Extrait

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4e Année. — Numéro 21 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE L'ŒUVRE DES COMITÉS RÉGIONAUX DES ARTS APPLIQUÉS Le souvenir est resté très vif de la brillante participation des provinces de France à l'exposition dernière. Par un alliage judicieux de tradition régionale et de modernisme, Alpes-Maritimes, Provence, Normandie, Franche-Comté, Berry, Bretagne, Alsace, etc., installèrent leurs produits dans les pavillons fort réussis du Cours-la-Reine, tandis que la grande industrie s'installait aux Invalides dans les tours ou les galeries. Une bonne part du succès revient aux Comités régionaux des Arts appliqués qui, soit directement, comme Nice, Rouen ou Tours, soit en s'amalgamant aux Comités économiques créés après eux, ont fait un effort considérable. L'œuvre des comités régionaux est d'autant plus méritoire qu'ils sont très faiblement subventionnés ; les chambres de commerce ne font trop généralement aucun sacrifice en leur faveur. Cependant je dois mettre hors de pair la parfaite union du comité et de la chambre de commerce de Tours. Dans notre pays où l'on affirme la nécessité d'une production de qualité, l'art est presque toujours jugé somptuaire et indésirable. La cherie des transports rend difficile la réunion de ces comités interdépartementaux, mais ceux d'entre eux qui ont constitué, comme il leur est conseillé, des sections départementales, tels ceux de Caen, de Dijon et de Reims ont vu leur action et leurs ressources s'accroître très rapidement. Ces Comités viennent de voir renouveler leur mandat. J'aimerais citer à l'honneur ceux d'entre eux qui le méritent et rappeler succinctement leur œuvre pendant la période triennale qui vient de s'achever. Les comités cherchent à agir sur les producteurs par des cours et des concours dotés de prix, sur le public, le consommateur, par des conférences et des expositions. Ces cours sont soit créés, soit développés et s'adaptent aux besoins locaux, et cherchent parfois à raviver les traditions éteintes. Alençon, Argentan, Valenciennes ont créé des cours de dentelle ; Marseille a créé une école de céramique ; Nice a rassemblé par souscriptions 25.000 francs pour doter l'école des Beaux-Arts d'un four à céramique et ces deux comités unissent actuellement leurs efforts pour restaurer le goût de la fresque et son application au décor extérieur de l'architecture locale ; Rennes subventionne une école de préapprentissage et de nombreux comités ; Caen, Lyon, Nancy, Poitiers, Saint-Quentin font vivre des cours de dessin géométrique ou de composition décorative. Ces cours sont sanctionnés par des concours ouverts aux enfants des écoles, aux apprentis, aux artisans, aux ouvriers d'art ; les sujets les plus divers leur sont proposés : Grenoble organise des concours annuels avec quinze spécialités ; Marseille propose des concours de céramique, verrerie, ferronnerie ; Nantes, Rouen, Bourges, Dijon, Auxerre, Clermont-Ferrand, Chaumont, Reims soumettent les sujets les plus variés, meubles, céramique, dentelles, typographie, etc. De nombreux comités avaient organisé des conférences de propagande pour l'exposition. Nombreux sont ceux qui continuent à donner chaque année des conférences avec des séries de projections constituées par leurs soins et qu'ils auraient intérêt à se prêter. Mais les plus gros moyens d'action des comités, ce sont les expositions. Dans la période précédente Caen, Rouen, Rennes et Saint-Etienne avaient mis sur pied avec le concours de Paris des expositions fort réussies. L'exemple a été suivi. Le comité de Paris a, par mes soins, collaboré avec M. Clouzot pour organiser en 1925, à Paris au Musée Galiera l'exposition des Rénovateurs de l'art décoratif de 1895 à 1915. Il n'y avait pas eu place pour une rétrospective, même très récente, dans l'enceinte de l'exposition. Il eut été injuste que les précurseurs fussent oubliés. Nantes avait mis sur pied en 1924 une très belle rétrospective d'Art décoratif avec des pièces magnifiques empruntées aux vieux hôtels de Nantes et aux châteaux et églises de la région. Il a fait cette année, avec mon concours et celui du comité de Paris, une très vivante exposition d'art moderne

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BEAUX ARTS appliqué principalement aux tissus. Grenoble fait chaque année des expositions consacrées au meuble, à la céramique, etc. Lille a soutenu des expositions à Roubaix, Valenciennes et Douai. Bourges fait, tous les ans aussi, des expositions d'art décoratif, celle de cette année réalisée avec le concours de Sèvres était spéciale à la céramique ancienne et moderne. Mâcon a pu nous donner en 1925 une curieuse exposition d'art régional bressan. Reims enfin fait tous les ans un effort analogue. La question des musées préoccupe également les comités et plusieurs voudraient, au point de vue didactique imiter le beau musée technologique de Reims. L'impécuniosité seule les en empêche. Les comités cherchent de leur mieux à conserver les traditions des vieux métiers et des vieux artisans régionaux et ils ont aidé à la constitution des musées d'art décoratif de Bordeaux, de Nantes, de Lyon, de Niort, ou des sections d'art décoratif des musées généraux. C'est ainsi que Dijon cherche à installer un musée bourguignon. Tel est le passé. L'avenir est plein de promesses. Marseille et Lyon projettent un salon annuel d'art décoratif. Nantes prépare une exposition du livre, Bourges, celle du tissu. Nice fera l'an prochain une grosse manifestation d'art, Rennes et Caen se réservant pour 1928. René CHAPOULLIÉ Inspecteur général des Arts appliqués. --- NOUVELLES - L'Hôtel de Rohan. — Dans sa séance du 25 novembre, le Sénat s'est prononcé sur la question de l'hôtel de Rohan. On sait que précédemment la Chambre avait émis un vote qui stipulait que les terrains et les locaux de l'hôtel de Rohan seraient affectés aux Archives nationales. Une décision de sa commission des finances réservant la question de l'affectation, n'a pas permis au Sénat de confirmer le vote de la Chambre et le projet de loi adopté par la Haute-Assemblée se réduit à l'abrogation d'une loi antérieure qui tendait à l'aliénation pure et simple des locaux de l'hôtel de Rohan. L'affectation de ces bâtiments reste donc réservée ; il convient en conséquence à leurs défenseurs de continuer leur campagne pour que la décision de la Chambre soit maintenue et que toute assurance soit donnée au sujet de la destination future de cette magnifique construction. - L'Ile Sainte-Marguerite. — Le bruit ayant couru que l'Etat songeait à aliéner l'île Sainte-Marguerite, la Société des Lettres, Sciences et Arts des Alpes-Maritimes a, dans sa dernière séance, protesté contre un pareil projet qu'aggrave encore la perspective d'un lotissement de l'île et de la construction d'un pont de 1400 mètres destiné à la relier au continent. - Le Rocher de Tombelaine. — Les Amis du Mont Saint-Michel se sont émus récemment du projet d'acquisition et d'utilisation par une société hôtelière de l'ilot de Tombelaine dont on sait la position merveilleuse à quelques kilomètres en avant du Mont. La commission des Monuments historiques, pour protéger celui-ci et arrêter des projets néfastes a décidé de poursuivre le classement de l'ilot de Tombelaine lui-même qui renferme encore des restes intéressants des constructions militaires et religieuses qui y furent édifiées à différentes époques, quoi qu'en dise son propriétaire actuel et futur exploiteur, M. Georges Anquetil qui n'y veut voir qu'un îlot rocaillieux, nu et sec. Il est probable malheureusement que celui-ci n'acceptera pas sans protestation le classement dont l'instance lui a été signifiée le 27 octobre dernier et qui, dans ce cas, devra être confirmé par le Conseil d'Etat. - Restauration du tombeau de saint Bénigne. — Les travaux de restauration de ce tombeau, interrompus depuis 1890, vont être repris et seront terminés à l'époque des fêtes qui sont projetées à Dijon pour 1927. - Le Monument du cardinal de Cabrières. — Le 2 décembre a été inauguré à Montpellier le monument élevé en la cathédrale Saint-Pierre en mémoire du cardinal de Cabrières qui fut, pendant cinquante années, évêque de cette ville. Le monument, tout en marbre, est l'œuvre du sculpteur Jean Magrou. - Le Centenaire de Carpeaux. — La ville de Valenciennes a décidé de fêter solennellement l'année prochaine le centenaire de la naissance d'un de ses plus glorieux enfants, le sculpteur J.-B. Carpeaux. En dehors des cérémonies officielles parmi lesquelles on prévoit une conférence sur Carpeaux de M. Georges Lecomte, de l'Académie française, on prépare au Musée une exposition Carpeaux dont le fond sera formé par les collections déjà très importantes qui y sont réunies et qui s'accroissent tous les jours. M. Ad. Lefrancoq, leur conservateur, s'est assuré le concours de la fille du sculpteur, Mme Clément-Carpeaux, dont la générosité a déjà eu l'occasion de s'exercer en faveur du Musée. Il espère aussi celui des Musées nationaux et des amateurs locaux ou parisiens, qui lui permettra de compléter momentanément les salles où sont groupées les œuvres sculptées, peintes ou dessinées du grand sculpteur valenciennois. - Le Grand Prix artistique de l'Algérie. — Institué par les assemblées algériennes, ce prix, destiné à récompenser des œuvres d'un caractère africain, a été décerné, pour 1926, au peintre Louis Fernez. - A l'Institut des Architectes britanniques. — L'Institut royal des architectes britanniques a décerné sa médaille d'or au professeur Ostberg, auteur du nouvel hôtel de ville de Stockholm dont le prince de Galles a déclaré que c'était « un des plus nobles édifices produits par le génie humain ». - Fouilles à Constantinople. — L'Académie britannique a été autorisée par le gouvernement turc à entreprendre des fouilles sur l'emplacement de l'hippodrome de Constantinople (At Meidan) où l'on peut espérer trouver quelques-unes des statues de bronze enlevées de Grèce par les empereurs chrétiens, ainsi que des

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statues impériales qui s'y élevaient jadis sur les piliers. Charles Newton, lord Strafford de Radcliff ont déjà fait une petite fouille en 1856. Un cercle des Arts à Madrid. — Un cercle des Arts a récemment été inauguré dans le plus beau quartier de Madrid, calle d'Alcala. Il contient, outre les locaux destinés au cercle, un théâtre et une piscine. L'édifice a un rez-de-chaussée, un entresol et trois étages surmontés d'un grand comble à terrasse et d'une tour. Le Centenaire de Beethoven. — A l'occasion du centième anniversaire de la mort de Beethoven un congrès et de grandes manifestations artistiques seront organisés à Vienne. Placées sous la présidence d'honneur du Président de la République, M. Michel Hainisch, ces fêtes auront lieu du 26 au 31 mars 1927. NÉCROLOGIE Claude Monet Claude MONET est mort à Giverny le 5 décembre. Le célèbre artiste, né à Paris, le 14 novembre 1840, avait été l'élève de Gleyre, mais l'enseignement de celui-ci n'eut aucune influence sur son talent. Ses véritables maîtres furent Courbet et Manet. Lié avec Sisley et Renoir, il fut de bonne heure attiré comme eux par les recherches de plein air et tout son labeur d'artiste fut un long effort, souvent victorieux, pour rendre les innombrables et fugitifs aspects que les choses revêtent sous l'action de la lumière. Il s'évertua à lutter de subtilité avec elle et on sait de quelle virtuosité il fit preuve en notant sur la façade de la cathédrale de Rouen la succession incessante des heures. Ses sujets préférés furent constamment ceux où la féerie lumineuse s'épanouit en ses jeux les plus radieux. Nul peintre parmi les impressionnistes, dont il demeurait le dernier et le plus illustre représentant, n'a mérité cette appellation. Ce fut principalement en Normandie qu'il se livra à cette poursuite de l'impression rare et éphémère. Il vécut longtemps à Vétheuil avant de venir s'installer à Giverny au milieu d'un jardin enchanteur composé avec tous les raffinements de sa propre palette. A deux reprises il quitta cette région pour aller travailler en Hollande et à Londres d'où il rapporta d'admirables visions toutes baignées de brume. Ses débuts avaient été difficiles. Il parut pour la première fois au Salon, en 1865, avec deux paysages. Il exposa encore les années suivantes, mais la célébrité ne lui vint que le jour où, en association avec Sisley, Renoir et Berthe Morisol, il organisa, en 1875, une exposition qui fit grand bruit et qui constitua la première manifestation importante du groupe impressionniste. Ses œuvres furent bientôt recherchées et atteignirent des prix extraordinaires pour l'époque. La part qu'il prit à l'Exposition de 1900 fut pour lui l'occasion d'un véritable triomphe. Depuis, il vivait à l'écart, travaillant dans sa retraite de Giverny jusqu'au jour où ses yeux fatigués le condamnèrent au repos. Le 9 décembre est mort Henry COCHIN, membre libre de l'Académie des Inscriptions. Né en 1854, il partagea sa remarquable activité entre le mandat de député du Nord, qu'il exerça jusqu'en 1914 et des recherches littéraires et artistiques. Il laisse de pénétrantes études sur Fra Angelico. Les lecteurs de la Gazette des Beaux-Arts avaient eu l'occasion d'apprécier les qualités de sa critique. Dans son prochain numéro, ils pourront lire les paroles émues que M. Paul Jamot prononça sur son cercueil. ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 12 novembre. Lecture est donnée d'une lettre de M. l'abbé Robin, curé du Pray (Loir-et-Cher), signalant dans son église une peinture murale figurant une dame en costume du xve siècle, aux pieds de laquelle se trouve un homme, la tête levée, et se demandant s'il n'y faut pas voir Cassandre, l'une des muses de Ronsard, qui fut dame du Pray. M. Jullian continue sa communication sur les fouilles de Glozel. Le bric-à-brac de sorcière qu'il y reconnaît est très précieux et très complet : ceux d'Alvao en Portugal et de Baarburg en Suisse étaient beaucoup moins. Ici, il y a tout l'attirail magique : ex-voto préhistoriques, animaux fantastiques (biches et faons cornus, animal d'épouvante à la poitrine servant de tête), poupées d'envoûtement montrant encore la trace des attaches en fil de laine, visages sans bouche (« envoûtement » est venu de « vultus »), vaisselle de terre cuite ornée de figurations talismaniques familières aux sorcières (tête d'épervier, hippomane, étoile de mer, phallus déprimés, galets à initiale de démons), le tout facile à dater : vers 300 après Jésus-Christ. M. Salomon Reinach conserve son opinion, qu'il s'agit d'objets néolithiques. Il ne conteste pas que des objets néolithiques peuvent être conservés en petit nombre dans un milieu bas-romain, mais ici, d'après lui, tout indice romain, monnaie, clou, tesson de poterie, fait défaut. M. Loth annonce qu'il prépare un article pour le Mercure, où il se rallie à la thèse de M. Salomon Reinach. Séance publique annuelle du 19 novembre. Après une allocution du président, M. l'abbé J.-B. Chabot, M. René Dussaud fait une lecture à propos de la Civilisation phénicienne d'après les fouilles récentes et M. René Cagnat lit la notice qu'il a consacrée à la vie et aux travaux d'Elie Berger. Académie des Beaux-Arts Séance du 20 novembre. M. Moreau-Nélaton lit à la Compagnie une étude sur les dessins de Chantilly. Il établit que les dessins de Clouet que l'on voit au Musée Condé ont fait partie autrefois des collections de Catherine de Médicis. La reine les légua à sa petite-fille, Chrétienne de Lorraine, duchesse de Toscane. C'est ainsi que les dessins de Clouet furent envoyés à Florence, puis achetés au xviiie siècle par le comte de Carlisle, et, enfin, cédés en 1890 par les descendants de celui-ci au duc d'Aumale.

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BEAUX-ARTS MONUMENTS HISTORIQUES Tarn-et-Garonne. — L’ancien doyenné de Varen est une intéressante construction du xve siècle que son récent classement protégera contre les déprédations que n’eût pas manqué de lui faire VAREN. Ancien doyenné. D’après un relevé de M. Hulot subir son utilisation par une société industrielle désireuse d’y créer des logements ouvriers. Voisin de l’église à laquelle il était relié par les bâtiments réguliers et des fortifications dont il ne reste aujourd’hui qu’une porte, c’est une sorte de donjon à trois étages flanqué d’un petit châtelet moins élevé et d’une tourelle d’escalier ronde en encorbellement. Le rez-de-chaussée est voûté en berceau, les étages conservent leurs plafonds à poutres apparentes et de belles cheminées en pierre. L’édifice est surmonté d’un chemin de ronde sur mâchicoulis et de deux belles lucarnes en pierre sur la face Sud. Seine-et-Oise. — Sur l’initiative de M. André Hallays, le petit cimetière de Saint-Lambert, situé sur un des versants du vallon célèbre où s’élevait jadis l’abbaye de Port-Royal des Champs a été classé parmi les monuments historiques. Ce n’est pas, comme l’a fait très justement remarquer M. A. Hallays, que l’église présente un grand intérêt archéologique, ni que le cimetière lui-même contienne des monuments dignes de retenir l’attention. Mais c’est là que, lors de la démolition de Port-Royal, on transporta les ossements arrachés des tombes violées du monastère. Le cimetière est devenu ainsi, dans un site particulièrement attrayant, un souvenir émouvant de l’histoire du Jansénisme, qu’il importait de conserver intact. Somme. — La désaffection des cimetières, qui entourent les églises de campagne, et les privent du cadre au milieu duquel elles s’élèvent, leur retire une grande partie de leur intérêt. Si l’on doit reconnaître que cette mesure est souvent motivée par des raisons impérieuses d’hygiène ou le défaut de place, on doit néanmoins se préoccuper de ne pas laisser altérer le charme pittoresque de ces édifices. C’est dans cette pensée que le service des Monuments historiques a classé le sol du cimetière de Saint-Christ-Briost sans s’opposer d’ailleurs à la désaffection de la nécropole rendue indispensable par les destructions de la guerre. On évitera ainsi que des constructions sans intérêt avoisinent de trop près cette charmante église. Meurthe-et-Moselle. — L’église Saint-Jacques à Lunéville, commencée en 1730, par Boffrand et terminée en 1745 par Héré, l’architecte de Stanislas, est un des exemples les mieux conservés du style religieux du temps de Louis XV. Non seulement l’architecture mais encore le mobilier, tribune de l’orgue, chaire, boiseries, autels ont cette grâce un peu contournée mais infiniment élégante qui caractérise l’époque. Il eut été regrettable qu’un clas- LUNÉVILLE. L’Eglise Saint-Jacques. sement de cette église n’empêchât pas de modifier malencontreusement un édifice dont l’intérêt artistique est indéniable. Jean VERRIER

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[89] 15 DECEMBRE 1926 325 BULLETIN DES MUSÉES UNE STATUE CHINOISE DU Ve SIÈCLE APRÈS J.-C. AU MUSEE DU LOUVRE Le Musée du Louvre vient de s'enrichir d'une pièce remarquable — une statue chinoise — que l'inlassable générosité de M. David Weill a fait entrer dans nos collections d'Extrême-Orient. Elle représente une figure de Bouddha, debout, coudes au corps, la main droite levée dans l'attitude rituelle « sans peur » et la gauche abaissée, paume en avant. Cette sculpture a été détachée de la paroi rocheuse d'une des grottes de Yun Kang (la grotte XXVI, sans doute) (1). Durant la deuxième moitié du ve siècle un renouveau mystique succéda aux persécutions sans merci que la religion avait eu à souffrir sous le règne de l'empereur T'ai Wou Ti (421-452). La décoration des grands sanctuaires rupestres de Yun Kang fut entreprise à ce moment. Nous y voyons les débuts de l'iconographie bouddhique en Chine. Notre statue compte parmi celles du début, dont le type autochtone s'oppose à une autre série — celle des divinités de style indou, aux formes monumentales. — Elle n'a que 1 m. 50 de hauteur. Le visage est rectangulaire, le menton pointu, la bouche petite et comme enfantine, les yeux horizontaux et à peine indiqués par un trait, le nez aigu et le masque si légèrement modelé qu'il semble l'être par le mouvement même d'une vie intérieure. Il est porté en avant par un geste très particulier du cou, qui l'élève et le détache avec une grâce exquise. Quant au drapé du manteau et de la robe, il est, lui aussi, bien différent des petites ondulations confuses qui couvrent les figures indoues. Qu'ils tombent en larges bandes parallèles ou qu'ils se relèvent en libres festons, les plis ont une élégance nerveuse qui les apparente à certaines sculptures faites au temps des Han sous l'influence de l'art scythe. Les contours échancrés du vêtement resteront une des formules décoratives de l'art Wei. Mais si l'art bouddhique chinois trouve par la suite ses plus riches moyens d'expression dans la disposition des draperies et dans le rythme de leurs plis, jamais plus il n'aura la grâce ferme, (1) O. Siren. La Sculpture chinoise du Ve au XIVe siècles. T. I. Pl. 69. élastique et sensible que nous admirons dans cette œuvre du ve siècle. Il semble que l'art religieux ait eu alors une fraîcheur qu'il perdit par la suite. Moins déterminé qu'au siècle suivant, il nous émeut par une divine gaucherie et par ce bonheur imprécis qui est celui de l'enfance — d'une enfance qui subit, sans le connaître encore, le destin qu'elle porte. Devant cette image de Bouddha nous songeons à ces « Korès au sourire khmer » dont a parlé notre ami Georges-Henri Rivière, ou bien à quelques Vierge auvergnate de l'époque romane. Et n'est-ce Statue chinoise du ve siècle après J.-C. (Musée du Louvre) pas précisément à notre statue que pensait M. Vignier quand il écrivait : « ...il me semble que ce « n'est qu'à partir du ve siècle que la statuaire « chinoise se délivre de l'influence hindoue. La « transition s'opérerait avec ces suaves Kwan-Yin « du Yun-Kang, dont l'hieratisme s'humanise d'iro-

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BEAUX-ARTS « nie ailée ou de candide miséricorde. Ce moment, que Chavannes situait au milieu du v° siècle, offre quelque analogie avec notre art roman. » (1). Georges SALLES Antiquités grecques et romaines Le Département vient de faire entrer dans ses collections de bronzes des objets qui lui avaient été récemment légués ou donnés ; il en a profité pour exposer, avec eux, des pièces intéressantes qui étaient provisoirement conservées en magasin. Deux nouvelles et spacieuses vitrines occupent maintenant les enfoncements des fenêtres latérales dans la galerie qui relie les escaliers Henri II et Henri IV au premier étage et sur laquelle ouvre la salle même des Bronzes antiques. Dans l'une de ces vitrines a été placé au centre un superbe vase en forme de grande situle, qui mérite aussi l'attention à cause de sa provenance, car il a été trouvé à Caporalino, dans l'île de Corse ; on admirera ses belles proportions, en même temps que l'ampleur et la sobriété de la décoration d'enrelacs, de méandres et de feuilles qui en orne le bord, les pieds et les attaches de l'anse. Des seaux, dont certains agrémentés de masques humains, l'entourent. Cette vitrine a reçu aussi un lot d'ustensiles, notamment une patère, une passoire, un seau rehaussé de masques en relief, légués au Musée par le regretté Eugène Lefèvre-Pontalis. La vitrine, qui fait pendant à celle-ci, contient une haute amphore dont les anses à volutes, découpées à jour et terminées sur l'épaule par des têtes de canard, sont d'un effet très léger et très élégant. D'autres amphores, des œnochoès, la plupart à orifice tréflé et à déversoir proéminent, aux anses amorties en bas par des motifs en palmettes, lui font escorte. Un objet attirera les regards : c'est un fort joli dauphin en train de dévorer un animal marin, provenant de la collection Pozzi (vente des 25-27 juin 1919, n° 408 du catalogue) et donné au Musée par M. Laurans, en souvenir de son frère récemment décédé : l'animal, qui, dans sa partie inférieure, présente une profonde et large rainure, a appartenu à quelque meuble dont il a été détaché ; sa silhouette vivante et gracieuse met une note de pittoresque parmi la riche vaisselle de bronze à laquelle il est joint. A. MERLIN Sculptures modernes Le département vient d'acquérir un petit groupe en terre cuite, signé Paillet 1701, qui représente la Vierge pleurant sur le corps du Christ. Le sculpteur Barthélémy Paillet était le fils d'An'oine Paillet, peintre d'histoire. Il remporta un prix de sculpture en 1695 et fut agréé à l'Académie en 1702. Notre terre cuite, originale d'après son aspect même, est peut-être un des moceaux qu'il présenta à l'Académie pour obtenir ce titre qu'il ne dépassa pas. Il ne fut jamais membre de l'Académie. On sait simplement qu'il travaillait à Rouen en 1722. Peut-être avait-il quitté Paris et est-ce en province qu'il conviendrait de chercher les traces de son talent qui ne paraît pas négligeable. Très pénétré d'influences italiennes, il se rattache cependant d'une façon notable à la tradition française du xvie siècle. Sa Vierge en particulier est encore assez voisine de la célèbre Vierge de douleur de Germain Fion. Peintures et dessins Dans les premiers jours de Décembre se dispersait à l'hôtel Drouot la collection de feu Ernest Le Roy, antiquaire à Bruxelles. MM. Le Roy fils ont (1) H. Rivière. La Céramique dans l'Art de l'Extrême-Orient, introduction de Charles Vignier : Le la Céramique comme mode d'expression de l'art chinois. Paris, 1921.

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[91] BULLETIN DES MUSÉES 327 eu la généreuse pensée d'offrir au Musée du Louvre un des tableaux qui avaient été les plus remarqués dans cette vente. Il s'agit d'une œuvre importante d'un peintre français du milieu du xixe siècle dont le Louvre ne possédait enco e aucune œuvre peinte, ALFRED DE DREUX. Ce tableau représentant des Cavaliers dans un paysage, à côté des motifs habituels au peintre, donne une place prépondérante à l'étude du cadre de nature où paraissent de petits personnages vigoureusement établis dans une manière qui rappelle celle d'Eugène Lami, voire de Decamps. ** Le Musée du Louvre vient d'acquérir un tableau d'un élève de Rembrandt qui n'était pas encore représenté au musée, AART VAN GELDER († 1727). Ce bel artiste, un des plus tard venus de la grande école hollandaise du xviiie siècle, a des libertés de facture, d'un accent et d'une souplesse qui fait déjà prévoir la manière de certains maîtres du xviiie siècle et même celle de Goya, tout en se rattachant directement à l'enseignement de Rembrandt. Le panneau, qui vient d'entrer au Louvre, représente un triple portrait, homme, femme et enfant, que l'on avait supposé être la famille même de l'artiste et qui offre en tout cas une très puissante et savoureuse étude. SALOMON DE BROSE. Dessin pour le Luxembourg. (Musée du Louvre) ** Le musée du Louvre avait acheté en Avril 1923 à la vente du Baron de Bethmann un important cahier de dessins d'architecture exécutés par Salomon de Brosse, par son fils Paul, et par son parent du Ry. Nous avions étudié dans cette revue même ce cahier déjà signalé par M. le Pasteur Pannier dans sa thèse sur Salomon de Brosse. Le hasard nous fit récemment découvrir une feuille représentant une partie de la façade du Luxembourg. Il suffisait de comparer la manière de laver les toits en bleu, de dessiner les bossages d'un double trait, d'établir les côtes, pour reconnaître aussitôt la main de Salomon de Brosse. Le Musée du Louvre acheta ce dessin, qui — le numéro inscrit en haut et à droite en est la preuve — faisait partie d'un recueil aujourd'hui dispersé. Cette évolution offre d'autant plus d'intérêt qu'elle présente quelques variantes avec la façade exécutée du Luxembourg. On remarque en particulier la balustrade qui borde le fond de la cour, formant, comme jadis à Versailles dans la cour de marbre, une sorte de terrasse élevée de quelques marches. Cette disposition donnait du pittoresque à l'édifice, écartait le brouhaha du corps de logis, mais avait l'inconvénient d'empêcher les carrosses d'accéder par mauvais temps jusqu'à la porte des appartements. Ce dessin de Salomon de Brosse — qui est un beau dessin — a donc le mérite de nous renseigner sur le vieux palais de Marie de Médicis. Louis HAUTECŒUR AU MUSÉE DU LUXEMBOURG M. Charles Pacquement, président de la Société des amis du Luxembourg, a remis récemment au Musée, au nom de la Société, un tableau très caractéristique de Dunoyer de Segonzac représentant un coin de paysage verdoyant avec une route qui se déroule sous un ciel lumineux. L'artiste dont nous avons dit ici l'importance parmi ceux de sa génération n'était pas encore représenté au Luxembourg et ce don comble une des lacunes les plus regrettables du musée nouvellement rajeuni. ** L'Exposition Fauconnet Lors du récent remaniement du Musée du Luxembourg, M. Charles Masson réserva, pour des expositions temporaires, une des deux petites salles qui s'ouvrent, à droite dans la grande galerie des sculptures. Il y montra d'abord un ensemble important de peintures exécutées par Charles Cottet et que cet artiste avait léguées à l'Etat. On avait fait maintes fois le projet d'organiser au Musée du Luxembourg des rétrospectives d'artistes isolés, ou de groupes. M. Charles Masson voulut qu'on le réalisât enfin. Et, profitant de ce que la plus grande partie de l'œuvre de Guy-Pierre Fauconnet se trouve en la possession de la mère de l'artiste, le conservateur du Luxembourg eût l'idée fort heureuse et discrètement émouvante dinaugurer la série de ces rétrospectives par l'exposition que nous voyons aujourd'hui.

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BEAUX-ARTS Ce choix est à la fois excellent en lui-même, et adroit. Il montre, par un exemple très typique, l'attrait qu'exerce le graphisme pur sur plusieurs artistes et non des moindres dans l'actuelle génération. De plus cet hommage officiel rendu à un peintre mort très jeune et dont l'œuvre charmante s'était déroulée en dehors de tout académisme, fut très sensible à tout un groupe de dessinateurs qui n'ont cessé de professer une véritable admiration pour l'inspiration à la fois si délicate, si savante et si junévile de Guy-Pierre Fauconnet. Quand Pierre Fauconnet s'éteignit, le 5 janvier 1920, il venait d'accomplir, jour pour jour, sa vingt-huitième année. Sa personne fragile, son égance sobre mais raffinée, son silence souriant, tout cela s'évanouit comme dans un souffle. Il ne restait de Guy-Pierre Fauconnet que le souvenir d'un être choisi, plein d'une poésie tendre et doucement ironique, et quelques œuvres trop rares pour que les marchands pussent essayer d'en faire un objet de spéculation ; au surplus trop bien gardée : par une mère jalouse de veiller à ce que rien de bassement vénaI ne vint souiller la jolie mémoire de son fils disparu. Fils d'un fonctionnaire du Sénat, Guy-Pierre Fauconnet avait commencé d'attentives études au lycée Louis-le-Grand. Il manifestait d'indiscutable dispositions pour le dessin. Il obtint même un premier prix de dessin au Concours général. Il avait environ quinze ans, quand une crise cardiaque, qui n'était d'ailleurs pas la première, le mit dans l'obligation d'interrompre ses études. Pierre Fauconnet se fit inscrire alors à l'atelier Julian où professaient Jean-Paul Laurens et Benjamin Constant. Mais sa principale académie fut... le Sénat. Les fonctions de son père lui facilitaient l'accès des séances. C'est là, dans un coin obscur des galeries réservées, qu'il dessina, avec beaucoup d'esprit, mais avec cette indulgence qui caractérise toute son œuvre, maint et maint croqueton pour lesquels nos pères conscrits posaient sans le savoir. Pierre Fauconnet ne se faisait pas de « l'artiste » une idée trop orgueilleuse ; la minutie, la fraîcheur des couleurs bien nettes, que présentent les illustrations des volumes scientifiques, l'attiraient. Il illustra des thèses de Médecine et même un ouvrage d'optique médicale. Bientôt Paul Poiret, qui avait compris tout ce qu'il y avait d'actuel dans l'art méticuleux de Pierre Fauconnet, lui confia la direction artistique de la maison d'ameublement « Martine », qu'il venait de fonder. Dans le dessin du meuble moderne, Fauconnet apporta son goût si marqué pour les dessins à fins linéaments. Il fit exécuter des marqueteries, des incrustations fo t curieuses et d'une délicatesse d'extrême o iental. La guerre survint ; Guy-Pierre Fauconnet, dont la constitution était très faible, se rendit en Angleterre. A Londres, il exécuta des miniatures, des illustrations pour des contes de fées. Il préparait toute une série de dessins pour des costumes de théâtre, et surtout pour un ouvrage de botanique traitant des fleurs les plus bizarres qui s'épanouis- sent dans les zones tropicales. L'armistice lui permit de rentrer en France. Et c'est alors qu'il réalisa quelques-uns des projets conçus en Angleterre, entre autre, celui d'adapter entre eux le costume et même le grimage des acteurs, et le décor. Une idée analogue avait suggéré jadis les costumes et les masques dont s'étaient FAUCONNET. Etude de nus. affublés les acteurs, à « l'Œuvre » de Lugné-Poë lors des représentations d'Ubu-Roi. Mais Fauconnet partait d'un principe assez différent. Il recherchait moins des effets de grotesque et de surprise, que des effets de nuance et de poésie. Les masques modelés par lui pour les acteurs sont tantôt d'un charme antique, avec une pointe de malice à l'égard de l'antiquité telle que l'avait comprise les davidiens ; tantôt (dans son Actéon, par exemple), il rappelle les compositions mythologiques de l'Ecole de Fontainebleau ; tantôt, il utilise, en éliminant ce qu'ils peuvent avoir de trop apeurant, les souvenirs des arts nègres ; tantôt des masques de sylvains évoquent certains

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pendentifs feuillus, en forme de visages, de la période gothique; tantôt, enfin ils sortent tout entier de l'imagination et de la fantaisie juvénile de l'auteur. Cet art, dans lequel un rien d'érudition souriante se mêlait à l'originalité la plus vive, il le mit au service du Théâtre du Vieux-Colombier (qui lui dut, en son âge héroïque, un de ses plus grands succès), du théâtre de la Renaissance, de celui de l'Odéon, du théâtre des Champs-Elysées. Il venait de recevoir, de M. Jacques Rouché, la commande des décors et des costumes destinés à un ballet de Ravel quand il fut emporté, en quelques heures, par une lésion du cœur, peu de jours après la représentation des « Contes d'hiver », pour lesquels il avait dessiné les costumes d'une « fête villageoise ». Outre le rôle considérable que cet artiste aura joué dans l'évolution du décor et du costume théâtraux, Guy-Pierre Fauconnet apparaîtra comme le représentant le plus fin et le plus intelligent de cet ingrisme dont les jeunes artistes s'épirent dans les années qui suivirent immédiatement la guerre; sans qu'il ait jamais imité la technique ni le sentiment des japonais, il les rappelle pourtant par le soin, la précision, la propreté matérielle de son écriture. Avec une déférence très lucide et qui n'est peut-être pas exempte, à certains moments d'une imperceptible raillerie, avec une science picturale parfaite, il se plut à finir de grandes académies exécutées uniquement par l'emploi de tous locaux et dans lesquelles on devine des allusions à des œuvres telles que « la Source » d'Ingres. En revanche, ses portraits, ses nus, de petit format, ont un caractère très « présent » et auquel il faudra se reporter par la suite pour avoir une idée bien nette de la manière dont les esprits les plus raffinés, les plus cultivés, dans les temps qui sont les nôtres, concevaient l'élégance des formes et la distinction des visages. Robert Rey AU MUSÉE DE MALMAISON Souvenirs du Roi de Rome. Messieurs de Reinach-Cessac, arrière-petit-fils de Madame de Montesquiou, gouvernante du roi de Rome, viennent d'offrir au Musée national de Malmaison des reliques à la fois précieuses et émouvantes: ce sont des pièces importantes de la layette du roi de Rome. Le lot comprend la robe de baptême, le bonnet de baptême, deux autres robes, quatre bonnets, un petit mantelet, des petits chaussons, des rideaux, des bavoirs, des taies d'oreiller, et dix petites brassières. Tous ces objets portent l'étoile symbolique qu'on retrouve sur tout ce qui a servi au roi de Rome. Ce sont des documents d'un réel intérêt au point de vue de la broderie et de la dentelle. Ils occupent au second étage du château, deux grandes vitrines qui encadrent une cheminée sur laquelle est exposée la pendule du roi de Rome. Cette pendule signée de Lepaute a été retrouvée par M. Jean Bourguignon à l'hôtel de la Présidence de la Chambre. M. Painlevé, qui était alors Président de la Chambre, a accepté de la céder au Musée de Malmaison. MUSEE CARNAVALET Dons récents Le Musée Carnavalet s'est enrichi, au cours des derniers mois, de quelques dons fort intéressants. Tandis qu'il recevait de Mlle Batbedat un précieux dessin d'Ingres: Portrait du musicien Fanseron, grand prix de Rome (1819), un legs de feu M. Berardi lui valait le buste en bronze d'Henri Regnault par Barrias, un autre de M. Ernest May la vue du Cours la Reine au début du règne de Louis XVI, par Génillion, un autre enfin de Gustave Geffroy, le Portrait de Blanqui par Carrière. D'autres effigies non moins notoires sont venues grossir la petite galerie de portraits contemporains qu'on prépare rue de Sévigné: une grande peinture d'André Gill représentant Jules Vallès et donnée par Mme Séverine, un portrait de Rochefort par Baud-Bovy et un autre évoquant le fougueux pamphlétaire à l'âge de quinze ans, en costume de collégien, offert par Mme Yve Henri Rochefort. Quant à l'importante donation de Mme L. Boulanger, le public peut déjà en apprécier l'intérêt, puisque ses divers éléments se trouvent désormais exposés. Elle comporte notamment le buste du sculpteur J. P. Dumont de Valenciennes, par lui-même et de Mme J. P. Dumont par son mari; une terre cuite du XVIIIe siècle qui fut parfois attribuée à Pigalle: Deux amours se disputant un cœur; un portrait de Peintre âgé, frère jumeau de certaine toile du Musée d'Abbeville que Louis Gonse baptisait, un peu imprudemment sans doute, «portrait de Lépicié par lui-même». Enfin, dans la section moderne, des portraits de l'acteur Bernard Léon et de sa femme, par Riese-ner, et une magistrale étude de Daumier. MUSÉE GALLIERA Le Musée de Galliera vient d'avoir le 9 Décembre son annuelle Exposition générale d'art appliqué qui contient en particulier cette fois une rétrospective du céramiste Damouse disparu récemment.

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BEAUX-ARTS AU MUSÉE DE LYON La salle 26 vient d'être complètement restaurée. Aux couleurs sombres a été substituée une gamme de tons très clairs proche du tussor écrû. Par sa situation et ses dispositions cette salle, où eurent lieu récemment les commémorations de Puvis de Chavannes et Seignemartin, se prête à des expositions temporaires. A cet objet, des mesures ont été prises pour pouvoir l'isoler complètement et la fermer, sans nuire à la circulation générale du musée, pendant le temps nécessaire à la préparation et à la dépose d'un ensemble nouveau. Deux tringles horizontales avaient déjà été scellées dans les murailles, leur nombre a été porté à quatre. H. LEBASQUE. Jeunes femmes. (Musée de Lyon) ce qui permet de suspendre, par des crochets, les cadres de toute dimension sans être, en aucun cas, obligé de planter un clou. Le point essentiel est l'installation de la lumière électrique. Déjà celle-ci a été introduite dans quelques salles du Musée (1). Avec les mêmes précautions, les fils posés sous tubes d'acier, on a, dans la salle nouvelle, grâce à la précieuse collaboration de l'ingénieur de l'éclairage de la ville, M. Oury, installé des herses garnies d'ampoules bleues « lumière du jour ». La hauteur de ces herses, leur distance des parois, l'écartement de leurs côtés ont été calculés de façon à projeter le maximum (1) Beaux-Arts, 15 janvier 1926. de lumière sur une surface d'environ 3 m. de haut au-dessus de la cimaise, en laissant dans la pénombre la partie supérieure et inférieure du mur, le plafond, le plancher et le spectateur lui-même qui ne doit pas être ébloui. La réouverture de la salle s'est faite avec une double exposition : portraits de peintres de l'Ecole de Lyon et eaux-fortes originales du xixe siècle. Entre les expositions temporaires, cette salle recevra les œuvres des artistes lyonnais contemporains en attendant qu'il soit possible d'installer, d'une façon permanente, selon un vœu, depuis longtemps formé, un Luxembourg lyonnais. Parmi nos derniers enrichissements, je signale un buste de fillette par Vassé, marbre signé, et daté, sur le piedouche, 1759. Une répique de ce buste a passé dernièrement dans la vente Du'asta. L'Etat nous en a envoyé Le Rat retiré du monde de Philippe Rousseau qui fut longtemps exposé au Musée du Luxembourg et le célèbre tableau, Les deux Sœurs, par Raffaëlli, symphonie en blanc qui fit sensation au Salon de 1889. Nous avons acquis un intense portrait de Courteline par Mme Mela Muter, un Berger du Morvan, toile caractéristique de l'art sincère et sévère de Charlot, des Jeunes femmes à un balcon expression fraîche et spontanée de Lebasque, Le Soir dans la friche, Jura, maîtresse page de Pointelin, qui figura au dernier Salon et qu'escortent pastels et dessins dont le peintre a eu la généreuse idée de nous faire présent. Un moulage du buste d'Henri Becque est venu s'ajouter à notre collection de Rodin. Le maître sculpteur suisse James Vibert nous a donné une tête, plâtre, d'une des figures du monument du Travail qui va être érigé à Genève. Nous avons, enfin, reçu en don un coffre de bois sculpté du xve siècle. Notre service de vente des moulages ne cesse de prospérer. Le gouvernement argentin, qui constitue un musée de moulages antiques, vient de nous faire une importante commande. Les photographies des moulages sont envoyées en communication aux personnes qui désirent les connaître. Je signale là, à mes collègues, un moyen de contribuer, avec des bénéfices appréciables, au rayonnement moral de leurs collections. ** M. Eugène Vial, dont on connaît les travaux érudits et qui possède admirablement l'histoire de notre ville, vient d'être nommé conservateur adjoint du Musée de Gadagne, musée historique de Lyon, ouvert par M. Focillon, auquel il va donner une impulsion nouvelle. Léon Rosenthal

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[95] BULLETIN DES MUSÉES 331 A PROPOS D'UN TISSU DU MUSÉE DIOCESAIN DE SENS On a depuis longtemps remarqué que les Burgondes aimaient à joindre, sur leurs plaques de ceinturons, la figure humaine aux formes habituelles à l’Art barbare. Le plus souvent c’est un homme debout entre deux animaux ; Mgr Bes-son a fort bien montré (1) que si, sur une série de pièces, Daniel est représenté entre deux lions (des inscriptions enlèvent tous les doutes), pour une autre, les monstres sont des griffons et ce n’est plus qu’un motif oriental purement décoratif. Nous nous demandons cependant si dans l’esprit populaire, les griffons, souvent déformés à souhait, n’ont pu passer pour les lions de Nabuchodonosor. Daniel est cité dans l’antique prière des morts, la Commendatio animae ; un sentiment religieux, autant qu’un souci décoratif, a sans doute guidé l’orfèvre burgonde dans le choix de ce motif, mais pourquoi s’est-il inspiré d’une seule invocation ? Pourquoi chez les autres peuples barbares ne fit-on pas d’emprunts aux paroles liturgiques pour orner les plaques de métal ? Comment enfin expliquer que ce type historié ne se trouve chez les Burgondes qu’en Suisse française et dans les régions limitrophes ? Il semble qu’un précieux tissu conservé dans le trésor de la cathédrale de Sens doive nous apporter l’explication du Daniel burgonde. C’est une soierie très ancienne que M. G. Migeon a déjà étudiée dans un article très documenté de la Gazette des Beaux-Arts (2) ; elle provient, d’après la tradition de Saint-Maurice d’Agaune et aurait servi de suaire à Saint Victor, le chef de la légion thébaine, dont Sens possédait encore d’importantes reliques à la veille de la Révolution. On voit le singulier prestige dont a dû jouir ce tissu aux yeux des pèlerins qui fréquentaient la vénérable abbaye du Valais, où les rois burgondes venaient prendre comme une consécration la lance du soldat martyr. Or cette étoffe porte, répété dans des médaillons, un homme debout entre deux lions dressés qu’il écarte de ses mains, tandis que deux autres fauves le saisissent aux pieds. Bien que les bêtes féroces soient menaçantes, les Burgondes ont fort bien pu y voir la figure de Daniel que la Prière des moitiés leur rendait familière ; ce groupe leur devait être d’autant plus cher qu’il prenait pour eux la valeur d’un symbole : c’était un peu de la vertu (1) L’Art barbare dans l’ancien diocèse de Lausanne, p. 64 Sq. (2) Tissus de soie décorés sassanides et byzantins, n° de décembre 1908, p. 487. — Voir aussi M. l’abbé Chartraire, Le Trésor de la Cathédrale de Sens (collection des Memoranda). du suaire de saint Victor que le guerrier possédait sur sa ceinture avec l’image de l’homme entre les monstres. Les dates ne semblent pas rendre impossible l’hypothèse de l’influence du tissu sur l’art burgonde : la légion thébaine et son chef étaient déjà vénérés en Valais, quand les Burgondes y arrivèrent ; d’autre part à propos du tissu d’Eichstaedt, très voisin du suaire, M. Migeon précise que « tous ses caractères le rapportent expressément aux premiers siècles de l’ère chrétienne, au vie ou au vîe au plus tard » (1). Ne pourrait-on reculer encore légèrement la date de ce tissu et supposer que le Fragment d’un tissu du Musée diocésain de Sens. suairé de saint Victor était déjà à Saint-Maurice lorsque les Burgondes s’établirent dans la région au milieu du ve siècle. Sur les plaques de ceinturon que nous avons pu étudier, nous n’avons pas trouvé la reproduction textuelle du médaillon du suaire. Les décorateurs burgondes (ou plus exactement le créateur du prototype) étaient limités à un rectangle en lon- (1) Le personnage est nimbé, à son propos M. Migeon dit « qu’il est possible que ce soit là une représentation de Daniel dans la fosse aux lions. »