Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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L'ARCHITECTE
RECUEIL MENSUEL DE L'ART ARCHITECTURAL PUBLIÉ AVEC LE CONCOURS DE LA SOCIÉTÉ DES ARCHITECTES DIPLÔMÉS PAR LE GOUVERNEMENT
COMITÉ DE DIRECTION : MM. A. ARFVIDSON, L. H. BOILEAU, L. BONNIER, BOUWENS DE BOIJEN, A. DEFRASSE, AD. DERVAUX, ROGER EXPERT, TONY GARNIER, J. GODEFROY, CH. LETROSNE, P. PATOUT, CH. PLUMET, H. SAUVAGE, L. SOREL, A. VENTRE
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SOMMAIRE
du numéro de "L'Architecte" de Février 1928
TEXTE
LA POLITIQUE DU LOGEMENT DE LA MUNICIPALITÉ DE VIENNE (AUTRICHE) ... C. J. GIGNOUX.
PLANCHES
Pl. 8 à 10. — Maisons ouvrières à Hoek van Holland ... J. J. P. OUD.
Pl. 11 à 13. — Hôtel particulier, rue Nansouty, à Paris ... A. LURÇAT.
Correspondants.— Allemagne: M. Goetz, Eppendorferstieg, 39, Hambourg.— Autriche: D’Ermers, Schegargasse, 47, Vienne.
Tous les droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays.
Les articles parus dans “L'Architecte” deviennent la propriété de la revue.
FRANCE ... Le numéro 12 fcs. — L'abonnement (12 numéros) ... 120 fcs
ETRANGER ... 1. Pays ayant adhéré à la convention de Stockholm (tarif postal abaissé) le numéro 14 fcs. ... 140 fcs
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L'ARCHITECTE
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LA POLITIQUE DU LOGEMENT DE LA MUNICIPALITÉ DE VIENNE
L'Architecte a récemment entretenu ses lecteurs, en un article fort documenté, de l'effort accompli par la municipalité de Vienne pour la construction de logements ouvriers. Il en a fait ressortir la qualité technique qui n'est du reste pas contestable, même pour le profane. Au cours d'un récent voyage d'études en Autriche, nous avons eu occasion de la reconnaître, et ce n'est évidemment pas du point de vue architectural, eussions-nous qualité pour les apporter, que de sérieuses réserves s'imposent.
Nous nous excusons de faire pénétrer les lecteurs de l'Architecte sur un terrain un peu ingrat, qui est le terrain financier. Tout le monde sera certainement d'accord pour convenir qu'une saine politique du logement ne consiste pas à édifier sporadiquement et à n'importe quelles conditions des immeubles même parfaitement agencés. Il importe de pouvoir entretenir l'effort entrepris :
il importe aussi, bien qu'ici on délaisse complètement le point de vue architectural, que les conditions de vie du «logé» restent à la hauteur du logement, ce qui n'est point le cas si l'Etat logeur ne s'acquitte de sa tâche qu'aux dépens de sa situation financière et de l'activité économique générale.
La municipalité de Vienne nous paraît s'être échouée sur cet écueil et voici pourquoi.
Quand en 1923, la ville de Vienne décida de construire 25.000 logements, elle décida en même
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L'ARCHITECTE
temps de ne contracter à cet effet aucun emprunt et de se procurer des ressources uniquement par l'impôt. A priori cette décision paraît inexplicable, étant donné que la construction d'immeubles est le type des dépenses dont on peut faire légitimement porter la charge sur plusieurs générations en procédant par emprunts. On s'en abstint cette fois-ci pour deux raisons dont l'une fut indiquée et l'autre ne le fut pas : la première était que la ville n'entendait faire payer à ses locataires ouvriers qu'un loyer insignifiant et insuffisant pour couvrir intérêts et amortissements ; la seconde
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L'ARCHITECTE
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Figure 14. — Maisons ouvrières à Hoek van Holland. — Plan d'un groupe. Étage.
était que la municipalité de Vienne, municipalité socialiste de combat, n'aurait pas trouvé de prêteurs.
On recourut donc à l'impôt et on créa tout d'abord le « wohnbausteuer », impôt unique sur le loyer, dont le montant devait être exclusivement affecté aux travaux de construction. Cette taxe, dont le taux ne paraît pas excessif pour les locaux d'habitation, est écrasante pour les établissements industriels et commerciaux, et établie selon des évaluations absolument arbitraires. Elle a rapporté 38 millions de shillings en 1925, 34 en 1925, 35.300.000 en 1927 (prévisions). Comme le coût des constructions municipales dépasse annuellement 95 millions de shillings, le « wohnbausteuer » manque, et de loin, à son objet. La municipalité est obligée de prélever le surplus sur d'autres recettes fiscales, en maintenant celles-ci à des taux exorbitants.
Nous avons exposé dans une série d'articles de la Journée Industrielle (1) les conséquences économiques de ce régime. Nous ne saurions reprendre ici le détail, d'une technique un peu spéciale. Constatons seulement que la situation faite à l'industrie et au commerce viennois par les exigences fiscales de la municipalité sont en grande partie responsables de la demi-paralysie où s'affaiblit le pays
(1) Nos du 20 septembre au 4 octobre 1927.
et du chômage endémique qui y sévit. Le grand vice du système est, pour améliorer le logement de l'ouvrier, de n'avoir su trouver autre chose que d'écraser systématiquement l'industriel qui lui donne du travail, au risque d'exposer cet ouvrier à périr un jour de faim dans sa cuisine perfectionnée.
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Figure 15. — Maisons ouvrières à Hoek van Holland. — Coupe.
On aura observé que les constructions ouvrières de la municipalité de Vienne sont du type « caserne », et édifiées pour loger ensemble un nombre
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L'ARCHITECTE
considérable de familles. Les adversaires politiques de l'administration discernent en cette règle générale des mobiles de tactique électorale et même révolutionnaire. Nous n'avons pas à les retenir ici, mais on peut se demander pourquoi la Ville, qui en avait été priée, renonça d'abord par principe à la construction de ces habitations familiales indépendantes, d'ordinaire édifiées au voisinage des cités industrielles par les urbanistes modernes. L'administration a répondu que la maison du type familial coûtait trop cher. Sur quoi, des groupes privés firent construire de petites maisons dont le prix de revient était au mètre carré très inférieur à celui des constructions municipales, bien que, pour celles-ci, les dépenses accessoires, comme les installations de gaz et d'électricité, soient à peu près gratuites. En dernier lieu, l'administration, sans renoncer à la formule « caserne », a fait, elle aussi, quelques tentatives en faveur de l'habitation familiale, mais visiblement sans enthousiasme.
Il est intéressant de noter que la ville de Vienne accroît son domaine immobilier non pas seulement en construisant, mais encore par le moyen d'expropriations,
auxquelles on ne saurait évidemment reprocher d'être trop coûteuses. Ce sont les travaux d'entretien des immeubles existants qui en fournissent généralement le prétexte.
La loi sur les loyers autorise les propriétaires à augmenter de 150% les loyers d'avant-guerre, mais en couronnes-papier. Comme cette monnaie ne vaut plus rien, les loyers viennois sont à peu près nuls. Nous connaissons un bel immeuble au centre de Vienne,
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L'ARCHITECTE
comportant 22 appartements de 5 pièces sur la rue chacun, avec magasins au rez-de-chaussée, dont les loyers convertis dans la monnaie nouvelle rapportent au propriétaire par semestre la somme de 1 shilling 75 groschen, soit une douzaine de francs par an.
A ce régime, il est évidemment vain d'attendre que des particuliers fassent construire. Beaucoup cherchent en revanche à se défaire de leurs immeubles. Il ne se présente généralement qu'un acquéreur: la ville. Pour le cas, du reste, où un concurrent surgirait, elle s'est réservé un droit de préemption sur tout immeuble vendu, à condition de payer le même prix que l'acheteur éventuel. Ainsi la municipalité est-elle assurée de mettre progressivement la main, si elle le veut, sur tous les immeubles viennois. Elle ne les paie pas cher car elle récupère sur le propriétaire vendeur une taxe sur l'enregistrement, calculée sur la plus-value nominale résultant de la dépréciation de la monnaie. Cette taxe peut atteindre 70 % et le propriétaire se trouve, en valeur-or, en sensible « debet ».
Le propriétaire qui garde son immeuble ne peut pas, le plus souvent, étant donné l'insignifiance des loyers et l'importance des impôts, assurer les frais d'entretien et de réparations de l'immeuble. On se montrait cet été dans le 3° arrondissement de Vienne, une maison dont deux fenêtres seulement, sur toute la façade, venaient d'être remises à neuf. En dessous le propriétaire facétieux avait placé l'inscription suivante : « Cette réparation a été effectuée avec le montant de trois années de revenus ». Amusante paraphrase des mots que la ville place au fronton de ses constructions neuves : « Edifié sur le produit de l'impôt spécial sur les loyers ». L'administration prit mal la chose et fit une enquête: elle dut reconnaître que le propriétaire frondeur n'exagérait pas et laissa l'inscription.
Le plus souvent, la chose se passe moins facilement. La Ville donne ordre d'effectuer des réparations déterminées. Légalement la charge en incombe par moitié aux locataires et propriétaires.
S'ils se déclarent sans argent, la Ville leur en avance. Les locataires sont généralement autorisés à se libérer par annuités sans conditions particulières, mais, vis à vis du propriétaire, la municipalité prend habituellement hypothèque. Il suffit que ce régime continue assez longtemps pour que
le montant des hypothèques atteigne la valeur de l'immeuble et que le propriétaire n'ait plus qu'à sortir de celui-ci.
Passons sur ces détails pittoresques, tragiques pour quelques-uns. C'est du socialisme en action