Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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MEANNEE 5 NUMERO 53 L'ART DÉCORATIF REVUE MENSUELLE d ART CONTEMPORAIN FÉVRIER 1903 SOMMAIRE MADAME BESNARD (14 illustrations) . . . ALBERT BESNARD A TRAVERS LES EXPOSITIONS (18 illust.) . ÉMILE SEDEYN MAISON DE VILLE ET MAISON DES CHAMPS (16 illustrations). . . . GUSTAVE SOULIER LA POIGNÉE» (13 illustrations) . . . . TRISTAN LECLÈRE ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE (5 illustrations). LES MUSÉES DE PARIS. PETITES NOUVELLES — CONCOURS — EXPOSITIONS — LIVRES NOUVEAUX FRANCE BELGIQUE UNION POSTALE UN AN 20fr UN AN 24fr SIX MOIS 10fr SIX MOIS 12fr LE NUMERO 2fr ADMINISTRATION: 95 rue des PETITS CHAMPS, PARIS M. DUPRENE

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MADAME BESNARD LA FEMME ARTISTE, CE QU'EN PENSENT LE MONDE ET LES HOMMES Les hommes ont été, de tout temps, très durs dans leurs jugements sur les femmes, surtout pour celles qui, du droit de leur valeur morale, se sont créé une existence qui prouve surabondamment à ces protecteurs élus qu'elles peuvent se passer d'eux. Devant cette indépendance ils se sentent genés, inutiles comme des cibles sur lesquelles on ne tire pas, des espèces de monuments désaffectés, et, étonnés et froissés, ils se vengent par le dédain : arme terrible et d'autant plus meurtrière qu'elle est à la portée du premier venu. D'ailleurs le monde, en général, n'est pas plus tendre pour celles qui, réfugiées dans leur seule dignité, ne sollicitent ni ne repoussent son approbation. Les gens qui sont arrivés de plain-pied dans une vie toute faite, défendue par le prestige de la richesse ou de la naissance, ont une très haute idée des avantages qu'elle leur procure, tellement haute qu'ils éprouvent comme une surprise froissée devant les êtres rares qui, pour un idéal, sacrifient naturellement tout ce qui leur paraît, à eux les favoris, de l'indispensable : aisance, richesse, honneur. Mais si l'homme a déjà quelque peine à sauvegarder son indépendance, par une lutte acharnée, la femme n'a qu'une manière de se faire pardonner la sienne, c'est de s'affirmer dévote ou coquette, ou intrigante, à moins que le Portrait de Mme A.-J.

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L'ART DÉCORATIF ciel ne l'ait douée de cette grâce particulière qui ne s'acquiert pas, qui est comme le rythme de la vie et que les sociétés ont nommé la mondanité. C'est que la femme artiste, souvent peu fortunée, a plus que toute autre à lutter contre les heureux, les oisifs, ROBERT BESNARD les sans but, ceux qui font du bruit, parce qu'il faut le recueillement pour écouter à loisir les battements de son cœur, il faut le silence qui est pour la pensée ce que le sillon est à la semence; le bruit est le vent qui la disperse. Ce rôle de solitaire pensant est d'autant plus difficile pour la femme qu'elle semble née pour les joies de la vie et que l'homme lui a presque fait une loi d'y céder, loi très dure à l'égard de cer- taines qui, pour résister à ce maître peu clairvoyant, à la passion du plaisir opposent la passion du travail. L'esprit de la femme agit par courants tout au contraire de l'homme qui bâtit sans cesse des digues. Là est tout le drame. Nous sommes une force, elles sont un élément. Si elles sont le fleuve, nous sommes le pont. C'est ainsi qu'elles nous échappent toujours. Nous autres artistes, sommes plus égoïstes encore, en n'admettant la femme à l'honneur de notre estime que si, docile à violenter sa nature, elle se présente à nous avec des allures de frère. Et encore, c'est à peine si nous lui pardonnons le ridicule de son travesti, sentant bien, au fond, qu'en la fidélité à son sexe réside sa vraie valeur. Qu'a-joute à l'art de notre temps une Rosa Bonheur? C'est un vieux lutteur de plus et c'est tout. Mais l'habitude de mépriser le travail de la femme est telle que, faisant partie du jury de l'Exposition Universelle de 1900, j'eus toutes les peines du monde à faire comprendre à mes confrères que certaines miniatures, études ou portraits, œuvres de femmes, étaient, je ne dis pas équivalentes, mais supérieures à la moyenne des productions masculines du même ordre. Aussi bien ce préambule doit avoir une fin, je prie qu'on me le pardonne même s'il est trop long; mon excuse est dans la tendresse que j'ai vouée aux deux femmes qui ont exercé sur ma vie leur influence bienfaisante. L'une, ma mère, était peintre en miniature; l'autre, ma femme, est le sculpteur que je vais essayer de vous faire connaître. Ayant senti par elles tout le prix d'un cœur de femme, je suis devenu le plus incorrigible des féministes. Mme Besnard, sculpteur, est fille du

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MADAME BESNARD sculpteur Vital Dubray. Son élève? il serait difficile de le dire. De bonne heure elle fut réfractaire à cet enseignement dérivé de Pradier, suivant lequel l'art d'agencer remplaçait l'inspiration et l'habileté chassait l'étude. Vital Dubray n'était pourtant pas un artiste ordinaire, et je connais telle de ses statues qui, placée à quelqu'un de nos nombreux carrefours, y ferait un fort bel effet. Un an avant la chute du second Empire, chacun pouvait admirer en toute sincérité de jugement une œuvre charmante de grâce et d'imprévu, une sorte de déesse blanche dont les traits et l'attitude rappelaient à la foule ce que fut l'impératrice Joséphine. Le succès fêta l'effigie de celle qui avait tant aimé les fêtes, et qui dut une légende à la grandeur de son infortune. Il existe aussi de Vital Dubray une statue du général républicain Abbatucci. Jeune, ardent, le profil passionné, les cheveux au vent, il fait face à la mer, et le vent qui précipite le flot contre la falaise semble redonner la vie à cet homme de bronze. Il n'y a dans cette œuvre aucune pédanterie, rien que le libre plaisir de créer de la vie. Le père de ma femme fut donc un artiste et non des moindres; mais esprit de tout jet et de main habile avant tout, il n'était pas désigné pour enseigner l'art de la sculpture à une enfant réfléchie qui avait pris à son contact même la facilité en horreur. Dubray, plus capable de refaire l'œuvre d'un élève que de la lui corriger, ne pouvait avoir aucune influence sur la direction de sa fille. Études de portraits

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L'ART DÉCORATIF D'où nulle entente. Mais le statuaire était un brave homme, à aucun moment envieux du talent des autres et qui laissa à son enfant, sa petite fille de treize ans, le choix de son maître. Choix fort anodin qui ne laissa aucune trace, n'ayant exercé aucune influence. La petite élève, le sculpteur d'aujourd'hui, sentait désespérément le vide d'un pareil enseignement, faisait peu de progrès jusqu'au jour où, poussée enfin au désir de voir ce que serait une œuvre née de ses mains et de son cerveau, elle se mit en secret à faire le buste d'une de ses petites sœurs. Ce furent six mois d'un travail opiniâtre pendant lequel cette petite fille, cette enfant connut le triomphe, car son buste presque sans défauts lui valut les louanges des siens et lui créa parmi eux des droits à affirmer ses tendances d'artiste. Mais au lendemain de ce triomphe la vie prit cette enfant et subitement en fit une femme par le travail. L'année sanglante qui changea les destinées de la France marque dans la vie de Mlle Dubray une étape douloureuse. Son père bien qu'âgé avait encore toute l'ardeur de la jeunesse et, avec la même passion qu'il mettait à ébaucher une statue dans son atelier, il fit son devoir aux remparts. Tous ceux qui ont traversé cette époque, passé par cette vie étrange qui fut faite aux Parisiens d'alors, presque du jour au lendemain, savent quel trouble elle jeta dans plus d'une famille. Pour celle qui nous occupe ce fut un désastre. La femme du statuaire dut partir pour l'Italie hâtivement, comme en une fuite, et laisser derrière elle affections, travaux, espoirs chèrement caressés des belles études à venir. Mais alors commença pour la fille de Dubray la véritable éducation de la femme. Dans cet exil elle devint l'aînée de ses sœurs, puisque la plus âgée de toutes était restée à Paris auprès de son mari, soldat aussi. La jeune fille sut alors, devançant l'âge des responsabilités, soutenir la grande détresse morale de sa mère et s'affirmer pour des êtres si chers en véritable chef de famille. A Florence elle trouva des portraits à faire, et si ces travaux furent sans profit pour son art, ce contact prématuré avec les difficultés matérielles de la vie, en développant les ressources précieuses de son cœur et de son esprit, posa dans son âme recueillie le trésor inestimable d'une grande force morale.

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MADAME BESNARD Lorsque tous deux, dans le silence des soirs, nous nous confions nos rêveries, il nous arrive de remonter le courant des années. Ces conversations sont comme des inventaires de joyaux d'une royauté disparue, mais qui est restée chère et dont chaque gemme prend plus de valeur à être regardée. C'est ainsi que ma femme me dit souvent combien lui fut lumineuse la révélation des maîtres et combien s'accroissait chaque jour son désir de devenir une véritable artiste. Ceci au moins était la rançon de l'exil. Mais dans cette vie rien ne dure, même le malheur : aussi après l'apaisement de la tourmente fallut-il songer à quitter l'abri de quelques mois. Si la fuite avait été douloureuse, quelles joies offrirait le retour? La chute du régime politique avait mis un terme à la carrière brillante de Vital Dubray. Tout était changé. De beaucoup de bonheur et d'une large aisance il restait peu de chose. Les artistes sont imprévoyants et les éléments du bonheur sont si fragiles. Cependant, il faut s'en souvenir, une femme avait surgi dans l'enfant qui courageusement s'appliqua à continuer le noble rôle qu'elle avait appris à remplir. Et ce fut une véritable carrière de portraitiste qu'elle entreprit (elle n'avait pas quinze ans). Vers cette époque, l'État, qui a ses bons moments, lui confia l'exécution du buste du général Renaud, que l'on peut voir au Musée de Versailles. Quelques années après, attirée à Londres où des familles

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L'ART DÉCORATIF puissantes lui offraient leur appui, elle exécuta un nombre considérable de portraits, hélas! bien inférieurs au petit buste du début de sa carrière. Ah! celui-là seul qui, déjà maître dans son art, s’abandonne à ce perpétuel contact avec les passants aux rêves bourgeois, sait combien il y laisse de lui-même. Et cela dura quatre longues années. Cette vaillante enfant, artiste jusqu’aux limites de son âme, mais inexperte, naïve, inachevée, eut l’héroïque courage de faire face pendant cette éternité de quatre années à ces lourdes besognes qui la détournaient de la véritable étude. Par dévouement aux siens elle résista à toute tentation égoïste. Elle se montra femme avant tout, et c’est le plus bel éloge dont on puisse lui faire l’hommage. Un homme doué comme elle, étant aussi pénétré de la vision de l’art dans la beauté, n’eût pas eu ce renoncement apparent à l’idéal. Sans doute, domptant la nécessité, il eût étudié d’abord, puis il fût devenu grand, grand de sa solitude et de tout son dédain pour la souffrance; mais ayant moins souffert, eût-il aussi bien compris? La femme, elle, sait souffrir et son idéal, qu’elle enferme au plus profond de son cœur, y grandit pendant que le nôtre surgit et domine, et souvent aussi, il faut l’avouer, s’éparpille. Voilà le secret de notre force et celui d’une faiblesse dont le mystère nous attire. Nul ne connaîtra jamais à l’abri de quel sanctuaire très saint certaines nobles femmes abritent le trésor de leur âme, tandis que nous, triomphateurs éternels, qui d’abord extériorisons nos moindres facultés, on nous connaît toujours. C’est pourquoi moi, le compagnon de celle dont je parle ici, j’ai voulu être le premier à la faire connaitre. La modestie dans ce cas impliquerait assimilation totale d’un de nous deux à l’autre. En parlant d’elle je ne parle pas de moi; nous sommes bien deux dans notre ménage d’artistes, mais deux vers une même aspiration; dualité qui fut l’action bienfaisante de notre commune vie. Ces quatre années à Londres furent en apparence brillantes. Un buste de la princesse Louise de Galles, traité en marbre et en ivoire, un autre de la fille de la duchesse de S. amorcèrent nombre de commandes de portraits d’enfants dans l’aristocratie anglaise qui, tous, figurèrent en bonne place à diverses expositions de la Royale Académie. D’autres œuvres suivirent, plus importantes: entre autres le buste de l’explorateur Stanley. La voilà donc, cette jeune femme, portrait-

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MADAME BESNARD tiste à Londres. Est-ce à dire qu'elle soit heureuse, ou fière d'une indépendance qu'elle doit à son travail, grisée, un peu, de ses succès de femme et d'artiste? Non, oh non! l'étude est toujours le terrible but qui se dérobe. Faire de l'art véritable est toujours son rêve le plus cher, et son souhait le plus ardent serait d'être assez dégagée de tout lien pour mener au gré de ses travaux l'existence d'un jeune étudiant, d'un fervent de beauté. Un jour, profitant d'une commande assez importante, elle s'échappe et retourne en Italie, à Rome, ou dans un petit atelier elle s'évertue de son mieux à faire enfin une œuvre. Et là elle travaille... Comme jadis elle travaillait à ce petit buste d'enfant au seuil de sa vie. Je me souviens avec émotion du spectacle touchant de sa belle volonté. Combien de fois, rencontrant cette belle jeune fille sur le chemin de son atelier, ne l'ai-je pas suivi des yeux admirant le rythme de son pas de grande femme. Qui sait? un secret instinct m'avertissait peut-être que c'était ma destinée qui venait à moi. Je gardais toujours de ces rencontres avec cet être grave une commotion profonde. Il se trouva que nos familles avaient des liens communs, de sorte qu'il me fut permis un jour d'assister à ses luttes pour le travail. Je fus le confident de ses ferveurs, de son impuissance à réussir une entreprise trop forte pour elle malgré de réels progrès. Aidé d'un ami qui était venu passer quelques mois à Rome, d'Alfred Lenoir, compagnon de ma jeunesse, j'essayais d'éclairer sa route. Nous la soutenions de nos avis et de nos encouragements. Ce fut ainsi que pour la première fois elle eut sur son art la révélation de vérités qu'elle devinait, mais confusément et d'instinct.

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L'ART DÉCORATIF C'est ainsi qu'elle travailla jusqu'au jour où, lassée de son effort, malade enfin, elle devait s'aliter. La fièvre romaine ne la retint qu'un mois au lit. Sitôt debout elle achève son ouvrage, qui sans être encore une œuvre devient une statue passable. Désormais, au sortir de cette épreuve l'artiste sait ce qu'elle veut faire, ce qu'il faut faire, et à son retour à Londres elle mettra dans l'exécution de ses ingrats por- Tombeau de Georges Rodenbach (Cimetière du Père-Lachaise) traits un degré d'attention et une volonté d'art qui la feront, à chacun d'entre eux, réaliser un progrès. C'est à Rome, comme on l'a vu, que j'ai connu Mlle Dubray. C'est là que cette destinée dont j'avais pressenti l'approche se fixait en des fiançailles qui durèrent plus de trois années pendant lesquelles, loin de tout milieu artistique, la jeune fille mûrit son intelligence et ses facultés qui firent d'elle, dès le début de notre union, la compagne précieuse que l'on sait. Si je veux être un biographe fidèle, il me reste à conter maintenant la marche ascendante de cette fine nature d'artiste, enfin délivrée par notre mariage de la vie militante d'un professionnel du portrait. Quel soulagement pour elle, quel délicieux repos au profit de l'intense activité de l'esprit et comme elle comprend bien ce repos laborieux de la compagne artiste d'un artiste. Désor- mais elle ne tentera plus que des œuvres, simples réalisations de choses vues et senties ; elle les fera de son mieux dans un recueillement respectueux devant la nature. Elle reproduira avec sincérité les êtres qui évolueront dans notre orbe, enfin elle saisira des aspects, captera des modelés. Voici vingt-deux ans que notre union a eu lieu, et voici le spectacle que je n'ai cessé d'avoir sous les yeux : une jeune femme, une jeune mère discrètement installée dans un coin de mon atelier... Elle travaille ainsi que moi. Un de nos enfants lui sert de modèle, elle étudie les jolis modelés du poupon durant qu'elle l'allait, caressant d'un doigt léger les saillies de son front, de son menton délicat, faisant jouer la lumière qui en se déplaçant varie les taches d'ombre. Elle accourt à ma voix et me dit sur l'œuvre commencée des choses senties et très simples.

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MADAME BESNARD Rien jamais ne détonna dans ce cadre d'art; de sa vie ma femme n'a proféré une platitude, un bourgeoisisme. Une autre fois, c'est mon modèle d'après lequel je ne suis plus en train de peindre... alors vite un rapide croquis avec de la glaise, un geste compris, sur des œuvres réalisées. Car si le premier jet est charmant, le travail a de la peine à le perfectionner. Et cependant il se dégage un charme très réel de ces nombreuses petites œuvres, un charme de vérité rêvée, quelque chose dans le recul qui fait que nombre d'entre ces bustes ou statues contre lesquels, au temps de leur exécution, je m'étais montré terriblement sévère me deviennent par la suite si précieux que pieusement j'en réunis les morceaux lorsqu'un malheureux hasard les a brisés; ce qui fait dire à ma femme en riant: «tu n'aimes de moi que les œuvres dont tu as oublié les modèles». Elle me dit de ces choses touchantes où sa modestie très sincère s'explique. «Faire une œuvre, à quoi bon? — tu es là pour cela, me dit-elle une autre fois: il me suffit d'être un artiste, de sentir profondément que je le suis et que tu en sois persuadé». Ce subtil effacement d'une femme si militante par ailleurs n'est aucune ment chez elle faiblesse féminine, et provient de la force de son esprit qui distingue clairement sa voie. Philosophiquement elle refuse de se laisser éblouir par les apparences, et veut avant tout dans le domaine de l'esprit la chose elle-même: — la chose en soi. Et le travail continuait dans mon atelier où se casait une foule de jolies choses qui me sont chères aujourd'hui. Des portraits de nos quatre enfants à tous les âges, sous forme de bustes, de mi- d'une vérité délicate et distinguée, un travail fugitif comme la pensée, peu de chose, mais dans ce peu de chose combien d'intelligente sensibilité. Je fais parfois à ma femme des observations très sévères, mais qui portent surtout gnonnes statuettes en plâtre, en céramique, des fragments de masques, de légers croquis de bébés aux gestes puérils, bien compris dans leur volume et dans leur simplicité; jusqu'à des statues. Un grand moment la céramique sévit à