Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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L'ARCHITECTE
RECUEIL MENSUEL DE L'ART ARCHITECTURAL PUBLIÉ AVEC LE CONCOURS DE LA SOCIÉTÉ DES ARCHITECTES DIPLÔMÉS PAR LE GOUVERNEMENT
COMITÉ DE DIRECTION : MM. A. ARFVIDSON, L. H. BOILEAU, L. BONNIER, BOUWENS DE BOIJEN, A. DEFRASSE, AD. DERVAUX, ROGER EXPERT, TONY GARNIER, J. GODEFROY, CH. LETROSNE, P. PATOUT, CH. PLUMET, H. SAUVAGE, L. SOREL, A. VENTRE
RÉDACTEUR EN CHEF : MICHEL ROUX-SPITZ
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SOMMAIRE
du numéro de "L'Architecte" de Mars 1928
TEXTE
L'ÉCLAIRAGISME (à suivre) ... J.-B. Corbiot.
PLANCHES
Pl. 14 à 19. — L'Exposition de Stuttgart ... P. Behrens, Le Corbusier et P. Jeanneret, J. Frank, W. Gropius, L. Hilberseimer, Mies Van der Rohe, J. J. P. Oud, H. Poelzig, A. Rading.
Correspondants: Allemagne: M. Goetz, Eppendorferstieg, 39, Hamburg; Autriche: D'Ermers, Schegargasse, 17, Vienne.
Tous les droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays.
Les articles parus dans "L'Architecte" deviennent la propriété de la revue.
FRANCE ... Le numéro 12 fes. — L'abonnement (12 numéros) ... 120 fes
ETRANGER ... 1° Pays ayant adhéré à la convention de Stockholm (tarif postal abaissé) le numéro 14 fes. ... 140 fes
... L'abonnement (12 numéros)
2° Autres pays: Angleterre et ses Colonies et Dominions (Canada excepté), Danemark, Dantzig, États-Unis, Colonies hollandaises, Italie et Erythrée, Norvège, Palestine, Suede, Suisse: le numéro 15 fes. L'abonnement (12 numéros) ... 150 fes
L'année parue (nouvelle série, 1924, 1925, 1926, 1927) ... France 150 fes. — Étranger 165 fes
Portefeuille destiné à contenir une année ... 10 fes. ... 13 fes
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L'ARCHITECTE
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Society groupe les techniciens de la lumière.
L'éclairage des parcs, des boulevards, des théâtres, des magasins, des usines, des hôtels et des maisons particulières est discuté amplement dans les réunions périodiques et souvent les solutions les plus originales résultent d'une collaboration intelligente de l'ingénieur, de l'architecte, du décorateur et du physiologiste. En France nous commençons seulement à nous orienter dans cette voie si féconde en résultats pratiques.
Parmi tous les problèmes qui sont posés par
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L'ÉCLAIRAGISME
De tous temps, les progrès de la science ont exercé sur l'architecture une influence considérable, mais c'est depuis un siècle surtout que les découvertes scientifiques ont transformé l'art de bâtir. Est-il besoin de rappeler ici les modifications profondes apportées dans la conception des édifices par le développement de la métallurgie ou l'invention du béton armé?
Cette évolution scientifique oblige maintenant l'architecte à suivre avec attention les progrès de la technique et à faire appel aux ressources de l'ingénieur. C'est surtout dans l'art de l'éclairage que cette collaboration paraît plus utile.
L'éclairage artificiel ne peut plus être empirique, comme il l'a été pendant fort longtemps. La théorie et le raisonnement doivent remplacer la routine parce qu'aujourd'hui il est devenu ridicule de prétendre qu'on peut éclairer judicieusement une grande salle en ne considérant que son cube et sa surface. Ce besoin de logique a fait naître une science nouvelle qu'on désigne sous le nom d'éclairagisme.
Cette science a pris naissance aux Etats-Unis. Il existe, en effet, en Amérique, une profession spéciale : celle d'ingénieurs d'éclairage et une société très importante, l'Illuminating Engineering
MARS 1928.
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L'ARCHITECTE
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Exposition de Stuttgart
Maison de V. Bourgeois - Plan
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Exposition de Stuttgart
Maison de P. Behrens
Plan du premier étage
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Exposition de Stuttgart
Maison de P. Behrens
Plan du rez-de-chaussée
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qu'il faut ménager en lui évitant une fatigue excessive : il ne faut pas confondre abondance de clarté avec abondance de lumière. Nous reviendrons plus loin sur cet aspect du problème.
Est-il besoin de s'étendre longuement sur le confort que procure l'éclairage électrique ? La possibilité de répartir les foyers lumineux, de les allumer ensemble ou séparément, de les éteindre à volonté et instantanément, la faculté de les déplacer, sont des avantages qu'on ne discute même pas.
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l'art de construire, celui de l'éclairage des locaux habités est peut-être le plus complexe. En effet un projet d'éclairage doit répondre aux multiples désiderata de l'hygiène, du confort, de l'esthétique et de l'économie.
Le développement toujours croissant de l'éclairage électrique a grandement facilité la tâche des architectes au point de vue de l'hygiène. Que peut-on imaginer, en effet, de plus commode et de plus hygiénique que cette petite ampoule lumineuse qui éclaire sans chauffer, sans vicier l'air des appartements, sans dégager aucune odeur, sans salir les meubles et les tentures comme le faisaient autrefois les chandelles, les lampes et même le gaz d'éclairage ?
Qu'on y prenne garde cependant, la température et la pureté de l'air ne sont pas tout, et l'on ne doit oublier que l'œil est un organe délicat
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A ces avantages on oppose parfois les dangers d'incendie, en oubliant que les autres modes d'éclairage sont beaucoup plus dangereux, bien qu'on ait la funeste habitude d'attribuer à l'électricité tous les sinistres dont on ne peut pas déterminer les causes. Une installation électrique bien faite, et qu'on ne laisse pas systématiquement sans surveillance, n'est nullement dangereuse. Seules des installations de fortune, comme on en trouve toujours, même dans les intérieurs les plus luxueux, peuvent provoquer des accidents.
Un autre avantage de l'éclairage électrique est la possibilité de concourir à la décoration d'un ensemble architectural. Tout le monde connaît les très heureux effets artistiques qu'on a pu tirer de la disposition rationnelle et harmonieuse des foyers lumineux sous l'immense voûte du Grand Palais à l'occasion des Salons de l'Automobile, et les effets imprévus
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L'ARCHITECTE
Fig. 29. — Exposition de Stuttgart.
Maison de P. Behrens.
Plan du deuxième étage.
réalisés au moyen de lampes colorées dissimulées derrière les colonnes et les chapiteaux de l’Opéra. Nul ne conteste que la féerique illumination des bâtiments de l’Exposition des Arts décoratifs a largement contribué au succès de cette brillante manifestation.
Dans les appartements, la lumière artificielle peut concourir à l’ornementation d’un ensemble par un choix judicieux du mode d’éclairage et par l’emploi de lampes colorées susceptibles de mettre en valeur les meubles et les tentures.
Si, dans les locaux d’habitation, un bon éclairage donne aux pièces où l’on vit un aspect plus agréable et plus riant, facilite le travail et la lecture tout en diminuant la fatigue de la vue, c’est dans l’industrie qu’une judicieuse répartition de la lumière est particulièrement recommandable.
Les statistiques nous apprennent en effet qu’une amélioration rationnelle et scientifique apportée à l’éclairage augmente la production de 10 à 20 %, et même parfois d’avantage, de sorte que finalement, le bénéfice réalisé sur la main-d’œuvre compense, et même au delà, le surcroît de dépenses engagées dans l’installation d’un équipement bien compris.
Mais ce n’est pas tout. A mesure que la production augmente, à salaire égal, et que le travail devient plus précis et plus soigné, les déchets de fabrication deviennent moindres. En outre, le personnel vivant dans des locaux plus propres et mieux ordonnés apporte à sa tâche plus de goût et plus d’attention de sorte que, finalement, un éclairage perfectionné est un bon placement à la condition cependant d’utiliser judicieusement la lumière et d’éviter le gaspillage.
Lorsqu’il s’agit d’éclairer des locaux d’habitation, des bureaux, des hôpitaux, des ateliers ou des usines, la question d’économie prime toutes les autres considérations. C’est alors que l’ingénieur éclairagiste peut logiquement intervenir et apporter un concours utile au maître de l’œuvre pour réaliser le maximum d’effet avec le minimum de dépenses.
Alors que la valeur esthétique d’un système d’éclairage résulte d’une estimation absolument arbitraire qui varie avec les individus et qui n’est soumise à aucune règle précise, il en est tout autrement de son utilité — parce que celle-ci se prête à des mesures scientifiques et s’exprime au moyen d’unités qui sont rattachées au système des poids et mesures et qui ont été rendues légales par le décret du 26 juillet 1919.
Avant de définir ces unités, il noussemble indispensable de rappeler très brièvement ici l’origine
Fig. 30. — Exposition de Stuttgart.
Maison de Le Corbusier et P. Jeanneret.
Plan du rez-de chaussée.
Fig. 31. — Exposition de Stuttgart.
Maison de Le Corbusier et P. Jeanneret.
Plan du premier étage.
Fig. 32. — Exposition de Stuttgart.
Maison de Le Corbusier et P. Jeanneret.
Terrasse.
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L'ARCHITECTE
Figure 33. — Exposition de Stuttgart. Maison de J. Frank. — Plan du rez-de-chaussée.
Leur vitesse de propagation est énorme, 300.000 kilomètres par seconde, et leur longueur d'onde d'un dix millième de millimètre. Elles sont donc infiniment plus courtes que les ondes de télégraphie sans fil. Leur fréquence moyenne est de 600 trillions par seconde.
Le mouvement vibratoire produit par la lumière n'est pas simple, mais complexe, ainsi qu'on peut s'en rendre compte en décomposant par un prisme un rayon de soleil. Cette expérience classique montre que la lumière blanche est formée par la superposition de mouvements vibratoires de différentes longueurs d'onde, alors qu'au contraire
Figure 34. — Exposition de Stuttgart. Maison de J. Frank. — Façade.
de la lumière, sa propagation et sa réception. On ne peut comprendre aisément les règles de l'éclairagisme sans avoir présente à la mémoire la manière dont les rayons lumineux impressionnent notre cerveau.
D'après Huyghens, la lumière est due aux vibrations d'un milieu particulier qu'on désigne sous le nom d'« éther ».
Comme le phlogistique des alchimistes qui expliquait la combustion, l'éther des physiciens est une conception philosophique qui masque notre ignorance par un mot, mais qui permet une interprétation commode des faits.
Nous admettons donc avec le savant anglais que nous venons de citer que l'éther est un fluide impondérable qui remplit les espaces, pénètre tous les corps et sert d'agent de transmission pour la lumière, la chaleur et l'électricité.
Les phénomènes lumineux, toujours accompagnés de phénomènes chimiques et calorifiques, consisteraient en vibrations élastiques de l'éther produits par une cause extérieure. Ces vibrations se propagent dans tous les sens autour d'un centre d'ébranlement appelé point lumineux.
Figure 35. — Exposition de Stuttgart. Maison de W. Gropius. — Rez-de-chaussée et étage.
les couleurs simples (violet indigo, bleu, vert, jaune, orange et rouge) ne correspondent qu'à un seul mouvement vibratoire : ce qu'on exprime en disant qu'elles sont monochromatiques.
Voyons maintenant comment la lumière est perçue par notre organisme.
Figure 36. — Exposition de Stuttgart. Maison de W. Gropius. — Rez-de-chaussée et étage.
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L'ARCHITECTE
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FIG. 37. — EXPOSITION DE STUTTGART. MAISON DE L. HILBERSEIMER.
Rez-de-chaussée et étage.
La perception lumineuse s'effectue au moyen de l'œil qui agit comme une véritable chambre photographique, dans laquelle la lumière pénétrant à travers une lentille nommée cristallin, (qui joue le même rôle que l'objectif photographique), va former une image sur la rétine, ensemble de nerfs spéciaux qui tapissent le fond de l'œil. Ceux-ci fonctionnent comme une plaque sensible, reçoivent l'impression lumineuse et la transmettent immédiatement au cerveau par le nerf optique.
De même qu'un temps de pose est nécessaire en photographie, de même un temps de pose intervient dans le phénomène de la vision. Ce temps de pose fatigue l'œil parce qu'il est souvent répété, aussi faut-il faciliter le travail de la vision en ayant recours à un bon éclairage tout en évitant une autre fatigue, celle qui est provoquée par l'éblouissement.
L'éblouissement est produit par un objet brillant, soit que cet objet émette directement de la lumière soit qu'il en réfléchisse. C'est une sensation pénible qui provoque très rapidement la fatigue.
Le soleil est le meilleur exemple d'une source lumineuse produisant l'éblouissement. Dans l'éclairage artificiel, l'éblouissement est surtout éprouvé par l'œil qui aperçoit directement le filament d'une lampe à incandescence.
L'œil humain s'adapte facilement à une vision d'ensemble et grâce à ce merveilleux organe qu'on appelle l'iris — qui fonctionne comme un véritable diaphragme — il peut supporter aussi bien la clarté d'un ciel sans nuages
FIG. 38. — EXPOSITION DE STUTTGART. MAISON DE L. HILBERSEIMER. — Cloisons.
blouissement.