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7e ANNEE 1928 MAI N° 5 FRANCE .. 6 fr. ETRANGER 8 fr. AMOUR DE PART Coulon LIBRAIRIE DE FRANCE 110, Boulevard Saint-Germain, PARIS
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7e ANNEE 1928 MAI N° 5 FRANCE .. 6 fr. ETRANGER 8 fr. AMOUR DE PART Coulon LIBRAIRIE DE FRANCE 110, Boulevard Saint-Germain, PARIS
GALERIE Armand Drouant 66, Rue de Rennes, 66 - - - FLEURUS 69-56 - - - EXPOSITIONS PERMANENTES TABLEAUX MODERNES GALERIE GRANOFF TABLEAUX MODERNES 166, BOULEVARD HAUSSMANN, 166, PARIS VIII' CARNOT 35-40
L'Amour de l'Art Revue Mensuelle 7e Année France : 60 fr. Etranger : 80 fr. --- Sommaire du N° 5 (Mai 1926) Rédacteur en Chef : WALDEMAR GEORGE - James Ensor... EDMOND JALOUX. - Une Exposition de Daumier à Berlin... KARL SCHEFFLER. - La Collection Paul Jamot... LUC BENOIST. - Les Affiches d'Eric de Coulon... P.-L. DUCHARTRE. - Les Eaux-Fortes de Marc Chagall... PHILIPPE SOUPAULT. Chronique : - Au Musée du Louvre... M. MORAND-VÉREL. - Les Expositions... WALDEMAR GEORGE. - Le Mouvement des Arts Appliqués... GASTON VARENNE. - Les Ventes... CHARENSOL. --- Galerie d'Art Contemporain Tableaux Sculptures Modernes 135, Boulevard Raspail R.C.S. N° 221.497.B. Tél. FLEURUS. 69.76
LIBRAIRIE DE FRANCE 110, Boulevard St-Germain, PARIS (vi°) ANDRÉ VERA MODERNITÉS Avec quatre vignettes dessinées et gravées sur bois par PAUL VERA Il reste quelques exemplaires sur papier pur chiffon . . . . . 15 fr. DOMINIQUE 101, Paubourg Saint-Honoré, 101 TÉLÉPHONE : ÉLYSÈES 62-84 PARIS Durand-Ruel 37, Avenue de Friedland (8°) PARIS TABLEAUX MODERNES EXPOSITIONS : Du 26 Mai au 10 Juin : Tableaux de Pierre Sicard. NEW-YORK : 12 East 57th. Street J. ALLARD & Cie Les Maîtres Modernes 20, Rue des Capucines PARIS Téléphone : Central : 13-36 Adresse Télégraphique : Alno-Paris
L'ENTRÉE DU CHRIST À BRUXELLES. James Ensor Pour la première fois, je crois, les “amateurs” parisiens vont pouvoir juger un ensemble important de l’œuvre de M. James Ensor. Célèbre en Belgique et en Allemagne, il est, sinon inconnu en France, du moins mal connu, et surtout, il n’y est pas encore estimé à son exacte valeur. Il y a bien des raisons à cela, dont l’une tient au caractère solitaire et sédentaire de l’homme, l’autre, à la rare présence de ses toiles sur le marché : situation qui n’attire pas ces coalitions d’intérêts, où il faut bien reconnaître hélas ! L’origine de la renommée de bien des peintres contemporains. De plus, si James Ensor est un indépendant dans sa vie, il l’est encore plus dans son œuvre. Il y règne à peu près comme sur un royaume personnel. Il a côtoyé les impressionnistes sans se mêler à eux. Il ne les a pas cependant ignorés. Dans certaines de ses toiles, — surtout dans la période 1880-1885, — on retrouve l’influence de Manet, qui se mêle subtilement à cet esprit d’intérieur si traditionnellement flamand, visible au cours de cette période (La Musique russe, 1880, Le Salon Bourgeois, 1881). Pourtant, si par certains points, il se rapproche des impressionnistes, s’il se ressent de quelques-unes de leurs acquisitions, (et quand on parle d’eux à propos d’Ensor, il faut JAMES ENSOR CHEZ LUI AU MUR L’Entrée du Christ à Bruxelles.
L'AMOUR DE L'ART L'INTRIGUE (Musée Royal des Beaux-Arts, Anvers). nommer Manet seul : Renoir, Degas ou Cézanne ont été sans action sur lui), il en diffère par tant d'autres points qu'il faudrait parler de parallélisme ou de voisinage plutôt que d'influence. James Ensor n'a jamais eu cette extraordinaire indifférence pour l'objet qui a caractérisé les impressionnistes et les a rendus si longtemps incompréhensibles aux yeux du public : je veux dire, bien entendu, indifférence morale, et non visuelle. Une des nouveautés de l'impressionnisme sur lesquelles on a le moins insisté, c'est justement cette sorte d'apathie de l'esprit critique vis-à-vis de la chose à représenter : on me répondra à cela que le rôle en peinture de l'esprit critique consiste à étudier les ressources picturales et plastiques de ladite chose et non ce que le peintre pensait d'abord de l'homme, de la femme, ou du paysage qu'il avait sous les yeux. J'accepte volontiers cette riposte en déclarant toutefois que je fais là une simple constatation, qui ne comporte ni blâme, ni éloge. Je vois seulement que Manet n'a porté aucun jugement spirituel sur Olympia, ni sur telle femme à l'ombrelle, ni sur la grande blonde du Bar des Folies-Bergères, pas plus que Renoir sur les femmes du Balcon ou surses radieuses nudités. Cette volonté de traiter le visage ou le corps humain comme la pomme ou l'huitre est une nouveauté dans l'histoire de l'art, car, chez tous les peintres qui ont eu à créer des figures, il y a eu d'abord analyse et connaissance d'un ensemble de phénomènes d'ordre moral et physiologique, dont l'ossature, les muscles et l'épiderme ne sont que la gaine. Ce jugement préalable est chez Titien comme chez Greco, chez Rembrandt comme chez Goya. D'ailleurs Manet lui-même n'a pu complètement s'en affranchir, (il reparait, par exemple, dans le Bon Bock), ni Degas à ses débuts. Or, chez James Ensor, cet examen, voulu ou non, ou tout au moins, cette nécessité de se retrouver homme en face d'une autre personnalité humaine, cette présence de l'imagination et de l'esprit de satire se rencontrent à toutes les pages de son œuvre et donnent à ses observations un relief tout particulier. Qu'il s'agisse d'un malade, assis près de son poêle, gouailleur et usé dans sa LE DÉSESPoir DE PIERROT (Coll. Kroller, La Haye).
L'AMOUR DE L'ART barbe mal faite, ou d'un buveur à la fois hébété, heureux et agressif, d'une dame en visite, patiente et sournoise, ou du vigoureux marin qui rame de toute sa force, nous diagnostiquons la présence d'un réalisme qui s'adresse au moral autant qu'au physique, mais sans jamais rien abdiquer des principes essentiel de la peinture. Il y a là un artiste maître de sa palette et qui en joue avec une rare sûreté. — et surtout des noirs et des gris qu'il oppose en de savantes harmonies, — mais sans jamais devenir un virtuose ; un artiste d'une admirable liberté, ne devant rien qu'à soi-même, hardi, violent, subtil, et dont chaque œuvre témoigne d'un magistral équilibre. Jamais ce réaliste cependant n'a atteint plus absolument la perfection que dans certaines natures mortes, comme La raie du Musée de Bruxelles, d'une interprétation si vraie et si savoureuse, tel chou violet, ou cette table qui porte un chou encore, un verre, une pomme, des légumes, une lampe et un bougeoir. Par l'amour des choses, par ce pouvoir d'idéalisation qui naît de la conscience passionnée, avec lesquelles elles sont reproduites, par une sorte d'intimité continue avec elles, par la beauté enfin de la matière picturale, tendre, légère et dense à la fois, Ensor en arrive presque ici à nous faire penser à Chardin. Il y a cependant chez James Ensor autre chose qu'un réaliste et qu'un demi-impressionniste, qu'un observateur satirique et qu'un amoureux raffiné de la couleur, il y a aussi un créateur fantastique qui demeurera parmi les plus grands. En cela, il PIERROT ET SQUELETTES (Coll. B eekpot, Bruxelles). MASQUES DEVANT LA MORT.
L'AMOUR DE L'ART est bien flamand; il appartient à ce peuple à la fois mystique et positif, idéaliste et sensuel, poétique et terre-à-terre. Mais il faut aussi se souvenir qu'il avait un père anglais : d'où, je pense, cet âpre sarcasme qui filtre à travers ces visions, la rudesse de ce macabre, cinglant comme du gin, ce côté Swift et Rowlandson de son inspiration. Notez que James Ensor, si sombre,si peu coloré, quand il peignait ses portraits bourgeois,ses intérieurs cossus, a déployé souvent les couleurs les plus fraîches, les plus gaies, les harmonies de tons les plus jolies à l'œil,toutes les oppositions et tous les accords, pour mettre sous nos yeux d'abominables masques ou ses squelettes narquois. Il est vrai que l'une de ses toiles s'appelle Carnaval et peut-être pourrait-on croire qu'il ne s'agit partout que d'un carnaval. Mais de quel carnaval ! Celui que seul Hoffmann aurait pu réaliser et mettre au point dans la Dresde fantastique du Pot Jor ou dans la Rome visionnaire de La Princesse Brambilla, qui est aussi l'histoire d'un carnaval de cet ordre. Voici un intérieur bourgeois, honnête, tranquille ; deux femmes sont assises à une table sur laquelle est fichée une bougie, (cette bougie presque partout présente et qui réunit de son mystérieux hyéroglyphe les toiles les plus fantastiques et les toiles les plus quotidiennes), et soudain, de dessous la table, à côté du livre sur lequel sont posées les mains de la liseuse, le crâne d'un squelette amusé et curieux sort sournoisement. On s'aperçoit alors du caractère inquiétant des masques pendus à une muraille et
L'AMOUR DE L'ART d'une figure mortuaire qui flotte à l'angle d'un plafond. Il faut dire cependant que ces toiles singulières n'ont en rien le caractère des danses macabres, qu'elles soient de Holbein ou de ce Rowlandson que je citais plus haut. Chez ces artistes, la mort n'apparaît que pour arracher les vivants à leurs occupations et à leurs vanités ; elle a le caractère de la Destinée. Il n'y a rien de tel chez James Ensor ; ses squelettes ont quelque chose de farceur, ils ne viennent pas enlever les vivants, mais se mêler à eux, leur faire des niches, rire d'eux ; ils n'en sont d'ailleurs que plus terribles. Un autre, tranquille, avec un air de petit vieux frileux, endolori dans un fauteuil, s'entoure de chinoiseries. Le plus atroce, coiffé d'un vieux chapeau de femme, lamentable et répugnant, est entouré de masques hilares et bien vivants dans leur carton bariolé, dont la robuste rigolade semble railler sa déchéance. Mais ces masques sont plus tragiques encore que les têtes de mort. Au Musée de Bruxelles, on voit sur une toile une réunion inexprimable ; ce sont vraiment des masques, ni des morts, ni des vivants, et pas des fantômes non plus ; et cependant l'un d'eux a terminé ce semblant d'existence horrible et bouffonne qui tient encore les autres debout ; vidé d'on ne sait quoi, — âme ou son, — qui l'agitait, il git au pied de la bande, qui s'approche de lui avec une hilarité et un titubement d'ivrognes. Une poupée démesurée, au cou en tirebouchon, porte un bicorne orné d'une cocarde, un gros masque stupide se balance, un Pierrot s'effondre, SQUELETTES SE DISPUTANT LE CORPS D'UN PENDU. SQUELETTES JOUANT AU BILLARD (Dessin rebaussé).
L'AMOUR DE L'ART et dans un coin, la fameuse bougie fume et charbonne. Ou bien, c'est une ridicule personne à long châle, le visage dissimulé sous un masque d'oiseau à long bec, qui visite dans une pièce déserte un rebut d'objets de carnaval, instruments de musique, étoffes, plâtres blafards de Pierrots, chapeaux haut-de-forme, auxquels se mêlent la bougie symbolique et la tête de mort. Sous le titre, le Théâtre des masques, c'est une réunion méchante et moqueuse de faces de papier autour d'un visage peint comme elles, ridicule comme elles, mais qui, lui, est sans doute vivant et qui souffre. Intrigue, et c'est une débandade de bourgeois noceurs et vulgaires, mais ceux-là ayant sans doute des visages de chair derrière leurs déguisements hilares ; Carnaval, et c'est une parade foraine, peut-être tragique sous son appareil bouffon et sa clownerie apprêtée. Mais je ne sais si la plus saisissante de toutes ces mascarades n'est pas l'incompréhensible scène du musée de Bruxelles, où, sous une lampe de pétrole accrochée à une suspension de travers, dans une pièce sinistre, chambre ou auberge, un homme misérable, assis à une table, le visage protégé par un masque proéminent, en forme de gueule, qui lui fait un profil de chien de cauchemar, attend ou accueille quelqu'un qui s'est fait l'apparence d'une vieille femme fantastique, à visage de sorcière, — ou qui l'est peut-être. On a l'impression qu'il y a entre ces deux êtres un secret atroce, cela pue le crime et la peur. On a le cœur saisi et l'imagination à la fois excitée et défaillante, devant la lugubre confrontation nocturne de ces deux apparitions. Ce monde d'hallucinations que James Ensor a créé est bien à lui ; on peut évoquer à son sujet Breughel le vieux ou Hiéronymus Bosch, Martin Schongauer ou Holbein, Rowlandson, ou Goya, Rops, ou Odilon Redon, il n'est pas moins le maître d'un certain fantastique et d'une certaine terreur, qui ne rappellent en rien ceux de ces princes nocturnes. Et lorsque l'esprit hanté par ces mascarades funèbres, à la fois cocasses et tragiques, pleines de durs sarcasmes et de plaisantes inventions, on a la bonne fortune de rencontrer leur auteur, on se trouve avec surprise en face d'un élégant gentleman à belle barbe blanche, qui a l'air d'un diplomate ou d'un artiste du Second Empire, spirituel, savant, bon musicien (il a écrit la musique d'une opérette, qu'il joue lui-même, avec beaucoup de gaieté), bon écrivain (on a publié un curieux recueil de ses écrits), et qui paraîtrait fort différent de son œuvre si, tout à coup, à je ne sais quelle nostalgie de l'œil, à je ne sais quel caprice d'une phrase, on ne retrouvait l'artiste hanté. Il n'a jamais voulu quitter Ostende qu'il habite depuis sa naissance, ni la vue de cette mer du Nord si glauque, mystérieuse entre toutes. Et tandis qu'il parle, on a soudain une brusque intuition des mille rêves étranges qui ont traversé cet esprit, le long de cette mer certainement habitée par des sirènes poissonneuses et des évêques de mer, — rêves dont il est resté bien des images tragiques dans l'œuvre, magnifique, variée et toujours émouvante, de ce grand peintre, — un des plus grands d'entre les artistes vivants. EDMOND JALOUX (Photos, P. Becker. Bruxelles).
AU THÉÂTRE FRANÇAIS. Honoré Daumier (Exposition de la Galerie Matthiesen, Berlin) L'exposition des tableaux, aquarelles et dessins de Daumier, que la galerie Matthiesen préparait depuis longtemps, est un bel hommage rendu à l'un des plus grands talents français, on peut même dire européens du xixe siècle. Le Directeur de la galerie n'a ménagé ni les efforts, ni les dépenses. Il s'est assuré le concours de personnalités influentes telles que l'Ambassadeur de France à Berlin. Enfin le nouvel aménagement de sa galerie n'a pas peu contribué à mettre en valeur les toiles que lui avaient confiés musées et collectionneurs. On n'avait jamais vu jusqu'ici en Allemagne une collection aussi belle et aussi complète de tableaux et de dessins de Daumier. L'exposition comprenait plus de 70 tableaux à l'huile, parmi lesquels des œuvres aussi importantes que l'Emeute, les Emigrants, les Voleurs et l'Ane (qui appartient au Louvre), la Conversation, le Liseur, le Meunier, son filset l'âne, le Couplet chantant, etc. De plus, un grand nombre d'aquarelles et de dessins qui sont du meilleur Daumier — et quelques sculptures. Le succès a été considérable. Jamais encore on n'avait pu si bien constater le prestige que Daumier exerçait en Allemagne sur les amateurs. Son classicisme a le charme d'une actualité durable. Son œuvre nous touche comme une œuvre d'aujourd'hui. L'exposition de la galerie Matthiesen a remis également en question la valeur de Daumier en tant que peintre. On a pu se rendre compte que ce côté de son œuvre avait encore besoin d'être expliqué. Depuis le beau livre de Klossowski sur Daumier peintre les critiques n'ont pas avancé beaucoup. Une étude approfondie de ce côté de son

Cette publication de "L'Amour de l'Art" est un numéro de mai 1926, consacré en grande partie à l'œuvre de l'artiste James Ensor. L'article explore son style, le comparant aux impressionnistes tout en soulignant son originalité et son indépendance. Il aborde également son réalisme, son sens de la satire, et sa capacité à créer des visions fantastiques, le reliant à la tradition flamande tout en notant une influence anglaise dans son sarcasme.