Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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5e ANNÉE
N° 3. MARS 1924
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L'AMOUR DE L'ART
ART ANCIEN
ART MODERNE
ARCHITECTURE
ARTS APPLIQUÉS
FRANCE : 7 fr.
ETRANGER : 8 fr.
DEGAS - MAURICE DENIS
LES ORIGINES ORIENTALES
- - DE L'ART BYZANTIN - -
LIBRAIRIE DE FRANCE, 110, Boulevard Saint-Germain, PARIS (6e)
1924
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L'Amour de l'Art
Revue Mensuelle
5e Année
Sommaire du N° 3 (Mars 1924)
Secrétaire Général : WALDEMAR GEORGE
- Degas, Coloriste .. Henri Hertz.
- Degas, jugé par Renoir .. Ambroise Vollard.
- Notes sur les Monotypes de Degas.. Marcel Guérin.
- Degas, Graveur .. Cl.-R. Marx.
- L'Œuvre de Maurice Denis .. Marc Lafargue.
- Les Origines Orientales de l'Art byzantin.. Charles Diehl.
- Divagations pédagogiques (suite) .. Elie Faure.
Chronique :
- André Dauchez .. J.-G. Goulinat.
- Les expositions.. Waldemar George.
- Musées, Fouilles et Découvertes .. Léon Rosenthal.
Le numéro : 7 fr. — Etranger : 8 fr.
Abonnements : Pour la France, 50 fr. — Pour l'Etranger, 70 fr. par an.
On reçoit le mardi de 2 heures à 6 heures
La correspondance, les mandats, les factures, les livres pour comptes rendus, etc., devront être adressés impersonnellement à
L'AMOUR DE L'ART, 110, Boulevard St-Germain, Paris (6e)
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LIBRAIRIE DE FRANCE
F. SANT'ANDREA, L. MARCEROU & C.
110, Boulevard St-Germain, 110
PARIS (6e)
Téléphone : GOBELINS 66-55 — Chèques postaux : PARIS 225-19
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LOUIS MULLER ET FILS
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Les coups avec lesquels on obtient des résultats parfaits et réguliers.
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LES PORTRAITS D'OUVRÉ
Voltaire, Racine, Pascal, Malebranche, Chateaubriand, Balzac, Proust
Gérard de Nerval, Stendhal, Flaubert, Baudelaire, Verlaine, Barrès
Moréas, A. France, etc.
Ces portraits, gravés sur bois, en deux tons, à la presse à bras, conviennent admirablement à la décoration de la bibliothèque - - - - - - de l'artiste et du bibliophile - - - - -
Prix de l'épreuve, format 22×25, signée par l'artiste : 17 Francs
L'épreuve sous verre : 20 Francs
En vente à la LIBRAIRIE DE FRANCE, 110, Boulevard Saint-Germain.
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POUR PARAITRE PROCHAINEMENT :
Cinquante Ans de Musique Française
COLLABORATEURS :
Louis Aubert, Alfred Bruneau, André Cœurroy, Roger Ducasse, Paul Dukas, Gabriel Fauré, Philippe Gaubert, Georges Gromort, Gabriel Grovlez, Pierre Hermant, Vincent d'Indy, Raymond Koechlin, Louis Laloy, Henry Malherbe, Gabriel Pierné, Gaston Prunières, Roland-Manuel, André Messager, Albert Roussel, Henri Rabaud, Rhéné-Baton, Maurice Ravel, Florent Schmitt, Jean Variot, Louis Vuillemin, Emile Vuillermoz.
Prix de chaque Fascicule : 5 francs
La réunion de ces fascicules formera DEUX FORTS VOLUMES in-4° raisin
LES ÉDITIONS MUSICALES DE LA LIBRAIRIE DE FRANCE
110, Boulevard Saint-Germain, PARIS (6e) — Tél. : Gobelins 66-55
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trois créations de PRIMAVERA au SALON D'AUTOMNE ..
L'atelier Primavera, fondé en 1913, par les Grands Magasins du Printemps de Paris, a créé à ce jour 9.327 modèles en meubles, bronzes, céramiques, porcelaines, verreries, faïences, étoffes ....
Sur demande, on peut visiter son usine de Montreuil-sous-Bois, ses ateliers d'ébénisterie, bronze, fer forgé ; son usine de Sainte-Radégonde près Tours, ses ateliers de faïences et de grès.
Novembre 1923
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Degas, coloriste
A U milieu de l'effusion colorée à laquelle s'attachent le nom et le renom de l'impressionnisme, lorsqu'on rencontre l'œuvre de Degas, on éprouve un embarras, on est arrêté. Elle est liée à l'impressionnisme. Mais elle en diffère. Elle le confirme, elle lui confère de l'autorité, mais à beaucoup d'égards, elle le contredit.
Dans la posture solitaire et toujours un peu paradoxale que ce grand peintre, avec ses dons multiples et sa prodigieuse maîtrise, prit et, jusqu'à la fin de sa vie, garda vis-à-vis soit des écoles dont il descendait, soit de celles qu'il traversa et encouragea, il devait arriver qu'il engageât, autrement que les impressionnistes purs, la difficile partie entre la ligne et la couleur.
Il y déploya un jeu si souple que personne n'oserait dire qu'il ait rien sacrifié et atténué, mais en même temps, si inattendu, si plein d'étonnantes subtilités que beaucoup de personnes se sont cru permis d'y apercevoir la dissimulation, en ce qui concerne la couleur, d'une gêne et même, peut-être, d'une faiblesse.
Degas avait été un disciple d'Ingres. Il l'aimait. Degas fut fidèle à la ligne d'Ingres. Il lui demanda même plus qu'Ingres ne lui avait demandé. C'était la preuve qu'il y croyait davantage pour des renouvellements qu'Ingres n'avait pas conçus et que, lui, concevrait et oserait.
Mais Degas aimait aussi Delacroix. Il surprit fort, un jour, Puvis de Chavannes en lui affirmant qu'il considérait les Femmes d'Alger comme une des plus belles toiles qui existassent.
Quand, sur les traces de Delacroix et hors de celles d'Ingres, l'impressionnisme répudia la ligne, lui refusa le droit de régler la traduction des choses et en laissa au pinceau, chargé de pâte, le soin exclusif, il est évident que l'on se trouva en présence d'une condamnation que Degas n'accepterait pas.
Ily répondit par une véritable bravade, quand il déclara : « Je suis coloriste avec la ligne » ou bien « colorer, c'est poursuivre le dessin plus en profondeur », déclarations qu'il commentait encore de la façon suivante, comme s'il voulait, de propos délibéré, les aggraver : « Le dessin, ce n'est pas la forme, c'est la sensation qu'on en a. »
Un adversaire des impressionnistes eût-il été plus provocant? C'était précisément au nom de la sensation que les impressionnistes s'insurgeaient contre la ligne. Et voici que Degas, semblant relever le défi, déléguaît à la ligne tous les droits sur la sensation.
Il abandonna, pourtant, ses premiers
DEGAS - INTÉRIEUR. Coll. Comiot. (Photo Librairie de France)
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succès, sa première gloire, pour mener la bataille avec les impressionnistes.
Leur fit-il donc des concessions? Démentit-il, dans la pratique, ce qu'il avait dit, ce qui paraissait fait pour les combattre? Non. Il n'avait pas l'habitude de parler à l'aventure. Jamais aucun de ces mots mordants ne fut une rodomontade. Ils correspondaient à une profonde expérience de ses propres ressources et de ses propres pouvoirs.
Degas tint donc la gageure. Il colora avec la ligne. Il imprima au dessin l'élan de la sensation. Il poussa en profondeur le dessin, au point d'obtenir de lui l'essence vibrante de la couleur.
C'est un tour de force. Mais il dure et devient tout un art.
Si l'on compare les tableaux de la première période de la production de Degas, ceux qu'il fit en Italie et à son retour d'Italie, c'est-à-dire jusqu'en 1870 environ, à ceux qui suivirent son voyage en Amérique, c'est-à-dire qui coïncidèrent précisément avec les premières manifestations impressionnistes, on se rend compte en quoi consista cette extraordinaire réalisation de l'impressionnisme par Degas.
Jusque-là, il avait usé de la couleur très sagement, sans grande originalité, sans mollesse, non plus. Il avait correctement modelé, dans le cadre très strict du dessin, des masses de couleur plus étales que remuantes, mais ayant de la densité, du velouté, des qualités de poids et de coulant, témoignages d'un parfait savoir. Degas aurait pu persévérer dans cette voie qui était celle de Courbet, et y fonder sa réputation. C'était déjà commencé.
Or, brusquement, saisi de la fièvre de mobilité des impressionnistes, décidé à se mettre à leur tête en leur tenant tête, il inaugure l'orageuse et troublante facture dans laquelle il va découvrir et pousser aux extrêmes limites ses merveilleuses facultés.
D'abord, afin, semble-t-il, d'être sûr de ne pas se tromper et de ne pas être trompé, il chasse, en quelque sorte, la couleur de ses toiles. Il déblaye celles-ci de cette matière trop égale, en épaisseur et en tonalité, qui ralentit les inflexions d'une ligne chercheuse et impatiente. Avec un peu d'habileté — et Dieu sait s'il était habile — il aurait sans peine adapté la consistance de ses tableaux d'alors à la méthode impressionniste. La ligne plus noyée dans la couleur; la couleur moins malaxée, moins étendue, moins unie, plus secouée en ses attaques. En fallait-il davantage ? Plusieurs impressionnistes, élevés dans l'école, se contentèrent de ce commode passage et s'en trouvèrent fort bien.
Degas, au contraire, se recréa tout entier. Ce point de sa vie et de son effort fournit un singulier argument contre ceux qui lui accordent plus d'adresse que d'invention, plus d'ingéniosité que de force.
On a vraiment le droit de prétendre, à considérer le sursaut et la métamorphose subis par son œuvre entre 1870 et 1875, qu'il y eut deux impressionnismes celui qui partit de la couleur, représenté par les grands impressionnistes, et celui qui partit de la ligne, représenté par Degas. Et les deux, avec un maximum d'intensité, se rejoignirent victorieusement en lui.
En dégageant ses toiles de la couleur placide, Degas laisse bien entendre tout de suite, qu'il n'obéit pas au mépris de la couleur, mais qu'il a en vue, au contraire, de laisser à sa ligne plus de champ afin qu'elle s'apprenne à peindre, à rivaliser avec la couleur, l'entraîne dans sa courbe fougueuse et collabore, en fin de compte, avec elle, sans lui être assujettie et sans l'assujettir.
Alors commence l'intarissable enchâinement d'inventions, de combinaisons, de différenciations par lesquelles l'impressionnisme de Degas, tour à tour, se rapproche, s'éloigne de l'autre impressionnisme.
Autant qu'il est possible de formuler, au moyen du langage critique, de pareilles variations plastiques, nous dirons que la ligne de Degas s'égale à la couleur à force de science des mouvements. Grâce à sa volonté acharnée de fixer les mouvements
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DEGAS - DEUX FEMMES COUCHÉES ET ÉTUDE DE JAMBES. Cl. Durand-Ruel.
DEGAS - TROIS JOCKEYS. Cl. Durand-Ruel.
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L'AMOUR DE L'ART
DEGAS - BUSTE DE FEMME.
les plus compliqués et les plus fugaces, de les multiplier dans leurs plus menues nuances, dans leur plus brefs accidents, Degas commanda, avec la ligne, à la mobilité de la couleur. La physionomie momentanée, le coup de lumière d'une attitude infime et passagère, le rictus d'une sensation, la crispation sans durée, insignifiante et pathétique, d'un nerf, d'un muscle, la marque la plus instantanée d'une contraction, d'un saisissement, bref tout ce qui fait de la vie des choses un déroulement d'aspects sans cesse changeants, sans cesse impressionnables et que l'impressionnisme se flatta de transporter dans l'art, la ligne mouvementée, ardente, acrobatique, foudroyante de Degas s'en empara et le dirigea.
Il choisit les sujets qui s'y prêtaient le mieux, non dans un but de trompe-l'œil, mais parce que la ligne ne pouvait s'y permettre aucun repos, était obligée de faire, tout le temps, de la couleur, devait y renoncer à ces calmes expressions de beauté générale dont, jusque-là, on la croyait seulement capable. Et, par malice, peut-être, par goût d'opposition et de contre-épreuve, Degas aménagea plusieurs de ses sujets de manière à ce que l'on pût nettement confronter et comparer son ancien art à son nouveau, son réalisme ingriste et courbetiste à son réalisme impressionniste. Il peignit des danseuses, des scènes de cirque, des scènes de café-concert où sa ligne cingle et fouaille une couleur hachée, amincie, déchiquetée. Mais au-dessous, ou dans quelque coin, il peignit aussi soit des musiciens, soit des spectateurs, en matière pleine, la ligne fondue dans la couleur et la couleur massée par plans posés.
Comment arriva-t-il à cette étrange capacité de coloration par la ligne? C'est là qu'il usa du procédé qu'Ingres mourant lui avait recommandé : le dessin de mémoire, auquel il ajouta l'emploi raffiné du décalque. Il emplissait sa mémoire de visions morcelées dont il enregistrait les apparitions fugitives par des décalques successifs, au bout desquels éclosait la vision complète du mouve-
DEGAS - DANSEUSES. Cl. Durand-Ruel.
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L'AMOUR DE L'ART
ment, composée de l’ajustement frémissant de tous ces mouvements fragmentaires. Il y ajouta, à l’effet d’accélérer la mobilité de l’impression, des déséquilibres calculés dans la mise en place, des coupements et recoupements de plans, des déboîtements de perspectives, rappelant les Japonais.
Nous ne sommes pas à la fin de nos étonnements. Que l’on ne se figure pas que la ligne de Degas, douée de cette rapidité à s’associer à la couleur, soit, en elle-même, tortueuse et tourmentée. Ce serait une déchéance. Ceux qui ont essayé de l’imiter sont tombés dans ce défaut. Non. Sa ligne garde l’harmonie et la pureté. Tout le tourment, c’est le mouvement qui le contient, non le dessin qui l’enveloppe et lorsqu’il a besoin d’être souligné, c’est la couleur qui en est chargée.
Dans quelle mesure, selon quelle méthode la couleur entre-t-elle donc en jeu pour accentuer l’intention violente de la ligne?
Ici, nous sommes au vif de l’art de Degas. L’accord inusité qu’il réussit entre la ligne
DEGAS - TROIS DANSEUSES. Cl. Durand-Ruel.
DEGAS - FEMME A SA TOILETTE. Cl. Durand-Ruel.
et la couleur, paraissait impliquer un amoindrissement du rôle de la couleur. Or, on découvre qu’il en a été aussi enthousiaste que de celui de la ligne, mais en lui demandant plutôt des accents agissant par surprise et brusquerie, appuyés à la ligne, que des mirages grisants dus à l’insistance de tons purs s’accouplant et à des reconstitutions et décompositions continuelles d’applications massées.
Ces accents, il y parvint en dessinant avec la couleur, comme il peignait avec la ligne. C’est-à-dire qu’en maintes variétés, selon les objets, les poses, les atmosphères, les nuances du jour dont il voulait rendre la soudaine répercussion, il jeta au travers du dessin des traits de couleur. Parfois, ils soulignaient une seule partie du dessin, parfois, ils l’emplissaient tout entier de leur giclement orageux. Parfois encore ils le baignaient d’une onde légère dans laquelle eux-mêmes se fondaient.
A la touche de la couleur, Degas adjoignit de subtiles résonnances et ricochets,
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DEGAS - DANSEUSE VUE A MI-CORPS. Cl. Durand-Ruel.
soit dans le sens de la brutalité, soit dans celui du fondu et du vaporeux, en diversifiant la matière même de la couleur.
Il fut peintre à l'huile; il fut pastelliste, il fut aquarelliste, il fut aquafortiste, il fut graveur. Son originalité consista à être tout cela en même temps, à faire collaborer tous ces outils et toutes ces matières, afin de renforcer et d'assouplir la couleur, dans la fonction qu'il lui attribuait.
En une même œuvre, il mêlait l'huile et le pastel ; il les accotait l'un à l'autre ou bien il les superposait. Sur la première, il jetait des éclaboussures, des rais du second ou inversement. Il imagina un assemblage dont la ductilité et la profondeur émerveillèrent : sur papier Ingres, il incorpora, en hachures ou en poudroiements, du pastel, à
DEGAS - FEMME SE COIFFANT. Cl. Durand-Ruel.
des lavis égratignés d'eau-forte et de crayon noir.
Il n'est guère d'ouvrages de lui, dans la grande période de son impressionnisme, qui soient d'une substance uniforme. Aussi ingénieux que les artistes d'Asie, il rompt les distinctions de métier que les impressionnistes respectèrent. Il ne le fait point par jeu, par fantaisie, mais pour doter la couleur de la plus grande malléabilité, de la plus mordante acuité, sous le plus petit volume et avec le moins d'encombrement possible, de façon à la marier à la ligne et à appareiller jusqu'aux extrêmes bornes de la tension et du rebondissement réciproques, leurs secrètes puissances.
Ainsi, il est bien clair que, sans lui reconnaître une souveraineté qu'il eût considérée
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comme une usurpation, Degas ne négligea nullement la couleur. Il en tira la force et les effets qu'il voulait, en la remaniant, en la raffinant, en l'aiguisant, en harmonie avec la ligne contractée qu'il avait créée, au lieu de l'éployer en amples flots illuminés, qu'aucune forme stable n'endigue.
A ce souci de la couleur, il se rendit si adroit qu'il s'amusa à être coloriste, simplement coloriste, au sens le plus direct, le plus ingénu. Il pouvait se le permettre. Et il y excella. Dans la profusion de ses grandes œuvres complexes, on oublie les petites. Lui-même n'a pas pris la peine de les faire valoir. Un grand nombre dormaient dans les coins de son appartement débordant, quand il est mort. On les y a découvertes.
On connaissait ses paysages parisiens,
dans lesquels du reste, les personnages gardent toute l'importance : le Bois de Boulogne, les champs de courses. On connaissait moins ou on ne connaissait pas ses paysages purs, lavés, aquarelles, pastels, sans lignes, sans contours, qui semblent vus à grande distance, où les maisons, les personnages ne sont que des points piqués sur l'immenité, où l'on sent le vent se jouer d'étendues vides qui ne sont que des masses de couleur, fluides et pourtant résistantes, en proie aux vastes pulsations de la nature vierge. Hautes dunes, dunes fuyantes, monde du sable qui n'est ni terre ni eau et qui a, dans sa rudesse et sa stérilité, la finesse d'une œuvre d'art, doux aux yeux, doux aux doigts comme les plus délicates statues, comme les plus tendres parterres de mar-