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L'AMOUR DE L'ART 12° ANNÉE . I . JANVIER 1931 FRANCE 10 FR. - ÉTRANGER 15 FR. 110, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS (VIe) P. PINSARD.
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L'AMOUR DE L'ART 12° ANNÉE . I . JANVIER 1931 FRANCE 10 FR. - ÉTRANGER 15 FR. 110, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS (VIe) P. PINSARD.
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DIRECTIVES La vie est autour de nous — et en nous, incessamment changeante. Qu'est-ce que rester fidèle à soi-même, si l'on a pour programme de se maintenir vivant, sinon renoncer, sans répit, aux attitudes que chaque minute rend périmées ? La constance peut être de rejeter la dépouille que l'instant crée de nous-mêmes. L'Amour de l'Art a toujours su se plier aux nécessités en évolution. Revue de combat, à son origine, dévouée sans restrictions aux audaces nouvelles, alors que le sort de l'art était en jeu et qu'il fallait forcer un public rétif, il sentit bientôt le danger nouveau et imprévu : à force de préciser, pour prendre position et se faire comprendre de la foule hostile, leurs directives sous forme de théories, les novateurs en firent des drapeaux, puis des idoles autoritaires. On pensa trop sa peinture, et l'œuvre fut comme une application imagée de l'idée, un " exercice pratique". Quand François Fosca, que ses travaux personnels absorbent trop pour rester à cette place et aux qualités de qui son successeur est heureux de rendre ici hommage, prit la direction de la revue, il comprit que les dangers s'étaient retournés ; il se consacra à la défense d'un art qui trouvât moins son origine dans une conception abstraite que dans la joie dense de l'acte de peindre et de sculpter. Jusqu'ici, la préoccupation dominante de l'Amour de l'Art a donc été de défendre une tendance. Mais peu à peu, la multiplicité des tentatives, leurs succès imprévus qui ont rendu la réprobation plus prudente, ont fait naître un libéralisme presque général. Aucune hostilité vraiment dangereuse ne menace le jeune artiste, quelle que soit la manière dont son talent entende se manifester. Il y a trop de groupes pour que l'avenir de l'art dépende désormais du succès d'aucun. Il est temps de renoncer à prendre un principe directeur dans la défense d'une cause, dont la préoccupation imposerait une limitation à nos recherches et à nos curiosités. Aux programmes de tendances, il faut substituer un programme de mise en œuvre qui fasse d'une revue le miroir de l'art universel. --- D'ordinaire les revues, selon qu'elles s'adressent à des spécialistes ou à un public désireux d'être tenu au courant de l'actualité artistique, se vouent à l'article d'érudition ou à l'article de vulgarisation. Nous ne prononcerons pas de semblable vœu, mais nous essaierons d'unir l'intérêt de l'un et de l'autre, en concevant une revue qui apporte à la fois un élément d'information et un élément de culture. Elément d'information, l'Amour de l'Art le sera par le tableau fidèle qu'il donnera de la vie artistique dans ce qu'elle a de plus actuel et de plus varié. Une partie de la revue sera consacrée à des articles sur l'actualité, paraissant les uns tous les mois, les autres selon une périodicité déterminée par leur importance, sous la forme tantôt d'études brèves sur un artiste ou un sujet général, tantôt d'une chronique. Tour à tour seront passés en revue les expositions — les livres sur l'art, — les livres de luxe, — les arts décoratifs : arts mineurs ou arts mobiliers, — la gravure ; une place particulière sera faite aux aspects les plus actuels de l'art : le cinéma, la photographie, le phonographe, la mise en scène théâtrale, les arts publicitaires. Des rubriques nouvelles s'y ajouteront : Une rubrique des revues d'art, résumant le sommaire des principales publications françaises et étrangères, et permettant à chaque spécialiste de suivre les questions qui l'intéressent. Une rubrique des antiquaires, où seront présentées les pièces remarquables qui passent inaperçues dans le commerce. Une page humoristique, où l'actualité artistique sera présentée par des dessins ou des " photos-montages ". Elément de culture, l'Amour de l'Art le sera, par l'étendue de sa curiosité et par l'esprit qu'il y apportera. Jugeant inopportune une attitude militante, envisageant l'art comme un spectacle dont il importe de tirer la plus grande saveur et le plus grand intérêt possibles, l'Amour de l'Art sera amené à se tourner également vers l'art de tous les temps et de tous les lieux. Il y choisira moins les œuvres répondant à une tendance déterminée qu'il ne cherchera celles qui révèlent une qualité exceptionnelle, ou qui permettent de compléter, parfois de renouveler, la conception de l'art, de ses formes possibles et de son évolution, selon les époques et les races.
L'AMOUR DE L'ART ART MODERNE. L'intérêt de notre temps vient surtout de son effort de renouvellement sans précédent, et de la diversité inédite des formes qu'il a créées ; qu'un art soit étudié ici n'impliquera pas toujours qu'il appelle notre adhésion, mais que tout au moins il apporte quelque lumière sur les préoccupations dont l'ensemble, la collaboration ou les contradictions, composeront pour l'avenir le visage complexe, tumultueux, vivant du début du xx° siècle. ART ANCIEN. Tout art ancien est actuel s'il satisfait ou enrichit nos curiosités, nos sensations. Point d'esprit strict d'érudition, pour le plaisir d'arracher à l'oubli une parcelle de documentation ; mais, de même que l'artiste peut renouveler à l'infini l'attrait des réalités les plus usées en en donnant une vision nouvelle, toute œuvre d'art, toute civilisation devient riche d'intérêt si l'historien en présente une vision inaccoutumée. Le Passé, par l'écho ou les solutions différentes qu'il nous renvoie des préoccupations qui nous hantent — ou bien par la conception étrangère à la nôtre qu'il a de l'art, par le monde viable mais imprévu où il nous introduit, le Passé est aussi actuellement passionnant que le présent. Il multiplie nos possibilités présentes de nos possibilités échues. Aussi ferons-nous place aux conceptions mal connues chez nous des grands historiens d'art étrangers, qui ont interprété et senti, selon un esprit nouveau, l'histoire de l'art. --- Il ne suffit pas d'énoncer les lignes générales d'un programme ; il faut encore les appliquer en répondant aux goûts actuels du public. Or, une situation nouvelle demande une solution nouvelle : le développement du cinéma, de la photographie, des arts publicitaires ont donné à notre génération une culture visuelle, une tendance à appréhender par les yeux plutôt que par la pensée abstraite, que révèle l'abondance des publications photographiques, en Allemagne surtout. La photographie ne doit donc plus être seulement une image illustrant un texte ; le texte doit collaborer étroitement avec elle, parfois la commenter seulement ; quand elle s'exprime avec plus d'évidence par ses moyens propres, l'image doit se substituer au texte. Ainsi, là où un article de fond reste nécessaire, nous essaierons de créer une intime liaison entre le texte et l'illustration, et de disposer celle-ci de façon qu'elle dégage par elle seule les idées directrices de l'étude. Là où l'aspect seul des choses aura son évidence, là où la juxtaposition des photographies, par leurs contrastes ou leurs similitudes, — leur fragmentation, par la direction qu'elle imposera à l'attention, auront une clarté propre, nous aurons recours à un synoptique, cahier de photos où un texte condensé tiendra lieu de légende. Ce sera tantôt une question artistique exposée pour les yeux, tantôt une suite de dessins et d'ébauches permettant de suivre l'élaboration d'une œuvre célèbre, tantôt des documents peu connus, qu'il serait superflu d'accompagner d'un article. --- Ainsi se dessinent trois grandes divisions : Un groupe d'articles de fond, sur l'art ancien et moderne, essayant de dégager l'intérêt vivant des sujets les plus divers. Un ensemble d'articles brefs ou de chroniques, permettant de suivre l'activité artistique contemporaine si complexe. Un cahier de photographies, conçu selon une formule nouvelle, et essayant de répondre aux habitudes et aux curiosités qui sont la nouveauté de notre temps. Puisse tout ceci être soutenu et vivifié par cet amour de l'art, dont le titre de la revue nous fait le plus souple et le plus beau des programmes. RENÉ HUYGHE.
CRITIQUE de la CRITIQUE par René HUYGHE I. — BILAN : PASSIF La critique, de nos jours, consiste à choisir une audace, ou ce que l'on considère comme une audace, et à s'y cantonner comme dans l'orgueil d'une caste. Il y eut d'abord l'audace de se révolter contre les dogmes officiels, — puis celle de défendre les innovations qui se succédèrent, — puis, subtile, naquit l'audace de protester contre l'audace ; à certains, le bon sens est devenu un panache. La règle du jeu est de choisir une opinion, de prendre parti, et, comme en politique, d'adopter les disciplines du parti. N'a-t-on pas vu des critiques d'avant-garde, jadis en parfaite communion d'idées, je ne dis pas renier l'un d'entre eux, mais arriver à une sorte d'incompréhension de principes, d'incapacité d'interpréter ses idées selon le sens qu'il leur donnait, du jour où quittant leur "parti" et ses élus, il voulut élargir sa conception et par une admirable souplesse d'esprit revenir à la compréhension de la latinité ? L'audace pèse sur notre temps comme une bien lourde discipline. On oublie que ce n'est plus être neuf que de l'être toujours de la même façon. La nouveauté qui réside dans le choix d'une "position" à prendre est-elle toujours aussi opportune ? L'heure actuelle ne requiert-elle pas le choix d'une méthode, plutôt que celui d'une opinion ? Dieu veuille que le critique ait du goût, et il se passera de celle-ci. Mais ne voit-on pas que celle-là s'impose ? Il n'y a pas longtemps que c'était l'art qui souffrait des limites et des cadres d'habitudes arbitraires. Il a fallu les briser. Mais, maintenant que les clefs sont sur toutes les portes, pourquoi vouloir les enfoncer ? Ce n'est plus l'art que menace l'asphyxie ; c'est sur le sauveur qu'il faut tenter les tractions rythmiques ; c'est sur la critique d'art à son tour. Voilà près d'un siècle que Delacroix écrivait à Léon Peisse : " La critique est comme bien des choses, elle se traîne sur ce qui a été dit et ne sort pas de l'ornière ". A force d'y passer, on a élargi l'ornière, sans doute ; on l'a aussi approfondie. L'étude de l'art s'est figée en cours d'évolution dans une de ses phases provisoires. Les habitudes tissent ainsi autour de nos gestes tout un réseau de prescriptions tacites auxquelles ils se soumettent et qui deviennent invisibles avec l'accoutumance. Il est devenu presque nécessaire d'opter entre deux attitudes, qui sont nées des besoins de publics différents, et devenues inconciliables et hostiles : celle de l'historien et celle du critique. Toutes deux se sont immobilisées dans une étape de leur développement qui fait figure de déformation professionnelle. L'historien d'art moderne est né avec l'esprit scientifique du xixe siècle. Faisant table rase des connaissances et des opinions tout arbitraires que lui léguait le passé, il a voulu, à la manière cartésienne, établir un réseau cohérent de notions sûres, après avoir fait le "doute provisoire". Il les a cherchées matériellement contrôlables et échappant à l'interprétation personnelle ; mais du même coup, il s'est fermé provisoirement le domaine de l'œuvre d'art proprement dite, pour relever dans les alentours ces faits précis : archives, contrats, documents, qui sont devenus sa pâture exclusive. Rien à redire à cela si, pareil à l'enchanteur Merlin, l'historien n'était resté pris dans le cercle magique qu'il avait lui-même tracé. Depuis, il entasse un "matériel" qui doit servir, mais qu'il ne pense plus à utiliser. Il en est venu à considérer cette étape, nécessaire certes, mais préliminaire, comme son but. Il reste cantonné dans la critique externe de l'œuvre d'art, alors que l'histoire littéraire est depuis longtemps passée à la critique interne. Au lieu d'étudier le passé pour présenter l'œuvre d'art, il en vient plutôt à prendre prétexte de l'œuvre d'art pour étudier le passé. Ainsi, de ce côté, carence. Du côté de la critique d'art, c'est pis. Elle s'est figée, quelques écrivains de valeur mis à part, dans une attitude encore plus périmée. Telle qu'en sa fraicheur native des temps héroïques, où il s'agissait de vigoureux coups de clairons plus que d'analyses pénétrantes, elle est restée une affirmation admirative, un commentaire lyrique, non une étude de l'œuvre. En termes interchangeables, elle exécute bien souvent une variation sur le thème de son enthousiasme, plus qu'une recherche de ses motifs. Les mêmes termes, les mêmes "analyses" se retrouvent dans la bouche de critiques d'opinion opposée, quand ils parlent de leurs dieux contradictoires. La cantate de Zadig fait de Voltaire le père de la critique moderne : > Que son mérite est extrême ! > > Que de grâces ! Que de grandeur ! > > Ah ! Combien Monseigneur > > Doit être content de lui-même ! N'est-il pas temps de rassembler les éléments épars d'une étude de l'art, examinant les particularités plastiques par où se révèle le caractère de l'artiste, examinant, en un mot, le "fait esthétique" proprement dit, et non plus ses alentours?

La Revue mensuelle "L'Amour de l'Art" publie son numéro de janvier 1931, marquant sa douzième année d'existence. Le sommaire inclut des articles sur les directives, la critique de la critique, le paysage dans l'art européen et chinois, et Gino Severini. Des sections sur l'actualité artistique, les livres et les revues complètent ce numéro.