Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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LUIGI GIOLI
Pres de l'embouchure de l'Arno
LA CINQUIÈME EXPOSITION INTERNATIONALE D'ART A VENISE
(DEUXIÈME ARTICLE)
L appartenait particulièrement aux artistes vénitiens de donner un exemple de décoration dans la seconde des salles qui leur a été réservée, la salle Q. Ils n'y ont pas manqué, et ils ont tenu à ce que l'idée décorative évoquât la gloire de Venise.
C'est le peintre Pietro Fragiaco qui a été chargé de l'ordonnance de la salle. Il a eu la pensée de faire régner tout autour des murs une frise triomphale, découpant sur un ciel pâle et verdi du soir, — où se déroulent des rubans de nuages, — des silhouettes de mâts, de voiles gonflées, d'oriflammes flottantes, d'un ton de pourpre uniforme, rehaussé de linéaments d'or.
Ces traits d'or précisent les contours, esquissent sur les étendards le lion ailé de Saint-Marc. Les silhouettes sont obtenues par des applications de velours découpé sur un fond de soie, et l'exécution est due à la Maison Rubelli. Ce déroulement de pavois et de voiles colorées est vraiment d'un effet superbe et d'une tonalité puissante. La valeur en est soutenue par une double corniche de bois peint en vert-gris, la corniche inférieure prenant elle-même une grande importance ornementale. Le sculpteur Luca-dello y a taillé des branches de lauriers à
D. TRENTACOSTE Plaquette
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fruits d'or, qui s'épanouissent sobrement. Le bandeau sculpté se trouve divisé de distance en distance par des pilastres, dont le chapiteau, ressortant sur la frise, est lui-même décoré de laurier.
Au-devant des portes se détachent deux autres pilastres à chapiteau semblable, formant portique et supportant ces sphères ajourées qui ornaient autrefois les galères vénitiennes.
A. MILESI
Le Batelier
(Photographie Naya, Venise)
Les traditions locales revivent encore dans deux bancs de bois, du sculpteur Cadorin, décorés de figures formant les pieds, et d'une bordure de pommier à relief plus léger.
Dans ce cadre d'un très vif intérêt, M. Fragiaco, l'un des peintres vénitiens qui méritent aujourd'hui le plus d'attention, nous permet, grâce à une douzaine de toiles, d'apprécier son talent de peintre, après nous avoir mis à même de louer son beau sentiment de la décoration. C'est la nature qui l'intéresse, le paysage animé de quelques figures qui ne restent qu'un élément dans la composition, sans en accaparer toute l'importance. Elles s'absorbent, dirait-on, dans la vie et dans le sentiment de la nature. L'impression est grande, l'inspiration sévère, la facture large et sobre. Dans le Retour de la pêche, c'est un homme qui rame, debout, le dos courbé, avec deux avirons, à la manière des bateliers de Venise: la barque s'éloigne sur la rivière tranquille, le long de la rive plantée d'arbres. Le caractère expressif du tableau se dégage autant de ces reflets calmes, de cette monotone ligne d'arbres sur le talus, que de cet homme attelé au travail journa-
lier, rapportant le butin qui ne semble pas charger la barque.
De même, la peinture simplement appelée Mer ne veut montrer que le souple mouvement des lames, avec leurs torsions, leurs sursauts, leurs écumes, sous le vol noir d'un ciel à grain. C'est donc le jeu des éléments du monde physique qui est mis en scène, et les silhouettes de bateaux qui se profilent sur l'éclaircie du ciel ne sont là, en quelque sorte, que pour mettre, au point de vue expressif et sentimental, la composition à l'échelle humaine, pour montrer la vie de l'homme sans cesse enveloppée par la vie plus vaste de la nature.
M. Milesi, dont nous avons déjà noté un beau portrait dans la première salle vénitienne, se retrouve ici avec d'autres
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Salle du Portrait Moderne (ensemble)
(Photographie Contarini et Giacomelli, Venise)
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effigies provenant du même art sobre, et une scène de Venise, Le Batelier, prise au coin de quelque rio, sur les escaliers dégradés qui descendent dans le canal.
M. E. Tito est peut-être plus purement italien, par son goût de la notation pittoresque, du grouillement, de la vie, avec une marqués, la joliesse devenant de la manière, La Naissance de Vénus n'est plus guère qu'une peinture d'école.
La salle R, consacrée à la province d'Émilie, a mis encore en œuvre les industries et l'inspiration locales. J'ai dit comment, avec la Toscane, l'Émilie était la
DUCROT (Modèle de E. Basile)
tendance à l'anecdote. La Femme de Chioggia, avec la lagune et les barques de pêche faisant fond; les Ravaudeuses animées, à l'ombre légère des treilles où séchent les linges étendus; la Fondamenta de quartier populaire, ce quai où défilent des enfants dégue-nillés: tout cela nous donne ce côté d'observation un peu menu, avec de jolis effets de lumière adroitement rendus. D'un œil moins personnel, et par suite avec des défauts plus région italienne où le réveil décoratif avait pris naissance, grâce à quelques ardents promoteurs.
Cette renaissance bolonaise, nourrie et formée dans les traditions spéciales de la contrée, a voulu garder son autonomie et sa saveur; et c'est par quoi la plupart des œuvres qu'elle a produites déjà prennent un très vif intérêt.
L'artiste qui n'a cessé de prendre très
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utilement le rôle de guide, et que l'on retrouve en tête de toutes les tentatives méritoires, est l'architecte A. Rubbiani, à qui l'on doit un projet de décoration peinte,
d'architecture et de décoration propres au sentiment régional; et tandis que dans certaines de ses reconstitutions d'anciennes résidences seigneuriales, à Bologne même
J. FROMENT-MEURICE
Printemps
achevant l'aspect intérieur de la basilique de Saint-Antoine, à Padoue, projet que l'on est en train de réaliser. M. Rubbiani, voué depuis bien des années à la restauration de la curieuse église de San Francesco, à Bologne, a étudié de très près les procédés ou dans les environs, il s'appliquait à retrouver les vieux thèmes décoratifs dans leur style d'autrefois, il a voulu, chaque fois qu'il y avait à recomposer un ensemble décoratif, mettre les procédés et l'esprit de la décoration traditionnelle au service de
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L'ART DECORATIF
notre imagination moderne. Cela suffisait pour créer des œuvres solidement rattachées aux racines séculaires de l’art bolonais, et où se révélaient en même temps une vivante pensée, une libre inspiration d’artiste.
Le petit groupe d’hommes qui avaient métiers locaux les ressources assurées aux ouvrières du pays et la dignité artistique rendue à leur humble travail.
Les murs de la salle Émilienne sont couronnés d’une haute frise modelée en stuc blanc, rehaussé d’or: entre des pom-
N. CANNICCI
réfléchi et travaillé en commun, en présence des vieux édifices de Bologne, voulut faire renaître cette activité d’art et fonda la Société de l’«Aemilia Ars», que j’ai eu l’occasion de rappeler au début de cette étude. Ce sont ces mêmes artistes qui ont assuré la décoration de la salle de l’Émilie, à l’Exposition de Venise : MM. A. Rubbiani, A. Sezanne, A. Tartarini, A. Casanova et G. Romagnoli. Je m’en voudrais de ne pas citer à côté de ces noms ceux de deux femmes de bien, Mme la comtesse Cavazza et Mme la comtesse Stucchini, qui ont pris à cœur l’œuvre de l’«Aemilia Ars», voyant particulièrement dans la renaissance des miers ou des orangers chargés de fleurs et de fruits, de jeunes femmes passent, en robes souples, vivante guirlande de grâce et de poésie, allant chercher près des trésors de la nature un exemple de beauté et de bonté. Dans les angles de la salle, une devise déroulée précise l’idée : Flos spes fructus, Pulchrum lux boni, «la fleur est l’espérance du fruit, la beauté est la lumière de la bonté». L’art bolonais, riche en symboles et en préceptes gravés, se perpétue ici, sous les doigts de M. G. Romagnoli, qui est l’auteur des figures, et de M. A. Casanova, à qui l’on doit la décoration végétale.
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LA Ve EXPOSITION D'ART A VENISE
Salle du Midi
Au-dessus de la frise en relief, se tend un velum de toile ajourée, décorée de motifs de grenades, d'une composition ornementale tout à fait charmante. On retrouve là le goût de cette broderie-dentelle, si cher à la région et qui a produit des chefs-d’œuvre. Des encadrements de portes en bois doré, sveltes mouvements de branches et de
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feuillages, suspendent un bandeau de broderie, à thème d'orchidées violettes sur fond gris, qui met dans l'ensemble une note de richesse et un accord de nuances délicieux. Le motif d'encadrement se développe davantage au fond de la salle, autour d'une jardinière fleurie, l'autre un massif vase de bronze, du sculpteur Romagnoli, d'un très beau caractère. Des anses, ou plutôt des renflements qui restent attachés à la masse plastique, déterminent des compartiments où viennent s'inscrire des groupes serrés, formes
Frise en relief et velum (Salle de l'Emilie)
(Photographie Filippi, Venise)
grande glace, que le bois doré et ajouré en rameaux feuillus recouvre à demi d'un entre-lacs très décoratif.
Au centre du Salon, un double banc de bois ramène un motif d'orchidées, sobrement sculpté et doré, que l'on retrouve semblablement disposé sur les sellettes de sculpture et sur toute la longueur de la plinthe, autour de la salle. Le dossier du banc est brodé de bouquets d'orchidées, comme les bandeaux des portes; et ce qui ajoute encore à l'intérêt de ce meuble central, ce sont deux socles qu'il comprend à ses extrémités, et dont l'un supporte une affrontées et ramassées sur elles-mêmes d'un homme et d'une femme : le sommeil, l'amour et la vie, tels sont les trois actes de l'existence humaine qui se trouvent concrétés dans ce drame muet.
A travers la salle, M. Romagnoli nous apparaît encore dans un nerveux buste de femme en marbre, et dans un beau bronze, une mère agenouillée et un enfant endormi dans ses bras, qu'il intitule Terra Mater. Des figurines de bronze de M. Graziosi, très justement observées et modelées avec vivacité, sont aussi à remarquer.
Les panneaux de peinture sont particu-
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G. ROMAGNOLI
lièrement consacrés à l'exposition rétrospective de deux artistes morts il y a quelques années, G. Muzzioli et L. Serra, tous deux voués à la peinture d'histoire. Le premier déploie un goût de la mise en scène, des colonnades de marbre, des architectures de palais; le second montre plus de nerf, une étude plus directe de la vie. Parmi les œuvres des artistes vivants, nous remarquons des compositions diverses de M. Sezanne, peinture, eaux-fortes et carton de vitrail, et les paysages dramatiques de M. Miti-Zanetti, notamment cet aspect nocturne de canal vénitien, que l'auteur appelle Sommeil, et cet Ouragan sur la lagune, derrière la colonne du Lion, vigoureusement traduit en monotypie.
Comme la salle de l'Émilie, la salle Lombard (salle S) comprend dans sa décoration une haute frise modelée en stuc blanc, avec quelques points d'or: ce sont des gerbes de lauriers-roses, réunies par une guirlande de lierre en festons. Cette frise décorative, surmontant fort délicatement la tenture de moire grise, est l'œuvre du sculpteur G. Persico. Des encadrements de portes, composés de rameaux de lauriers serrés par des nœuds, ont été modelés par M. Vedani. La porte du fond de la salle est complétée par un couronnement en haut-relief de M. E. Quadrelli, Songe d'un sculpteur. C'est un morceau de grande décoration, très puissamment traité: le sculpteur, qui se présente de dos, dans un mouvement énergique de travailleur, taille dans le marbre les figures déroulées de son rêve.
Une autre partie très intéressante de la décoration de cette salle, c'est le plafond vitré soutenu par un croisement de tiges de fer, qu'affirme le travail de ferronnerie imitant des nœuds et des entrelacs de cordes, motif de décor traditionnel. Cette charpente de fer ornementale a été exécutée par M. Mazzu-cotelli, qui se révélait déjà un habile artiste ferronnier à l'Exposition de Turin.
A. TARTARINI
Dessin de banc
(Salle de l'Émilie)
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Les enchevêtrements de cordes se retrouvent en arabesque à la corniche qui délimite la frise en relief, et aussi en motifs de broderie sur le dossier des canapés.
Les œuvres de M. A. Morbelli peuvent être classées comme tableaux de genre, mais l’absence d’emphase, la justesse du sentiment et de la vision suffisent à les recommander.
G. MITI-ZANETTI
Sommeil
(Photographie Naya, Venise)
Parmi les peintures exposées, les paysages de M. Cairati sont rendus avec un sentiment très personnel : notons particulièrement Le Soir dans la « Pineta », où l’on retrouve une émouvante impression de Ravenne. M. E. Gola montre une belle série de portraits, simplement vus, fermement indiqués dans leur caractère physionomique.
mander. « Je me rappelle lorsque j’étais enfant… » C’est dans le réfectoire d’un asile de vieilles femmes, au bout de la grande table mélancolique, que l’une des pensionnaires retrouve un peu de joie en se souvenant. La note attendrie n’est pas poussée plus loin qu’il ne faut : le tableau demeure une étude d’intérieur, d’éclairage, d’humanité.
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Le sculpteur Quadrelli expose encore une intéressante pendule, trois figures s'enchainant autour du cadran, qui montre décidément en lui le sens très vif de la sculp-
La salle Lombarde communique, par la porte de M. Quadrelli, avec une véranda qui lui sert d'annexe. Les grandes verrières sont encadrées de sobres motifs de ferron-
G. ROMAGNOLI
Vase en bronze (La Vie)
ture décorative. Au centre de la salle, un groupe de M. Carminati, Resurrexit, fragment d'un monument funèbre, formé de deux jeunes corps d'un souple mouvement et d'une silhouette élégante.
nerie, feuilles et fruits s'enroulant autour des montants : c'est encore l'œuvre de M. Mazzucotelli. De beaux vitraux de MM. Beltrami accaparent l'attention : l'un, composé de trois panneaux d'après les car-