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2e Année. — Numéro 15
BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE •
LES ÉGLISES ROMANES D'AUVÈRGENE
Quiconque parcourt l'Auvergne a le singulier privilège de rencontrer sur sa route, dans un paysage dont, à maintes reprises, on a vanté le pittoresque et la beauté changeante, des édifices d'une architecture sévère, mais infiniment attirante. Que ce soit l'église de Saint-Nectaire, fièrement campée sur la colline abrupte que dominent ses tours carrées, celle d'Orcival, abritée au creux d'une vallée sauvage, celle de Mozac s'étalant dans la plantureuse plaine de la Limagne, toutes conservent ce caractère fruste et simple, cette silhouette originale des absides qui, de longue date, ont attiré sur elles l'attention des archéologues.
Ce sont ces beaux édifices qui présentent entre eux un air de parenté indiscutable dont nous voudrions montrer aux lecteurs de Beaux-Arts les particularités les plus typiques. Nous examinerons ensuite quelques-uns des monuments de la même époque du Velay et nous verrons les différences très sensibles qu'ils offrent avec les premiers; nous saisirons comment, dans des provinces très voisines, d'une configuration géographique analogue, le génie des constructeurs a évolué parallèlement, sans pénétration profonde.
Les touristes, qui chaque année parcourent l'Auvergne, sont frappés lorsqu'ils arrivent à Clermont-Ferrand par la couleur noirâtre des constructions, pour la plupart élevées en lave. A Notre-Dame-du-Port, au contraire, la seule église romane de la ville, le visiteur remarque aussitôt la tonalité générale fauve de la pierre qui forme contraste avec les édifices voisins; c'est qu'au xve siècle les architectes employèrent presque exclusivement l'« arkose » du pays, grès à gros grain, moins dur et d'une utilisation plus aisée que la lave.
Au cours du récent congrès que la Société française d'Archéologie a tenu dans la région (1), M. Marcel Aubert a cru pouvoir arriver à cette conclusion que l'église Notre-Dame-du-Port à Clermont-Ferrand doit être considérée comme le type de la plupart des églises construites à l'époque romane.
La découverte, faite il y a quelques années, de la crypte romane de la cathédrale de Clermont-Ferrand dont les dispositions, très analogues à
(1) Les travaux poursuivis à ce Congrès feront l'objet du 87e volume publié par la Société française d'Archéologie qui contiendra des études complètes sur les principaux édifices de la Basse-Auvergne.
Clermont-Ferrand. Notre-Dame-du-Port.
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celles des autres cryptes auvergnates, permettent de supposer avec beaucoup de vraisemblance ce qu'était la cathédrale romane, amène à penser
yeux s'habituent à cette demi-obscurité et la sobriété des lignes, la proportion heureuse des supports et des arcs se précisent et s'affirment.
L'église se compose d'une nef précédée d'un narthex et recouverte d'une voûte en berceau en plein cintre, sans doubleaux. Elle est accostée de bas-côtés voutés d'arêtes et surmontée de tribunes dont les voûtes en quart de cercle contreburent celle du vaisseau central. Le carré du transept est surmonté d'une coupole sur trompes; le chœur est entouré d'un déambulatoire sur lequel s'ouvrent quatre chapelles rayonnantes; la crypte située sous le chœur offre le même plan. Nulle décoration, sauf les chapiteaux historiés, n'interrompt l'austérité du vaisseau.
M. Louis Bréhier, qui a étudié (1) avec infiniment de pénétration ces chapiteaux, les a divisés en trois catégories suivant le genre de décoration dont ils sont ornés. Les uns, purement décoratifs, semblent d'inspiration antique et nous montrent des feuilles
Clermont-Ferrand. Notre-Dame-du-Port. Portail Sud.
que cet édifice fut, avec Notre-Dame-du-Port, le modèle de presque toutes les églises importantes.
Notre-Dame-du-Port. — Fondée au vie siècle par l'évêque de Clermont, saint Avit, l'église du Port, ou Notre-Dame-du-Port, fut dédiée dès cette époque à la Vierge et son sanctuaire fut fréquenté, au cours des siècles suivants, par de telles foules de pèlerins qu'elle est fréquemment appelée dans les textes «Notre-Dame la Principale». Bien que les documents précis fassent à peu près entièrement défaut pour reconstituer l'histoire de la construction de l'édifice, on peut déduire d'un texte de 1185 que les travaux étaient alors en pleine activité et que, si l'édifice, le narthex notamment, peut remonter au début du xue siècle, la plus grande partie de l'œuvre est postérieure à 1150 (1).
L'impression du visiteur, qui pénètre dans Notre-Dame-du-Port et dans la plupart des églises auvergnates, est celle du mystère et du recueillement que cause le manque d'éclairage. Peu à peu les
(1) Ces renseignements nous ont été donnés par M. Marcel Aubert qui a bien voulu nous communiquer les notes précises, réunies par lui à l'occasion du dernier Congrès archéologique. Qu'il accepte ici nos très amicaux remerciements.
Clermont-Ferrand. Notre-Dame-du-Port. Abside.
d'acanthe, des femmes ailées, où l'on retrouve le reflet des victoires de la colonne Trajane ou de l'arc de Constantin, des griffons assis ou affrontés qui symbolisent peut-être l'Eucharistie,
(1) Revue de l'Art Chrétien, 1912.
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des génies ailés et affrontés, des atlantes aux jambes croisées, des centaures même, des oiseaux décoratifs inspirés nettement d'étoffes orientales.
D'autres, que M. Bréhier appelle allégoriques, sont sculptés de personnages aux gestes souvent obscurs, mais que des inscriptions permettent d'interpréter. Sur l'un, nous voyons un homme dont le cou est entouré d'une corde que tire un démon : c'est le Vice qui change l'homme en animal et se présente sous des formes aimables pour l'entraîner. Ailleurs, c'est l'Usurier conduit en enfer par le Diable, accompagné de l'inscription : Mile artifex (le Diable) scripsit : tu periisti Usura. Sur un autre chapiteau, c'est l'illustration de la Psychomachie, combat symbolique des Vertus et des Vices : les premières sont représentées par des guerriers revêtus du casque rond et de la cotte de mailles, armés de la lance et du bouclier; les Vices terrassés font des gestes symboliques : la Colère se transperce de son glaive, Ira se occidit, dit l'inscription.
La troisième série de chapiteaux historiés représente des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament. Ici, deux évangélistes, Marcus Johannes, là, le combat des anges et démons aux cheveux hérisssés et à la ceinture festonnée; ailleurs la Tentation du Christ reconnaissable à un nimbe crucifère, accompagné d'un ange tenant un encensoir
Clermont-Ferrand. Notre-Dame-du-Port.
Expulsion du Paradis terrestre.
et de Satan; ailleurs, enfin, l'histoire d'Adam et Eve: la Faute, le Seigneur nimbé, l'Expulsion, les arbres couverts de fruits du paradis terrestre que garde un ange.
Aussi beaux que celui d'Adam et Eve sont les deux chapiteaux qu'illustre l'histoire de la Vierge. Sur l'un nous voyons le temple de Salomon à côté duquel Zacharie en costume d'évêque tient
un encensoir, tandis que l'Ange prononce les paroles de la prédiction de la naissance de saint Jean-Baptiste, d'après saint Luc: Ne timeas Zacharia Johannes Exsaudita est oratio tua. Johannes est nomen. Sur les autres faces du chapiteau, l'Annonciation, la Visitation et l'Inquiétude de saint Joseph, et enfin, ce qui donne une importance toute particulière à cette œuvre, la signature du sculpteur: Robertus me fecit. L'autre chapiteau, du même artiste évidemment, raconte la Dormition de la Vierge d'après les récits apocryphes: le Christ enlevant sa mère au Paradis représenté par un édifice à créneaux, dont la porte est fermée; il est accompagné de deux anges, l'un tenant un livre et l'autre un gonfanon; les deux inscriptions Maria hon[orata] in celum et Ecce libro vite Ecce Maria [est] nobis asc[ripta] expliquent la scène.
Il y a longtemps que ces chapiteaux historiés ont attiré l'attention des artistes et des archéologues; longtemps on a voulu leur assigner une date très ancienne en raison de la médiocrité des proportions, de la gaucherie des gestes. Mais, si l'on y regarde de près, on s'aperçoit vite qu'il n'y a là que maladresse d'exécutant s'essayant à rendre, dans une pierre difficile à travailler, des personnages habillés de costumes que nous connaissons
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Issoire. Eglise Saint-Paul.
d'autre part, pour être du xie siècle. On a dit que les proportions trapues des personnages tenaient à ce que les sculpteurs avaient sous les yeux des stèles gallo-romaines où l'on retrouve, en effet, des proportions analogues: cela est certain; mais il faut songer aussi que ces artistes, jeunes dans leur métier, avaient la tendance naturelle, qu'on retrouve chez les enfants s'essayant à dessiner, de grossir la tête pour pouvoir représenter avec plus de détails les traits du visage.
De ces diverses raisons et de l'étude comparative de ces sculptures avec celles d'autres régions de la France, où des textes ont permis de dater les œuvres, on peut déduire que les chapiteaux de Notre-Dame-du-Port, comme ceux des autres églises de l'Auvergne, ont été exécutés dans la seconde moitié du xie siècle. Celui qui est signé de Robert et ceux qui peuvent être attribués à cet artiste,
Issoire. Crypte de l'Eglise.
semblent même devoir être assignés aux dernières années du siècle.
Si nous passons à l'extérieur de l'église, nous nous arrêterons tout d'abord devant le portail historié qui s'ouvre au sud (v. p. 226). Sur le tympan est sculptée la vision d'Isaïe qui annonce la Conception. Dieu le Père, assis sur un trône et bénissant, est entouré de deux séraphins à six ailes avec le lion et le bœuf symboliques. Au linteau, dont la partie supérieure est à deux rampants, suivant une forme assez particulière à l'Auvergne (1), l'artiste a représenté l'Adoration des Mages, la Présentation au Temple et le Baptême du Christ. Si certaines des figures de ce portail sont d'un art très voisin de celui des chapiteaux de l'intérieur et peuvent même être attribués à la main de Robert (Isaïe, saint Jean-Baptiste notamment), il semble bien que la qualité des autres doit les faire dater des premières années du xie
Cl. Garat
Royat. Eglise, façade Sud.
siècle, époque à laquelle les travaux de l'église n'étaient pas entièrement terminés.
L'extérieur de 'Notre-Dame-du-Port, n'était ce portail sculpté, est d'une grande simplicité. La façade occidentale est profondément enchassée dans les constructions qui l'enserrent, laissant à peine apparaître la tour carrée qui surmonte le narthex; sur les façades latérales, à la partie inférieure, de grandes arcades aveugles renforcent puissamment les murs; au-dessus, une arcature continue, à l'étage des tribunes, forme une sorte de frise au-dessous des corbeaux qui soutiennent les rampants du toit.
C'est le chevet de l'édifice surtout qui attire;
(1) On retrouve cependant cette forme, en dehors de l'Auvergne, à Meillers notamment dans l'Allier, et au magnifique portail de Conques en Rouergue.
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Saint-Nectaire. Ensemble de l'Eglise.
le parti heureux, que l'architecte de Notre-Dame-du-Port a trouvé et que tous ses imitateurs des grandes églises auvergnates n'ont pas manqué de conserver intégralement, a l'éminente qualité de faire apparaître à l'extérieur du monument toutes les parties intérieures.
Cet échelonnement de toits aux formes diverses reposant sur les reins des voûtes sans l'intermédiaire de charpentes, donne aux chevets des églises d'Auvergne un aspect vraiment pittoresque. Si l'on ajoute à cela la proportion heureuse des baies que surmonte, comme un sourcil, un cordon de billettes continu, la variété des modillons, l'élégance des contreforts-colonnes soutenant les absidioles, on se persuadera aisément qu'à l'époque romane l'Auvergne a possédé un type d'édifice d'une rare qualité architecturale.
Si nous avons décrit, avec quelques détails, l'é-
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Saint-Nectaire. La légende de Saint Nectaire.
glise Notre-Dame-du-Port, c'est, nous l'avons dit, qu'elle peut être considérée comme le type des grandes églises romanes auvergnates; dans les édifices que nous allons passer en revue, nous retrouverons les mêmes caractéristiques de construction et de décoration; ces églises forment un groupe très homogène, dont on peut résumer ainsi les particularités:
La nef étroite et élevée, accompagnée de bas-côtés, est voûtée d'un berceau en plein cintre. Un narthex la précède dont une vaste tribune occupe
Saint-Nectaire. La Cène.
le premier étage. Les bas-côtés sont surmontés de tribunes dont les voûtes contrentent le vaisseau central, le carré du transept est recouvert d'une coupole sur trompes; le chœur est terminé par une abside en cul-de-four et entouré d'un déambulatoire sur lequel s'ouvrent des chapelles rayonnantes. A l'extérieur, on remarque les grands arcs aveugles renforçant les murs des bas-côtés, l'admirable étagement des chevets, les clochers octogones surmontant le carré du transept. La décoration enfin comporte des chapiteaux historiés et des imbrications de pierre de couleur.
Nous ne possédons, au sujet des églises de l'Au-
Phot. M. Aubert
Saint-Nectaire. Notre-Dame du Mont Cornadore.
vergne que des données imprécises sur l'époque de leur construction; mais il semble bien que l'église Notre-Dame-du-Port soit, après Chamalières près Clermont, le Moulter à Thiers et Glaine-Montégut, la plus ancienne, et qu'elle ait servi de modèle aux autres.
Saint-Paul d'Issoire — La grande église Saint-Paul d'Issoire reproduit avec plus d'ampleur le plan de Notre-Dame-du-Port. Nous n'y reviendrons pas. La photographie que nous donnons de sa crypte permet de se rendre compte de ce que sont ces petits vaisseaux souterrains aux lourdes colonnes cylindriques, aux voûtes d'arêtes puissantes, où le défaut d'éclairage ajoute au recueillement du lieu. A l'extérieur, c'est aussi la même construction et la même décoration qu'à Clermont: grandes arcades aveugles, arctures décoratives, massif rectangulaire du carré du transept, clocher octogone.
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Nous remarquerons cependant la chapelle rayonnante située dans l'axe de l'édifice dont le plan carré est tout à fait exceptionnel. La série des chapiteaux historiés, moins importante qu'à Notre-Dame-du-Port, est d'une qualité peut-être inférieure : toutefois ceux qui représentent la Cène et la Transfiguration méritent une attention toute spéciale.
Royat. — L'église de Royat, construite sur un contrefort d'une des vallées qui descendent sur Clermont-Ferrand, doit à sa situation la particularité d'avoir été fortifiée au début du xme siècle, probablement pour commander la plaine qu'elle domine. Une ceinture de puissants machicoulis, supportant un chemin de ronde défendu par des créneaux, lui donne sa silhouette si pittoresque. Bien qu'elle ne comprenne ni bas-côtés ni déambulatoire, nous y retrouvons néanmoins quelques-unes des caractéristiques des églises auvergnates : à l'intérieur la tribune du narthex notamment, à l'extérieur la tour octogone sur le carré du transept, refaite d'ailleurs à l'époque moderne, et l'abside circulaire. Un chapiteau historié d'une iconographie restée longtemps obscure vaut d'être signalé : c'est celui où est représenté Ezéchiel qui se rase, sur l'ordre de Dieu, la barbe et les cheveux, puis les pèse dans une balance pour en faire trois parts : l'une destinée à être brûlée, l'autre à être jetée au vent, la troisième à être conservée dans son manteau, symbole de la ruine de Jérusalem et de la punition du peuple d'Israël (1).
Saint Nectaire. — Pas plus que pour les autres édifices romans d'Auvergne, nous ne savons l'époque à laquelle fut construite la belle église de Saint-Nectaire. Admirablement située au sommet d'une montagne abrupte qu'elle couronne de ses trois tours, c'est un des joyaux de notre architecture romane. Là encore, Notre-Dame-du-Port a servi de modèle. Toutefois, le narthex est accosté de deux tours carrées ouvertes seulement de baies géminées à l'étage supérieur. La façade occidentale, simple et sévère dans sa nudité, en retire un ca-
(1) E. Mâle. L'Art religieux du xue siècle en France, p. 24 et 25.
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ractère particulièrement impressionnant. A l'intérieur, des piliers ronds séparent la nef des bas-côtés; les peintures qui décorent ces colonnes et leurs chapiteaux, sans remonter à l'époque de la construction, sont cependant d'une date ancienne à l'encontre de la plupart des autres églises de la région, qui ont été, au début du xixe siècle, si mal-encontreusement «barbouillées» par des restaurateurs peut-être bien intentionnés, mais trop zélés.
Mozac. L'Eglise, bas-côté Nord.
Un des attraits de Saint-Nectaire est assurément sa magnifique série de chapiteaux historiés, au nombre de vingt-deux, où sont sculptés sans plus d'ordre logique, d'ailleurs, qu'à Notre-Dame-du-Port, des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament (1). Nous rappellerons rapidement les sujets qui y figurent, en partant du bas-côté Sud pour faire le tour du déambulatoire et revenir au bas-côté Nord.
Le premier chapiteau représente la Tentation du Christ dans le désert, puis nous voyons le
(1) Ces chapiteaux ont été analysés en détail notamment par M. Du Ranquet, Congrès archéologique de Clermont-Ferrand, 1895, p. 248-268 et l'Abbé Roebias, Bulletin Monumental, 73e vol., 1909, p. 213-242.
Mozac. Les Saintes Femmes au tombeau.
Christ sous la figure du Prince de la Paix, d'après la prédiction d'Isaïe, le Bon Pasteur, trois figures symboliques du Démon. Le premier chapiteau du déambulatoire, sculpté sur ses quatre faces, nous montre le tombeau du Christ gardé par les soldats romains, la descente aux Limbes, les Saintes Femmes au tombeau. Le tombeau est un petit édicule à deux étages, ouverts de petites baies en plein cintre; c'est assurément une interprétation du mausolée antique. Puis nous trouvons le pécheur enchâiné par Satan, le Jugement dernier, le Christ et Zachée, saint Michel séparant les élus des réprouvés, les Passions domptées par le chrétien, la légende de saint Nectaire, l'évangélisateur de
Cl. A. Mayeux
Mozac. Linteau de l'ancienne porte.
l'Auvergne, où est figurée l'église même construite sur le tombeau du saint (v.p. 230): ce chapiteau a
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servi à reconstituer le clocher central détruit à la Révolution. Au chapiteau voisin est représentée la Cène (v.p. 230) où chaque pain est timbré d'une croix, c'est l'institution de l'Eucharistie d'après saint Matthieu et, à côté, la Transfiguration, puis l'Arrestation du Sauveur, la Flagellation, la Rencontre du Christ et de sa mère, l'Incrédulité de saint Thomas, le convive chassé du festin d'après saint Matthieu, les Vices, Moïse retiré du Nil et enfin la Trinité représentée par trois personnages dont deux imberbes, qui regardent l'un au Midi, l'autre à l'Orient, le troisième à l'Oc-cident.
On ne peut quitter l'église de Saint-Nectaire sans visiter ce qui reste du trésor fort riche qu'elle possédait jadis et où trois pièces doivent être signalées : les plats d'une reliure en orfèvrerie, le buste reliquaire de saint Baudime et une statue de la Vierge (1).
Les plats de reliure sont une œuvre limousine du xme siècle dont l'un des côtés est orné d'un Christ en croix de cuivre émaillé, jadis accompagné de la Vierge et de saint Jean, remplacés au cours d'une restauration postérieure par un ange et une sainte.
Le buste de saint Baudime, haut de 0 m. 73, est en bois de chêne recouvert de cuivre doré sauf la tête et le cou qui sont en cuivre repoussé. Les yeux sont en ivoire à la prunelle de corne noire, les cheveux forment des mèches rigides terminées par une boucle, la barbe est soigneusement marquée par un pointillé. C'est aussi une œuvre li-
Cl. A. Mayeux
mousine, de la fin du xme siècle sans doute, qu'on peut rapprocher des bustes de Nexon, de St-Yrieix,
(1) Marquis de Fayolle, Le Trésor de l'Eglise de Saint-Nectaire, Congrès archéologique de Clermont-Ferrand, 1895, p. 292-306.
Ennezat. Nef de l'Eglise.
de Soudeilles en Limousin et de celui de saint Chaffre au Monastier (Hte-Loire) qui est sans doute plus ancien.
La Vierge de Saint-Nectaire appelée Notre-Dame du Mont-Cornadore, du nom ancien de la localité (v.p. 230) appartient au type courant des vierges auvergnates. La Mère de Dieu est représentée, la tête recouverte d'un voile, assise sur un petit siège à arcades romanes tenant l'enfant Jésus entre ses genoux au milieu de son corps; sa pose hiératique, la gravité de l'enfant font penser, comme l'a remarqué M. Mâle, aux grandes vierges des mosaïques d'Orient. Le manque de proportion du visage et des mains de la Vierge montre quelle inexpérience avait encore le sculpteur. Tail-lée dans du cœur de chêne, elle est recouverte d'une sorte de toile marouflée destinée à empêcher le bois de jouer et à recevoir la peinture qui a été malheureusement fortement restaurée.
Ce type de Vierge qui provient sans doute d'un modèle ancien, cette « majesté de Sainte Marie » dont un inventaire du xe siècle nous révèle la
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présence à la cathédrale de Clermont-Ferrand (1), a laissé en Auvergne un certain nombre d'exemplaires intéressants. Sans parler de celle d'Orcival sur laquelle nous reviendrons tout à l'heure; on en rencontre de presque semblables à Mailhat, à Marsat, à Ronzières dans le seul département du Puy-de-Dôme (2).
Saint-Saturnin. — L'église de Saint-Saturnin offre avec celles que nous avons déjà décrites les analogies les plus grandes. Toutefois, l'absence de narthex et de chapelles rayonnantes sur le déambulatoire lui donne un aspect un peu différent extérieurement. Nous retrouvons cependant le même parti d'arcatures aveugles décoratives dont les claveaux alternativement blancs et noirs sont une exception dans la Basse-Auvergne, alors qu'on rencontre fréquemment cette disposition en Velay et notamment à la cathédrale du Puy. Les quelques travées de cloître du prieuré qui subsistent au
(1) E. Mâle. L'Art religieux du xiv siècle en France, p. 285.
(2) M. Mâle et M. Bréhier ont signalé des Vierges du même type à Sainte-Marie-des-Chazes, à Notre-Dame des Tours, à Saulgues en Haute-Loire, au Musée de Rouen, provenant de Brioude, à Bredons et à Colompize dans le Cantal, à Chappes et à Meillers dans l'Allier.
Thiers. Pignon de l'Eglise.
Sud de l'église, l'ancienne petite chapelle connue sous le nom de baptistère, son château du xve siècle et sa belle fontaine du xviiie siècle, font de Saint-Saturnin un des bourgs les plus pittoresques que l'on puisse voir.
Mozac. — Des édifices romans que Riom a possédés, il ne subsiste que la nef de l'église Saint-Amable conçue suivant les mêmes principes que nous avons déjà étudiés mais très fortement altérée par les restaurations successives. Nous n'y insisterons pas.
Par contre à quelques kilomètres de Riom, dans la plaine de la Limagne, se trouve la belle abbatiale de Mozac qui mérite une mention toute particulière. Fondée à la fin du vriie siècle, l'abbaye fut détruite par les Normands. L'église actuelle rebâtie au xive siècle, reproduisait toutes les dispositions des grandes églises auvergnates comme ont permis de le reconnaître les fouilles pratiquées il y a quelques années; mais au xve siècle le choeur fut reconstruit et la nef fut revoutée au xviiie siècle.
Les chapiteaux historiés de Mozac sont assurés
Courpière. Carré du Transept.
Chauriat. Eglise, côté Sud.
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ment les plus remarquables que l'Auvergne ait produits. Ceux de l'ancien déambulatoire principalement, déposés dans les bas-côtés, prouvent que l'artiste, qui les a sculptés, avait profité des leçons de ses devanciers de Notre-Dame-du-Port et de Saint-Nectaire et qu'il avait peut-être vu aussi des églises de la Bourgogne, dont on retrouve une influence lointaine dans les chapiteaux à palmettes, à feuilles d'acanthe et à têtes stylisées. La meilleure proportion des figures, leur expression et leurs attitudes plus naturelles en font des œuvres du plus haut intérêt. Nous signalerons surtout près du transept l'histoire de Jonas et, dans le bas-côté Nord, l'histoire de Tobie, enfin, parmi les chapiteaux déposés, les Saintes Femmes au tombeau (v.p. 232); il faut noter aussi le linteau d'une ancienne porte de l'église dont la partie supérieure forme deux rampants suivant l'usage fréquent en Auvergne et où figure une Vierge assise du type des Vierges en bois, entre saint Pierre, saint Jean et trois abbés.
De son ancien trésor Mozac possède encore des pièces importantes dont la plus intéressante est la châsse de saint Calmin. C'est une de plus magnifiques œuvres que Limoges ait produites au xue siècle. De très grande dimension, 0 m. 82 de longueur, elle représente d'un côté la Crucifixion avec la Vierge et saint Jean, un Christ de majesté et les douze Apôtres, toutes figures en relief sur le fond émaillé. De l'autre côté les sujets simplement réservés et dorés, sans relief, racontent l'histoire de saint Calmin, gouverneur d'Auvergne, du Velay et du Gévaudan et de sa femme Namadie. Les légendes, qui accompagnent ces scènes, en permettent facilement l'interprétation. C'est ainsi que nous voyons saint Calmin fondant les abbayes de Calminiacaum (aujourd'hui le Monastier en Haute-Loire), puis Tulle, puis Mozac. Enfin Calmin et Namadie meurent saintement,
Orcival. Chevet de l'Eglise.
leur âme s'élève au ciel d'où sort la main de Dieu. Sur le troisième côté, on peut lire l'inscription Petrus abbas Mauziacus fecit capsam precio, qui a permis de dater la châsse de la deuxième moitié du xue siècle (v.p. 233).
Nous ne pouvons décrire toutes les églises romanes du Puy-de-Dôme, mais on ne saurait cependant se dispenser de visiter Ennezat, avec sa belle nef d'une si grande simplicité, Besse-en-Chandesse dont seule aussi la nef est romane, Courpière qui offre une si curieuse disposition de la coupole du transept, Saint-Genies à Thiers, Chauriat dont les mosaïques de pierre offrent une authenticité que les travaux de restauration ont souvent fait perdre à celle des autres édifices, et surtout Orcival si pittoresquement situé.
Orcival — A Orcival, c'est encore Notre-Dame-du-Port que nous voyons reproduite, c'est l'admirable étagement de l'abside, le clocher octogone, les incrustations de pierre de couleur, la beauté simple et nue des lignes. C'est aussi la célèbre Vierge, du même type que celle de Saint-Nectaire, mais d'une facture plus soignée et mieux proportionnée. Sculptée dans du bois de chêne, elle est recouverte de feuilles d'argent sauf la figure et les mains qui