Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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3e Année - N° 58 4fr. 15 Mai 1927 L’ART VIVANT Revue bi-mensuelle des Amateurs et des Artistes éditée par LES NOUVELLES LITTÉRAIRES PEINTURE SCULPTURE LE LIVRE ARTS DÉCORATIFS ET APPLIQUÉS Direction, Rédaction 146, Rue Montmartre (2e) Administration et Vente LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17, Rue du Montparnasse PARIS (6e) LE CENTENAIRE DE CARPEAUX Lire dans ce numéro l'article de notre collaborateur André Salmon Directeurs-Fondateurs : JACQUES GUENNE et MAURICE MARTIN DU GARD Rédacteur en Chef : FLORENT FELS SOMMAIRE L’Art des Indes Néerlandaises au Pavillon de Marsan --- Daniel Real --- Au Salon, Le Centenaire de Carpeaux --- André Salmon --- Jade et Pierres dures au Musée Cernuschi --- Albert Maybon --- L’Art du Phonographe ……… André Coeuroy --- Un grand écrivain allemand : --- Promenades……………… J. Emile-Blanche --- Wolflin……………… Waldemar George --- Max Jacob : La Pensée d’un Poète …………… Henry Hertz --- L’Art et la Mode………… Clarisse --- Le Napoléon d’Abel Gance.. André Levinson --- La publicité, --- Ouvrages sur l’Art………… André Girodie --- Art du xxe siècle ……… Louis Cheronnet --- J’ai loué une villa à la mer.. René Burel --- Les Expositions…………… Charensol --- Le Jardin Français au xvim siècle………… Marie Dormoy --- Les Ventes. --- Nouvelles Artistiques. --- Calendriers des Expositions. ---

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BING & CIE EXPOSITIONS Du 15 au 30 Mai. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . SOUTINE Du 15 au 30 Juin.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ROUAULT (Peintures, Aquarelles, Céramiques) 20 bis, Rue LA BOÉTIE --- GALERIE MARCEL BERNHEIM 2 bis, rue Caumartin - Paris (9°) Téléph. Central 88-28 — Télég. MABERNEGO, PARIS --- TABLEAUX MODERNES ÉCOLE DE 1830 ÉCOLE IMPRESSIONNISTE EXPOSITIONS PERMANENTES D’ART CONTEMPORAIN VENTE - EXPERTISES - ACHAT --- > “fermé la nuit” vous engage à venir voir ses expositions, ses livres, ses estampes et prendre votre thé, 28, place dauphine, 41, quai de l’horloge, téléphone : gobelins 55-55.

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Tableaux Modernes Aquarelles, Pastels, Dessins, Gouaches PAR ASSELIN, BONHEUR (Rosa), BOUDIN, CASSAT (Mary), CORNEAU, COURTENS (Franz), DEGAS (E.), DELACROIX (Eug.), DELATTRE, DENIS (Maurice), DERAIN (André), VAN DONGEN, DORIGNAC, DUFORENOY, FORAIN, GOERG, GUILLAUMIN (A.), JONGKIND, JACOB (Max), LAPRADE, LEBOURG, LOTIRON, MARCHAND, MAILLOL (A.), MILCEN-DEAU (Ch.), MONTICELLI, OTTMANN, PASCALIS, PASCIN, PISSARRO (Camille), PUY, REDON (Odilon), RENOIR, RODIN, RODO (Ludovic), ROUAULT (G.), ROUSSEL(K.-X.), SISLEY, SOUTINE, UTRILLO(Maurice), VILLARS, VLAMINCK. dont la vente aux enchères publiques aura lieu à Paris HOTEL DROUOT — Salle N° 6 le Vendredi 3 Juin 1927 à deux heures précises --- Me Alph. BELLIER Commissaire-Priseur 1, Place Boieldieu PARIS (2e) M. JOS-HESSEL Expert près la Cour d'Appet 26, Rue La Boétie PARIS (8e) EXPOSITION PUBLIQUE LE JEUDI 2 JUIN DE 2 HEURES A 6 HEURES *

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ASSOCIATION FRANÇAISE D'EXPANSION ET D'ECHANGES ARTISTIQUES (sous les auspices du Ministère des Affaires Etrangères et du Ministère des Beaux-Arts) Du 17 au 31 Mai EXPOSITION DES TYPES ET PAYSAGES D'ESPAGNE par le peintre américain Maurice FROMKES DANS LES GALERIES D'ARNOLD SELIGMANN & FILS PARIS — 25, Place Vendôme — PARIS GALERIE BRIANT-ROBERT 7, RUE D'ARGENTEUIL, 7 — PRÈS L'AVENUE DE L'OPÉRA 2me SALON POLITIQUE DESSINATEURS PARLEMENTAIRES Bécan — Bérings — Ch. Blanc Bib — Don — Dukerey — Ex Galland — H.-P. Gassier — Gil Baer — Guérin — H.-G. Ibels J. Sennep — Tel — Touchagues Cabrol — Georges Edward Pedro — Roger Roy RÉTROSPECTIVE H. DAUMIER Tous les jours, dimanches et fêtes, de 10 heures à 18 heures DU 15 MAI AU 28 MAI INCLUS EN JUIN : LE PAYSAGE FRANÇAIS

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Galeries Georges Petit 8, RUE DE SÈZE, 8 — : — PARIS (X° Arrond') R. C. Seine 34.210 --- TABLEAUX MODERNES EXPOSITIONS - EXPERTISES BRONZES DE BARYE --- DIRECTION DE VENTES PUBLIQUES IMPRIMERIE ARTISTIQUE 12, rue Godot-de-Mauroy, 12 --- Palais de marbre 77 Champs-Elysées_Paris — L’Exposition la plus élégante de l’Ameublement et de la Décoration Meubles et Objets d’Art Anciens et Modernes Galerie de Tableaux Création de Mercier frères 100 Fbs St Antoine Paris Publ. A. Bocage, Paris

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RODIER Ne vend pas à la Clientèle — Particulière. LES EQUERRES OMBRÉES TOILLINA LES ANGLES GÉOMÉTRIC SUR KASHATOIL

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L'ART VIVANT 15 MAI 1927 TROISIÈME ANNÉE L'ART DES INDES NÉERLANDAISES Le Musée des Arts Décoratifs expose en ce moment toute une série d'objets des îles de la Sonde sous le titre d'Exposition de l'Art Décoratif des Indes Néerlandaises. Les pièces qui composent ce bel ensemble sont formées principalement d'une collection particulière venue de Hollande à laquelle s'ajoutent de belles œuvres des Musées Néerlandais, du Musée Guimet et du Musée d'Ethnographie du Trocadéro. On peut, en parcourant les salles de cette exposition, avoir une idée d'ensemble de l'art de ces pays, bien qu'il soit très difficile d'établir qu'il y a un art des Indes Néerlandaises. Les terres englobées sous ce nom sont trop diverses pour qu'elles aient pu donner naissance à un art possédant une réelle unité. Il s'agit là d'une expression de géographie politique pour désigner des possessions dont la composition elle-même a varié depuis le jour où, en 1595, la Compagnie d'Outre-Mer se dirigea pour la première fois d'Amsterdam vers les Indes. Elles comprennent à l'heure actuelle des îles d'une superficie énorme comme Java, Sumatra, Bornéo (soumise partiellement seulement aux Hollandais), Célèbes, ou de moindre importance comme Timor, Bali, Lumbok, Nias, etc. Ces îles n'ont pas été habitées par une population identique bien que, d'une façon générale, le même fait s'y soit produit. Deux sortes d'habitants se partageaient le sol, les uns de couleur basanée, établis sur les côtes et parvenus à un certain degré de civilisation, déjà parfois élevé ; les autres de couleur sombre, aux cheveux crépus comme les nègres, vivant de la vie sauvage dans les forêts et les montagnes de l'intérieur des terres ; ces derniers, que pendant longtemps on a considérés comme aborigènes, furent refoulés dans l'intérieur par les envahisseurs. Comment des peuples aussi différents les uns des autres auraient-ils pu produire un art uniforme et est-il vraiment possible de mettre sur le même plan les œuvres exécutées par un Dayak de Bornéo, demeuré un sauvage coupeur de têtes, un Battak de Sumatra et celles d'un Javanais qui reçut de bonne heure l'enseignement de la vieille civilisation hindoue ? L'influence des croyances religieuses, toujours très importante lorsqu'il s'agit de la formation d'un art, devait différencier fortement aussi le pouvoir créateur de ces populations. A Sumatra, à Bornéo, à Nias, les croyances fétichistes sont demeurées à peu près générales, alors que très vite, à Java, la religion des Hindous avait pénétré. Des inscriptions ont permis de constater qu'au IVe siècle de notre ère, le bouddhisme y fleurissait en même temps que le sivaïsme. Ces différences de religion et de race devaient donner naissance à des arts très différents. On peut donc distinguer deux groupes, l'un formé de populations très peu évoluées et où l'art est demeuré beaucoup plus fruste, comprenant les Dayaks, les Battaks, les Alfonros, l'autre composé des habitants de Java, Bali ou Madoura qui subirent plus vite et plus complètement l'influence des peuples asiatiques et connurent un art arrivé à une très haute expression. Dans le premier groupe, comme presque partout lorsqu'il s'agit d'indigènes demeurés plus primitifs, c'est dans des œuvres ayant un caractère purement décoratif que se manifestent les aptitudes artistiques. L'architecture n'existe qu'au point de vue utilitaire et se borne à la construction de cases où la recherche de la beauté n'a guère de place. Les Dayaks cependant sculptent parfois avec assez de bonheur des planchettes utilisées pour l'ornementation de leurs cases ; les Battaks font preuve dans la ciselure de leurs bâtons de chefs d'un goût un peu barbare, mais curieusement décoratif. Les armes sont l'objet d'un véritable soin. A Bornéo, notamment, les lames portent des dessins ornementaux gravés, les fourreaux de bois sont ornés de motifs généralement empruntés à la flore et sculptés avec une grande légèreté, les poignées de sabre en ivoire ou en corne représentant des têtes d'animaux ou d'êtres fantastiques atteignent souvent à un art véritable. Toutes ces populations tissèrent fort bien des étoffes dont les dessins sont souvent de premier ordre. Il faut citer les curieux ikate où les dessins sont obtenus par des combinaisons de fils ayant chacun plusieurs couleurs. Non seulement les motifs ne sont pas grossiers, mais les colorations en sont souvent délicates et harmonieuses. Il n'y a là aucun rapport avec le procédé rudimentaire de la tapa océanienne. Ces décorations sont formées de nombreux ornements géométriques, parfois très simples, quelquefois très compliqués, toujours agréables aux yeux ; la fleur y est souvent employée, très stylisée, dans la plupart des cas. La vannerie atteignit aussi un haut degré de perfectionnement et les chapeaux tressés par les Malais des côtes, formant des dessins d'une belle tenue aux nuances discrètes, mélange de bruns chauds et de jaunes dorés; en sont un exemple; ainsi que les coffrets en vannerie garnis de perles multicolores. Mais cet art décoratif, pour intéressant qu'il soit, reste toujours au deuxième plan. C'est à Java que la civilisation parvint à son point culminant. Dans la grande île, la population sauvage fut bien vite refoulée. Il est à peu près impossible de fixer une date aux premières migrations hindouses ; d'après la tradition, c'est en 78 après Jésus-Christ que le roi Aji-Saka débarqua dans l'île. Il se forma assez vite des États qui devinrent très prospères. Les sources manquent pour l'étude de cette époque et on connaît peu de choses sur les royaumes de Mataram, de Tumapal et de Madyapahit. On donne généralement la date de 1478 comme celle de la chute de cet important empire. On peut donc penser qu'une aussi longue domination influença fortement l'art de Java. D'abord tout à fait hindou, il se transforma peu à peu et s'adapta au milieu javanais, mais en conservant toujours la marque de son origine. Cet art se manifesta comme art décoratif en pénétrant un peu toutes les branches de l'industrie. La littérature et surtout le théâtre étant imprégnés des grandes épopées hindoues, on créa pour la représentation de ces longs poèmes, ces curieuses marionnettes de bois peint et ces wayangs découpés, en cuir de buffle, d'un style où le fond hindou apparaît certes, mais où l'inspiration javanaise prit le dessus. Bien javanais aussi sont les batiks. De tous les arts indus-

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L'ART VIVANT triels pratiqués à Java, cet art du batik est le plus original et le plus intéressant ; il remonte à une époque très ancienne et les Arabes, lorsqu'ils s'emparèrent de l'île, trouvèrent déjà les Javanais vêtus d'étoffes décorées par ce même procédé. Sans doute, cette façon de peindre des tissus existait-elle déjà dans l'Inde (actuellement encore sur la côte de Coromandel, on fait des étoffes assez semblables), mais en passant à Java, la technique s'en modifia. La caractéristique du batik, c'est d'obtenir sur l'étoffe de coton des dessins de couleurs différentes par des teintures appliquées successivement au moyen de réserves. Le dessin est fait par des femmes qui se servent d'un instrument (tchanting) composé d'un petit réservoir dans lequel on place la cire liquide, terminé par un tube recourbé. Une fois le dessin exécuté, la première opération consiste à couvrir de cire toutes les parties du dessin qui ne doivent pas être teintes par la première couleur employée. L'étoffe étant ensuite plongée dans le bain de teinture, on enlève la cire étendue sur la partie réservée au moyen d'eau chaude. On recommence l'opération autant de fois qu'il y a de couleurs différentes. Les couleurs employées sont toujours végétales. Les motifs décoratifs sont très variés car le sens artistique est très développé chez les indigènes qui s'adonnent à cet art. Les premiers dessins imaginés ont été conservés et une tradition s'est établie. C'est à cette série de dessins types que se réfèrent encore les artistes indigènes. La coloration des batiks a peu varié dans le cours des siècles ; elle est assez différente selon la province où on les fabrique ; les plus appréciés se font dans la résidence princière de Dyogyakarta où le brun, le bleu et le crème dominent, ou ceux de Pekalongang, bleu et blanc dorés. Les dessins sont souvent composés d'éléments linéaires, lignes courbes, grecques, etc., d'animaux stylisés, oiseaux et papillons, de fleurs, de fruits exotiques, de feuillage. Parfois aussi on exécute par le procédé du batik des sortes de frises où la figure humaine est traitée dans le style des wayangs. Cette industrie nationale n'a guère décliné ; on peut seulement regretter que, dans certaines régions, elle ait été modernisée sous l'influence européenne. Si les artistes javanais ont été de grands décorateurs d'étoffes, ils ont aussi très bien travaillé le métal, surtout les armes, lances dont les pointes affectent des formes richement ornementales ou kriss aux pommeaux finement ciselés. Avec le cuivre ou le bronze, ils façonnèrent toute une vaisselle aux formes élégantes, coupes gracieuses, aiguères, vases à fleurs, petites tasses à offrandes, sonnettes, lampes, tout cela d'un travail très fouillé, d'un style charmant où se reconnaît la technique de l'art hindou, mais où, parfois, apparaissent des détails rappelant les bronzes chinois. Les Javanais ont donc été de tous temps des artistes décorateurs très remarquables, mais ce furent aussi des sculpteurs et des architectes qui produisirent des œuvres d'une très grande beauté. L'île de Java est couverte de ruines de monuments dont quelques-uns sont véritablement imposants. Les plus célèbres sont les temples de Prambanan, de Loro Djongran, de Tchandi Sewou, de Bôrô Bondour et de Djeng. Cet art de l'architecture et de la sculpture est de source uniquement religieuse et a tiré son inspiration de l'hindouisme qui domina à Java jusqu'à l'arrivée de l'Islam. Ces temples étaient pour la plupart consacrés à Bouddha, mais, cependant, la partie centrale de Java, ainsi que l'île de Bali, possède aussi beaucoup de ruines de temples brahmanes ; les images de Siva, de Dourga, de Ganesa y sont nombreuses et la représentation du trimouri s'y rencontre. Dans certains temples, on trouve mélangées des statues des dieux sivaites et du culte de Çakia Mouni. L'architecture de ces temples ne diffère guère que par des détails et l'ensemble rappelle naturellement les temples du continent. Le mieux conservé de tous est celui que, en 1814, Sir Arthur Raffles, gouverneur de Java, fit dégager de la forêt qui le recouvrait en partie, le célèbre Bôrô Boudour. Il couvre une superficie d'environ six cents pieds et se compose de sept murs ornés des deux côtés de sculptures, bâtis en forme de gradins sur le flanc d'une colline. Des terrasses auxquelles conduisent de nombreux escaliers coupent les murs dans lesquels sont creusées des niches. Ces niches contiennent chacune une statue de Bouddha de grandeur naturelle. On en compte plus de quatre cents. L'ensemble de ce temple produit une véritable impression de grandeur. On ne sait rien de certain sur l'époque de la construction de ce monument. Bôrô Boudour semble cependant remonter au IXe siècle et Prambanan serait d'une époque un peu plus reculée. On peut dire que ces deux temples, le premier surtout, marquent l'apogée de l'architecture et de la sculpture à Java. Une de leurs caractéristiques, c'est une sobriété plus grande de la décoration alors que nombre de monuments hindous disparaissent sous une ornem ention trop luxuriante. On ne peut ici méconnaître un bon goût et un sentiment très vif du beau dans le choix des formes et dans la manière dont les ornements ont été combinés. Sous les niches des Bouddhas, par exemple, il faut noter les compositions où figurent les fleurs de lotus réunies en guirlande, les rosaces de la même fleur, tout cela d'une élégance achevée. Quant à la sculpture proprement dite, elle a atteint là son plus haut point. En dehors des statues de Bouddha, dont quelques-unes sont d'une grande beauté d'expression et d'exécution, où parfois la sérénité divine est atteinte, les nombreux bas-reliefs comptent parmi les plus beaux qu'ait inspiré la religion bouddhique. Ils sont assez différents de ceux du temple de Prambanan, d'une composition plus impétueuse. Ces sculptures représentent de curieux épisodes de la vie javanaise de l'époque des grandes scènes des épopées hindoues, batailles, chasses, scènes des champs, etc. La composition de tous ces tableaux, dont le chiffre dépasse deux mille, est extrêmement variée et cependant il est rare d'y retrouver les mêmes attitudes. Comme toujours, l'artiste ne tient pas compte de la perspective. Les personnages sont sculptés à un très haut-relief, ce qui donne des ombres profondes et des lumières très vives qui en augmentent la puissance. Cet art, qui connut à Java une période très brillante, déclina en même temps que s'affaiblissaient les cultes bouddhistes ou sivaites. Le triomphe de l'Islam lui porta un dernier coup et c'en fut fini de la sculpture et de l'architecture à Java. Les monuments qui n'étaient plus guère entretenus par les fidèles, ébranlés par de fréquents tremblements de terre, envahis par une végétation débordante, tombèrent vite en ruines. Rien ne fut construit depuis. Les Javanais continuèrent à déployer leurs qualités d'artistes décorateurs, mais, peu à peu, cependant, l'imitation des procédés européens achève de détruire ce qui restait de cette civilisation indigène si brillante naguère. Daniel RÉAL, Inspecteur du Musée d'Ethnographie.

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L'ART VIVANT L'ART DES INDES NÉERLANDAISES Collection Nieuwenkamp - PORTE EN BOIS SCULPTÉ. BALI. - POIGNÉE DE KRISS EN IVOIRE. BALI. - FRESQUE PEINTE SUR BOIS. ÎLE DE JAVA. Musée Ethnographique, Paris - LE TAUREAU NANDHI, PROVENANT DE PRAMBANAN. JAVA. IXe SIÈCLE. ---

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L'ART VIVANT --- Musée Ethnographique, Paris FÉTICHES. NOUVELLE-GUINÉE Collection Nieuwenkamp TISSU DE L'ÎLE DE SÈMBA Collection Nieuwenkamp CUILLERS DE L'ÎLE DE TIMOR Musée de Zwolle TÊTE DE PIERRE. SOUKOUH XVe SIÈCLE Collection Nieuwenkamp CUILLERS DE L'ÎLE DE TIMOR Musée Ethnographique, Paris PROUE DE BATEAU. NOUVELLE-GUINÉE Musée de Leyde ÉTUI DE BOIS. SUMATRA Photographies Art Vivant ---

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L'ART VIVANT CENTENAIRE DE CARPEAUX Au Grand-Palais, où fusionnent Artistes Français et Société Nationale des Beaux-Arts, une rétrospective Carpeaux tient lieu de « clou » du Salon. C'est à l'occasion du centenaire de Jean-Baptiste Carpeaux, né à Valenciennes, le 14 mai 1827, d'un pauvre maçon et de l'admirable femme, la ménagère vouée aux travaux « ennuyeux et faciles » qui veulent « beaucoup d'amour » et que, sur son lit de mort, le 12 octobre 1875, le grand artiste étreignait tendrement, en murmurant : « Je t'aime tant, petite mère, je t'aime tant ! » Ce furent ses dernières paroles. L'hommage rendu par les organisateurs du Salon de 1927 était attendu. Les deux groupes de statuaires lui doivent tout. Aux uns, il donna Falguière. Aux autres, il donna Rodin. C'est assez significatif, encore que de ce jugement sommaire personne ne puisse se contenter. Entre Falguière et Rodin, il y a Dalou, n'est-il pas vrai ? Il y a surtout les intentions profondes de Carpeaux qui doivent être précisées. On doit retenir que, lorsque le fils du maçon ambitieux qui l'avait placé à l'école d'architecture de Valenciennes, vint à Paris, à quinze ans, en 1842, Delacroix était dans toute sa gloire. Il est vrai que le maître officiel n'était qu'Abel de Pujol. Grande bataille des romantiques et des néo-classiques, ces derniers se croyant bien soutenus par les récentes trouvailles des érudits, par les conquêtes récentes de l'archéologie. C'est le moment que les réalistes choisissent pour entrer dans la lice. Le petit Carpeaux comprend vite que la vérité est de ce côté, tout de même qu'hésitant entre la peinture et la statuaire ; il voudra retenir la leçon de Delacroix, persuadé que le réalisme ne doit pas exclure le sublime, que le sublime tend à une forme du pathétique, éprouvée, contrôlée par les maîtres classiques, ces maîtres qu'il comptera plus aisément et avec lesquels il aura beaucoup moins d'occasion de discuter, avec cette généreuse insolence de curiosité propre à la jeunesse, à mesure que se préciseront ses intentions exclusives de sculpteur. Ah ! songeons, ainsi qu'il y faut songer, à des époques comme celles-là, ces époques-carrefours si bien faites pour mettre à la plus bénéfique des tortures le cerveau d'un génie adolescent. 1842, c'est aussi l'année de cette Velléda de Maindron, relevant du romantisme et si réaliste et que put chérir Verlaine, et la chanter quarante ans plus tard, jetant sur elle un regard identique à celui accordé aux passantes de la Cour Saint-François ou de la rue Descartes, aux belles visiteuses populaires du dimanche, à Brousas. Le fils du maçon de Valenciennes, celui dont son père ambitieux voulait faire un entrepreneur, résiste magnifiquement à l'ivresse extérieure, toute romantique encore, de la vie artistique. Ainsi que beaucoup d'entre ceux à qui la vie est dure tout de bon, il n'a aucun goût pour la vie de bohème. Il est remarquable que les dons spécifiques de l'artiste éminent se confondent aussi bien avec les vertus de l'homme. Carpeaux ? C'est un âpre travailleur, capable de faire face avec un remarquable courage à toutes les petites et grandes misères de l'existence, anxieux d'un climat moral (partant artistique) bien défini et qu'il faut mettre d'accord avec des possibilités de quiétude par le confortable. On disait que, tout jeune, Carpeaux, qui devait dire avec émotion « Mon Empereur », attendait, pressentait cet Empire qui vit son épanouissement. Aussi bien, le minimum de con ortable, l'essentiel de quiétude favorisèrent singulièrement chez Carpeaux l'épanouissement des rêves, l'élargissement de sa personnalité. Tel fut celui qui se modela une apparence de Badinguet à ébauchoir pour mourir avec le masque de Victor Hugo en exil. Que faire et faut-il vraiment se reprendre, se condamner à l'explication trop précise, quand le symbole s'impose si impérieusement, tout d'une venue et sans qu'on l'ait cherché. Bohème, disais-je ? Pauvre Carpeaux ! Comment eût-il pu même s'en donner un seul jour l'aigre plaisir. La famille de Valenciennes a eu l'idée de venir s'établir à Paris et c'est une si mauvaise idée que le jeune artiste doit se faire porteur aux Halles. Mais il semble qu'il devine sa revanche prochaine. Par la gloire et par tous les succès, mondains, officiels même et jusqu'à ceux auxquels, avec un orgueil magnifique et cynique,fait allusion son fils survivant, le chef de bataillon d'infanterie coloniale Louis Carpeaux, ancien caporal de Joyeux, aujourd'hui retiré à Nice, un des héros extravagants, dont l'un, à peine plus recommandable... aux familles que les précédents, les Crocodiles de l'Art, relate, en un chapitre déchirant, les incidents de la Vente Carpeaux, réalisée peu de mois avant la guerre. Torturé par le besoin, Carpeaux revint dans le Pas-de-Calais. Ce fut pour y besogner des « saintetés », notamment en ce Monchy-le-Preux, dont les hommes de ce temps-ci n'ont gardé qu'un souvenir de boyaux gras et d'écrabouillage scientifique par marmites de fort tonnage. Peu après, en 1846, un événement décisif se produit. Carpeaux entre en rapports avec Rude. L'amour du peuple entraîna ce magnifique fils du peuple à bien accueillir l'enfant des pauvres gens de Valenciennes. Mais il fallait arriver. Du moins était-il visible que Carpeaux n'y répugnait point. Aussi Rude le mit-il à l'aise : — Petit, tu as envie du Prix de Rome. Avec moi, tu ne réussiras jamais tes concours. L'Académie et le père Rude ne sont pas assez bien ensemble. Vraiment, Carpeaux — et l'examen de son œuvre, digne, certes, de notre admiration, suffit à nous en convaincre — désirait très fort que l'Académie et lui soient très bien ensemble. Je l'ai dit au commencement : Carpeaux donna Falguière aux Artistes Français et Rodin, à la Nationale. Ça ne l'empêcha pas, en souvenir ébloui et reconnaissant du père Rude, de tirer son chapeau chaque fois qu'il passait devant l'Arc de Triomphe. Et Carpeaux retomba sous la coupe de son compatriote, le très fade Abel de Pujol.