Page 1
L'AMOUR DE L'ART 12e ANNÉE - MARS 1931 FRANCE : DIX FRANCS BOURDELLE: SOUVENIRS & DESSINS INÉDITS L'ART PERSAN - COROT - BUSTER KEATON LA RENAISSANCE ET L'ART CHINOIS ? DIRECTEUR : RENÉ HUYGHE ---
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
L'AMOUR DE L'ART 12e ANNÉE - MARS 1931 FRANCE : DIX FRANCS BOURDELLE: SOUVENIRS & DESSINS INÉDITS L'ART PERSAN - COROT - BUSTER KEATON LA RENAISSANCE ET L'ART CHINOIS ? DIRECTEUR : RENÉ HUYGHE ---
LE PORTIQUE 99, Boulevard Raspail - PARIS AUGUSTE RENOIR REPRODUCTIONS EN FAC-SIMILÉ FORMAT 50×65 DE SEIZE AQUARELLES, PASTELS ET DESSINS CETTE ÉDITION COMPLÈTE COMPRENANT LA PLANCHE N° XVI « FEMME NUE MARCHANT » A ÉTÉ TIRÉE À 175 EXEMPLAIRES DONT SOIXANTE POUR LA FRANCE Prix de Souscription de l'Ouvrage : 2.500 francs Bulletin de Souscription à envoyer au "PORTIQUE" 99, Boulevard Raspail, PARIS Je soussigné demeurant à déclare souscrire à exemplaire de l'ALBUM RENOIR au prix de 2.500 francs. Le 193 . (SIGNATURE)
ARTISTES, AMATEURS Nous informons MM. les Artistes et Amateurs que le Service Photographique de la Librairie de France (Collection Druet) a été transféré chez VIZZAVONA Photographe Editeur 65, Rue du Bac Tél. Littré 95-85 Nous prions nos clients et amis de bien vouloir confier dorénavant leurs travaux à M. VIZZAVONA, qui par son organisation et son expérience, est à même de leur donner toute satisfaction. --- Comme nouveau Dépositaire de la Collection Druet, la Maison VIZZAVONA se charge de tous les tirages d’épreuves à effectuer d’après les clichés de cette Collection. Représentation Générale de la Collection ALINARI, de Florence a
Vous qui êtes lecteurs de L'AMOUR DE L'ART Soyez aussi des AMIS DU LOUVRE Pourquoi? Parce que la SOCIETE DES AMIS DU LOUVRE, qui groupe tous ceux qui aiment notre grand Musée, s'efforce par tous les moyens de l'enrichir. Plus que jamais, étant donné les circonstances, le Musée du Louvre a le devoir de réclamer de vous une aide efficace. Il faut que tous ceux qui lui sont reconnaissants des belles heures qu'il leur a procurées lui apportent leur concours moral et pécuniaire. Depuis sa fondation en 1899, la Société des Amis du Louvre, par ses propres moyens ou en collaboration, a donné au Musée : La Vierge à l'Enfant, de BALDOVINETTI, la Pieta d'Avignon, les statues tombales de Charles IV et de Jeanne d'Evreux, des dessins et aquarelles de DELACROIX provenant des ventes Robaut, Chéramy, Degas, Leprieur, cinq Masques de LA TOUR, le Bain Turc d'INGRES, Crispin et Scapin de DAUMIER, les fresques de CHASSÉRIAU provenant de la Cour des Comptes, quarante sépias et aquarelles de CLAUDE LORRAIN, l'Atelier de COURBET, les Funérailles de Phocion de POUSSIN, le Laboureur de SEURAT, de nombreux objets d'art antiques, orientaux et extrême-orientaux, etc., etc. De 1915 à 1919, la Société a distribué plus de cinquante mille francs à des œuvres de guerre en faveur des artistes. Les membres de la Société ont droit à de nombreux avantages : entrée gratuite au Musée; promenades et visites de monuments et collections; invitation aux inaugurations du Louvre et des Arts décoratifs; de nombreuses réductions sur des achats de livres, d'estampes, etc. 10 % de réduction sur le prix de l'abonnement à L'AMOUR DE L'ART SOCIÉTÉ DES AMIS DU LOUVRE Palais du Louvre, Pavillon de Marsan, 107, rue de Rivoli (en face la rue de l'Echelle) -- PARIS J'adhère à la Société des Amis du Louvre comme membre titulaire et m'engage à verser tous les ans une somme de ____________ francs. ou (1) la somme de ____________ francs pour rachat de ma cotisation, que je vous prie de vouloir bien faire percevoir à l'adresse suivante : Nom et Prénoms _______________________ Adresse _______________________________ Date ______________________ A _______________, le _______________ 193 SIGNATURE : (1) Effacer l'une ou l'autre formule. La cotisation annuelle minima des membres titulaires est de 50 francs. La somme minima de rachat de la cotisation est de 500 francs.
N° 3 MARS 1931 L'AMOUR DE L'ART L'EXPOSITION D'ART PERSAN à LONDRES par Raymond Koechlin UNE exposition d'Art Persan s'est ouverte à Londres le 7 janvier. Dans ces mêmes salles de Burlington House que la Royal Academy a pris la bonne habitude de céder en hiver à des comités d'exposition et où nous avions vu ces dernières années les Flamands, puis les Hollandais et l'an passé les Italiens, — où nous verrons sans doute les Français l'année prochaine —, la Perse a été installée. On pouvait craindre, avouons-le franchement, que le souvenir des Van Eyck, des Rembrandt et des Botticelli ne fit tort aux tapis, aux céramiques et aux miniatures que seuls à peu près, avec des soieries et des objets de cuivre et d'argent, pouvait montrer l'art persan; mais la collecte de ces objets a été si intelligemment menée, un tel goût a présidé à leur installation, qu'aucune comparaison avec les expositions précédentes ne peut vraiment se présenter à l'esprit dans ces salles comme renouvelées et que dès l'abord on se trouve sous le charme: c'est une manière de Palais des Mille et Une Nuits qui a été reconstitué, et bien insensible serait celui dont l'imagination ne s'y plairait pas. La cheville ouvrière ou plutôt l'âme de toute l'entreprise a été un Américain: M. A. Upham Pope, conseiller pour l'Orient à l'Institut d'Art de Chicago et directeur de l'Institut américain d'Art et d'Archéologie persans. Il y a quelques années, durant l'exposition de Philadelphie, il avait essayé de réaliser son idée, mais le succès ne répondit pas à son attente; il ne se découragea pas et résolut de tenter la chance en Europe. C'est à Londres, naturellement, qu'il s'adressa d'abord; des concours matériels et d'autres scientifiques étaient nécessaires, car à l'exposition il prétendait joindre un congrès; il sut persuader financiers et savants, et bientôt un comité se constituait, que présida Sir Arnold Wilson et dont le secrétaire fut Mr. Keeling; en même temps le local était trouvé à Burlington House. Mais, le matériel à peu près réglé, il s'agissait de toucher gouvernements, musées et amateurs. A cet effet, Mr. Pope se mit en route, par mer, par terre et surtout par la voie des airs; on le rencontra souvent à Paris; il alla de Madrid à Petrograd et de Rome à Stockholm; l'Amérique le vit, mais aussi l'Egypte, Constantinople et surtout la Perse. Partout, à force d'enthousiaste insistance, il sut créer des comités qui devaient assurer la participation locale, comités qui n'épargnèrent ni leur temps ni leur peine; à Téhéran surtout son succès fut éclatant. Grâce à la faveur impériale, toutes les portes s'ouvrirent alors lui; les ministres ne lui firent point d'opposition et le directeur des Antiquités, notre compatriote M. André Godard, lui vint en aide; du trésor des shahs, des mosquées les plus sacrées, de Kum et de Méched, sortirent des objets somptueux ou vénérables qui ne semblaient devoir jamais quitter l'ombre des palais ou des sanctuaires; des avions les emportèrent, puis la flotte de l'Anglo-Persian Oil, et Londres les reçut enfin, pilotés par le triomphant Mr. Pope. L'apport persan assurait le succès de l'exposition; il n'en devait pas moins être corroboré par d'autres; aussi bien tous les grands musées se firent représenter par des œuvres excellentes, à Paris, le Louvre, le Cabinet des Médailles, le Musée des Arts Décoratifs, les Gobelins, Sèvres; à Florence, le Bargello; à Berlin, le Kaiser Friedrich Museum; à Madrid, l'Institut Osma de Valencia, et le Musée arabe du Caire, et le Vieux Séraïl de Constantinople, sans compter les innombrables établissements américains, et les amateurs des deux mondes suivirent le mouvement. D'incomparables richesses s'accumulèrent à la Royal Academy; elles y doivent demeurer deux mois, jusqu'à la fin de Février. Ce n'était pas tout cependant d'amener les objets à pied d'œuvre; il fallait les disposer dans le local assez ingrat qu'est Burlington House, — et le miracle continua. Les salles sont très hautes, très vastes et d'un décor plutôt triste. Des vitrines de céramiques, d'argenteries ou de bronzes s'y seraient trouvées perdues, et quel effet eussent produit les miniatures sur ces grands murs! Mais heureusement il y avait les tapis et les tissus, et ce sont eux qui sauveront la situation. Sur les énormes parois furent accrochés les tapis, et, tombant de toute leur hauteur, ils déployèrent à l'aise leurs somptueux dessins et leurs merveilleuses couleurs; assez espacés, l'intervalle entre eux fut rempli
Edouard BOUET, Réparateur de Tableaux, Sculptures, Objets d'Art 9, Rue de Penthièvre (Maison Fondée en 1885) English Spoken ———— Tél. : ÉLYSÉES 61-96 ———— Man Spricht Deutsch ACHAT — — VENTE LIBRAIRIE DE FRANCE, 110, Boulevard Saint-Germain — PARIS (VI°) MYTHOLOGIE ASIATIQUE ILLUSTRÉE PRINCIPAUX COLLABORATEURS ELISSEEV, ancien professeur de l'Université de Pétrograd (Japon) J HACKIN, conservateur du Musée Guimet (Lamaïsme et Inde) Clement HUART, membre de l'Institut (Perse) Raymonde LINOSSIER, attachée au Musée Guimet (Bouddhisme) Henri MARCHAL, conservateur d'Angkor Henri MASPERO, professeur au Collège de France (Chine) Madame H. de WILLMAN-GRABOWSKA, chargée de Conferences à la Sorbonne (Brahmanisme) Introduction de Paul-Louis COUCHOUX Un fort volume in-4° raisin (24×31) de 400 pages. — Environ 600 illustrations 40 splendides hors-texte en noir et en couleur, dont 10 exécutés par les ateliers Daniel Jacomet 1.700 exemplaires sur vélin teinté Navarre. PRIX : 220 fr. GALERIE DE FRANCE 2bis, Rue de l'Abbaye, PARIS (6°) Tél. : 72-24 Métro : St-Germain-des-Prés Jean CROTTI, DERAIN, DUFY, FRIESZ, MODIGLIANI, KANDINSKY, PICASSO, RENOIR, ROUAULT, UTRILLO, VLAMINCK, COSSIO, MAX BAND, BRUNO Sculptures de Gonzalez du 7 au 31 Mars Exposition SIMON LISSIM (Théâtre et Céramiques) Vernissage le Samedi 7 à 15 heures
N° 3 MARS 1931 L'AMOUR DE L'ART --- L'EXPOSITION D'ART PERSAN à LONDRES par Raymond Koechlin UNE exposition d'Art Persan s'est ouverte à Londres le 7 janvier. Dans ces mêmes salles de Burlington House que la Royal Academy a pris la bonne habitude de céder en hiver à des comités d'exposition et où nous avions vu ces dernières années les Flamands, puis les Hollandais et l'an passé les Italiens, — où nous verrons sans doute les Français l'année prochaine —, la Perse a été installée. On pouvait craindre, avouons-le franchement, que le souvenir des Van Eyck, des Rembrandt et des Botticelli ne fit tort aux tapis, aux céramiques et aux miniatures que seuls à peu près, avec des soieries et des objets de cuivre et d'argent, pouvait montrer l'art persan; mais la collecte de ces objets a été si intelligemment menée, un tel goût a présidé à leur installation, qu'aucune comparaison avec les expositions précédentes ne peut vraiment se présenter à l'esprit dans ces salles comme renouvelées et que dès l'abord on se trouve sous le charme: c'est une manière de Palais des Mille et Une Nuits qui a été reconstitué, et bien insensible serait celui dont l'imagination ne s'y plairait pas. La cheville ouvrière ou plutôt l'âme de toute l'entreprise a été un Américain: M. A. Upham Pope, conseiller pour l'Orient à l'Institut d'Art de Chicago et directeur de l'Institut américain d'Art et d'Archéologie persans. Il y a quelques années, durant l'exposition de Philadelphie, il avait essayé de réaliser son idée, mais le succès ne répondit pas à son attente; il ne se découragea pas et résolut de tenter la chance en Europe. C'est à Londres, naturellement, qu'il s'adressa d'abord; des concours matériels et d'autres scientifiques étaient nécessaires, car à l'exposition il prétendait joindre un congrès; il sut persuader financiers et savants, et bientôt un comité se constituait, que présida Sir Arnold Wilson et dont le secrétaire fut Mr. Keeling; en même temps le local était trouvé à Burlington House. Mais, le matériel à peu près réglé, il s'agissait de toucher gouvernements, musées et amateurs. A cet effet, Mr. Pope se mit en route, par mer, par terre et surtout par la voie des airs; on le rencontra souvent à Paris; il alla de Madrid à Pétrograd et de Rome à Stockholm; l'Amérique le vit, mais aussi l'Egypte, Constantinople et surtout la Perse. Partout, à force d'enthousiaste insistance, il sut créer des comités qui devaient assurer la participation locale, comités qui n'épargnèrent ni leur temps ni leur peine; à Téhéran surtout son succès fut éclatant. Ce à la faveur impériale, toutes les portes s'ouvrirent lui; les ministres ne lui firent point d'opposition et le directeur des Antiquités, notre compatriote M. André Godard, lui vint en aide; du trésor des shahs, des mosquées les plus sacrées, de Kum et de Méched, sortirent des objets somptueux ou vénérables qui ne semblaient devoir jamais quitter l'ombre des palais ou des sanctuaires; des avions les emportèrent, puis la flotte de l'Anglo-Persian Oil, et Londres les reçut enfin, pilotés par le triomphant Mr. Pope. L'apport persan assurait le succès de l'exposition; il n'en devait pas moins être corroboré par d'autres; aussi bien tous les grands musées se firent représenter par des œuvres excellentes, à Paris, le Louvre, le Cabinet des Médailles, le Musée des Arts Décoratifs, les Gobelins, Sèvres; à Florence, le Bargello; à Berlin, le Kaiser Friedrich Museum; à Madrid, l'Institut Osma de Valencia, et le Musée arabe du Caire, et le Vieux Séraïl de Constantinople, sans compter les innombrables établissements américains, et les amateurs des deux mondes suivirent le mouvement. D'incomparables richesses s'accumulèrent à la Royal Academy; elles y doivent demeurer deux mois, jusqu'à la fin de Février. Ce n'était pas tout cependant d'amener les objets à pied d'œuvre; il fallait les disposer dans le local assez ingrat qu'est Burlington House, — et le miracle continua. Les salles sont très hautes, très vastes et d'un décor plutôt triste. Des vitrines de céramiques, d'argenteries ou de bronzes s'y seraient trouvées perdues, et quel effet eussent produit les miniatures sur ces grands murs! Mais heureusement il y avait les tapis et les tissus, et ce sont eux qui sauveront la situation. Sur les énormes parois furent accrochés les tapis, et, tombant de toute leur hauteur, ils déployèrent à l'aise leurs somptueux dessins et leurs merveilleuses couleurs; assez espacés, l'intervalle entre eux fut rempli
L'AMOUR DE L'ART LA PERSE ARCHAIQUE ET LA PERSE ACHEMENIDE A droite : FIG. 1. — POT EN TERRE PROVENANT DE NEHAWEND, VERS 2.000 AVANT J.-C. (COLLECTION U. POPE). En haut : FIG. 2. — VASE EN BRONZE PROVENANT DU LOURISTAN, VIIIe-IVe S. AVANT J.-C. (APP. A M. STORA, PARIS). A droite : FIG. 3. — BOUQUETIN EN BRONZE, ÉPOQUE ACHEMENIDE, Ve-IVe S. AVANT J.-C. (COLLECTION O. RAPHAËL, LONDRES). (Photo Cooper) (Photo Cooper)
L'AMOUR DE L'ART LA PERSE SASSANIDE En haut : FIG. 4. — TISSU DE SOIE, VIIIe-IXe SIÈCLES. MUSÉE LORRAIN, NANCY. En bas : FIG. 5. — COUPE EN ARGENT DU ROI SASSANIDE SAPOR II, DITE COUPE DE LUYNES, IVe SIÈCLE APRÈS J.-C. (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE).
L'AMOUR DE L'ART LA CÉRAMIQUE Du VIIIe siècle environ au XVIe siècle, la céramique a connu en Perse les formes décoratives les plus diverses et a tenu une place prépondérante. Fig. 6. — Bol bleu dit guebri (XIIIe siècle). Appartenant au gouvernement persan. Fig. 7. — Bol de Sultanabad bleu et gris. XIIIe-XIV siècles. (Coll. O. Raphaël). Fig. 8. — Bol imbriqué bleu et blanc. XIIIe siècle. (Coll. Debenham). (Photo Cooper)
L'AMOUR DE L'ART par des soieries non moins chatoyantes, et tout auprès, contre les murs ou au milieu des salles, prirent place les vitrines. C'était en vérité le système adopté en 1903 à l'Exposition d'Art Musulman du Pavillon de Marsan et en 1910 à celle de Munich; mais qui ne se rappelle, à cette dernière, la pauvreté du fond uniformément blanchi au lait de chaux sous prétexte de couleur locale? Ici la peinture sombre des fonds est splendidement éclairée par tout ce qui les garnit et les archéologues qui ont présidé à cet arrangement se sont montrés de véritables artistes. Sous la direction de Sir Reginald Blomfield et de Mr. Pope, les bons ouvriers en ont été MM. Ashton pour les tissus, Tattersall pour les tapis, Rackham pour les céramiques, Laurence Binyon et Wilkinson pour les miniatures, des amateurs tels que MM. Harari, Oscar Raphael et Buckley leur prêtant la main. L'équipe était de premier ordre et elle a donné ce qu'on devait attendre d'elle. L'art persan est un des plus vieux du monde et l'on avait tenu à montrer des œuvres de sa plus extrême antiquité, ces céramiques trouvées à Suse qui remontent à trois mille ans avant l'ère. De cette série, c'est le Louvre est à l'honneur, puisqu'il a envoyé un de fouilles de M. de Morgan qui l'ont mise au jour et qu'elle est entrée tout entière dans notre musée; mais il ne faudrait pas croire que ces gobelets et ces bols préhistoriques, décorés en brun sur fond crème de motifs géométriques et d'animaux fortement stylisés ne présentent pas un art accompli; formes et décors sont admirables et laissent supposer de longs siècles de préparation à ces chefs-d'œuvre, dont M. Edmond Pottier a naguère débrouillé l'histoire. Celle des siècles qui suit semble autrement confuse. Dans un recoin éloigné de la Perse Occidentale, à Nehawend, on a détéré ces dernières années d'autres poteries peintes (fig. 1) et de remarquables haches de bronze, tandis que, depuis quelques mois, d'un territoire voisin, du Lauristan, sont arrivés en foule des bronzes, mors de chevaux, vases, épingles et objets divers (fig. 2), tous trouvés dans des tombes, dont l'usage est parfois incompréhensible pour nous et sur la date desquels on discute à l'infini. Plusieurs vitrines leur sont consacrées et l'on y peut admirer des animaux fantastiques étrangement déformés, mais souvent de grande allure: espérons que la nombreuse réunion qui en a été faite permettra d'utiles comparaisons et des datations précises. Et un peu plus loin, c'est l'art des Achéménides, de Darius et de Xerxès; ici encore le Louvre est à l'honneur, puisqu'il a envoyé un de ces archers de la garde royale en céramique polychrome, trouvé par M. de Mecquenem et rival de ceux de Dieulafoy; mais nous signalerons surtout un bouquetin de bronze à patine rouge (fig. 3), appartenant à Mr. Oscar Raphael, et qui est à notre sens un des objets les plus émouvants de l'exposition. On connaît les bouquetins en argent du Louvre et du Musée de Berlin, contemporains de celui-là (v° siècle environ), pièces merveilleuses — celui de Berlin est à Londres — mais où les artisans grecs de la cour du Grand Roi ont singulièrement assagi la verve asiatique; au bouquetin de Mme Raphael, à l'ibex, comme on le nomme, cette verve éclate, à la fois prodigieusement naturaliste et du plus noble style. L'art achéménide, un peu composite d'ordinaire, ne nous est encore qu'incomplètement connu, mais cet extraordinaire morceau parle pour lui et en proclame la grandeur. Au lendemain de l'écroulement de l'empire achéménide sous les coups d'Alexandre le Grand, un des généraux grecs fonda en Perse le royaume parthe; il a été beaucoup question des Parthes au congrès qui se tint à l'occasion de l'exposition et les érudits de toutes nations se sont évertués à leur reconstituer un art, englobant dans une manière de «Panparthie» l'Afghanistan, Palmyre et jusqu'à la lointaine Inde; en vérité, nous ne savons à peu près rien de cet art et c'est avec raison que l'exposition s'est montrée discrète à son égard. Les Sassanides au contraire, la dynastie nationale qui, au troisième siècle après J.-C., succéda aux Parthes, ont laissé de nombreux et magnifiques témoignages de leur activité et, si l'on ne pouvait transporter à Londres les immenses reliefs qu'ils ont taillés en plein dans les montagnes, leurs arts mineurs étaient parfaitement représentés. Les argenteries sassanides sont célèbres et, à côté de celles de l'Ermitage que les Soviets exposent, le Cabinet des Médailles a envoyé la plus belle de toutes, la célèbre coupe de Luynes où se détache en or le roi Sapor II à cheval chassant le cerf et le sanglier (fig. 5); et les soieries, ces merveilleux tissus, souvent réduits aujourd'hui hélas à l'état de débris, mais où l'on distingue encore, au milieu de ces cercles si caractéristiques, des animaux fantastiques ou de nobles cavaliers montant la garde de chaque côté de l'arbre sacré. La plupart ont été trouvés dans les châsses de nos églises d'Europe, enveloppant des reliques de saints envoyés ou rapportés d'Orient; il faut rendre grâce à la piété des fidèles qui nous les a conservés. Le Musée des Arts Décoratifs et le Musée Lorrain de Nancy (fig. 4) avaient exposé deux excellents exemplaires de ces soies. Puis c'est la conquête musulmane et l'époque de la plus grande splendeur. Quand les Arabes s'élancèrent à travers le monde, ils n'avaient qu'un art rudimentaire et qui n'était pas pour s'imposer aux peuples vaincus; c'est donc celui de ces vaincus que les vainqueurs adoptèrent, et il poursuivit son développement séculaire, transformé peu à peu seulement par l'influence des autres pays islamisés avec lesquels des relations s'étaient forcément établies. En Perse, l'industrie de la soie demeura extrêmement florissante et elle continua à exploiter des modèles assez analogues à ceux d'autrefois, les affinant toutefois, comme on en peut juger par l'extraordinaire série de morceaux attribués à la dynastie seldjouk et qu'on donne aux environs du x° siècle; ces morceaux sont une des révélations de l'exposition. A côté de la soierie, un des arts nationaux de la Perse en ce temps est la céramique; à partir du viii° siècle environ, nous la voyons se développer, à Rhagès surtout, et si l'histoire et la chronologie exacte en sont encore difficiles à établir malgré de

Ce numéro de L'Amour de l'Art, daté de mars 1931, présente un article sur l'exposition d'Art Persan à Londres, organisée par A. Upham Pope. Il inclut également des souvenirs et dessins inédits sur Bourdelle, ainsi que des sections sur Corot et Buster Keaton. Des reproductions d'aquarelles, pastels et dessins de Renoir sont également annoncées.