Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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BARBERIS ET DE SAINT-MAUR, architectes.
BRANDT, ferronnier.
Porte d'entrée sur la rue d'Offémont.
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Architecture et Décoration Modernes
Un Hôtel particulier à Paris
A l'écrivain célèbre qui lui offrait d'enchaîner au service de sa gloire une plume dont les décrets faisaient loi dans l'empire des lettres, une reine de théâtre répondait jadis :
> « J'ai beaucoup d'ennemis, et l'excès de votre louange en augmentera le nombre en faisant des jaloux de mes derniers amis. Mais si vous affectiez de montrer pour moi quelque injustice, sans doute, cela pourrait faire une belle bataille ! »
Il y a longtemps que nous ne savons plus ce qu'est « une belle bataille » dans le monde des lettres ou dans celui des arts. Les dernières ont été livrées au nom du Romantisme; la génération née sous le second Empire n'aura pas connu le temps où l'on pouvait siffler au théâtre sans courir d'autre risque que d'avoir à échanger quelques coups de canne avec les gens qui préféraient applaudir.
Les grandes luttes d'opinion sur les choses de l'art, où la France se partageait en deux
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camps irréconciliables au sujet d'un livre ou d'un tableau, sont réduites aux petits potins d'atelier, aux escarmouches de presse professionnelle.
L'écho de celles-ci parvient aux oreilles distraites du grand public par les quotidiens où les Français d'aujourd'hui ont pris l'habitude de puiser leur opinion sur toute matière, et l'on sait de reste que les plus achalandées de ces maisons n'ont point de tendresse pour les arts, ceux du théâtre exceptés, leurs administrateurs avisés entendant ne les connaître que comme prétextes à « affaires ».
La renaissance moderne de l'architecture domestique et des arts de la décoration, mouvement qui touche aux intérêts les plus élevés même en dehors de toute préoccupation artistique, a eu un moment la faveur de quelque attention parce qu'Alcibiade ne meurt jamais et certains chiens se sont exhibés dont la queue était si bizarrement coupée qu'on s'en est amusé un peu de temps, après quoi l'opinion a décrété : « Le style moderne a sombré dans le ridicule. »
En fait, la plupart de ceux qui se sont réjouis patriotiquement de la nouvelle et ont tiré de la proclamer une certaine vanité, comme s'ils étaient pour quelque chose dans cet assassinat glorieux, ne se sont jamais fait une idée bien nette de ce fameux « style moderne ».
Ce dernier adjectif, d'une signification pourtant claire et qui a été appliqué par leurs contemporains aux productions d'art de toutes les époques, est devenu de nos jours l'étiquette de l'extravagance ap-
PIERRE SELMERSHEIM, architecte.
MAURICE DENIS, peintre.
Angle du vestibule.
(Cliché Lémery.)
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PIERRE SELMERSHEIM, architecte.
MAURICE DENIS, peintre.
Vestibule.
(Cliché Lemery.)
pliquée à l'architecture et aux arts de la décoration. A ce compte, il y a de très anciens spécimens de « style moderne », et pour prendre un exemple connu, j'estime que l'église de Saint-Thégonnec, au pays de Léon, dont la mousse et la pluie bretonne ont fait un amusant bibelot, procède du même goût que les plus fâcheux pavillons de l'Exposition de 1900, dont un académicien illustre a écrit qu'elle nous avait ramenés, et pour toujours, aux styles classiques vraiment français que l'on appelle familièrement les trois Louis.
Heureusement, les « toujours » décrétés par les immortels sont comme leur immortalité même, de durée variable. La vérité est que les plus belles époques d'art ont fourni des œuvres médiocres ou même de tous points mauvaises, mais que toutes se sont appliquées à chercher des formules nouvelles.
La curiosité contemporaine et la vulgarisation des procédés de reproduction graphique ont mis à la disposition des métiers d'art une inépuisable réserve de documents relevés sur des spécimens de tous les styles ; la hâte de vivre, le manque d'initiative et la crainte des responsabilités caractéristiques de l'esprit contemporain ont donné à ces recueils la puissance de textes de lois à la lettre desquels on s'attache avec une sorte de fétichisme.
L'œuvre d'art implique une interprétation de la part du créateur.
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Une bonne copie d'un chef-d'œuvre peut donner une forte impression d'art, l'exécutant n'est qu'un habile ouvrier, seul est artiste le créateur du type. L'abus de notre éducation archéologique a multiplié les copistes au détriment du nombre des artistes et le goût public familiarisé avec certaines formes dont on lui a appris le charme, se refuse de parti pris, à l'effort de le rechercher lui-même dans des formes inhabituelles.
Est-ce à dire que nous ne devons aucune estime au copiste adroit ou même au pasticheur ingénieux? Nous ne voulons que
MAURICE DENIS. Cartons de vitraux de l'escalier.
lui dénier le titre et la valeur d'artiste réservés à l'inventeur, à l'interprète, prétendre réduire à ce rôle l'architecte et le décorateur moderne est une théorie funeste, et, j'en demande pardon à M. Hanotaux, parfaitement niaise.
Il faut pour dégager les caractères généraux qui constituent le style d'une époque ou d'une nation, un recul que rien ne peut suppléer, ceci est affaire d'érudition, non plus d'art, l'artiste contemporain n'a point
MAURICE DENIS.
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à s'en soucier, l'important n'est pas de « faire du style », mais « de se faire un style ».
Se faire un style, c'est-à-dire se créer une méthode personnelle et l'appliquer logiquement alors que faire du style consiste non seulement à appliquer à l'exécution d'un sujet donné les formules générales d'où découlent certaines formes classées, mais s'attacher à la reproduction minutieuse de ces formes elles-mêmes.
Il y a des compromis.
J'ai entendu un architecte de talent et de goût soutenir cette thèse terrifiante que l'avenir de l'architecture et de la décoration moderne était attaché à la formule
G. ET P.-H. RÉMON. Meubles.
ALBERT BESNARD, peintre.
suivante : Emprunter franchement les formes de construction à l'un quelconque des styles passé et y adapter une ornementation de libre fantaisie.
Nous sommes loin de la hardiesse gothique ou du superbe mépris des architectures du Roi Soleil.
Cependant, de ce que nous défendons l'initiative même malheureuse de l'inventeur contre l'injustice exclusive des copistes attardés dans une admiration légitime mais inféconde il ne faut pas conclure que nous admettons sans réserve tout ce qui, sous prétexte de « style moderne », nous a été infligé depuis une quinzaine d'années par les pasticheurs d'ordre inférieur dont l'œil s'est trouvé frappé surtout par les lanières déroulées d'Horta, les madrépores de Guimard et les cheveux en copeaux de Mucha qui
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seraient plutôt des faiblesses dans le talent de ces intéressants artistes. Un de ces trois éléments appliqué aux plus incohérentes constructions a suffi à constituer une œuvre
ALBERT BESNARD.
Panneau de la salle à manger.
de « style moderne » de même que quelques-uns de ces fâcheux produits ont suffi à constituer aux yeux du juge superficiel qu'est le public contemporain, tout l'art décoratif moderne.
Heureusement, et chaque jour plus fréquemment, apparaissent quelques tentatives
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consciencieuses, étudiées avec scrupule et exécutées avec méthode dans cet esprit d'indépendance que nous devons aujourd'hui envier aux nations voisines après la leur avoir apprise. Elles suffisent à prouver que la fièvre archéologique dont souffrent nos arts appliqués n'est point incurable d'une part, et que, de l'autre, les exubérances de «l'Art Nouveau» et du Modern Style ont été les premières feuilles déjà séchées d'une belle végétation d'art dont les fruits ne seront sans doute pas toujours indignes d'être
ALBERT BESNARD.
Panneau de la salle à manger.
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RENÉ LALIQUE.
Applique de lumière.
appariés à ceux que nous recueillons de nos grands pères.
L'hôtel que M. Jacques Rouché a fait transformer pour lui récemment avec le concours de quelques-uns parmi les plus résolument modernes des artistes contemporains est une fort spirituelle riposte à tant de Trianons fâcheux par où prétend s'affirmer notre bon goût national.
Aux époques de « belles batailles », on eût cassé quelques vitres chez le directeur de la Grande Revue ; il eût mérité cet honneur par la franchise avec laquelle il a pris position dans le camp des modernes contre les pasticheurs timorés.
Le courage d'opinion en art est toujours respectable, il l'est davantage encore lorsqu'il se manifeste par des actes ; s'appliquât-il à des tentatives qui heurtent nos goûts nous ne lui marchandons pas notre estime, mais quand nous le voyons mettre comme ici, sous le contrôle d'un esprit distingué et averti, au service d'idées qui nous sont chères, nous nous en réjouissons comme d'une victoire personnelle.
A vrai dire, les architectes, MM. Barberis et de Saint-Maur n'ont eu, au point de vue de l'extérieur, que la tâche ingrate d'une accommodation dont ils ont tiré le meilleur parti.
Par une décoration sculptée sobre mais joliment colorée, l'ouverture de larges baies, l'emploi d'une ferronnerie élégante et discrète, ils sont parvenus avec des moyens simples à donner à une construction banale beaucoup de l'attrait d'une œuvre exécutée sur un plan libre.
La photographie que nous reproduisons de l'entrée prin-
RENÉ LALIQUE.
Bouton de porte.
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cipale a été prise avant l'établissement de la marquise de fer forgé qui est due, ainsi que les grilles et les appuis des fenêtres, à M. Brandt et à ses distingués collaborateurs habituels.
Cette porte ouvre sur un vestibule pavé de mosaïque dont l'aménagement a été exécuté par la Maison Majorelle sur les plans et sous la direction de M. Pierre Selmersheim.
La décoration peinte, très importante, est de M. Maurice Denis. Les parois sont garnies d'un haut lambris de panneaux de stuc encadrés dans de la pierre élégamment moulurée et agrémentée de feuillages sculptés.
Dans la partie supérieure de chaque panneau est ménagée une ouverture close par un vitrail formé d'un motif de rose dont la fleur et les feuilles en verre blanc opaque moulé dissimulent des lampes électriques et forment le soir le plus délicat éclairage que l'on puisse imaginer.
La décoration de M. Maurice Denis y gagne une lumière charmante.
Trop de gens s'enthousiasment pour la peinture de cet « Indépendant » esclave du succès que je dois avoir tort, quand, après avoir rendu justice aux charmes fréquentes de sa coloration, je m'irrite de la vulgarité de ses figures poupines aux membres courts, et de cette naïveté enfantine savamment entretenue dont la puérilité semble s'exaspérer avec l'âge et les triomphes.
Les gentillesses de M. Maurice Denis me font songer à la gaucherie de ces grands garçons auxquels la tendresse attardée des mères impose trop longtemps le col marin
RENÉ LALIQUE.
Lustre de la salle à manger.
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et les mollets nus. M. Maurice Denis a donné encore les cartons d'un vitrail placé sous l'escalier. Hélas! c'est moi qui passerai pour le barbare, mais j'ose déclarer que je me cabre devant la laideur de ces figures nues et en particulier de celle qui se présente de face et aux bras de laquelle je défie toute la critique de la Grande Revue de trouver une excuse, je m'étonnerais quelaVénus de Milo vint les réclamer pour siens!
Revenons vite au vestibule pour nous réjouir de la fraîcheur harmonieuse de la couleur générale et de l'originalité distinguée de l'ensemble.
Avant de gravir l'escalier grillagé de lames de cuivreaux courbes souples, aux larges rampes de frêne clair verni, nous pénétrerons dans la salle à manger.
Les murailles en ont été livrées à la fantaisie de M. Albert Besnard dont le pinceau ne sauraitrien produire d'indifférent et qui s'est amusé ici avec une liberté charmante à plier aux exigences d'un cadre intime ses dons de décorateur prestigieux, dominateur des larges espaces.
Des pilastres en marbre jaune, à la base et au chapiteau de bronze doré, se combinent avec tout un système d'architecture peinte en trompe-l'œil qui n'est point à approuver sans réserve. Au plafond sont figurés des arcs surbaissés soutenant des balustrades fleuries, un haut lambris aux moulures également figurées, s'orne de motifs traités en silhouette.
Départ de l'escalier.
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Le grand hall.
TONY ET PIERRE SELMERSHEIM, architectes.