé de nous demander si ce plaisir que provoquait en nous telle peinture était bien approuvé par notre intelligence. L'avenir montrera s'il ne doit rester de notre époque que tels objets dont la beauté n'est pas déterminée par une volonté d'art, mais par la soumission de la main qui les conçut à des fins uniquement utilitaires, — ou s'il en subsistera, aussi, quelques-unes des œuvres qui n'ont d'autre nécessité que celle de notre plaisir. Salle I. — S'il est un plaisir que notre esprit peut justifier, c'est bien celui que nous prenons à regarder ces paysages où Laprade poursuit tous les secrets de la nuance, sans jamais se soustraire aux exigences de la composition. N'a-t-il pas l'air, lui aussi, de peindre, comme l'oiseau chante, cet artiste dont l'intelligence surveille toujours l'élan ! Cette sûreté de goût fait, hélas, défaut à Demeurisse qui, par ailleurs, a des dons de peintre. Sa grande Forêt où la guerre a laissé des ossements, un casque et un fusil représente par excellence ce réalisme académique dont la jeune peinture doit le plus se défier. A mi-chemin entre l'expressionnisme et le réalisme, Max Band apparaît comme un des jeunes peintres dont les efforts méritent le plus d'être suivis. Jeanne Baraduc a toujours cette même fraîcheur et cette qualité d'accent que nous avons bien souvent remarquées. Sa maison au toit bleu, comme ses fleurs, sont pleines d'agrément. Salle II. — Le paysage de Dufresnoy qu'éclaire une lumière de soufre est bien une des plus heureuses toiles qu'ait peintes cet artiste. Mais comment détourner ses yeux de cette nature morte où Bonnard, groupant quelques objets de ménage, semble résumer toutes les conquêtes de la peinture ? Salle III. — Alexandre Auffray enveloppe dans le bleu un paysage savamment composé. Salle IV. — Le Paris de Ghy Lehm, tout hérisssé de che-minées d'usines, est une toile fort attachante. Mintchine développe ses dons de coloriste et son sens de la vie. Il est un des meilleurs jeunes peintres d'aujourd'hui. Brianchon fait aussi d'incessants progrès, si sa matière demeure toujours un peu plâtreuse. J'ai longtemps résisté à l'emprise qu'exerçait sur moi l'art austère de Roland Oudot. Je reconnais d'autant plus volon-tiers les rares qualités de la composition où il groupe, dans un paysage aux lointains si tendrement suggérés, deux paysannes assises. L'audace avec laquelle il jette les taches rouges de la robe et du fichu, qui se correspondent dans l'harmonie générale des verts, révèle un peintre sûr de sa main. Ce sont des qualités de même ordre qu'il faut louer chez Domenjoz qui abandonne cette fois son registre tou-jours très sonore pour une œuvre aux tons assourdis. Salle V. — On a, cette année encore, placé, dans une salle des plus médiocres, l'imposant envoi de Charles Blanc. Cependant sa vaste composition groupant des figures tra-giques autour d'un avion en flammes est bien un des efforts les plus audacieux qui aient été tentés pour dégager la jeune peinture du réalisme académique ou du poncif Salon d'automne. Hanté par des exemples héroïques, Charles Blanc ne veut pas se contenter de montrer ses dons de colo-riste dans ses précieuses natures mortes où il atteint déjà à la maîtrise. Il souhaite d'ouvrir à son art un monde plus vaste. Le paysage d'Ehegardh ressemble à celui de Ghy Lehm. Leprin abandonne la sécheresse de ses premières œuvres qui valaient moins par la couleur que par leur mise en pages. Il enveloppe ses paysages d'une atmosphère dont la vérité est toute picturale. Salle VI. — Si je loue ce passionné chercheur qu'est Mondzain d'avoir tenté cette ambitieuse composition, j'avoue être plus sensible à cette nature morte dorée où il met en œuvre ses authentiques dons de coloriste. Geneviève Gallibert a toujours autant de malice, Delatousche autant de patience. Salle VII. — Favory chante toujours avec passion la gloire de la chair, si Eberl reste toujours fidèle au " milieu ". Salle VIII. — Suzanne Duchamp met aussi tout son esprit dans sa peinture. Creixams a une nature si abondante, des dons si vivaces qu'il n'a pas toujours le temps ni la patience de choisir. Mais quel véritable peintre c'est là ! Son portrait de gosse traité avec une économie de moyens qui est assez rare chez lui est une œuvre qui suffit à justifier l'espoir que nous avons, depuis des années, fondé sur ce peintre authentique. Salle XIII. — Fautrier se débat encore entre la peinture décorative et la caricature. Salle XVI. — Charlemagne s'échappe enfin de cette nuit dont, avec un louable acharnement, il tentait de forcer le mystère. S'il reste encore fidèle à ses noirs qu'il sait aujourd'hui moduler, il tend à éclaircir sa palette. Son paysage de Bretagne accablé par les nuages est une jolie toile. Salle XVII. — Camoin. Van Dongen. Salle XVIII. — Le grand portrait de femme assise de Kisling est une des œuvres maîtresses de ce peintre, chez qui l'expression de la grandeur tragique n'emprunte jamais le ton déclamatoire. Émouvante par sa signification, cette œuvre est cependant, avant tout, un tableau où les formes et les couleurs s'ordonnent avec une logique strictement picturale. Jacques GUENNE.

Page 11

P. LAPRADE. MARINE. BONNARD. NATURE MORTE.