Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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N° 12
DÉCEMBRE
1928
L'AMOUR DE L'ART
Le Salon d'Automne de 1928
(2me article)
Tout en cherchant à se renouveler, il ne se lance pas à l'aventure; il est de ceux que l'on peut suivre avec la certitude que l'on ne sera pas déçu. Mainssieux, lui aussi, se renouvelle; les paysages qu'il expose sont d'une luminosité rare. Il semble y avoir transporté les qualités qu'il manifestait, le printemps dernier, dans ses aquarelles exposées chez B. ot.
Jean de Botton s'est risqué dans un grand tableau, où se mêlent des chevaux et des figures. Sans emprunter à la fable un sujet, il a tenté de voir des personnages modernes sous l'espect héroïque. Sa toile n'est pas sans défauts, ce qui n'a rien d'étonnant, étant donné sa jeunesse et l'audace de son entreprise. Mais il est digne de remarquer, à une
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époque où tant de peintres répètent sans se lasser leur petit paysage de Saint-Tropez et leur Nu dans l'Atelier, qu'un jeune artiste se risque dans une pareille entreprise. Encourageons Jean de Botton, et souhaitons qu'il se débarrasse définitivement d'un dessin encore trop calligraphique, qu'il se méfie de sa facilité.
L'envoi de Mme Lewitska, agréable et variée, nous la montre très en forme. La Jeune fille au Jardin est une toile solide, et la Routed Orangge assemble des rapports de ton frais qui sont délicieux. Harboé a deux figures qui méritent d'être regardées, mais il nous doit mieux que cela. La Femme au châle, de Labat, a quelque chose d'un peu éparpillé, malgré son charme. Le Breton fait des progrès, et son Allée respire un sentiment très fin de la lumière. Hélène Marre a bien raison de se vouloir portraitiste, car elle possède les qualités qui sont nécessaires pour ce métier, trop dédaigné à notre époque; et son bouquet de roses blanches est de l'excellente peinture de femme. Cette réflexion n'est nullement une rosserie sournoise; quand il s'agit de peindre les fleurs ou les enfants, les femmes-peintres y révèlent souvent des qualités de finesse et de compréhension qui manquent aux hommes, et qu'elles ne partagent qu'avec les grands maîtres.
Que dire du Van Dongen? Qu'il ressemble à tous les Van Dongen. Que dire du Matisse? Que c'est un bon Matisse, sans être un Matisse exceptionnel. On retrouve dans le Cavalier persan de Georges d'Espagnat ses qualités de décorateur; mais j'aime encore mieux ses deux bou-
MAILLOL. - VÉNUS.
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GIMOND. - JEUNE FILLE.
sobriété, une sûreté de dessin et un sens de la couleur, qui ne sont pas des plus communs. Les paysages de Tristan Klingsor sont fins, délicats, sensibles. Mme Pellisson-Mallet nous montre un excellent portrait d'enfant, très supérieur à ce que l'on connaissait déjà d'elle ; et Monique Jorgensen, par coquetterie, juxtapose à une délicate aquarelle un nu truculent, d'ailleurs peint avec malice et ragout. Je n'aime guère les les paysages d'Oudot, et je regrette leur inconsistence, en considérant cette belle nature morte qu'il expose, d'une sensibilité et d'une couleur si séduisantes. Le talent si vif de Sunyer me paraît s'affadir, de même que celui de Deval ; et c'est dommage. Deshayes se disperse un peu dans des toiles trop grandes, où il dilue ses dons de coloriste délicat. Marie-Louise Siméon n'a qu'un paysage, mais, quoique un peu sec, il est bon. Heureux Monsieur B., à qui
HÉLÈNE SARDEAU. - NÈGRE CHANTEUR,
quets de fleurs, dont la matière est nourrie et plaisante. Quizet devrait bien se renouveler ; ses paysages urbains ressemblent trop à d'autres, que l'on a déjà vus. Je ne retrouve pas tout à fait, dans la grande toile de Lewino, les qualités de lumière et de sensibilité de ses œuvres habituelles ; cela sent un peu le pensum. Tozzi progresse, tandis que Welsch piétine, ainsi que Chériane. La longue figure en robe jaune de Chabaud La Tour est d'un joli mouvement, et Marcel Roche, dans une nature morte et un paysage, se révèle un observateur attentif de la lumière. Les placeurs ont bien fait d'isoler sur un panneau les deux toiles de Hogg, car elles comptent parmi les meilleures de ce salon, avec les deux de Savin, dont le talent s'affirme très nettement. Il y a, dans ce Nu au rideau et dans ce double portrait, un mélange de raffinement et de
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appartient la toile décorative de Paul Véra ! Lorsqu'il rentrera chez lui, le soir, lassé par le tumulte et l'agitation de la ville, il reposera ses yeux et son âme en contemplant ce Printemps, qui, lui, n'a pas "perdu son odeur" subtile.
Enfin, il ne faudrait pas oublier trois excellents artistes, dont les envois à ce Salon sont particulièrement dignes de remarque : Vergé-Sarrat, Sigrist, et Serrière. Tous trois sont de ceux dont la personnalité authentique n'a besoin, ni de suivre la mode, ni de se singulariser par des extravagances.
Est-ce tout? Non. Il faut signaler encore les paysages toujours si justes de Lacoste, le nu d'Auspach, où il y a des défaillances, mais qui est très peintre, le nu de Jean Berque et le paysage de Veris, la négresse d'Uzelac. Le Jar-
EDY-LEGRAND. - BAIGNEUSES.
Blot, cette Réunion de personnages nous prouve que Richard Maguet mérite d'être suivi et encouragé. N'oublions pas les dessins d'Ynglada ni les bois spirituels d'Henry Bischoff, ni la Figure debout de Bertrand Py, d'une si jolie sensibilité. Le nu couché de Madeleine Sougez est d'une couleur un peu trop exaspérée ; certaines ombres rouges paraissent plus singulières que justes, mais elle a très bien rendu le caractère de ce corps maigre et souple. Enfin Edy-Legrand justifie son ambition de n'être
PONCELET. - APRÈS LA CHASSE.
din de Brian-chon est tout frémissant de lumière et de reflets ; on y retrouve une parenté avec les meilleurs Sisley. Il est scandaleux que la toile de Richard Maguet ait été si mal placée, alors que tant d'œuvres médiocres s'étalent à la cimaise. Venant en même temps que son exposition chez
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plus considéré que comme un illustrateur. Il y a, dans son envoi, surtout dans la toile des baigneuses, de belles qualités de peintre, de l'invention, du métier.
D'autres noms méritent de ne pas être passés sous silence : Hayter, avec un curieux paysage de Saint-Tropez, Schoen, coloriste délicat, Vaudou, Appenzeller, sérieux et sobre, Schenckbecher et sa charmante Fenêtre ouverte, Rosianu, Juliette Juvin, Paul-Emile Pissarro, Favory, Déziré. Quelvée est toujours passionné de couleur, et Conrad-Kickert enrichit sa palette. Charlemagne est truculent, Bouquet consciencieux, Creixams plus espagnol que nature. Barat-Levraux et Picart-Ledoux me semblent posséder des qualités communes, ce qui ne veut nullement dire qu'ils se copient l'un l'autre ou qu'ils manquent de personnalité. Les deux toiles de Wanda Chelmonska sont amusantes, et les caricatures de Jean Cermanski des plus spirituelles.
GUÉNOT. - BUSTE DE Mlle J. D.
BARAT-LEVRAUX. - NU.
ARNOLD. - BUSTE DE Mlle A. H.
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ET. BEOTHY. - LA JEUNE FILLE.
FAVORY. - LA FEMME A LA ROSE.
BAGARRY. - BAIGNEUSES.
MARIO TOZZI. - PAYSANS.
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PAUL CÉZANNE. - NATURE MORTE.
Photo Rosemain.
M. Georges Desvallières est une personnalité si sympathique en même temps qu'un artiste si attachant, que j'ai scrupule à dire tout ce que je pense de la Section d'art religieux qu'il organise chaque année. Pourtant, je la souhaiterais pleine à craquer de chefs-d'œuvre, cette Section ! Ce n'est pas le cas, hélas... Assurément, elle contient des œuvres intéressantes : l'affiche de Desvallières pour le film de Verdun, le bas-relief de Charlier, le carton de Dufrénoy pour sa fresque de Pradines. Mais ce que je trouve insupportable, c'est l'esthétique à laquelle se soumettent la plupart des exposants : leur fausse naïveté, leur amour du puéril et du bégaiement, leur rage de "styliser". Pourquoi la plupart d'entre eux ne décollent-ils jamais les doigts de leurs personnages ? Est-ce qu'ils s'imagent que c'est plus "mystique"? J'avoue qu'entre les peintures d'Henri Brochet, la sculpture de Brècheret, le faux gothique de Fernand Py, d'une part, et de l'autre l'imagerie de Saint-Sulpice, je crois bien que je préfère Saint-Sulpice. J'aime mieux pas d'art du tout que du faux art.
Le "clou" de la sculpture, à c'est assurément la Vénus de M de ses œuvres les plus parfaite grandes qualités de Maillol est son indépendance, son dédaï l'on peut dire ou penser de Certains, devant cette œuv mesurée, regretteront peut-
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SCHENCKBECHER. - LA FENÊTRE OUVERTE.
SUNYER. - NU.
HANNAUX. - VILLAGE D'ARAGON.
BOUQUET. - PORTRAIT DU SCULPTEUR JEANNIOT.
ce que travail, si sobre, si Maille!
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de jadis, leurs déformations, leurs simplifications. Pour moi, je m'en garderai bien, parce que je suis certain que si demain, il paraît nécessaire à Maillol, dans une œuvre nouvelle, de déformer et de simplifier, il n'hésitera pas à le faire. Qu'une pareille liberté d'esprit est rare aujourd'hui, et qu'elle est précieuse!
Auprès de Maillol, il faut citer Gimond et Guénot, l'un avec sa Jeune fille, les mains sur les hanches, l'autre avec ses deux bustes, d'une forme si pure et si serrée. Androusov a des terres cuites d'une grâce nonchalante, Violet un fort beau buste de jeune femme, Neilson un buste d'homme solidement établi. Les envois d'Arnold et Wlérick les montrent tous deux en progrès; rien n'est plus satisfaisant que de voir, après des années de la- beur patient, d'authentiques talents s'épanouir. J. Ilmari expose une délicieuse Femme au bras levé, et un buste d'une noblesse rare. Morice-
ROLAND OUDOT. - NATURE MORTE.
Lipszyc abandonne les simplifications arbitraires, et se contente d'être naturel et sobre ; en quoi il a bien raison. Enfin Hélène Sardeau expose deux petits bronzes, une Femme qui fume et un Chanteur nègre, qui sont délicieux et spirituels.
Céline Le-page, qui mourut l'an dernier, était une artiste de talent, dont l'esprit inquiet ne se satisfaisait pas du médiocre. Son œuvre varié, où la sculpture pure se mêle à la sculpture décorative, où le bronze voisine avec le ciment, le plomb, et la céramique, méritait une rétrospective. Georges Grappe l'a présentée en quelques pages émues et perspicaces, dont je détache ces quelques lignes; il me semble qu'elles résument fort bien cet art complexe et séduisant : "A l'école impéri- euse du soleil souverain, ce magnifique sculpteur des choses(...) elle dut le puissant relief de sa manière, un sentiment, trop rare parmi lessculp-
W. LEVINO. - MARINE.
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MAZZEI. - BUSTE.
JANE PELISSON-MALLET. - TÊTE D'ENFANT.
IRÈNE CODREANO. - SIRÈNE.
P. HOGG. - A L'OMBRE DES PALMIERS.
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ce sculpteur de bêtes, ce portraitiste fidèle des hôtes du clapier, de la basse-cour et de la forêt.
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La rétrospective d'un artiste encore jeune est un des spectacles les plus navrants que je connaisse. On voit la courbe du talent se dessiner, puis se préciser et s'affirmer... et brusquement la voilà tranchée; l'œuvre demeure décapitée. Confusément, l'on entrevoit les belles choses que Siméon nous aurait données, de nouveaux livres, des gravures, des peintures souples, spirituelles et colorées.
Dans la brève mais substantielle notice que Raymond Escholier consacre à Siméon, dans le catalogue du Salon d'Automne, l'auteur nous rappelle avec raison la diversité des talents de Siméon. Tour à tour, il fut xylographe, aquafortiste, lithographe; il usait de l'aquarelle et peignait avec une grande sûreté d'expression. Il savait toujours dans quel sens il fallait se servir d'une technique, et ne se laissait jamais emporter par la vanité
teurs, à la fois décoratif et religieux, des rapports unissant la statuaire et l'architecture, une stylisation chaque jour, plus libre, plus haute des sujets abordés".
Ajoutons qu'un fort beau portrait d'Angel Zarraga nous restitue le visage de l'artiste disparue.
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Parmi les animaliers d'aujourd'hui Jean Pavie avait une place de choix. Ce sculpteur ingénu n'allait pas chercher ses modèles dans les jardins zoologiques; les animaux de son pays lui suffisaient. Lais-sant à d'autres l'hippopotame ou l'ours blanc, il préférait retracer le daim, le lièvre, la poule, l'oie. Les lecteurs de l'Amour de l'Art n'ont pas oublié le bel article paru en Janvier 1927, où Francis Jammes louait, avec tant de justesse, son ami Pavie. L'auteur du Roman du Lièvre, pour ne citer que cette œuvre-là, était fait pour comprendre