Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

Page 1

"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE PRINTEMPS MCMXXII PARIS Numéro 2 1ère Année

Page 2

"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE - Pierre Gusman, Directeur-Fondateur. - P.-J. Angoulvent, Secrétaire de la Rédaction. - Albert Morancé, Administrateur. --- SOMMAIRE DU N° II DE « BYBLIS » : PRINTEMPS 1922 - Amédée Féau, aquafortiste, par Clément-Janin, p. . . . . . . . . . 49 - Paul-Émile Colin, peintre-graveur, par Clément-Janin, p. . . . . . . 52 - L’Œuvre gravée d’Eugène Bléry (Chalcographie du Louvre), par Loys Delteil p. . . . . . . . . . 55 - Le Style français des xylographies primitives, par Pierre Gusman, p. . 59 - Une édition de L’Enfer de Dante, avec les illustrations de Botticelli, par R. Burnand, p. . . . . . . 65 - Augustin de Saint-Aubin et les dessins de Fragonard, pour l’édition des Contes de La Fontaine, par P. André Lemoisne. . . . . . . . . . 68 - La Gravure originale en manière noire, par Pierre Gusman, p. . . 75 - Un Caractère : « Le Tory-Garamont », par P. Magnus, p. 80 - Les Papiers marbrés modernes, par Gaston Labatie, p. . . . . . 83 - Échos et propos de Saison, p. 88 --- HORS-TEXTE - Le Ruisseau, eau-forte originale d’Amédée Féau, tirée par Porcabeuf, p. . . . . . . . . . . 50-51 - A Liverdun-sur-Moselle, bois original de P.-E. Colin, p. . . . . . 52-53 - Vue du Château de Nemours, planche originale d’Eugène Bléry, tirée par Vernant, p. . . . . . . . . . 56-57 - Le Christ au Jardin des Oliviers, d’après un incunable et 4 croquis : 2 pl., p. . . . . . . . . . 62-63 - La Divine Comédie, spécimen par Jacques Beltrand, p. . . . . . . 66-67 - A Femme avare Galant Escroc, gravé par J. Aliamet; dessin de Fragonard, état de planche et planche terminée : 3 hors-texte, phototypie Jacomet, p. . . . . . . . . . 70-71 - Hermaphrodite et Salmacis, manière noire originale de Raphaël Drouart, tirée par Porcabeuf, p. . 76-77 - Les Types Tory-Garamont, présentés par Frazier-Soye, p. 80-81 - Papiers marbrés : spécimens en deux feuilles de MM. Putois, p. . 84-85 --- ÉDITIONS ALBERT MORANCÉ LA MAISON DES MAITRES-GRAVEURS CONTEMPORAINS A PARIS, 30 ET 32, RUE DE FLEURUS (6°). Téléphone : Fleurus oo-68. Chèques postaux : 143-51, Paris.

Page 3

"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE PRINTEMPS MCMXXII PARIS Numéro 2 1ère Année

Page 5

AMÉDÉE FÉAU GRAVEUR-AQUAFORTISTE PARISIEN Voici un Parisien de Paris, dont la filiation remonte, sans possibilité d'erreur, au XVIIe siècle, et voici un graveur qui descend de ces Parisiens notoires, qui étaient tous graveurs. Le fait est assez rare et vaut d'être souligné. — M. Amédée Féau a pour trisaïeul Maurice Baquoy (1680-1747), pour bisaïeul Jean-Charles Baquoy (1721-1777), pour aïeul Jean-Charles Baquoy (1759-1829), auxquels il faut adjoindre deux arrière-grand'tantes, Henriette et Adèle Baquoy, filles de Pierre-Charles, et qui ont également laissé un nom dans la gravure. Elles moururent à Paris, comme les autres Baquoy, la première en 1792, la seconde en 1796. Toute cette famille avait la même profession et gravait au burin, de père en fils ou en filles, des estampes et des vignettes, qui contribuèrent, par leur vivacité et leur esprit, à établir la supériorité du XVIIIe siècle français. — Nous ne saurions donc nous étonner que M. A. Féau, nanti d'une telle hérédité, ait, à son tour, saisi la pointe et le métal. — Il ne le fit pourtant pas de très bonne heure. Ce n'est guère qu'en 1906 (il est né à Paris le 10 février 1872) que, sur les conseils de son ami, le peintre de Richemond, il s'essaya dans l'eau-forte. Auparavant, il avait passé par l'École des Beaux-Arts et l'Académie Julian, apprenant tout ce qu'on y enseigne (au fond peu de chose), et passant les concours habituels, qui n'ont pas grande signification. — Mais il aimait le dessin. Du dessin à l'eau-forte, il n'y a guère qu'un changement d'outil. Les mêmes principes guident la main sur le vernis ou sur le papier; le résultat seul diffère, par la conduite de la morsure, les aléas de l'impression, et aussi ce « sens de la gravure » que tous les graveurs ne possèdent pas au même degré. ---

Page 6

On aurait pu croire que ce Parisien de Paris allait grossir le régiment des graveurs qui prirent la capitale pour sujet. Point. Ce Parisien était un agreste. Il était né à Auteuil, lieu charmant, alors plein de jardins et de petites maisons et dont il reste suffisamment pour donner du regret aux amoureux du passé. M. Amédée Féau exécuta sa première planche au Conquet, dans cette Bretagne qu'on ne se lasse pas d'aimer une fois qu'on l'a connue. Il y a la plaine, les bois, les collines, les rivières qui sourient, la mer qui berce ou qui gronde, les toits bas et le ciel, si souvent brumeux et fin, qui enveloppe tout de sa gaze ou de sa lumière. Cette première eau-forte, M. Féau la déchira. De même une seconde. Elles n'étaient pas ce qu'il voulait. Il conserva la troisième : La place du Conquet (1906). Il y manifestait déjà cette fermeté dans la délicatesse, qui est la caractéristique de son talent. Les planches qui suivirent ne contredisent point ce jugement. Etude de pins, où il rendit l'arabesque japonaise des arbres, Le fond de la rivière du Conquet, où le ciel est d'une soyeuse légèreté, Route de Quemeur, qui rappelle les sujets de M. Dauchez, la lande nue sur laquelle se démènent les pins maigres si bizarrement tordus par le vent, Petit port d'Argenton, où nous saisissons un effort vers plus de valeurs et plus d'effet. La Bretagne a été pour M. Féau un champ fertile, car il y a trouvé une admirable matière pour un aquafortiste : un pays très « écrit », vigoureusement accentué, où les formes sont bien arrêtées, où le tableau se rencontre à chaque pas, lande, pignon de maison grise, vache qui paît, voile à l'horizon. Mais le paysagiste aime à renouveler ses impressions. De la Bretagne, M. Féau se transporta à Chartèves (1913), le pays de M. G. Lhermitte, comme Wimereux était le pays de Cazin. Là, c'est un autre horizon, un autre caractère. On les perçoit dans les planches de l'artiste. Les grands Ormes dans la plaine sont un cuivre aux lointains vapeureux, aux premiers plans bien coupés; La Ferme du ru Chailly, avec son coup de soleil sur la façade que l'eau reflète, montre une lumière plus nourrie; Le Chemin de l'église à Mont-Saint-Père (1920) — 50 —

Page 7

A Team 98.6 1921

Page 9

est d'une exquise finesse. Dans Chartèves à travers les peupliers (1913), nous constatons une grande liberté de dessin et une rare qualité de trait, à la fois incisif et doux. Ce cuivre a été exécuté directement, sans interposition de dessin; il bénéficié, par un accent plus vif, de cette absence d'intermédiaire. — Entre temps, M. Féau est allé villégiauter dans le Vexin, dont il avait rapporté Un coin du parc à la Bertichères et Le Ruisseau (1921), qui accompagne cette étude. — M. Amédée Féau a produit une cinquantaine d'eaux-fortes, qui sont d'un véritable graveur. Leur simplicité de métier, où la morsure joue seule, relevée parfois de pointe-sèche pour les travaux les plus légers, est de la tradition des Seymour-Haden, des Whistler et des Lepère. M. Amédée Féau est avec M. Beaufrère, M. Dauchez, M. Jacques Beurdeley, M. Jean Fréleau, un des graveurs les plus naturistes qui soient. Par là, il ne remonte pas aux Baquoy, mais à Bracquemond et à Dau-bigny. Son exécution est aussi franche que sensible, elle allie la souplesse à la vigueur, tout y est nerveux et non brutal. La corde qu'il fait vibrer rend un son mâle et doux, dont la sonorité évoque la force tranquille qui se nuance de délicatesse et se plaît dans la variété. CLÉMENT-JANIN.

Page 10

PAUL-ÉMILE COLIN PEINTRE ET GRAVEUR SUR BOIS ORIGINAL E viens de revoir l'œuvre de P.-E. Colin. Après tout ce que l'on a écrit sur lui, il m'a paru que le meilleur moyen d'avoir une opinion fraîche, était de se retremper dans le flot des estampes, bois, eaux-fortes, lithographies, camaïeux et dessins sortis de sa main féconde. — Quelles impressions en retirons-nous? — La confirmation plus vive des impressions de jadis. Nous retrouvons la spontanéité, la poésie agreste de l'artiste et aussi sa variété et son imagination. — Il est un agreste et un imaginatif. Il ne se contente pas d'interroger la nature, il lui faut encore en ordonner les éléments. Tout, dans ses gravures, fait tableau. Cette ordonnance, la nature ne la donne pas, mais le cerveau. — Je ne nie pas que la composition ne soit une nécessité de la gravure, laquelle n'est jamais à proprement parler une improvisation, comme la pochade peinte faite sur le pouce, mais il y a des degrés dans l'art de la composition. P.-E. Colin compose très bien. Il va même, ce naturiste, jusqu'au décoratif, ce qui d'ordinaire est contradictoire. Voyez ses Pêcheurs de truites à Lucerne, avec l'arabesque des maisons du quai, blanches sous les toits foncés et les nuages menaçants, le glissement de la barque, masse rigide d'ombre sur les eaux tournoyantes où se meuvent des clartés : cela est vu par un œil qui ne triche pas avec les attitudes et les détails caractéristiques (le patron pêcheur, droit et les bras croisés, aux longues moustaches tombantes), mais rassemble, pour ainsi dire d'instinct, les éléments décoratifs, opposant et équilibrant les lignes et les tons, avec un bonheur d'autant plus grand qu'il paraît moins cherché. ---