Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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3° Année - N° 64 4fr. 15 Août 1927 L’ART VIVANT Revue bi-mensuelle des Amateurs et des Artistes éditée par LES NOUVELLES LITTÉRAIRES PEINTURE SCULPTURE LE LIVRE ARTS DÉCORATIFS ET APPLIQUÉS Direction, Rédaction : 146, Rue Montmartre (2') Administration et Vente : LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17, Rue du Montparnasse PARIS (6') Lire l'article de notre collaborateur Jacques Mauny PARIS-NEW-YORK-1927 Directeurs-Fondateurs JACQUES GUENNE et MAURICE MARTIN DU GARD Rédacteur en Chef FLORENT FELS --- SOMMAIRE L’ART ELAMITE par le D' G. CONTENAU Paris-New-York-1927 --- J. Mauny --- Le beau meuble --- Ernest Tisserand --- Paul Gauguin --- Henri Hertz --- Publicité Touristique --- Louis Chéronnet --- Un art disparu : --- Expertises allemandes --- Alfred Gold --- Les vues d’optique --- Georges Rivière --- Signatures d’artistes --- E. de Rougemont --- Août --- Vanderpyl --- Le livre d’art --- Pierre Humbourg --- Une nouvelle rue à Paris --- Jean Gallotti --- Nouvelles artistiques --- Marcel Sauvage --- DESSINS ET LETTRES INEDITS DE E. T. A. HOFFMANN

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BING & CIE PEINTRES MODERNES 20 bis, Rue LA BOÉTIE --- GALERIE MARCEL BERNHEIM 2 bis, rue Caumartin - Paris (9°) Téléph. Central 88-28 — Télég. MABERNEGO, PARIS --- TABLEAUX MODERNES ÉCOLE DE 1830 ÉCOLE IMPRESSIONNISTE EXPOSITIONS PERMANENTES D'ART CONTEMPORAIN VENTE - EXPERTISES - ACHAT --- jean perzel verrier d'art luminaire sur rendez-vous par téléphone 1, rue henri-becque (XIII°) gobelins 77-24 --- VOIR dernière page d'Annonces TARIF des ABONNEMENTS à L'ART VIVANT et des ABONNEMENTS à TARIF RÉDUIT à nos TROIS PUBLICATIONS : NOUVELLES LITTÉRAIRES, ART VIVANT, JOURNAL DES VOYAGES.

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--- Christofle --- COUVERTS & ORFÈVRERIE --- REPRÉSENTANTS DANS TOUTES LES VILLES DE FRANCE ET DE L’ÉTRANGER ---

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L'ART VIVANT TROISIÈME ANNÉE 15 AOÛT 1927 --- L'ART ÉLAMITE Le pays que nous appelons aujourd'hui la Perse n'est vraiment connu sous ce nom que depuis le moment où la dynastie des Achéménides, qui appartenait au peuple des Perses, conquit toute l'Asie Occidentale, vers 500 avant J.-C. Auparavant, la Perse était appelée l'Elam, et ceci depuis les temps les plus reculés, car l'Elam constitue un des plus vieux foyers artistiques de l'ancien monde, le plus vieux même, puisque toute une période primitive de son art, qui précède dans le temps les autres manifestations artistiques de l'Asie Occidentale, n'a été retrouvée nulle part ailleurs. Cet art primitif que nous constatons en plein développement près de 4.000 ans avant notre ère, ne nous a point laissé de grands monuments ; c'est dans une nécropole de Suse (au sud-ouest du pays, ancienne capitale de l'Elam), où les Français pratiquent des recherches depuis plus de 25 ans, qu'ont été trouvés les vestiges de cet art archaïque. Ils consistent en céramique, armes, objets de parse qu'on mettait déjà dans les tombes pour que les morts ne manquent de rien dans l'au-delà. Cette céramique, qui est une véritable vaisselle funéraire destinée aux provisions alimentaires, comporte en plus ou moins grand nombre dans chaque tombe ce qui constitue encore aujourd'hui "un couvert", c'est-à-dire la bouteille, le verre et l'assiette, pièces représentées par des vases à panse renflée et à col étroit, des gobelets de toutes tailles et des coupes. La pâte de cette céramique, une argile jaunâtre et bien épurée, a été travaillée non pas au tour, mais pour certaines pièces, à la tournette, c'est-à-dire avec l'aide du plateau que la main de l'ouvrier fait mouvoir. Les parois sont, malgré ce procédé rudimentaire, d'une grande minceur. Ce qui augmente l'intérêt d'une telle production, c'est le décor dont le potier a orné son œuvre. Se servant d'une seule couleur qui donne à la cuisson un ton noir un peu brillant, mais qui, selon l'ardeur du four, peut virer vers le rosâtre ou le violet, l'artiste a combiné un décor géométrique des plus variés. L'exécution par elle-même est un chef-d'œuvre : sûreté du trait, décision sans repens en sont la caractéristique générale, mais l'originalité de ce décor, vieux de plus de 5.000 ans, réside dans sa nature même : ce n'est pas du vrai géométrique, c'est, en partie, du géométrisé ; nombre de sujets ne sont qu'une déformation, une stylisation de représentations naturalistes. Le motif de la feuille passe au chevron, celui de l'eau aboutit au zigzag ; le bouquetin se schématise, son corps devient l'assemblage de deux triangles tandis que ses cornes démesurément agrandies forment un cercle. Jusqu'aux oiseaux d'eau qui, par ce procédé, tendent au géométrique ! Sur certains vases, leur col étiré, leurs pattes diminuent et l'on est en présence d'une frise faite de lignes irrégulièrement brisées du plus gracieux effet. Et quelles surprises de trouver couramment sur des vases vieux de plus de 5.000 ans des motifs comme le svastika et la croix de Malte. De tels exemples pourraient être répétés à l'infini ; c'est au Musée du Louvre, qui possède une collection unique de cette céramique, qu'on se rendra le mieux compte de la genèse de ce décor ; nous en reproduisons plusieurs exemplaires. *** Vers 3.500 avant notre ère, ce style primitif s'abâtardit ; une céramique naturaliste plus grossière, mais qui subit l'influence de la première, se retrouve dans les tombes, et de petits monuments apparaissent, par exemple des vases à parfum taillés dans l'albâtre, en forme d'animaux ou bien animalisés, car l'artiste n'a pas renoncé à sa prédilection pour le naturalisme stylisé. Parfois, par une sorte de compromis, le vase qui est de forme allongée, en nacelle, est orné d'une petite tête qui servira à le tenir plus aisément, et rappelle ceux dont la forme est entièrement animale. Que s'est-il donc passé ? Sans doute quelque bouleversement terrible, quelque arrivée de hordes barbares qui détruisent une civilisation pour reprendre ensuite la marche vers le progrès en s'appuyant sur les débris de la culture qu'ils ont misérablement ruinée. L'Europe a connu ce phénomène à l'époque des Grandes Invasions ; quelques millénaires auparavant ne voyons-nous pas disparaître brusquement les merveilleux artistes quaternaires qui ont peint et sculpté dans les cavernes leurs chasses prodigieuses où bondissent les bisons? Et nous constatons le remplacement de cet art brillant par le néolithique qui mettra des millénaires à gravir les sommets d'où ont été précipités les quaternaires ! Mais cette civilisation élamite primitive, d'où venait-elle ? Les monuments qu'elle nous a laissés touchent le sol vierge ; ils accusent un long passé puisque dès ce moment l'industrie textile, la métallurgie, la céramique et son décor ont atteint la perfection. Nous ne pouvons répondre que par des hypothèses ; c'est aux fouilles archéologiques futures de nous révéler la région où s'est

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L'ART VIVANT élaborée la plus antique des civilisations, qui a eu le temps de grandir, de briller d'un vif éclat, de donner même des signes de lassitude, et de disparaître avant le début de l'Histoire. Lorsque apparaît cette nouvelle céramique de Suse, les monuments de l'Elam ont leur analogue en Mésopotamie, dans ce qu'on nomme l'art sumérien et nous sommes à peu près en 3.000 avant notre ère. Dès lors la destinée politique de l'Elam sera le plus souvent liée à celle de la Mésopotamie, et l'art élamine ne sera guère qu'une province de l'art sumérien. Néanmoins, au cours des âges, quelques monuments viendront témoigner de la persistante originalité de l'art de l'Elam et de l'habileté de ses artistes. Ceux-ci, dès la période archaïque, possédaient une grande maîtrise dans le travail du métal ; on a en effet retrouvé, avec les vases de la nécropole, des haches ou des miroirs de cuivre presque pur. Voici une œuvre qui prouve que l'artiste des âges suivants n'a pas démérité. Du milieu du second millénaire avant notre ère, nous possédons une statue de bronze d'une reine d'Elam qui portait le nom de Napir-Asou. L'œuvre est lourde, mais puissante, et malgré sa gaucherie ne manque pas de grandeur. La technique est devenue toute différente de ce qu'elle était à l'époque archaïque. A ce moment, l'artiste, par économie du métal et par inexpérience de la fonte, clouait sur une âme de bois un revêtement de minces plaques de cuivre ; il métallisait sa statue. La statue de Napir-Asou est fondue ; mais l'artiste, qui a toujours besoin d'un soutien, a coulé la carapace extérieure qu'il a ciselée ensuite, sur un noyau de métal. Bien que cette statue soit plus petite que nature, qu'il lui manque la tête et un bras, son poids total dépasse 1.800 kilogrammes. Une telle œuvre atteste la richesse de l'Elam au milieu du second millénaire avant J.-C. Elle n'est d'ailleurs pas isolée. De la même époque, nous possédons des fragments de stèle en calcaire, au nom du roi Ountash-Gal, l'époux de Napir-Asou. Le fragment que nous reproduisons représente un des génies qu'adoraient les peuples de l'Asie Occidentale ancienne, tenant les rameaux de l'arbre sacré stylisé, plante de vie dont les héros d'épopée sont en quête et qui est le privilège des dieux. On peut attribuer à la même époque un fragment de bassin quadrangulaire orné sur son pourtour de l'arbre sacré auprès duquel est agenouillé le poisson-chèvre qui est l'emblème du dieu des eaux-douces, du dieu de tout savoir. Quel que soit le mérite de telles œuvres, nous sommes loin des créations des potiers élames de l'époque archaïque, mais leur œuvre n'a pas péri tout entier. Lorsque les Perses deviendront les maîtres du pays, bien qu'ils puisent leur inspiration en Mésopotamie comme le faisaient leurs prédécesseurs du second millénaire, c'est par choc en retour que leur reviendront modifiés nombre de motifs décoratifs qui avaient connu sur place une prodigieuse fortune à l'époque archaïque des vases peints, au quatrième millénaire avant notre ère. Dr G. CONTENAU

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L'ART VIVANT --- ART ÉLAMITE. — VASES PEINTS ET STATUETTES (Voir pages 652 et 653) ---

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L'ART VIVANT NEW-YORK. DELMONICO BUILDING

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L'ART VIVANT PARIS-NEW-YORK 1927 L'éminent critique Waldemar Georges, qui ne se contente pas de commenter les sensations visuelles que procure la peinture, mais se préoccupe de rechercher la valeur psychologique des créations artistiques, affirme que l'art contemporain est fécondé par l'art oriental. Il est possible, en effet, que certaines recherches récentes de Picasso, Miro et Max Ernst révèlent l'influence de l'Orient, mais on ne peut nier que les «moins de trente ans» semblent subir bien davantage celle de l'Occident : c'est-à-dire des U. S. A., et ils sont même d'avis que quelques gratte-ciel ne risqueraient nullement de nuire à la beauté de Paris. Leur conception imaginaire des U. S. A. est d'ailleurs aussi fantaisiste que celle de l'Orient romantique. Le fait que le moindre journal illustré, le plus petit roman américain coûte ici plus cher que les œuvres complètes de Shakespeare, n'encourage guère la connaissance de la littérature contemporaine américaine ni celle de ces pages humoristiques illustrées qui sont si souvent des petits chefs-d'œuvre et donnent une idée très complète et très juste de l'âme, de la vie et des mœurs américaines. Les disques de blues et de charlestons, le spectacle des touristes américains qui jouent maintenant dans nos cités européennes le rôle que jouaient les maharadjahs et grands ducs d'antan, la beauté saisissante de leurs femmes font rêver les adolescents qui, en France, ne sont jamais pris au sérieux ; mais c'est surtout le film qui est le principal facteur de l'influence américaine, influence qui est si forte sur la jeunesse que M. Léon Bailby dans une série d'éditorials récents semblait en être très alarmé. Les jeunes peintres français pensent que les immeubles parisiens contenant un très grand nombre de collections, bien qu'ils n'aient que sept étages, les immeubles de New-York, qui en ont vingt ou davantage et dont les locataires sont beaucoup plus riches, devraient en contenir un nombre considérable et qu'il serait temps, par conséquent, d'organiser l'exploitation de ce pays de cocagne d'une façon plus active. Les marchands ont remporté la grande victoire psychologique en persuadant nos compatriotes «imputrescibles dans leur scepticisme, leur avarice », comme dit Paul Morand, en les persuadant que certaines peintures modernes constituaient un placement de père de famille; mais l'art moderne n'a jamais eu de grands mécènes. Picasso, génie sans emploi, bricole pour se consoler de ne pouvoir construire et décorer des cathédrales fantastiques, des palais étranges. Il verra bientôt apparaître son premier cheveu blanc sans qu'il lui ait été permis de montrer ce qu'il pouvait faire. Les papes ou princes fastueux qui ont permis à certains artistes de la Renaissance de réaliser leurs œuvres sur une échelle grandiose qui frappe les esprits, ont cédé la place aux collectionneurs, spéculateurs en appartement, mais nous savons qu'aux Etats-Unis il y a des gens puissamment riches qui pourraient devenir de grands mécènes et nous ne pouvons rester indifférents à tout ce qui se passe dans ce pays étonnant. Sur le transatlantique qui vous transporte à New-York, le menu du restaurant magnifiquement gravé, offre une liste fort longue de plats variés. Ne pouvant choisir parmi tant de choses compliquées et afin de s'instruire, les passagers décident de choisir chacun un plat différent, mais c'est le même morceau de viande frigorifiée au nom quinze fois différent qu'on leur apporte et à New-York c'est toujours vers les deux ou trois mêmes personnes qui, paraît-il, s'intéressent à l'art moderne, que des amis bienveillants vous conduisent comme si dans cette immense cité de dix millions d'habitants elles étaient les seules. En tout cas, ce n'est pas là-bas que l'on trouve comme à Paris des milliers de collections inconnues. Mais me direz-vous, il y a bien pourtant la collection monstre du Dr Barnes, à Merion ? — C'est vrai, mais le cas de l'impayable fabricant de l'Argirol, personnage de légende qu'il aurait fallu inventer s'il n'existaît vraiment en chair et en os, est l'exception qui confirme la règle. Quelques collections formées par des enthousiastes peuvent être disséminées sur le vaste territoire et l'on peut tout espérer de ce pays au vaste cœur, mais il y a certaines raisons d'ordre général qui font craindre qu'elles ne restent que des exceptions. Dans les hôtels et maisons de rapport à New-York, les plafonds sont très bas, des tuyaux énormes font des saillies invraisemblables et donnent aux murs des formes irrégulières, des cartels électriques et baromètres sont d'ailleurs placés dans le centre des surfaces nues où l'on pourrait accrocher des tableaux. De plus, beaucoup de citadins aisés n'ont pas de résidence fixe et changent d'adresse avec une facilité étonnante. Lorsque Madame part pour Paris ou Honolulu, on donne un coup de téléphone et tout est expédié au garde-meuble ; Monsieur de son côté passera ses loisirs à son confortable club. Un Allemand s'écriait un jour: «On peut dire tout ce que l'on voudra, je suis tout de même un contemporain !» Nos amis n'en ont nullement le désir (en art tout au moins) et ils aiment toujours beaucoup le gothique : le palais du cinéma est en style gothique et gothique aussi la cathédrale gratte-ciel dont la croix lumineuse se dressera bientôt dans le ciel de New-York (dix étages sont inspirés par Chartres, dix autres par Reims, etc...). Les Américains affirment cependant que leurs gratte-ciel sont des édifices typiquement américains. Un fragment de frise ou de chapiteau roman, par exemple, explique et résume ce style tandis que c'est surtout dans ses proportions nouvelles qu'un gratte-ciel offre un certain intérêt. En décoration le pastiche d'ancien règne en maître et à New-York un seul petit magasin présente des modèles d'un style Salon d'Automne antérieur à l'Exposition des Arts Décoratifs, mais peut-être seulement parce que ce style date d'hier. Ce goût pour l'art médiéval est aussi fort que celui des romantiques pour le bric-à-brac historique. Le cas américain s'explique de diverses façons : le citadin qui passe la journée dans des ascenseurs et des métros express est dégoûté de la vie moderne et veut se délasser dans un cadre de poétique légende médiévale.

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L'ART VIVANT Les hommes américains sont un peu, comme des seigneurs du moyen âge, toujours engagés dans des luttes sans pitié, ils aiment les exercices violents, les beuveries, puis quand ils sont très riches ils épousent une jolie femme adulée, préoccupée par des questions de tabourets, de titres, d'intrigues comme une dame de la cour du grand siècle. Le cadre que l'on choisit alors est XVIIIe. Aux yeux de cette élite fortunée l'art moderne a un petit goût canaille et peuple qui lui nuit. M. Duncan Philipps paya cependant près de cinq millions pour le radieux « Déjeuner des canotiers »; car Renoir plus classique est « reçu » et encore est-ce là une audace comme serait dans le faubourg Saint-Germain une réception en l'honneur de représentants de l'U. R. S. S. On aime ici les forts tempéraments très féconds d'allure un peu révolutionnaire ; l'œuvre parfaite, d'une beauté pure et noble reste là-bas l'idéal. Le lendemain de mon arrivée à New-York, un dimanche, je me rendis au Musée Métropolitain. Une foule énorme de visiteurs attendait sur les marches l'heure d'ouverture et je ne doutais pas un seul instant qu'ils n'étaient venus comme moi-même afin d'admirer Cézanne et Manet mais, tout à coup, les portes s'ouvrirent et tout le flot s'écoula vers l'aile américaine récemment inaugurée et où l'on a reconstitué avec beaucoup de goût des intérieurs de toutes les périodes. Après cette visite, je ne tardais pas d'ailleurs à rencontrer des manifestations de chauvinisme américain appliqué aux Beaux-Arts. C'est l'Ecole Française moderne qui a inspiré profondément presque tous les peintres américains ; c'est pour cette raison que l'Exposition d'art américain organisée rue de la Ville-L'Evêque, il y a quelques années, intéressa peu les parisiens et les exposants en conservèrent un souvenir amer. On nous accuse d'être très injustes envers les artistes américains et l'on voudrait tant que l'Ecole de Paris si internationale adoptât l'un d'eux. Malheureusement, ils n'en ont pas encore bien compris les règles du jeu. Et Pascin reste seul admis. On déclare maintenant que l'on se moque de l'opinion de Paris et que l'Amérique possède, elle aussi, des artistes qui ont un vrai goût de terroir; on annonce des expositions où des primitifs et maîtres américains sont vendus à des prix très élevés, bref c'est un mouvement national. Les collectionneurs ont une très haute opinion de deux peintres de talent et de goût: Charles Marin et John Demuth, mais Charles Sheeler reste à mes yeux l'esprit américain le plus représentatif. Ses photographies surtout sont des chefs-d'œuvre et après tout il se pourrait que les artistes des U. S. A. choisissent pour s'exprimer une invention moderne de préférence aux procédés anciens. Nous reprochons aux peintres américains de ne pas nous donner l'Amérique neuve comme un Chagall, par exemple, nous donne la Russie paysanne bariolée, comme Giorgio de Chirico nous donne l'Italie, comme Picasso nous donne l'Espagne; mais en Gaston Lachaise, né à Paris en 1882, qui habite New-York depuis fort longtemps, on doit saluer un des plus grands sculpteurs de notre temps, car son œuvre, qui d'ailleurs ne s'écarte pas des procédés traditionnels, présente un caractère élevé de haute distinction. Remy de Gourmont, dans son Problème du style, a défini le rôle des influences étrangères sur l'art français, influences qu'il compare au pollen que des insectes visiteurs apportent sur les ovules de nos fleurs pour les féconder. « L'esprit national, dit-il, n'est pas plus compromis par ces rapports que le sang d'un homme n'est vicié par des nourritures saines.» Il importe cependant que la nourriture soit saine et que l'assimilation soit complète. L'art anglais, qui depuis longtemps est resté fermé à toute influence étrangère active, est un art mort qui n'intéresse plus personne. Si rien ne permet d'espérer que l'art moderne pourra jouer un rôle important et être animé par la puissance et l'activité américaine, il convient cependant de signaler que l'art du commencement du XXe siècle a aussi quelques admirateurs convaincus, passionnés. Tous les Américains ne méditent pas des savantes expertises de M. Berenson. Peu importe que les collections américaines soient considérées comme des séries d'échantillons d'industries concurrentes que l'industrie nationale américaine doit copier, peu importe que les grandes collections aient été formées sur le conseil de certains artistes : Quinn (Walt Kuhn) Barnes (Glackens) Havemeyer (Mary Cassatt), l'École de Paris reste, aux yeux de tous les vrais amateurs sincères, la seule. L'hiver dernier à New-York, chez Dudensing, l'exposition rétrospective Matisse obtint un tel succès qu'il était fort difficile de pénétrer dans les salles tant la foule y était dense. Si certains voient dans l'art indépendant une tentative de corruption de la morale américaine, deux critiques de talent se montrent particulièrement hostiles aux arts académiques : M. Forbes Watson, dans sa revue The Arts et dans le New-York World; M. Mc Bride, dans The Dial et New-York Sun. M. Adolph Lewishown, dans son hôtel de la cinquième Avenue, a réuni une belle collection de Daumier, Cézanne, Manet, Degas, Renoir, Picasso et Rousseau. M. Ferdinand Howald, dans son appartement de Park Avenue, réunit une importante collection qui sera offerte au Musée de Columbus, Ohio, comme celle de Mr. Birch Bartlette sera léguée au Musée de Chicago. Rien qu'à Philadelphie, en dehors d'un fanatique comme le graveur Earl Horter qui travaille pour l'industrie afin de pouvoir réunir une grande collection qui comprend déjà vingt-trois Picasso, choisis parmi les plus beaux et les plus importants, on trouverait des choses de premier ordre dans les collections W. Arensberg, Ingersoll, Spiecer, Liebermann, Caroll Tysen, des Clouet, des Poussin, des Cezanne, enfin des œuvres d'avant-garde et de premier ordre. Si à New-York le Musée Métropolitain est si hostile aux œuvres modernes, en dehors des efforts de Mrs. Dreier, il faut signaler Mr. Gallati, collectionneur et écrivain de qualité descendant du premier ambassadeur des Etats-Unis qui signa le traité de Paix avec l'Angleterre ; il prépare des démonstrations d'art anti-académique moderne dans un immeuble de l'Université de New-York situé dans Washington Square, le Montparnasse américain, en attendant qu'un petit musée soit construit dans une autre partie de la ville. Jacques MAUNY.

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L'ART VIVANT LOCOMOTIVE DU SOUTHERN PACIFIC RAILWAY. LA CHEMINÉE EST SUPPRIMÉE, LA CHAUDIÈRE ÉTANT CHAUFFÉE AU PÉTROLE BRUT GRATTE-CIEL À NEW-YORK. SUR LES TOITS LES CHEMINÉES SONT SUPPRIMÉES ---