Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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Triptyque de la famille J. Terwindt-Ficq
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LES PORTRAITS D’ANTOON VAN WELIE
Antoon van Welie, après une longue absence, vient d’exposer à la Galerie Georges Petit une ample moisson d’œuvres nouvelles. Il n’a point fait précéder ce catalogue d’une préface retentissante; il a simplement offert au public plusieurs années de rêve, de travail et de silence. C’est encore la meilleure façon de s’imposer à lui et la plus sûre. Jusqu’à ce jour, M. Antoon van Welie s’était surtout révélé comme un créateur et un évocateur de légendes; il excellait à faire revivre quelque mythe disparu; et les fictions poétiques semblaient l’attirer plus encore que la réalité. On se rappelait, avec émotion, ces figures pensives, empreintes d’une sensualité attristée, toutes proches de la mort et des paysages mélancoliques, avec leur atmosphère baignée de passion et leurs nuages gonflés de larmes. Œuvres élevées, un peu lointaines, faites de mysticisme et d’intelligence, telles nous apparaissent ou plutôt telles apparaissent aux esprits superficiels, les premières créations de van Welie. Et voilà qu’aujourd’hui le peintre rapporte une série de toiles d’une inspiration uniquement réaliste; il a délaissé ses figures
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Dessin pour le portrait de Pie X
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de légendes et, comme La Bruyère, il a pensé qu'un visage était un paysage, mais un paysage réel, enveloppé d'air, plein de mouvement et de vie. Il a cherché les personnages, en quelque sorte représentatifs c'est justement cette dualité qui donne aux œuvres du peintre une originalité si atta-chante et une saveur si rare.
Le Chœur grec
de notre époque, et les a scrutés attentivement avec la curiosité passionnée d'un psychologue, s'efforçant d'en dégager, avant tout, le caractère. Ces deux aspects du talent d'Antoon van Welie que l'on essaye d'opposer l'un à l'autre, ne se séparent point dans l'œuvre du peintre. Il est tour à tour l'observateur minutieux de la vie et l'interprète de ses symboles; on pourrait dire, à l'encontre du reste des hommes, qu'il se repose du rêve dans l'action. Et
Après avoir accompli ses premières études à Anvers, M. Antoon van Welie alla vivre à Rome, puis en Grèce et en Allemagne; et il s'est fixé définitivement en France. Il est un grand voyageur et il a porté à travers l'Europe sa curiosité et sa mélancolie. Cette tristesse grave qui pare les œuvres imaginatives d'Antoon van Welie ne peut être comparée à cette désespérance qui saisit les premiers écrivains romantiques; c'est plutôt cette sorte d'ivresse mortelle
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qui étreint tous les êtres passionnés, tous les amants de l'amour. Voilà le sentiment qui se dégage des œuvres que le peintre a intitulées : Tristan et Yseult, le Page et la
Princesse, Sainte Cécile. Dans le tableau de Tristan et Yseult, le ciel est sillonné d'éclairs tragiques, les nuages sont chargés de passion; les amants sont près l'un de l'autre, et bien qu'ils soient libres et vivants, on les sent enchainés et déjà touchés de la mort. L'œuvre atteint, par l'adresse du peintre, une véritable grandeur tragique, parce que la forme des nuages, les lignes heurtées de l'horizon, la couleur livide de l'eau, participent à cette extraordinaire pas-
sion. Dans le Page et la Princesse, qui rappelle la manière des vieux peintres flamands, ce sont les détails pittoresques des costumes autant que l'atmosphère de la légende qui ont séduit M. Antoon van Welie. Enfin, avec sa Sainte Cécile, qui laisse flotter avec son âme les sons d'une harpe
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divine, dans un paysage frais et vaporeux, M. Antoon van Welie a montré son instinct et sa compréhension sure de la décoration.
Voilà donc trois œuvres qui semblent sorties de l'imagination du peintre, sans ce qu'il a vu, exprime ce qu'il a ressenti, et c'est cette vie même qui enlève à ces œuvres imaginatives toute inspiration littéraire. Ce sont, avant tout, les créations d'un vrai peintre qui est passé maître dans son art.
liens apparents avec le monde sensible; or, si l'on veut bien les regarder d'un peu près, on se rend compte qu'il n'existe pas un détail qui n'ait été pris dans la réalité; mais ici, l'art a transposé la vision. Ce paysage qui entoure Tristan et Yseult est la terre bénie de l'Hellas, le vêtement du Page et celui de la Princesse furent inspirés par quelque ancien costume que le peintre a transformé. Antoon van Welie combine
Si l'on considère à ce point de vue les œuvres d'imagination d'Antoon van Welie, si l'on veut bien se rendre compte qu'il n'a fait que transposer la réalité, on ne sera point étonné de le voir s'adonner au portrait. Il ne fait, en sorte, que continuer sa manière de voir et de peindre. Toutes les
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Étude pour le portrait de Pie X (dessin)
œuvres de M. Antoon van Welie manifestaient une haute culture, une véritable curiosité intellectuelle; aussi fallait-il s'attendre à ce qu'il choisit ses modèles, de préférence, dans l'élite de la pensée ou dans une société à la fois élégante et raffinée. A Rome, il peint le cardinal Merry del Val et le pape Pie X; en Hollande, il fixe les traits du général Louis Botha et de son fils; en France, il choisit M. Paul Deschanel, l'ex-président de la Chambre des députés. C'était une tentative particulièrement intéressante pour M. van Welie que celle de révéler au public, par l'art pictural, ces diverses et glorieuses personnalités. Il a réussi pleinement à montrer, par les procédés les plus simples, la bonté du Pape, trempée aux sources de l'Évangile et qui donne
au chef de l'Église catholique cette influence si directe et si décisive. Le portrait du fils du général Louis Botha est peut-être, à notre avis, la meilleure œuvre d'Antoon van Welie et la plus vigoureuse. L'enfant est campé si franchement, avec tant de sûreté dans l'attitude, qu'on ne peut l'oublier une fois qu'on l'a vu. Les rubans
Portrait de jeune fille
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verts agrafés à l'épaule du petit homme qui tient rudement la poignée de son sabre, le parent d'une grâce héroïque et char- modèles : la bonté villageoise du Pape, la bravoure charmante du jeune Botha, l'intel- ligente élégance de M. Paul Deschanel.
mante. Quant au portrait de M. Paul Des- chanel, il a cette note élégante qui convient au modèle; il est d'une grande sobriété et d'une admirable ressemblance. Chacun de ces portraits mériterait une étude réfléchie; il serait en effet d'un grand intérêt de montrer avec quelle sûre habileté M. Antoon van Welie a dégagé le caractère de ses
Cette recherche du détail pittoresque, cet arrangement plein de goût qui s'efforcent de donner au modèle tout son caractère, d'en révéler pour ainsi dire l'âme comme les habitudes, se retrouvent dans les portraits de femmes de M. Antoon van Welie. Il peut
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sans contrainte donner libre cours à son goût original, à sa compréhension du costume. Déjà dans ses œuvres imaginatives comme peintre de révéler un être fait de bonté et de charme intime; aussi s'est-il efforcé par des lignes courbes à rendre la simpli-
la Sainte Cécile, Le Page et la Princesse, il a prouvé son intelligence de la décoration et son habileté à disposer les plis d'une étoffe; c'étaient autant de dons que l'on devinait en puissance, comme disent les philosophes, et qui cherchaient à s'épanouir. Nous les retrouvons dans le beau portrait de Mme Sassen-Jurgens. Il s'agissait pour le cité et la rondeur du modèle. Il ne s'en est pas tenu à la peinture de la physionomie, il a compris que l'attitude familière et les gestes achèvent de définir un personnage et le rendent tout entier. Dans le portrait du cardinal Merry del Val, qui compte également parmi les plus belles œuvres de M. Antoon van Welie, l'artiste
Mlle R. Terwindt
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voulant peindre un homme vivant exclusivement par la pensée, s'était attaché à rendre le feu éclatant des regards, la lumière du front et les plis d'une bouche, faite pour sceller de grands secrets.
de son auguste modèle; les dessins montrent le pape de face en train de travailler, de trois quarts dans une attitude familière, avec ses lunettes d'or sur les yeux. C'est par une série de tâtonnements que le peintre est arrivé à fixer d'une manière définitive la physionomie du Saint Père et c'est une joie pour le critique de saisir l'artiste, dans son travail même et dans ses efforts. C'est que M. Antoon van Welie est à la fois un grand voyageur et un grand laborieux; il chemine à travers le monde, pour y saisir les multiples aspects de la beauté; il scrute, avec une ardeur égale, les visages et les paysages; son intelligence est constamment en éveil; son art est toujours en progrès, aussi devons-nous attendre de ce peintre des œuvres glorieuses et définitives.
JEAN VIGNAUD.
Nous devrions nous étendre longuement sur les portraits de Mme Botha, de Mme Tydeman et de Mme Terwindt; chacun d'eux est traité d'une manière particulière, avec un goût et une intelligence rares. On se rendrait compte avec quel scrupule, avec quelle conscience, M. Antoon van Welie s'adonne à son art. On peut suivre d'ailleurs ses efforts dans les différents dessins qu'il a faits du pape Pie X avant de commencer son grand tableau. Le chef de l'Église catholique a posé neuf fois devant M. Antoon van Welie et celui-ci s'est attaché à rendre dans toute leur vérité les différents aspects
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UN THÉÂTRE-CONCERT A PARIS
(LA CIGALE)
La Cigale ayant gâché
Tout l'été
Se trouva de Revue
Quand la bise fut venue.
Elle alla chanter, la gamine
Chez la «Fourmi» sa voisine,
La priant de lui prêter
Attention et l'écouter.
La «Fourmi» n'est pas raleuse
C'est là son moindre défaut;
— Que faisiez-vous au temps chaud?
Dit-elle à cette goualeuse.
— Je construisais, ne vous déplaise
Nuit et jour, à tout moment.
— Vous construisiez? J'en suis fort aise
Et bien Flertez maintenant!
C'est par cette déformation, comme l'appelle spirituellement l'auteur Stanislas Bastien, de la célèbre fable de La Fontaine que le concert «La Cigale» fait part à ses auditeurs, dans son programme de la Revue, de sa récente transformation.
Installée en premier lieu dans les locaux du bal de la «Boule Noire», elle s'était déjà entièrement transformée en 1894. Sur le même emplacement et sous la même direction qu'aujourd'hui, M. Plateau faisait appel à cette époque aux architectes Granpierre et Vincent qui construisirent une salle de style Louis XV à laquelle le maître Willette collabora en peignant l'amusant plafond ouvrant que l'on a eu la bonne pensée de conserver.
Mais le succès toujours croissant et les exigences nouvelles de luxe et de confortable du public amena la direction à agrandir, à transformer la salle et ses dépendances et à leur donner les commodités pratiques dont le besoin se faisait de plus en plus sentir. Il fallait de plus aller très vite en besogne afin d'être prêt pour la saison d'hiver.
Travaillant à l'instar de la fourmi laborieuse, la Cigale a passé quatre mois de l'été seulement à renouveler sa parure, demandant aide et conseil pour embellir son corps et faire briller ses ailes à la verve décorative de l'architecte Woog dont nous avons déjà eu à louer le talent à propos de ses intéressantes études du Casino de Vichy.
Comme toute cigale qui se respecte, elle était bien dépourvue, avant que la bise fût venue. Elle demanda cependant à son architecte de faire monis et merveilles avec un crédit en somme assez limité. Il s'agissait simplement de ne garder presque rien de l'édifice ancien, de le reprendre presque totalement en sous-œuvre, de faire une salle au plancher incliné, alors qu'il était droit, de trouver une décoration nouvelle et moderne, de surélever la scène, de transformer les loges des artistes, de faire de nouveaux escaliers, un vestiaire, de ménager de nombreuses issues, tant pour les spectateurs que pour les acteurs, et de décorer le café-bar.
Le cas n'est jamais nouveau pour un architecte et c'est presque toujours avec peu d'argent qu'on lui demande de faire beau et de faire grand. M. Woog, pour remplir ce triple et difficultieux programme, a eu la main heureuse; il a trouvé d'excellents collaborateurs, suffisamment désintéressés pour le bénéfice qu'ils pouvaient légitimement espérer retirer de leur effort, et complètement intéressés par la belle œuvre à produire sous son impulsive direction, pour mener à bien la mise en œuvre et la réalisation de son originale conception.
Il a dû aussi modérer sa fécondité imaginative qui avait rêvé pour la façade tout un parti de décoration lumineuse du plus puissant effet et ne conserver que les choses indispensables au caractère général qu'il s'était proposé d'atteindre. Il a d'ailleurs parfaitement réussi: gaieté, clarté, vibrante coloration, coquetterie sont les dominantes de son œuvre et caractérisent comme il convient le genre d'établissement dont il s'était proposé de traduire l'expression.
Une salle de café-concert ne doit évidemment pas être traitée comme un théâtre ordinaire, où le programme se compose de pièces sérieuses, opéra, drame ou comédie. Sa parure décorative, qui en quelque
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sorte reflète aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur la légèreté du genre de spectacle qui s'y donne, doit en conserver le caractère il a de plus aménagé avec un esprit pratique consommé les multiples services nécessaires.
WOOG
quelque peu bruyant et très coloré. Elle doit traduire la variété, la gaité, la grâce et la frivolité de ce qui se passe sur la scène. M. Woog l'a fort intelligemment compris,
La façade principale pour laquelle il a dû conserver les anciennes ouvertures a été néanmoins complètement modifiée dans son expression. Le soubassement et l'encadre-
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Croquis de la façade de "La Cigale"
HEATRE - CONCERT
LA CIGALE
RÉGIE Boul. 144, Route Chouart
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