Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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INTERIEVRS ET AMEVBLEMENTS MODERNES PREFACE DE WALDEMAR GEORGE editions EVGENE MOREAV 28 bis FAVBOVRG SAINT-ANTOINE PARIS xiième

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PRÉFACE Dire que l'art mobilier d'aujourd'hui est tributaire des plasticiens d'une part et des ingénieurs-constructeurs d'autre part, est devenu un truisme. Et pourtant la courbe qu'il a décrite depuis un quart de siècle le démontre d'une manière suffisante. Cet art n'a pris conscience de sa mission qu'à l'époque où quelques précurseurs, plièrent les formes à leur nouvelle fonction et comprirent les rapports eurythmiques établis par les peintres et les sculpteurs cubistes entre les volumes situés dans l'espace. Produit de cette double influence, l'art appliqué moderne est révolutionnaire, bien plus que ne l'a été celui des Horta, des Majorelle, des Henri Van de Velde, dont les réformes ont porté avant tout sur la décoration, et qui commirent l'erreur de vouloir créer un style a priori. D'ailleurs, aussi longtemps que l'art décoratif s'est confiné dans son étroit domaine, il piétina sur place. L'évolution tout à fait arbitraire du meuble français moderne au cours des années qui précèdent la grande guerre prouve le désarroi qui régnait dans l'esprit de nos décorateurs, subissant l'action des ballets russes, de l'exotisme persan, du style Directoire et esquissant un retour volontaire à la tradition nationale la plus récente en date: au style Restauration. Si l'étude des principes constructifs qui régissent les tableaux d'un Picasso, d'un Braque et d'un Léger et l'étude de leurs harmonies colorées a été salutaire à bien des meubliers, c'est que le cubisme est autre chose qu'une technique picturale et qu'il a abordé les problèmes essentiels de construction et de composition. Le cubisme, refonte et révision des valeurs esthétiques, fut le générateur non seulement d'un style décoratif, mais aussi d'un traitement des volumes et des plans de couleurs. L'apport du cubisme dans son application à l'architecture et à l'art mobilier réside dans l'emploi des formes géométriques primaires et dans l'économie des moyens d'expression. Le répertoire réduit dont il dispose, oblige le créateur, privé de l'appoint des ornements, des moulures, des corniches qui lui facilitaient la dissimulation de certains vices de formes, à un travail beaucoup plus rigoureux. Il a, de plein gré, renoncé à ces effets de savant camouflage, à la faveur desquels les coussins brodés et les tentures donnaient, tant bien que mal, le change des facteurs essentiels dans les ensembles mobiliers d'avant guerre. Il se voit donc contraint de jouer avec les éléments, dont il a fait le choix. Son objet sera de rechercher les rapports de rythmes, de dimensions, d'échelle entre les parties constitutives d'un tout. Mais, contrairement à ses prédécesseurs, il mettra tous ses moyens à nu. Il jettera bas le masque. Il exhibera volontiers sa technique. Il soulignera ses méthodes constructives, il les utilisera à des fins esthétiques. Cet homme, sans fards, avant d'être un artiste, sera un ouvrier, doublé d'un constructeur. Il serait sans doute absurde d'attribuer à un mouvement plastique, si réelle qu'en puisse être la portée, le mérite exclusif d'avoir transformé le visage de l'art industriel. Ce mérite revient en grande partie aux ingénieurs et aux mécaniciens. "L'Esprit Nouveau", dont l'action sur l'opinion publique a été décisive, en a fait ressortir la signification. Les œuvres de Georges Braque, de Gris, de Picasso et de Fernand Léger étaient reproduites dans cette revue de combat, qui a cessé de vivre, mais qui peut se flatter d'avoir porté des fruits, à côté des machines, des aéroplanes, des autos, des hangars, des garages, des silots. Depuis, une telle confrontation est passée dans les mœurs. Au temps où MM. Ozenfant et Jeanneret l'entreprirent, elle témoignait d'une singulière hardiesse. L'Exposition de 1925, qui fut en quelque sorte un examen de conscience artistique, a prouvé amplement que l'utilisation aveugle ou fantaisiste des éléments empruntés au cubisme ne peut aboutir qu'au poncif, un poncif non moins dangereux que celui de l'Ecole de Nancy. C'est en devenant des ingénieurs, sans cesser pour cela d'être des artistes, que les meilleurs parmi nos meubliers se sont assujettis aux exigences nouvelles de la vie domestique. C'est en adaptant les formes, fatalement rationnelles des wagons-lits, des cabines, des carrosseries d'autos, aux intérieurs modernes qu'ils nous assurent le maximum de confort. Le but de la plupart d'entre eux est d'accorder leurs notions esthétiques et la technique de la vie actuelle. Mais cette technique se suffit à elle-même. Une salle d'opération, où l'artiste se garde d'intervenir, dont tous les éléments : fenêtres, appareils d'éclairage, instruments de chirurgie ont un rôle fonctionnel, est d'une beauté intense. Une salle d'opération est un organisme impeccable et nullement sujet à discussion. Les