Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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5e ANNÉE N° 12. DÉCEMBRE 1924 --- L'AMOUR DE L'ART ART ANCIEN ART MODERNE ARCHITECTURE ARTS APPLIQUÉS FRANCE : 5 Fr. ETRANGER : 7 Fr. --- L'Exposition Van Gogh Les Collections Sauphar Les Ensembles de Pierre Legrain LIBRAIRIE DE FRANCE, 110, Boulevard Saint-Germain, PARIS (6) 1924

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ÉDOUARD JONAS Expert près la Cour d'Appel et les Douanes Françaises --- Objets d'Art anciens - Câbleaux anciens Capisseries anciennes - Meables anciens "Que le cœur d'un amant est sujet à changer" par Nicolas Lancret. 3, Place Vendôme, 3 PARIS

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L'Amour de l'Art REVUE MENSUELLE 5e ANNÉE SOMMAIRE DU N° 12 (Décembre 1924) Rédacteur en Chef : WALDEMAR GEORGE - Souvenirs sur Van Gogh ...

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Le Batik Français et Madame Pangon 64, Rue La Boëtie - PARIS Téléphone : Élysées 52-05 Tous Tissus Décorés à la main pour la Robe et l'Ameublement LE PORTIQUE 99, Boulevard Raspail (VIe) met à votre disposition un abonnement de lecture aux ouvrages d'art un service d'échange des livres à domicile une salle de lecture et de travail un fonds de bibliothèque incomparable UNE LIBRAIRIE où vous serez accueilli et renseigné par un personnel d'élite. LE PORTIQUE expose en permanence Peintures, Estampes Dessins, Gravures dans une des plus belles salles de Paris 99, Boulevard Raspail (VIe) Téléph. : Fleurus 51-10 R.C. Seine 166.423 Remise de 10 % sur le prix des abonnements de lecture aux abonnés de l'Amour de l'Art.

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PAYSAGE AVEC NUAGES. Souvenirs sur Van Gogh L'annonce d'une exposition prochaine d'œuvres de Vincent Van Gogh, appartenant à la collection de Madame Théodore Van Gogh, belle-sœur du peintre, n'est pas sans ranimer en moi de nombreux souvenirs. Ces toiles, de différentes époques, éveillent tour à tour la vision de sa vie dans tel ou tel endroit, son exubérante silhouette, ses discussions d'art, ses lettres et sa fin tragique... Et c'est d'abord ma jeunesse qui se repeint à mes yeux, ma connaissance de Vincent chez le père Tanguy, alors qu'il était encore étudiant à l'atelier libre de Cormon, au 104 du Boulevard de Clichy ; la visite que je fis chez son frère, 54, rue Lepic, dans un appartement au 4e, décoré de nombreux Monticelli que Van Gogh trouvait « beaux comme des barbottines, » de dessins de Manet, de peintures de Guillaumin, de noirâtres toiles qu'il avait rapportées de la Hollande, sabrées magistralement, dans une boue brune et bitumineuse. Déjà, il se préoccupait de « changer sa palette » ; et, sur les conseils de Signac, s'essayait à un divisionnisme libre, où il introduisait des gris. Puis c'est son amitié avec Anquetin, Lautrec, moi, un nommé Koning, aujourd'hui disparu, et son idée de créer le groupe du « petit Boulevard » ou « Boulevard extérieur », alors que les impressionnistes, Degas et Monet en tête, sont présentés par son frère Théodore, attaché par lui à la « nouvelle école », chez Goupil, sur le « Grand Boulevard ». Il a imaginé d'inaugurer le groupement du « petit boulevard » par une exhibition toute sociale, dans un restaurant populaire de l'avenue de Clichy, dont il est l'habitué : « Il faut répandre l'art dans le petit peuple, m'explique-t-il, on le néglige trop ; on le tient dans l'ignorance ; ne lui offrant que de vils chômôs ; l'impressionnisme, par sa gaieté, doit le délasser de ses travaux, lui faire oublier sa misère dans un spectacle d'enchantement ! » Et Van Gogh, toujours apôtre, d'accrocher l'exposition lui-même, dans l'immense salle, dont les murs vides désespéraient le propriétaire. Environ cent toiles ont été charriées dans une voiture à bras et offertes en spectacle aux pauvres diables de l'endroit. Je crains qu'ils n'en aient point goûté le délassement. Les abstractions Japonaises d'Anquetin, les types de la prostitution de Lautrec, les natures mortes violentes et les visages enflammés de Vincent, mes synthèses géométriques, les pommes jaune de chrome et vermillon de Koning, empâtées à outrance, tout cela ne nous concilia pas le « petit peuple » qui donna plus d'attention au « plat du jour » qu'à ce ragout de délectations picturales. Sur quelques observations du patron de l'endroit, Van Gogh déménagea tout à coup l'exposition chez lui, outré des observations plus ou moins blessantes de la clientèle. En somme la manifestation du « petit boulevard » ne porta pas, et ce ne furent que les quelques artistes, amis de Vincent, qui la regardèrent véritablement. Ce groupe auquel il voulait rattacher Seurat et Signac, ne devait pas vivre ; son existence se borna donc à cette unique présentation, qui d'ailleurs avait été de toutes pièces une tentative de Van Gogh seul.

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L'AMOUR DE L'ART La philanthropie artistique poursuivait toujours notre ami : aussi, loin de se sentir rebuté par cet échec, tenta-t-il cette fois d'envahir un nouvel établissement. Sur le Boulevard Rochechouart, au lieu même où se trouve aujourd'hui le « Café des Quat'Z'Arts », une Romaine des plus belles qui avait connu nos peintres à la Villa Médicis et qui avait beaucoup posé pour le père Corot à Paris, avait ouvert un restaurant pour artistes, qu'elle avait baptisé le « Tambourin », parce qu'on y voyait, selon la mode d'alors, signés des noms les plus officiels, les tambourins de ses nombreux admirateurs. Lutter sur le terrain même de la peinture la plus reconnue et adorée sans conteste par la dame du lieu, parut à Van Gogh une œuvre digne de sa sollicitude. Outre qu'il était tombé amoureux de la patronne, il lui semblait assez plaisant d'envahir l'endroit, maculé de productions inférieures, de son intransigeance passionnée. Il fréquenta donc assidûment le Tambourin, puis il courtisa la belle Romaine, lui offrant, au lieu de fleurs naturelles qui se fanent, des fleurs peintes qui durent éternellement. Sa galanterie et sa clientèle furent agréées ; mais ses toiles n'étant pas accrochées, il en exigea l'exhibition ; ce qui fut fait en raison des affaires qui s'accomplissaient par lui dans la maison. En effet, non content d'y venir seul, il avait amené Lautrec, Anquetin et d'autres, leur persuadant qu'il y avait de l'avenir dans cet endroit, où la beauté de la Dame et les fleurs peintes par lui créaient une séduisante jeunesse. Lautrec y fit même au pastel le beau portrait de Vincent que garde encore Madame Théodore Van Gogh. A force d'offrir chaque jour à la dame de son cœur une toile de fleurs, il se trouva que Van Gogh avait peu à peu envahi le Tambourin ; et c'était parmi un véritable jardin artificiel que se prélassait la belle Romaine. Mais cela ne faisait pas aller le commerce, hélas ! Et bientôt tout fut saisi et vendu à la porte, y compris les nombreuses toiles florales qui, liées par tas de dix, furent adjugées de cinquante centimes à un franc le paquet. C'était donc définitivement la fin du « petit boulevard ». Fatigué de vaines luttes, Vincent n'avait plus d'autre ressource, pour se débarrasser des nombreuses études qu'il faisait chaque jour, que de les porter à des vendeurs ; ce qui permit aux admirateurs ou spéculateurs du premier instant d'en recueillir beaucoup, entre cinq et dix francs, dans les casiers de "toiles à repeindre". Il avait bien confié à son frère Théodore une ou deux peintures jugées des plus réussies, pour tenter de les montrer au boulevard Montmartre ; mais devant les réclamations des clients timides des premiers impressionnistes et les craintes qu'avaient ceux-ci eux-mêmes de voir leur arrivée compromise par des extravagances, son frère Théo cacha avec soin, dans l'arrière magasin, ces études compromettantes, résolu à ne les sortir que lorsque le moment serait propice. Tout allait donc au plus mal pour le travail de Vincent ; aussi, découragé de Paris, prit-il la résolution de changer de place. Le midi le tourmentait beaucoup, un nouveau projet se présentait à lui. La fréquentation continuelle des dessins et crépons japonais, dont il avait pu se procurer presque pour rien tout un ballot, lui avait mis en tête que le véritable climat pour la renaissance picturale ne pouvait être que celui du soleil. La couleur selon lui était là, non ailleurs ; et il fallait aller la chercher en Afrique. En attendant de fonder l'atelier africain, Van Gogh se contenta du Midi, d'Arles en Provence. L'arrivée à Arles me fut contée par une lettre. Son enthousiasme fut grand devant ces eaux "bleues comme celles des crépons". Lui, homme du Nord, dans cette Provence brûlée, se croyait transporté sous les tropiques. Aussi alluma-t-il de couleurs enflammées ses toiles jusque là trempées dans l'atmosphère unie de Paris... Installé et exalté par le climat, Vincent voulait du nouveau dans l'art ; son idée de fonder l'atelier du Midi grandissait au fur et à mesure qu'il s'exaltait lui-même ; devint un plan qu'il étendait sur tous ses amis. C'est ainsi qu'il entendit que, Gauguin partant le premier, Charles Laval, élève et ami de Gauguin, Moret alors du groupe de Pont-Aven avec Chamaillard et moi, allions pour le rejoindre à Arles. Gauguin, poussé par l'extrême gêne qui le poursuivait, accepta, après de longues réflexions sur l'aliénation de son indépendance, et se mit en route. Dans son dévouement à son ami, Vincent ne songeait qu'à se priver pour le pouvoir de ce dont il manquait. Il avait pour ce dernier une admiration très grande, prête au sacrifice. Gauguin partit, nous laissant à Pont-Aven, avec la promesse que nous irions le rejoindre, au moins moi, qui étais alors LE PETIT DU FACTEUR.

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L'AMOUR DE L'ART L'ITALIENNE.

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L'AMOUR DE L'ART fort lié avec lui et ami de Van Gogh. Je ne pus pas remplir cette espérance, ma famille s'y opposant, et je restai à Paris. Gauguin ne tarda pas à revenir. Dans les lettres qu'il m'écrivait, il se plaignait de la divergence d'idées qui régnait entre lui et Vincent : «Je réponds toujours : "brigadier vous avez raison," pour éviter les longues discussions," me disait-il. Bientôt je le retrouvai chez Emile Schuffenecker, qui l'hébergeait généreusement. Un drame avait eu lieu à Arles : Van Gogh dans un accès de délire s'était mutilé, ce qui avait fait croire à un crime. Gauguin avait prudemment regagné Paris, tandis que l'on transportait à l'hôpital le blessé volontaire. Suivirent des mois d'internement. M. Gustave Coquiot, pèlerin des lieux hantés par Vincent, a parlé avec émotion du séjour du pauvre ami, privé par instants de sa raison, dans la Maison de San Rémy. Désormais c'en était fait, "l'atelier du Midi", comme le "Groupe du Petit Boulevard", devait sombrer à jamais. J'en sus la triste fin quand Gauguin me raconta ce qui s'était passé, et quand le frère Théo, que j'allais voir journallement chez Goupil, pour avoir des nouvelles, me dit d'un air désespéré : "Aujourd'hui encore le docteur m'écrit des choses terribles !" et devant mes doutes : "Mais le génie ressemble à la folie; n'est-il pas souvent même traité ainsi par le vulgaire!:" Ab, c'est bien la folie, »bélas !, me dit-il; ce matin, Vincent est allé se débarbouiller dans la boîte à charbon! Lisez plutôt ! » Il me tendit la lettre. Le doute n'était plus possible. Pourtant Vincent alla mieux : à travers les ténèbres de son délire il aperçut un rayon d'espérance. La raison revenait, l'équilibre dérangé se rétablissait. Il en arriva même à écrire longuement et à discourir sur son état. Il fallait du calme, du repos; il avait trop surexcité ses facultés, exaspéré son intelligence, ses nerfs, ses sens. D'ailleurs, captif heureux, il ne s'occupait que de peinture. Les malades, les médecins, les arbres du parc, le bassin où dormait l'eau dans la cour, les petites montagnes qu'il voyait au loin, tout lui était modèle ; et parfois aussi il copiait des gravures, des reproductions de tableaux aimés : Rembrandt, Delacroix, Millet, Doré... Une accalmie se dessina, peu à peu il fut délivré de l'hallucination, ses liens tombèrent; on le laissa sortir de la maison de santé, vers les champs, vers les collines. L'exaspération qui l'avait frappé persistait encore dans ces toiles où ses facultés imaginatives reprenaient essor; on en peut noter l'excessive harmonie dans un dessin agité, qui est le dernier écho des crises mentales. Néanmoins, logiques et réelles, elles sont lucides et comme une assertion de son retour au monde. Théodore Van Gogh n'avait qu'un désir, c'était d'avoir Vincent dans un lieu proche; aussi, quand il fut tout à fait rassuré sur sa santé, l'établit-il à Auvers-sur-Oise, où Docteur Gachet était chargé de pourvoir aux soins qu'il pouvait réclamer. Le Docteur Gachet était un médecin peintre, un ancien ami de Pissarro, de Cézanne, d'Amand Gautier, un "avancé" dans l'art comme dans la science. Van Gogh se plut beaucoup à Auvers, grâce à lui. L'amitié qui le lia au Docteur se manifesta par plusieurs portraits que grava à l'eau-forte le modèle émerveillé. Tout faisait présager d'heureux jours, puisque désormais le calme était revenu, que Vincent travaillait du matin au soir, plein d'enthousiasme, lorsque, tout à coup, j'appri sa mort. Les causes qui la déterminèrent demeurent inconnues, mais on peut les mettre sur le souci qu'il s'était créé en songeant aux frais énormes que coûtait à son frère sa maladie. Las d'une lutte qui ne lui valait ni l'assentiment des peintres, ni le pain quotidien, ni la félicité d'esprit, il songea peut-être que le seul repos pour lui serait dans l'éternel sommeil. C'est pourquoi, d'un coup de revolver, il alla derrière le château d'Auvers, se "déshabiller de la vie". Le coup que s'était donné Vincent avait mal porté, au lieu d'atteindre le cœur, la balle avait glissé sur une côte et était allée se perdre dans le ventre. Rentré très tard, ce jour là, chez le traiteur où il habitait, Vincent, laissant son souper, se rendit, boutonné du haut en bas pour cacher le sang qu'il perdait, dans sa chambre à coucher et s'y enferma. Inquiet de ne pas le PIÉTA. (D'après Delacroix).

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L'AMOUR DE L'ART RÉSURRECTION DE LAZARE. (D'après Rembrandt.) PONT-LEVIS À ARLES. Vincent

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L'AMOUR DE L'ART ARBRE EN FLEURS. voir redescendre, son hôte heurta à sa porte et ne reçut point de réponse; il s'enhardit jusqu'à entrer, et trouva l'artiste couché, la face au mur. Il ne répondit pas d'abord aux invites de l'hôtelier le pressant de ne pas laisser se refroidir son repas; puis, impatienté sans doute, il se retourna vers lui, tout d'une pièce, et ouvrant sa veste, jusqu'alors boutonnée, il lui cria: «Voilà; j'ai voulu me tuer et je me suis raté!». Effrayé, le traiteur descendit, appela sa femme; puis on courut chez le Docteur Gachet, on télégraphia à son frère et prévint la gendarmerie. Le médecin visita le blessé, et constata que l'extraction de la balle était impossible, elle aurait hâté la mort; Théodore Van Gogh eut le temps d'arriver. Il trouva Vincent calme, fumant sa pipe. Ils s'embrassèrent. Théo pleurait: «Ne pleure pas», dit Van Gogh, je l'ai fait pour le bien de tous. J'en ai encore pour cinq jours». Et il se mit à parler d'autre chose. Je me souviens de l'arrivée chez moi de cette lettre de mort dont je ne pouvais deviner la provenance, que j'ouvris, et où je lus le nom de Vincent. J'en fus terrassé. Je courus chez Charles Laval, lui demandant de m'accompagner à Auvers. La lettre ne disait rien, c'était un bref faire-part. Comme nous étions dans le train et que je parlais à mon compagnon de la surprise d'une mort si subite, il dit: «Il se sera sans doute tué.» Je n'en prévoyais pas les raisons et j'en doutais; mais, étant arrivé à Auvers, je demandai à un employé la maison du traiteur où habitait Vincent et où devaient avoir lieu les funérailles. «Vous venez sans doute pour ce Monsieur qui s'est suicidé?», questionna-t-il. Dès lors, je ne doutai plus que Laval eut deviné la vérité. L'enterrement se fit avec une tristesse que je n'oublierai jamais. Devant ce cercueil couvert d'un drap noir, disposé dans une salle d'auberge, je sentais tomber sur moi tous les découragements, toutes les désillusions. C'était donc ainsi que devaient finir les meilleures bonnes volontés! J'eus honte qu'un artiste s'en allât de cette façon; je dis à son frère: «Il faut mettre les toiles de Van Gogh sur les murs», et je les clouai, aidé de ses amis, autour de la salle. Le temps a passé; mais Van Gogh n'a pas disparu. Il laissait derrière lui assez de travaux pour qu'on s'en souvint. Malgré qu'il n'eut que 37 ans, le nombre des œuvres accomplies par lui est considérable. Sa fougue inlassable l'entraînait à ne jamais se reposer. Avec l'appui de Paul Fort, je commençai, en 1890, à publier au "Mercure" des extraits de ses lettres à moi, puis j'organisai sa première exposition chez Le Barc de Boutteville. Plus tard je continuai, dans la même revue, la publication des extraits de ses lettres à son frère. Cela éveilla l'attention sur la nature de son esprit. On apprécia l'éclat de son imagination, sa logique, ses combinaisons artistiques, qui aidèrent à faire apprécier sa peinture. Madame Théodore Van Gogh qui avait eu la douleur LIERRE.

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L'AMOUR DE L'ART de perdre son mari peu après le grand drame d'Auvers, s'employa entièrement à la mémoire de Vincent. Elle organisa des expositions à Paris, en Hollande, et vécut dans la dévotion de son œuvre. Elle a publié à Amsterdam, en trois volumes, les lettres à son frère; partie en français, partie en hollandais; alors que j'éditais intégralement, chez Vollard, celles que je tenais de lui. Aujourd'hui celui qui ne trouvait pas un acheteur en 1890 et qui se suicidait de désespoir à Auvers, est glorifié comme un peintre très original, un des annonciateurs des nombreuses formules d'art qui ont, tour à tour, séduit le monde et vaincu tous les scrupules. En réalité, en se tuant, Van Gogh parvenait à la vie. La première palette de Vincent Van Gogh n'est guère différente de celle qui était en usage en Hollande lorsqu'il commença ses essais. Israëls et Mauve en donnaient le ton, et il semblait alors que ces deux petits peintres dûssent être considérés comme des oracles. Ils se réclamaient l'un de Rembrandt, l'autre de Potter et de Ruysdaël. On voit aujourd'hui ce qu'il y a de faux dans leurs mutuelles prétentions. A cette époque Vincent n'employait guère que des bruns et des noirs plus ou moins juteux, qu'il avait la hardiesse de sabrer avec impatience, et qui donnent aux boueuses toiles de ses débuts un accent très personnel. Le dessin déjà cerné et volontaire a ces angles de gravure sur bois qu'il ne fera qu'accuser davantage, plus tard, dans les violences de son coloris. En vérité ces premières études, faites la plupart dans des intérieurs sombres, soit à la lumière rare du jour, soit à celle des lampes, participent plus du clair-obscur que de la couleur: elles sont de vraie tradition nordique, autant par leur aspect brutal que par leur vigueur d'empâtement et d'effet. Le séjour que Van Gogh fit en Belgique ensuite lui donna l'amour de certains gris fins, que son arrivée à Paris nous trahit dans ses études de Montmartre. Un éclaircissement léger, un attendrissement sentimental, impressionne alors sa technique et, sans lui retirer la hardiesse de la touche, la brutalité franche du faire, la dote de saveur et de clarté. Cette lumière, encore diffuse, et qui semble comme le départ d'un hiver au sortir des contrées de nuit et de brumes, s'éveille bientôt comme une naissante aurore, dans les vues déjà joyeusement aimables d'Asnières, de la Grande-Jatte et des bords de la Seine. Van Gogh prélude aux symphonies de sa palette future et essaie ses instruments. La rencontre de Signac, celle de Pissarro lui ont donné le désir d'étudier le «divisionnisme» et la production des effets solaires. Tout à coup, aux toiles grises succèdent des études «pointillées», où les complé- CARAFE ET CITRONS. CRABE.