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GLACES ET VERRES N° 69 — Avril 1943
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
GLACES ET VERRES N° 69 — Avril 1943
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GLACES ET VERRES REVUE TECHNIQUE, ARTISTIQUE, PRATIQUE 11, rue Boucry, PARIS (18°) — Téléph. : Botzaris 54-85 Direction : R. LHOTE Édition de la Société d'Études et de Publicité Société à responsabilité limitée au Capital de 25.000 fr. R.C. Seine 229.903 B — Rép. Prod. Seine C A 13.717 Rédaction : M. Despréaux ABONNEMENTS Un an : France, 60 francs; Étranger, 80 francs Compte de Chèques postaux : Paris 1155-78 Tous les deux mois Le numéro : 12 francs (Étranger : 16 francs) N° 69 16° année Avril 1943 --- Sommaire du n° 69 Notes d'un miroitier (J.P.), p. 1. L'étirage du verre à vitre par le procédé Pittsburgh, p. 5. Les nouveaux pavillons des Halles Centrales de Paris, p. 7. Application de béton armé translucide dans la construction d'un groupe scolaire, p. 8. Transformation de magasins parisiens, p. 9. Le verre filé : fabrication et applications (suite et fin), p. 10. De la pantoufle de Cendrillon aux tissus de fibre de verre (D...), p. 12. Un accessoire pratique pour le stockage des verres à vitres : le classeur A. P., p. 13. Lire p. 18 une communication de M. Barbier, directeur du Comité d'Organisation des Industries du Verre Les articles sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs. Tous droits de reproduction réservés pour la France et l'étranger. --- Notes d'un miroitier Glaces de devanture. Bris. Précautions à prendre au moment de la pose. “Musicalité”. Les lignes suivantes, abordant un sujet qui ne saurait laisser indifférent aucun de nos lecteurs, ont pour auteur un miroitier parisien à qui, bien entendu, nous laissons la responsabilité de ses théories et de ses conclusions. Il ne saurait être question d'ailleurs d'établir des règles absolues en une matière où chaque praticien possède sinon ses secrets, au moins ses tours de main. Quoi qu'il en soit, le débat est ouvert, un point de vue est exposé sans ambages. D'autres points de vue sont sans doute assez différents : il serait intéressant de les connaître et de les confronter. Que ceux de nos lecteurs qui ont sur les questions traitées, voire seulement sur un point de détail particulier, quelque lumière personnelle, ne la laissent point sous le boisseau. Nous accueillerons très impartialement les objections ou les critiques que pourra provoquer la lecture de ces « Notes d'un miroitier ». (N.D.L.R.) --- On ne peut séparer l'idée d'un temple de celle de son édification. Le détruire et le construire sont égaux en importance et il y faut des âmes pour l'un et pour l'autre. Dans la mesure de ce qui dépend de nous, le construire est plus cher à notre esprit. Il n'y a point de détails dans l'exécution. Il ne faut pas qu'il soit muet, ni même seulement qu'il parle : il doit chanter. UNE glace de devanture — une vraie glace de devanture : très haute, très large — peut voler en éclats sous l'action d'un explosif, au souffle ou à la dépression. C'est un éclatement dynamique, soudain et brutal, que l'on connaît bien, et donnant toujours naissance à des foyers d'éclatement nombreux et considérables, d'où partent des sectionnements multiples qui se --- GLACES et VERRES
Ce sont ce qu'on appelle des cassures « conchoi- dales » ou « esquilleuses »; leur cause est toujours facile à déterminer. Elles n'affectent, au surplus, chaque fois que le coup porté n'a pas provoqué un trop fort ébranlement et, par conséquent, des défor- mations élastiques, qu'une minime partie du volume. Les cassures « conchoïdales » coexistent très rarement, en effet, avec des surfaces de sectionnement. Il serait facile de citer, dans Paris ou dans toute autre ville, des cassures de cet ordre qui n'affectent nullement la solidité de la devanture, la décorte d'une certaine manière, comme au moyen d'un assemblage de pétales incolores, et font valoir l'épais- seur de la glace. En mettant les choses au pis, ce ne serait jamais qu'une cicatrice à son visage. L'écaille ou les écailles, ces terribles petites cassures conchoïdales isolées qui se produisent, aussi rapide- ment que des étincelles, sur la rive des volumes, au moment de leur pose, lorsque l'ouvrier a la malen- contreuse idée, pour changer une cale de place, de soulager la glace avec son tournevis, sont, pour le miroitier, un bien autre motif de souci. Car on ne lui pardonne guère ces cicatrices-là. Et pourtant n'est-ce pas le type des défauts bénins, pacifiques, par opposition aux éclatements des temps de guerres? Il faudra bien qu'un jour on apporte un peu de clarté sur ce point et qu'on éta- blisse un barème de dépréciation, admis par tous, mais qu'on ne refuse plus purement et simplement un grand volume de devanture pour quelques cicatrices toujours placées, par définition, fort loin du visage. En quelques lignes on vient de définir l'éclatement avec sectionnements multiples, qui ne pardonne pas, Fig. 1. — Type d'un foyer d'éclatement considérable qui s'est produit sous l'action d'un explosif; il a donné naissance à des sectionnements multiples indépendants les uns des autres. propagent à travers toute la masse (fig. 1). La glace est transformée, pour quelques secondes, en une immense résille, puis s'écroule. Une pelle à charbon fera fort bien l'affaire pour rassembler les débris. Un tel mode de rupture ne prêtera guère le flanc à des difficultés d'interprétation : on pourrait dire que c'est un éclatement des temps de guerres, d'émeutes ou de mouvements populaires et, comme eux, très simple, très net et sans reprise. La même devanture — en admettant qu'on ait pu remplacer la glace — peut se trouver soumise, plus tard, à un choc violent mais localisé : par exemple celui qui serait produit par une balle de revolver ou par une pierre dure. On n'observe, dans ce cas, comme dans tous les cas où une violente pression extérieure peut isoler, à l'intérieur de la glace, une portion de matière cons- tituant un véritable poinçon, qu'un seul foyer d'écla- tement, disloqué, entouré de sillons formant des courbes à peu près elliptiques, s'enveloppant les unes les autres et recoupées, normalement à leur direction, par des stries en saillie sur ces sillons (fig. 2). Quelques légers débris de verre, provenant de la dislocation du foyer, gisent du côté opposé au point d'impact. Fig. 2. — Type d'un foyer d'éclatement qui se produit à la suite d'un choc "en poinçon"; ce foyer est entouré de cassures du type conchoïdal. GLACES et VERRES
l'éclatement comme protégé par une corolle de cas- sures conchoïdales, qui est une vraie réussite, et l'écaille, une cassure conchoïdale de rive. Ajoutons à cette brassée les surfaces de sectionnement, presque toujours isolées, qui prennent naissance par contre-coup, ou lorsque la glace cède à l'action d'une pression statique ou à l'action de trop fortes déformations élastiques, — et nous aurons à peu près mesure comble si nous sommes bien d'accord pour admettre que l'affreuse langue, notre plus terrible ennemie, n'est qu'une surface de sectionnement Fig. 3. — Mesures d'une glace de devanture, en hauteur et en largeur : une feuillure sur deux, c'est-à-dire de A à B, ou, ce qui revient au même, la vue plus une profondeur de feuille. en période de formation, autrement dit en plein âge ingrat, et dont personne ne peut dire quel trajet, au rythme lent ou catastrophique, elle pourra parcourir. Laissons maintenant de côté les cassures provenant de l'intervention d'une force extérieure — contre laquelle nous sommes désarmés — et voyons quelles précautions sont à prendre, comme miroitier, au moment de la pose, pour éviter toutes les autres qui seront mises, à n'en pas douter, à notre compte, en vertu du vieil adage : Unusquisque peritus esse debet artis suae. Je suppose que le miroitier pose entièrement à la main, qu'il s'agit d'une glace rectangulaire, que le patron a relevé lui-même les mesures de sa devanture au moyen de piges, trois fois en hauteur, trois fois en largeur, pour chaque dimension, aux deux extrémités et au centre, et qu'il a conclu qu'il n'y avait aucune fausse équerre nulle part. Je suppose qu'il a remis sa commande aux Manufactures aux mesures d'une feuillure sur deux (fig. 3) et qu'il n'y aura, par conséquent, aucune coupe à faire sur place. Dans ce cas on peut faire évidemment confiance aux Manufactures : la coupe sera franche, sans écaille, sans langue, les quatre angles légèrement mouchés. S'il y a fausse équerre, il peut d'ailleurs passer sa commande avec croquis, indiquant « haut » et « bas », et préciser le sens du chargement qu'il désire; il serait désastreux, en effet, d'avoir sur place, par exemple, non seulement à piquer une glace mais encore à la retourner. Mais il y a plus grave. Dans les devantures en bois, lorsque l'on s'apercevait, après avoir posé la glace, que les parclose débordaient le parement et qu'elles n'occupaient plus exactement l'emplacement où elles avaient été pointées, on demandait au menuisier de les réduire. De même si la glace n'appliquait pas rigoureusement partout contre la battée à verre, on ne considérait pas que le mal fût grand. Mais avec les devantures construites en profils assemblés du commerce, c'est-à-dire en fer, il en va d'une manière absolument différente parce que les vis à métaux qui retiennent les parclose ne peuvent avoir qu'une seule place. Et s'il y a eu, à la construction du bâti, une erreur de tracé, cette erreur sera presque certainement la cause d'un bris de glace par déformation élastique, ou, comme on vient de le voir, d'une surface de sectionnement isolée. Ce sectionnement isolé se produira comme par un éclatement automatique, peut-être un assez grand nombre de jours après la pose. L'accident sera très surprenant parce qu'il pourra survenir, par exemple, au moment où le soleil échauffe la devanture et la glace étant « seule ». Il n'y a qu'un véritable moyen pour s'assurer que les parclose en fer ne brideront pas la glace, c'est, d'abord, de « plomber » le bâti, c'est-à-dire de mettre en place le fil à plomb à trois emplacements, au moins, de la feuillure, en partie haute, et de s'assurer que la pointe du plomb, en feuillure basse, tombe exactement au même emplacement correspondant, par exemple l'angle de la parclose côté feuillure. Il faut enfin s'assurer que les parclose verticales elles-mêmes sont strictement à la verticale. Un tracé correct de menuiserie métallique se reconnaît en outre au fait que les parclose — généralement en carré de $10 \times 10$ mm — s'ajustent rigoureusement les unes aux autres aux quatre angles. Un dépassement de quelques millimètres doit faire suspecter le tracé tout entier, surtout dans le cas où le bâti est plein cintr e ou cintré en élévation. Que le bâti de devanture soit en bois ou en fer, il faut que les feuillures soient tournées vers l'extérieur. C'est un risque très important, qui ne se justifie pas, d'avoir à incliner la glace, dans les deux plans, pour la faire passer dans la diagonale du bâti et procéder à la pose de l'intérieur. Cette technique a déjà été la cause d'accidents graves (1). Pourtant la présence d'un ou plusieurs entablements de pilastres en pénétration sur la devanture peut justifier les feuillures intérieures. Mais elles ne seraient pas acceptables s'il s'agissait d'entablements en décor, que l'on pourrait tout aussi bien mettre en place après la pose de la glace, et en les prévoyant démontables pour tenir compte des remplacements éventuels. (1) L'emploi de la grue à ventouses, qui permet d'incliner fortement la glace sans danger pour le personnel exécutant, est à notre avis presque indispensable dans le cas de pose de grands volumes en feuillure intérieure. (N.D.L.R.) GLACES et VERRES
On a aussi justifié les feuillures intérieures (quand il s'agit de fer) par le désir de mettre la parclose à l'abri des intempéries, donc de la rouille, terrible ennemie du fer et, par voie de conséquence, de la glace. Mais une devanture régulièrement entretenue n'a pas à craindre d'accident de ce côté : un masti- Fig. 4. — Profondeur et largeur minima des feuillures pour une glace n° 1: CD, 14 ou mieux 16 mm; EF, 12 mm (ou 16 mm dans le cas d'une glace bombée). cage de la glace et une double couche de peinture tous les deux ans par exemple obtureront parfaitement les joints entre parclose et bâti et entre parclose et glace, s'opposant au passage de l'eau. Il faut donc absolument obtenir du constructeur qu'une glace de devanture ait ses feuillures tournées vers l'extérieur. Naturellement, comme c'est une question de dimensions et de risques, rien ne s'oppose à ce que la porte, un bandeau d'imposte ou de petits volumes de devanture soient prévus avec feuillure intérieure. Pour mettre en place une glace n° 1, il faut que la feuillure ait au moins 14 mm et mieux 16 mm de profondeur et 12 mm de largeur (fig. 4). Dans le cas d'une glace bombée il faut que cette largeur de feuillure soit au minimum de 16 mm. La glace bombée en effet ne peut avoir une courbe mathématiquement exacte et comporte une certaine latitude dans la courbe, dans la rectitude des bords et dans la « planimétrie » des parties plates. De toute façon, même après avoir procédé aux vérifications décrites ci-dessus, il faudra, lorsque la glace sera en place, s'assurer, en fixant définitivement les parclores, que l'on peut toujours très facilement faire passer la lame du riflard entre la parclose et la glace et, du côté extérieur, entre la battée à verre et la glace. Ce sont de petites cales de bois tendre qui doivent séparer, aux deux faces, la glace du métal (fig. 5). Mais nous avons anticipé en parlant, d'abord, du calage à la verticale. Il aurait fallu traiter, auparavant, la question du calage horizontal. En premier lieu, il faut du bois dur, chêne ou hêtre, et non pas de ces petits flipots de sapin qui traînent sur tous les chantiers : longueur, 4 à 6 centimètres; largeur, celle de la feuillure; hauteur, une bonne moitié de la profondeur de la feuillure basse. Il faut apporter une grande attention à l'emplacement où l'on va disposer les deux cales. Il importe en effet que la glace soit mise en état d'équilibre tel que la matière soit, en quelque sorte, légèrement tassée vers l'axe du volume, mais en évitant, d'autre part, qu'une partie trop lourde soit en porte-à-faux hors des cales. Le principe habituel est que l'on place les deux cales au premier et au troisième quart de la largeur (fig. 6). Mais, dans le cas de très grands volumes de glace, on aura intérêt, à notre avis, à repousser légèrement les cales plus près des bords, de telle façon que le poids de chaque partie en porte-à-faux, à droite et à gauche, n'excède pas 100 kilogrammes. Ce chiffre procède d'une donnée empirique, mais il peut se justifier par le calcul, en considérant la partie en porte-à-faux comme une pièce encastrée à une extrémité et libre à l'autre. Les résultats qu'on obtient montrent que si l'on veut conserver un coefficient de sécurité assez large, le chiffre moyen de 100 kg à ne pas dépasser comme poids des parties en porte-à-faux est tout à fait satisfaisant. Voici le moyen pratique d'appliquer le principe ci-dessus. Si le poids de la glace est supérieur à 400 kg (si donc le quart de son poids excède 100 kg), on divise le nombre 50.000 (c'est-à-dire 50.000 cm² ou 5 m², lesquels, à raison de 20 kg par m², pèsent 100 kg) par la hauteur du volume exprimée en centimètres : le quotient obtenu fait connaître en centimètres la distance des bords à laquelle doivent être placées les cales. Par exemple un volume a pour mesure 684 cm de longueur sur 402 cm de hauteur et pèse 549 kg. Si l'on plaçait les cales aux quarts, soit à 1 m 71 des rives, le poids de chaque partie en porte-à-faux éga- Fig. 5. — Calage à la verticale. Fig. 6. — Principe du calage horizontal. Voir dans le texte le correctif à ce principe. $$ \frac{1}{4} \quad \frac{1}{2} \quad \frac{3}{4} $$ GLACES et VERRES
lerait 137 kg. Le calcul $\frac{50,000}{402} = 124$ cm donnerait, selon nous, un emplacement plus judicieux pour les cales. Il reste enfin, lorsque la glace est bien mise en place, à en contrôler, par le son, l'installation « confortable » et équilibrée. Il reste, en un mot, à l'ausculter. Cette proposition demande quelques explications. Pour commencer, prenez une glace de 69 cm de hauteur, 18 de largeur et de 5 mm d'épaisseur, par exemple. a) Tenez-la de la main gauche suspendue entre le pouce et l'index placés à mi-hauteur et frappez fortement la glace avec l'index de la main droite : des vibrations se développent qui rendent un son grave, une note, qui est la même quel que soit l'emplacement où vous frappez. Cette note-là est celle qu'il faut obtenir d'une glace de devanture bien posée. b) Tenez la même glace suspendue à pleine main gauche par le haut : vous pouvez frapper de l'index de la main droite, aucune vibration ne se propagera. La glace ne chante plus, elle est bridée, sa musicalité a été détruite. c) Laissez-la reposer sur votre bureau sur toute sa largeur de 18 en la tenant bien verticale : la note est fausse. d) Posez-la sur deux crayons, chacun à 4 cm de la bande : elle chante. e) Mettez un objet métallique en contact avec la glace : le son devient fêlé. Refaites les mêmes expériences en prenant 18 cm comme hauteur et 69 cm comme longueur. a) Dans ce premier cas, la glace donne une note superbe : elle est comme un écho sonore. b) Musicalité détruite. c) Musicalité détruite. d) Posez-la sur deux crayons, chacun à 17 cm de la tête : elle chante. On voit le principe : il faut que la glace de devanture chante, mais il ne faut pas qu'elle chante à tue-tête ou soit comme un écho sonore. A noter dans les observations ci-dessus : une glace qui a une écaille et celle qui a une langue donnent les mêmes sons que si elles étaient intactes. J.P. --- L'étirage du verre à vitre par le procédé Pittsburgh ON trouve dans la collection de « Glaces et Verres » la description des divers procédés de fabrication de la glace et du verre. C'est ainsi que, pour la glace, le procédé classique de coulée sur table par creusets, de laminage par un rouleau métallique, de recuisson en carcaise ou stracou, de doucissage et polissage sur tables circulaires, est décrit en détail dans les n°s 1, 2 et 3. Les nouvelles méthodes de coulée des glaces (Bicheroux, coulée continue) sont exposées dans le n° 61 et le douci-poli continu dans le n° 65. Pour le verre à vitre, l'ancien procédé de soufflage à la bouche est décrit dans le n° 9, le procédé d'étirage de l'American Window Glass dans le même numéro, enfin les procédés modernes d'étirage à plat : Fourcault dans le n° 11 et Libbey-Owens dans le n° 10. Pour être complets sur un sujet qui nous vaut souvent des demandes de renseignements de la part de nos lecteurs, il nous reste à donner quelques indications générales sur un troisième procédé moderne d'étirage du verre à vitre, breveté aux États-Unis en 1921 et mis en exploitation par la Pittsburgh Plate Glass Co après des essais qui durèrent plusieurs années. C'est ce mode de fabrication, dit procédé Pittsburgh, qu'utilise l'usine française de Chalon-sur-Saône. Rappelons tout d'abord que dans les trois procédés (Fourcault, Libbey-Owens, Pittsburgh) on vient appliquer sur la surface MN du bain de verre en fusion le bord AB d'une feuille métallique appelée « amorce » que l'on élève ensuite lentement pour qu'elle entraîne une nappe de verre. Mais si l'on ne prend pas de précautions particulières, on constate, en poursuivant l'étirage, que la feuille diminue peu à peu de largeur jusqu'à se réduire à une sorte de cordon. En effet la tension superficielle, dont l'action tend à ramasser le volume dans la surface minimum, transforme dans le cas présent en cylindre le parallélépipède formé par la feuille de verre. Ce sont les dispositifs employés pour obvier à ce rétrécissement de la feuille de verre qui distinguent l'un de l'autre les trois procédés d'étirage du verre à vitre. Dans le procédé Fourcault, on enfonce légèrement la feuille de verre à l'aide d'un fil de fer, puis on la plie à l'aide d'un fil de fer, puis on la plie à l'aide d'un fil de fer, puis on la plie à l'aide d'un fil de fer. GLACES et VERRES
AMORCE FEUILLE DE VERRE DRAW BAR H H' M N K L Procédé Pittsburgh AB : amorce MN : surface du bain de verre KL : draw bar HH' : bowl SS' : pièces réfractaires RR' : caissons métalliques refroidis ment dans le bain de verre en fusion une pièce réfractaire appelée « débiteuse », munie d'une fente longitudinale. Le verre sort « sous pression » par la fente et alimente la feuille au fur et à mesure de sa formation (1). Dans le procédé Libbey-Owens, l'étirage se fait directement à la surface du bain de verre, mais deux petits rouleaux striés, animés d'un mouvement de rotation, viennent s'appuyer de part et d'autre sur chacun des bords de la feuille, maintenant ainsi ces bords écartés l'un de l'autre. Le procédé Pittsburgh participe des deux précédents en ce sens qu'il utilise une longue pièce réfractaire KL pour obtenir la fixité de l'endroit où se forme la feuille, mais cette pièce, appelée « draw-bar », est complètement immergée dans le bain au-dessous de l'endroit où se fait l'étirage. En outre, chacun des bords de la feuille passe dans la fente d'une coupelle métallique H et H' appelée « bowl », qui refroidit par rayonnement le verre du bord de la feuille et lui donne une rigidité suffisante pour lutter contre l'action de la tension superficielle. Enfin des pièces réfractaires S et S' sont placées au-dessus du bain de verre, de part et d'autre de l'endroit où se fait l'étirage; en élévant ou en abaissant ces pièces on peut agir à volonté sur la température de la surface du bain, et régler ainsi la viscosité du verre formant chacune des deux faces de la feuille. Ajoutons que, dans les trois procédés, on dispose de part et d'autre des faces de la feuille, et parallèlement à celles-ci, des caissons métalliques refroidis R et R' qui, par rayonnement, gèlent les deux faces du verre et contribuent ainsi à donner à la feuille la rigidité nécessaire pour fixer les dimensions, tant en largeur qu'en épaisseur. La recuisson de la feuille de verre ainsi formée s'opère, dans le procédé Pittsburgh comme dans le procédé Fourcault, à l'intérieur d'un caisson étanche qui forme une sorte de cheminée de quatre à six mètres, placée au-dessus du bain de verre et chauffée par le rayonnement de ce bain. La feuille s'élève verticalement et passe, lorsqu'elle est suffisamment rigide, entre des paires de rouleaux qui l'entraînent vers le haut, puis elle aboutit dans une salle où l'on procède à la découpe. Voici enfin quelques chiffres cités par M. Lebel à propos d'un four à verre à vitre alimentant six machines Pittsburgh et récemment mis en route en Belgique. Ce four mesure 53 mètres de longueur et contient plus de 1.700 tonnes de verre. Sa capacité de production journalière est de 25.000 mètres carrés de verre simple, ce qui représente 125 tonnes de verre tiré au four. Une telle production nécessite l'emploi, par jour, de 100 tonnes de matières premières vitrifiables, de 50 tonnes de groisil ou déchets de verre et entraîne la consommation de plus de 100 tonnes de houille. Il s'agit là probablement du plus grand four actuellement en service dans le monde. (1) Ces diverses indications techniques sont tirées de la conférence de M. Henry Lebel, ingénieur des Arts et Manufactures, sur « Les techniques modernes de production du verre en feuille » (Édition du Centre de documentation chimique, Paris). Il nous arrivera de citer presque textuellement M. Lebel, à l'ouvrage duquel nous avons également emprunté les schémas illustrant cet article. GLACES et VERRES
Les nouveaux pavillons des Halles Centrales de Paris LES Halles Centrales, construites par l'architecte Baltard au milieu du siècle dernier, devaient comporter d'après le plan initial douze pavillons répartis en deux groupes de six. Or dix pavillons seulement, ceux portant les numéros 3 à 12, furent d'abord édifiés. Quant aux pavillons 1 et 2, qui devaient être érigés non pas sur plan carré ou rectangulaire comme tous les autres, mais suivant une façade concave, affectant une courbe concentrique à l'ancienne Halle aux Blés (devenue depuis la Bourse de Commerce), leur construction fut différée pendant près d'un siècle, et c'est aujourd'hui seulement qu'elle vient d'être réalisée, sous la direction de l'architecte R. Dubos. Comme on ne disposait que d'une surface relativement réduite, on a obtenu les emplacements de vente nécessaires grâce à un agrandissement en hauteur et en profondeur, par la création de deux étages sur rez-de-chaussée et de deux sous-sol. Les substructions sont en béton armé mais la superstructure est métallique : fer et fonte, pour rappeler l'architecture des anciens pavillons. Les étages sont en retrait les uns sur les autres, apportant ainsi plus de légèreté à l'ensemble. Les baies sont vitrées en verre cathédrale armé. Certains châssis sont ouvrants et permettent une bonne aération. Des volets roulants en bois, à l'intérieur des baies, assurent une protection tant contre les ardeurs excessives du soleil que contre les rigueurs du froid. Dans la rue de Viarmes, entre les deux pavillons, s'élève à plus de vingt mètres de hauteur une porte monumentale d'un caractère très sobre, qui a fort grand air, mais dont les lignes modernes, tranchant sur l'ensemble de l'édifice, ne sont pas sans surprendre un peu. Les deux grandes tours qui flanquent cette porte, et qui abritent des escaliers, sont éclairées au moyen de briques de verre du type Nevada, dont quelque deux mille ont été employées pour cet important ouvrage de béton armé translucide. --- GLACES et VERRES

Cette publication, numéro 69 de la collection « Glaces et Verres », datant d'avril 1943, est une revue technique, artistique et pratique. Elle aborde des sujets variés liés à l'industrie du verre et de la miroiterie, tels que les techniques de pose de vitrages, les types de bris de glace, les applications du verre dans la construction, et les innovations technologiques. Le contenu inclut des articles d'experts, des notes pratiques et des informations sur les entreprises du secteur.