Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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5e ANNÉE N° Spécial, hors série, servi Gratuitement aux Abonnés. NOVEMBRE 1924 --- L'AMOUR DE L'ART ART ANCIEN ART MODERNE ARCHITECTURE ARTS APPLIQUÉS FRANCE : 5 ¢ ETRANGER : 7 ¢ --- LE SALON D'AUTOMNE L'Œuvre Sculpté de Renoir La Collection Egisto Fabbri André Favory LIBRAIRIE DE FRANCE, 110 Boulevard Saint Germain, PARIS (c) 1924

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ÉDOUARD JONAS Expert près la Cour d'Appel et les Douanes Françaises --- Objets d'Art anciens Tableaux anciens Capisseries anciennes Meables anciens --- 3, Place Vendôme, 3 PARIS

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BAIGNEUSE (COLL. VOLLARD). BAIGNEUSE (COLL. VOLLARD). JEUNE BERGER (COLL. VOLLARD). L’OEuvre Sculpté de Renoir TANDIS que les sculptures de Degas ont été fréquemment exposées et ont fait l’objet de très nombreuses études, l’œuvre sculpté de Renoir est, pour ainsi dire, ignoré du public. Ambroise Vollard qui en est l’éditeur, exposa, il est vrai, à la « Triennale » de 1916, du vivant du peintre, un exemplaire en bronze de la Vénus Victorieuse. Mais l’envoi passa inaperçu. Depuis, aucun Salon n’a pris l’initiative de présenter la sculpture de Renoir. Tout au contraire cette sculpture a connu, depuis la mort du maître, de nombreux déboires. Vollard rapporte, dans son livre sur Renoir, l’entretien suivant qu’il eut avec le patriarche de Cagnes l’année de la mort du peintre (1919). « Renoir me dit: Vollard, la Triennale organise une Exposition pour l’Amérique; ils me demandent quelque chose. Ces pauvres gens m’ont nommé leur président d’honneur. Voulez-vous vous charger de leur porter ma statue de Vénus? « Lorsque j’arrivais au grand Palais: « Ces messieurs sont en train de juger la sculpture, me dit un gardien. « J’entrai dans une salle, où derrière un bureau étaient assises trois personnes. Sur une balance à côté on pesait des bronzes. « Vingt-cinq kilogs. « Accepté. « Trente kilogs. « A réviser. « Quarante kilogs. « Refusé. « Combien pèse le Renoir, demandent les trois juges ensemble. « Je crois dans les cent soixante-quinze kilogs. « Cent soixante-quinze kilogs pour le transport en Amérique d’une seule statue: se récrie un des examinateurs, mais c’est cinq ou six camarades qui seraient sacrifiés avec la limite de poids que nous ne devons pas dépasser. « Comme je m’en allais, le Président du Jury: Eh bien, voyez, je prends sur moi

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L'AMOUR DE L'ART « défaire une injustice. Nous irons pour Monsieur Renoir jusqu'à soixante-quinze kilos. Et levant l'index : Surtout, n'allez pas le répéter. Nous venons encore de recalier un soixante-dix kilos d'un membre de l'Institut ». Les rares données dont je dispose sur la méthode de travail de Renoir, sculpteur, m'ont été fournies par Ambroise Vollard et par Marcel Gimond, un jeune artiste de grand talent qui fit un buste de Renoir l'année même de la mort du peintre. Renoir avait toujours songé à la sculpture, mais il n'a exécutés ses statues importantes qu'à la fin de sa vie, entre 1915 et 1919. Son œuvre se compose de 10 à 12 statues, bustes, bas-reliefs, médaillons. A côté de la Vénus Victorieuse, il faut citer une variante de la même figure, soigneusement revisées par l'auteur, une Baigneuse accroupie, grandeur nature, un torse de Paris, un Berger assis dont le thème constructif rappelle de loin celui de Tireur d'Epines, le haut-relief du Jugement de Paris, (on sait que ce sujet fut traité également par Renoir en peinture) un petit médaillon en terre cuite d'après son fils Coco, qui est l'œuvre sculptée de Renoir la plus ancienne en date, et les grands médaillons d'après Corot, Auguste Rodin, Ingres, Delacroix, Cézanne, Claude Monet. Lorsqu'il aborda la sculpture, le patriarche de Cagnes était presque impotent. Perclus de rhumatismes, il peignait assis dans son fauteuil, les pinceaux glissés entre ses doigts, déformés et tordus. C'est dire que que le travail de la terre glaise lui était difficile. Après avoir fait de nombreux dessins en vue d'une statue, il dictait les volumes une baguette à la main, à son praticien, le sculpteur Guino. On a reproché à Renoir cette méthode de travail. On a insinué que la part du praticien était prépondérante dans l'élaboration de ses statues. Le préjugé du travail manuel si profondément enraciné dans l'esprit de nos contemporains, leur fait oublier que ni les temples sculptés de l'Inde, ni les sphynx égyptiens, ni les portails des cathédrales gothiques ne sont le produit manuel des maîtres de l'œuvre, qui en traçaient les plans. Parmi les vitraux de la cathédrale de Chartres, il en existe un, offert par la maîtrise des sculpteurs sur pierre. Il représente le maître de l'œuvre, la tête couronnée de lauriers, dirigeant le labueur de quelques ouvriers qui taillent une statue étendue par terre. Cet exemple, emprunté au passé, prouve une fois de plus que Renoir suivait la tradition. Il affirma d'ailleurs que sa méthode lui semblait la meilleure, car elle lui permettait de garder toujours une vue claire de l'ensemble. Il lui arriva d'avouer que, même en possession de ses moyens physiques, il n'eut pas hésité à recourir à un intermédiaire. Les œuvres personnelles de Guino témoignent, du reste combien le travail de Renoir reste entier. Les sculptures que cet artiste expose sous son nom ne PARIS (COLL. VOLLARD).

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L'AMOUR DE L'ART AUGUSTE RODIN (COLL. VOLLARD). EUGÈNE DELACROIX (COLL. VOLLARD). DOMINIQUE INGRES (COLL. VOLLARD). CAMILLE COROT (COLL. VOLLARD). PAUL CÉZANNE (COLL. VOLLARD). CLAUDE MONET. (COLL VOLLARD).

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L'AMOUR DE L'ART présentent aucune analogie avec celles qu'il a exécutées sous la haute direction de Renoir. Abordons à présent l'étude des sculptures de Renoir. La Vénus Victorieuse est une figure frontale légèrement hanchée. Elle tient une draperie flottante dans la main gauche, une pomme dans la main droite. Sa jambe gauche est repliée en arrière pour faire contre-poids au bras droit qui s'avance. Cette femme aux formes massives semble pourtant élancée. Pour accuser l'impression de verticalité qu'il désirait atteindre, Renoir amplifia le bassin et les hanches. Le peintre médita longuement sa Vénus Victrix. Il était mécontent de son œuvre. Loin de lui procurer cette sensation d'harmonie parfaite qu'il désirait atteindre, elle semblait incomplète. Puis, un jour, Renoir fit remonter les seins de la statue de quelques centimètres et l'œuvre lui parut pleinement satisfaisante. Ces seins assez hauts, et petits par rapport aux formes corporelles émanent du torse comme deux fruits fermes et mûrs. Les épaules d'un galbe pur, rendues asymétriques par la position des bras, sont tombantes et rondes. Le cou nu, pareil à un fût de colonne est couronné par une tête minuscule, à la fois animale et divine. Vollard a édité en bronze et en terre cuite quelques exemplaires de la tête de Vénus, à la bouche lippue, au front bas (que pare une belle chevelure, encadrant tout le haut du visage), aux yeux morts, traités comme les yeux des anciens et mis en valeur avec la volonté de leur conférer un caractère plastique. Le cartilage aplati du nez en accentue la forme. Vue de dos, la Vénus présente au spectateur une masse dense d'une belle et noble architecture. Vue de côté, elle offre à nos regards une richesse singulière de profils, succession de courbes d'un rythme onduleux. Renoir a su recréer tous les rapports de dimensions. Il nous importe peu de savoir si sa statue est conforme à certains canons anatomiques. Ici, bras, jambes, tête sont devenus des motifs constructifs que l'artiste emploie à sa guise. Tout en observant dans leurs grandes lignes, leurs relations normales, il éprouve le besoin de les harmoniser. La Baigneuse accroupie, dont il existe une petite variante, est un corps ramassé sur lui-même. Seuls les bras tendus et les mains tordant un linge imprégné d'eau, brisent le bloc compact dans lequel est inscrite cette statue aux formes plantureuses et lourdes. Ces formes découlent les unes des autres. Les lignes des cuisines, des jambes, des bras et des épaules évoquent les profils des vieux vases. La sculpture de Renoir est caractérisée par ce sens du rythme et de la belle mesure que possédaient les statuaires hellènes. La nature lui fournit des données. Mais il procède en poète plasticien qui soumet la matière à une notion personnelle du style. Le Jeune Berger fait pendant à la variante de la Baigneuse accroupie. Ses formes sont plus fines, plus viriles, d'une ligne plus souple, et plus BAIGNEUSE ACCROUPIE (COLL. VOLLARD).

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LE JUGEMENT DE PARIS (COLL. VOLLARD).

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L'AMOUR DE L'ART énergique que celles de la statuette fémini- me. Sa tunique flottante prolonge dans l'espace le mouvement du corps. On remarquera le dessin précis et net des bras bien dégagés. Le Paris, une figure à mi-corps, semble conçue comme une statue de niche. Elle cadrerait fort bien avec l'architecture d'un bâtisseur français du siècle de Louis XIV. Elle en a la cadence, la prestigieuse allure, la ligne décorative et l'amplification de certains détails qui conviennent parfaitement à ce genre de travaux. Silesmédailons, d'après Corot, Wagner, Ingres, etc., sont de simples bas-reliefs qu'encadrent des couronnes de lauriers, le Jugement de Paris est un haut-relief d'une grande hardiesse de conception. Et parlant dans son livre remarquable La Vie et l'Œuvre de Renoir, du tableau des Baigneuses (1885), qui fait partie de la collection Blanche, le critique allemand Meier Graefe a comparé cette œuvre au fameux relief de Girardon qui orne la fontaine de l'Allée des Marmousets dans le Parc du Château de Versailles. En effet, la configuration du tableau de Renoir rappelle la fontaine versaillaise. Le Doc.eur Meier Graefe fait d'ailleurs remonter plus loin encore les sources d'inspiration du peintre. Les toiles et les dessins de la période qualifiée « d'Ingriste » font penser à Jean Goujon et aux œuvres anonymes de l'Ecole de Fontainebleau qui fut, en quelque sorte le point de jonction du génie italien et du génie français, sous le règne de François Ier. Rien ne justifierait un semblable rapprochement dans le Jugement de Paris. C'est à peine si la frêle figure de la troisième jeune femme (de droite à gauche) peut évoquer le souvenir de certaines Baigneuses de Girardon. Tant par son agencement que par sa composition Le Jugement de Paris est une œuvre originale. Quel sculpteur moderne, si savant fut-il, oserait aborder un problème d'une telle difficulté? Renoir a introduit dans son relief la notion de l'espace. Il semble avoir rejoint ainsi la tradition des sculpteurs renaissants, de Benvenuto Cellini et d'Algardi. Son Mercure ne fait-il pas songer au Persée du bas-relief, Persée et Andromède, de l'artiste florentin? Traitées en ronde bosse, en bas-relief ou bien, en haut-relief, les figures du Jugement de Paris sont toutes reliées entre elles par le LA VÉNUS VICTORIEUSE (COLL. VOLLARD).

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L'AMOUR DE L'ART fil secret d'une pensée rythmique. Leurs gestes nous apparaissent comme des rappels et comme des rimes plastiques. Les courbes des épaules, les mouvements des têtes presque toujours semblables, les gestes harmonieux des bras pareils à des anses d'amphore, les angles des jambes, les plans convexes des ventres, les hémisphères des seins, tout ce répertoire de formes simples et puissantes dans leur simplicité, assure à l'œuvre de Renoir un équilibre naturel et comme élémentaire. Voyez plutôt le bras gauche de Paris qui se continue dans l'épaule du jeune homme dans son bras droit, dans sa main et dans le bras droit de la figure centrale. Cette ligne ininterrompue de bras tendus ou repliés traverse toute la composition. On remarquera la figure de droite, dont la tête est détachée du fond et qui forme presque la répétition, vue de profil, de la LA VENUS VICTORIEUSE (COLL. VOLLARD). LA VENUS VICTORIEUSE (COLL. VOLLARD).

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L'AMOUR DE L'ART PROJET DE PENDULE (COLL. VOLLARD) figure centrale. On remarquera aussi la tête coiffée du bonnet phrygien, du Paris agenouillé. Mais une description si nette, si détaillée soit-elle, peut-elle communiquer l'impression de plénitude, de charme, de grande maturité et aussi d'abondance, qui émane du relief de Renoir? Le vieux peintre résuma dans cette œuvre toute sa science et toute son expérience acquises au cours de longues années d'un travail assidu. A présent que nous avons décrit la plupart des sculptures isolées de Renoir, nous devrons essayer de faire ressortir les caractéristiques de l'ensemble de son œuvre de sculpteur. Renoir descend en ligne droite des Grecs du v° siècle. Mais ce classique n'est pas un pasticheur ou un archaïsant. Et puis, il a regardé les statues de Coyzevox et de Bouchardon. Il s'est imprégné de l'esprit qui habite ces sculptures si françaises. Les maîtres lui enseignèrent l'art de traiter la forme. PROJET DE PENDULE (COLL. VOLLARD) La notion de la forme, il la portait en lui. Renoir statuaire n'a fait que continuer l'œuvre du peintre Renoir. Toutefois, contrairement à la plupart des peintres, qui firent œuvre de sculpteurs, il n'emprunta jamais à la peinture ses moyens d'expression. La lumière éclaire régulièrement ses statues si sereines. Elle en anime les plans et les volumes. Renoir ignore ces ombres grises, ces graduations trop subtiles de valeurs, ces jeux de clair obscur, ces contours qui s'estompent et se dissolvent dans l'air, auxquels se complaisait Rodin. Les masses lisses et franchement réparties affrontent la lumière qui les modèle et qui les vivifie. Renoir n'a que faire des effets de contre-jour. Ce peintre improvisé sculpteur restitue à la grande statuaire ses vertus spécifiques. Le créateur des formes égale le coloriste. WALDEMAR GEORGE (Photos Librairie de France)

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Une grande collection de Cézanne en Italie La Collection Egisto Fabbri De tous les grands peintres français, Cézanne est l'un des seuls qui n'ait pas été chercher son inspiration et ses leçons en Italie et c'est pourtant à Florence qu'il existe l'une des plus importantes et des plus parfaites réunions de ses œuvres. Cet ensemble appartient à M.Egisto Fabbriqui, en acquérant peu à peu une trentaine de toiles de ce maître, n'a certes jamais songé à lui donner le titre pompeux de "collection". Celui-ci pourtant donne l'idée la plus complète de l'évolution du talent du Maître d'Aix, peut-être même parce qu'elle n'a jamais été conçue à la manière du "Démocède" de La Bruyère, ni pour satisfaire à la mode, ni par le seul amour si répandu de la possession, ni par esprit de lucre, mais simplement parce que l'heureux propriétaire de ces tableaux est un peintre et qu'il a voulu connaître tous les secrets d'un métier qu'il admire profondément. Aussi cette "collection Fabbri" a-t-elle l'immense privilège de présenter avec goût deux qualités bien rares, un choix excellent de toutes les manières de Cézanne et l'histoire complète de son œuvre. Un artiste seul pouvait s'intéresser aussi scrupuleusement aux procédés qu'em-ployait son maître favori à traduire sur la toile l'impression qu'il recevait en face du "motif", aux secrets de sa palette, à la succession nette des couleurs dans chaque plan, à la qualité des ombres, au vert des feuillages et des pâturages ainsi qu'aux tons et aux