Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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Numéro 18
BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE •
L'INSTITUT ALLEMAND D'HISTOIRE DE L'ART DE FLORENCE
Le gouvernement allemand avait, avant la guerre, installé, à Florence, un Institut d'Histoire de l'Art, doté d'une riche bibliothèque. Mise sous séquestre pendant la guerre, la bibliothèque avait été soigneusement conservée dans les locaux de la surintendance royale des Musées. Elle vient d'être rouverte solennellement au public, le 8 octobre. L'étiquette allemande n'y figure plus, et c'est un savant suisse, le Docteur Henri Bodmer, qui a été nommé directeur de l'Institut ressuscité. Celui-ci a déclaré que la bibliothèque serait ouverte aux étudiants de toute nationalité. Elle est installée d'ailleurs dans les bâtiments mêmes du Palais des Offices, dans une place de choix que, selon le Corriere della Sera du 9 octobre, auquel nous empruntons ces détails, bien des institutions italiennes peuvent lui envier.
Le même journal remarque qu'à la cérémonie d'ouverture, devant un public composé en grande partie d'Allemands, le nouveau directeur, en remerciant le gouvernement italien de sa généreuse hospitalité, a apporté le salut du Dr Wilhelm Bode, dont la diplomatie avait su, au cours de l'année écoulée, obtenir ce résultat. Il ajoute que ce n'est là qu'un épisode de la campagne menée par l'ancien directeur des Musées de Berlin, en faveur de la propagation de la culture germanique en Hollande, en Danemark, en Suisse, etc.
La première communication faite devant l'Institut était due au Dr Peleo Bacci, surintendant des monuments de la province de Pise, qui a parlé de la petite église pisane de San Giorgio dei Teutonici et d'un crucifix sculpté par un artiste allemand qu'elle possède.
Certes, nous ne contestons ni l'habileté qu'il a pu y avoir à assurer à tout venant l'usage d'un merveilleux instrument de travail comme l'est certainement la bibliothèque allemande, non plus que le mérite des travaux des savants tels que le Dr Bode, sur l'art italien, qu'ils considèrent un peu comme une de leurs provinces scientifiques. Mais il y a tout de même, dans cette hospitalité officielle, quelque chose qui dépasse un peu la mesure, et la propagande allemande est trop sensible en tout ceci, malgré les changements d'étiquettes.
Nous avons, nous aussi, à Florence, un Institut français qui est en liaison avec l'Université de Grenoble. Notre regretté Emile Bertaux s'y était intéressé avant 1914, alors qu'il professait à Lyon. Il est dirigé aujourd'hui par M. Graillot, qui fut professeur d'Histoire de l'art à l'Université de Toulouse, et par notre confrère Gustave Soulier. Dirons-nous qu'il ne fait peut-être pas assez parler de lui ? Mais a-t-il les mêmes ressources et les mêmes appuis, partant la même activité que son confrère si bien outillé et logé? Il est bon que l'on se préoccupe chez nous de cette concurrence et que nos amis Italiens, d'autre part, ne laissent pas les Docteurs des Universités allemandes et les élèves des signataires du Manifeste des 93 se tailler une trop belle part dans leurs palais.
NOUVELLES
Ecole du Louvre. — Le 13 octobre, Mlle Marcelle Werbrouck, licenciée en art et archéologie de l'Université de Bruxelles, a soutenu avec succès une thèse pour le diplôme de l'Ecole du Louvre, sur La place des statues dans les tombeaux de l'ancien empire égyptien.
Le 7 octobre dernier, a été inaugurée, à Niederbruck, la statue La Vierge à l'offrande, œuvre de M. Antoine Bourdelle.
L'ouvrage de notre collaborateur, M. René Bran-cour, sur l'Histoire des instruments de musique a été récemment couronné par l'Académie française. (Prix Montyon).
Les clefs de la ville de Lyon. — La ville de Lyon avait, sous Napoléon Ier, fait exécuter trois clefs
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de vermeil, d'après les modèles fournis par le statuaire lyonnais Chinard. Deux de ces clefs furent emportées, en 1814, par les Autrichiens, la troisième resta à Lyon. Au lendemain de l'armis'ice, M. Herriot, maire de Lyon, demanda au gouverne nent français de réclamer à l'Au triche la restitution des clefs en question. Après de longues négociations, l'affaire serait en voie de solution.
Société des amis de Vaison. — Tous ceux qui ont parcouru le comtat venaissin, se souviennent de la petite ville de Vaison.
Le magnifique pont romain qui enjambe l'Ouvèze de son arche unique, les ruines du théâtre antique, d'où sont sorties des statues si importantes, la belle cathédrale à trois neufs et les vestiges imposants du château des comtes de Toulouse retiennent l'attention de l'archéologue, tandis que le site, au charme virgilien, ravit l'humaniste.
On sera heureux d'apprendre qu'une Société des Amis de Vaison, est en voie de se constituer. Grâce à un généreux donateur, le regretté Paul Buffaven, va bientôt s'ouvrir un musée, dont M. Jules Formigé, architecte en chef des monuments historiques, a dressé le plan, et dont l'abbé Sautel est le conservateur tout désigné.
Nous espéons que les admirateurs de Vaison répondront nombreux à l'appel que leur adresse le comité d'organisation, présidé par M. Ulysse Fabre, maire de Vaison, et nous souhaitons que cet exemple soit suivi partout où le charme du pays joint aux richesses archéologiques qu'il contient, mérite d'attirer l'attention générale.
Un portrait du Dante. — Un portrait du Dante, datant de la deuxième moitié du xve siècle, passé au-delà des Alpes, on ne sait quand, a été ramené en Italie par le commandeur Leo S. Olschki lequel, à prix d'or, est parvenu, chez un antiquaire berlinois, à le soustraire à la curiosité avile des collectionneurs américains. C'est un tableau sur bois de petit format qui représente le poète de profit tourné à gauche. Vu la rareté des documents iconographiques anciens, il apparaît au Giornale Dan'esco, qu'un tel portrait est d'autant plus précieux qu'il peut être considéré comme la première expression d'un très ancien type intermédiaire disparu, qui devait réunir quelques-uns des caractères des fameuses miniatures du manuscrit Riccardi et du petit tableau à la détrempe de l'école florentine de ce même xve siècle, qui fut autrefois faussement attribué à Orcagna et qui fait partie de la collection Trivulzio. Le portrait rapatrié, dont la vive expression de mélancolie pensée se rapproche du masque et de la description de Boccace, confirme l'existence déjà soupçonnée d'un pareil type intermédiaire. Quant à son attribution, il faut, semble-t-il, exclure l'école florentine et en chercher plutôt l'auteur parmi les artistes lombards de la deuxième moitié du xv° siècle.
Une exposition d'art français à New-York. — Aurons-nous une exposition d'art français à New York avant la fin de l'année? M. Bartlett, statuaire américain, associé étranger de l'Académie des Beaux-Arts, en a proposé l'idée à ses collègues, au nom de l'Académie américaine des Sciences, Lettres et Arts.
L'Académie a accepté à l'unanimité le principe de sa participation.
L'exposition aurait lieu à l'occasion du troisième centenaire de la fondation de New-York, et pour rappeler que les premiers habitants, venus d'Avesnes en 1623 étaient des Français.
Une exposition de portraits vénitiens. — On annonce l'ouverture prochaine, à Venise, d'une exposition de portraits vénitiens du xixe siècle. C'est le palais Pesaro qui abrite-a cette manifestation d'art et lui prêtera un cadre de style Empire et Restauration qui contribuera à donner aux œuvres exposées toute leur saveur.
Jusqu'à présent, les manifestations de ce genre, en Italie, n'avaient que timidement abordé le xixe siècle. C'est donc un nouveau siècle que revendique aujourd'hui l'histoire. Nous saurons bientôt quelle figure feront, dans la ville des Doges, les arrière-petits-fils du Titien et du Tintoret.
Une exposition d'art appliqué en Espagne. — A Barcelone, s'est ouverte récemment une exposition d'art appliqué consacrée au mobilier. M. Paul Léon, directeur des Beaux-Arts, accompagné d'une délégation française, a visité l'exposition qui témoigne d'une véritable rénovation des industries d'art espagnoles.
Une exposition de primitifs anglais. — Il vient de s'ouvrir à Londres, au Burlington-Club, une exposition d'art médiéval anglais qui, à côté d'œuvres déjà classées, a le mérite de montrer quelques œuvres peu connues. Mais l'intérêt primordial de cette manifestation réside, pour les critiques anglais, dans la mise en lumière d'une tradition artistique anglaise qui commencerait à se révéler, au xe siècle, aux pages du bénéficiaire de Saint Aethelwold et s'épanouirait dans l'école de peinture du xvii° siècle.
Vente des doubles de l'Albertine. — Du 20 au 22 novembre aura lieu une nouvelle vente des doubles de la célèbre collection de l'Albertine de Vienne. Elle comprendra une magnifique série de gravures anglaises du xvii° siècle, notamment de superbes portraits d'après Sir Joshua Reynolds, et un choix des plus belles gravures de F. Bartolozzi, sans compter quelques remarquables spécimens de la gravure française du xvii° siècle.
Vol de tapisseries à Versailles. — Dans la nuit du 21 au 22 octobre, des malfaiteurs que la police n'a pu encore retrouver, ont pénétré par escalade dans les Grands Appartements du Palais de Versailles, par une fenêtre de la façade qui regarde le parterre Nord. Ils ont décroché et dérobé dans le Salon de Mercure deux des grandes tapisseries de l'Histoire du Roi, qui y étaient exposées. Ces pièces appartiennent à la série exécutée entre 1668 et 1672, d'après Le Brun : l'une représente l'Entrée de Louis XIV à Dunkerque, le 2 décembre 1662. Elle mesure 3 m, 48 de hauteur, sur 5 m, 97 de largeur; l'autre, figure le Siège de Douai, en l'année 1663. Elle mesure 3 m, 54, sur 5 m, 89.
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ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
Séance du 5 octobre
Lecture est donnée d'une lettre dans laquelle M. Montel annonce à la Compagnie que, grâce à la subvention qui lui a été accordée par l'Académie, il a pu reprendre les fouilles qu'il a entreprises, à Byblos.
M. Ch. Virolleaud présente un résumé des travaux qui ont été exécutés cette année par le service des antiquités du haut-commissariat de France en Syrie. L'action du service a pu s'étendre au nord jusque dans la haute vallée du Khabour, et au sud jusqu'aux confins de l'Irak et au djebel Druze. La citadelle d'Alep, jadis occupée par une garnison turque, et par suite inaccessible aux archéologues, a été explorée pour la première fois. Parmi les documents très nombreux qui ont été recueillis sur la côte de Phénicie, il y a lieu de mentionner particulièrement un torse de statuette, dont la poitrine et le dos sont couverts de formules cabalistiques, les unes en grec et les autres en cryptogrammes dérivés de l'écriture hiéroglyphique.
Divers travaux ont été consacrés, cette année, comme les précédentes, aux monuments des croisades. Dans la seule région de Tripoli, quatre églises ou chapelles du moyen-âge, non signalées jusqu'à ce jour, ont pu être étudiées, notamment celle d'Amoun, qui est décorée de peintures d'une remarquable fraîcheur, et celle de Deddé, dont l'abside est ornée de scènes tirées de l'Evangile. Ces fresques sont, avec celles d'Abou-Gosh, en Palestine, les seules peintures qui aient été retrouvées jusqu'à présent dans le territoire de l'ancien royaume latin de Jérusalem.
M. Babelon commence la lecture d'un mémoire développé sur le monnayage de différentes villes d'Asie-Minueure au début du deuxième siècle avant notre ère, à la suite des victoires des Romains et de leur allié le roi de Pergame sur le roi de Syrie Antiochus III le Grand.
Séance du 19 octobre
L'Académie, après avoir discuté les titres des candidats à la direction de l'Ecole française de Rome, désigne, au choix du ministre, en première ligne, M. Emile Male et en seconde ligne, M. Carcopino.
Académie des Beaux-Arts
Séance du 20 octobre
L'Académie a choisi pour sujet du prix Bordin de cette année : "le Portrait en France depuis les Cloat jusqu'à Ingres".
L'Académie a entendu ensuite le rapport sur l'exposition des envois des grands-prix de Rome de sculpture.
Séance publique annuelle de l'Institut
du 25 octobre
M. André Michel, délégué de l'Académie des Beaux-Arts, fait une lecture sur Le Centenaire de Prudhon.
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Le Parc de Méréville. — Le grand financier Laborde avait créé à la fin de l'Ancien régime, à Méréville, près d'Etampes, un magnifique domaine dont le parc, dessiné par Hubert Robert, faisait l'admiration des contemporains. Selon la mode du temps, des colonnes, des temples, des tombeaux avaient été édifiés et habilement disposés pour plaire aux yeux ou porter les âmes à la mélancolie.
La destruction de ce merveilleux ensemble que la période révolutionnaire n'avait vue que s'ébaucher, le xixe siècle l'a vue peu à peu s'accomplir. Si le château reste à peu près intact, le parc ne conserve plus que de rares vestiges, à demi ruinés, de ce qui fit sa splendeur. Le délicieux temple de Bacchus a émigré dans un parc du voisinage, au château de Jeurre; les cascades sont taries, les grottes envahies par la végétation; presque seule des monuments créés par la fantaisie de l'artiste subsiste une colonne antique qui domine le vallon charmant où la Juine déroule ses méandres.
Le parc a été divisé en deux parties dont l'une vient d'être acquise par une société qui la destine au lotissement. Nous voudrions espérer qu'un riche amateur interviendra à temps et, prévenant le désastre, réussira à nous conserver un des rares spécimens d'une mode dont les jardins de Betz et d'Ermenonville sont les plus célèbres exemples qui nous restent.
NÉCROLOGIE
Le 7 octobre, est mort prématurément Maurice Pézard, attaché au département oriental du musée du Louvre. Il avait été chargé de fouilles à exécuter sur l'emplacement de l'ancienne ville de Kadeh, en Syrie. Il avait précédemment fait partie de la mission de Morgan et avait établi un remarquable catalogue des objets rapportés par la mission ainsi que de plusieurs séries orientales du musée.
Emile Bergerat, qui fut une des personnalités littéraires les plus marquantes de ce temps, vient de mourir. En outre, de ses œuvres poétiques et dramatiques, il aborda également la critique d'art. Il entra à ce titre au Journal Officiel, et publia, d'autre part, une série d'articles sur les principaux peintres et statuaires de notre époque, notamment une étude sur Paul Baudry, dont Théophile Gautier écrit la préface.
Nous apprenons la mort du peintre Iwill, de son vrai nom Marie-Joseph Clavel, sociétaire de la Société Nationale, dont le talent de paysagiste s'était fait connaître depuis une quarantaine d'années.
On annonce la mort du peintre suisse bien connu PAUL ROBERT. Neveu de Léopold Robert, il vécut dans sa jeunesse à Paris, où il travailla dans l'atelier de Gérôme. Son œuvre essentielle est la décoration de l'escaletier du musée de Neuchâtel, à laquelle le baron de Geymüller consacra une étude dans le numéro de la Gazette des Beaux-Arts, de juillet 1906.
Enfin, à Colmar, est décédé ces jours derniers, M. ANDRÉ WALTZ, bibliothécaire et conservateur du musée de cette ville. Il était le père du dessinateur alsacien, qui, sous le pseudonyme, qu'il a rendu populaire, de Hansi, a, avant la guerre, mené une si ardente campagne en faveur de la cause française.
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LA GALERIE DORIQUE DU CHATEAU-NEUF DE SAINT-GERMAIN et ses anciennes Grottes
Le « Château-Neuf » de Saint-Germain-en-Laye, bâti par Philibert de Lorme et les Androuet du Cerceau, de 1547 à 1604, est aujourd'hui, sauf les petits Pavillons dits « Henri IV » et « de Sully »,
Château-neuf de Saint Germain
Porte intérieure de la galerie Dorique transformée en niche au xvm° siècle.
complètement détruit. De ses six étages de terrasses et jardins qui descendaient jusqu'à la Seine, et que les contemporains comparaient, avec un juste orgueil, aux « Jardins suspendus de Babylone », il ne reste qu'un magnifique mur aux revêtements de briques, orné d'ovales de pierre vermiculés et une double rampe majestueuse au pied de laquelle monte, escarpée, la route dite « des Grottes ». A travers de pittoresques frondaisons, on aperçoit une ligne d'arcades cintrées en niches, de grand style, puis, deux belles portes, de l'époque de Henri IV, fort délabrées. Et voilà la relique de la « huitième merveille du monde » devant laquelle on passe indifférent.
Or, tout ceci représente les vestiges de la Terrasse Dorique, la troisième du Palais — la quatrième, la Terrasse Toscane, ayant été éventrée par la route, avec ses Grottes d'Orphée, d'Hercule et de Persée.
Ce vandalisme date de Louis-Philippe, qui, après le comte d'Artois et la Révolution, a consommé la ruine du « Château-Neuf ».
Le temps continue leur œuvre. Ces « restes du Château-Neuf » sont « classés », ce qui est une protection théorique contre la destruction, mais non contre le travail de la nature : sur les rampes, entre de larges espaces de pavés absents, l'herbe pousse drue, les infiltrations des pluies désagrègent, les belles arabesques de fer s'oxydent d'une façon qui sera bientôt irréparable ; non seulement des végétations folles, inoffensives, poussent dans les interstices des pierres, mais aussi de véritables arbres qui détruisent les parements dont la chute est une menace.
Et voilà que, sous cette ruine qui se présente encore avec la solidité majestueuse des constructions du Grand Siècle, s'étendent des galeries d'une magnifique conservation, que leur murage, partiel depuis un siècle et demi, total depuis un demi-siècle, dérobait à la curiosité des archéologues et des excursionnistes.
Château-neuf de Saint-Germain
Emplacement de la grotte de Neptune au fond de la galerie Dorique.
Ce sont ces restes vénérables que nous nous sommes mis en tête d'exhumer et de rendre à l'étude des savants.
Là se trouvaient, au centre, la Grotte du Dragon, au sud, la Grotte de Neptune, au nord, la Grotte des Orgues, trois merveilles des aménagements
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hydrauliques du florentin Francini, et dont les automates ont été décrits avec enthousiasme par Thomas Platter, « L'Espion Turc », André du Chesne, Dezallier d'Argenville, et surtout par Antoine l'Ainé, porte-arquebuse et valet de chambre de Louis XIII, dont notre Bibliothèque de Saint-Germain possède le « Journal » inédit.
Une jolie aquarelle de Dugoure, peinte en 1777 pour le comte d'Artois, et qui figure dans notre Musée Municipal, nous montre l'enfilade imposante de 116 mètres que présentait cette galerie avant la destruction du Château par ce prince. C'est elle qui nous a servi de guide dans nos recherches.
En faisant, avec l'autorisation de la Direction des Beaux-Arts, tomber les murs des deux parties « rampantes », nous avons trouvé, de chaque côté, de superbes salles d'architecture Louis XIV, bâties et voûtées de pierre de taille, en plein cintre, de 20 mètres de long, 6 mètres de large et 9 mètres de hauteur. Dans le fond de celle du sud, la niche, parfaitement conservée comme toute la salle, de la Grotte de Neptune nous est apparue (veuve, bien entendu, de ses personnages et machineries, car déjà en 1665, Louis XIV avait fait disparaître avec ces dernières la cause des éboulements), puis une arrière-salle, qui devait contenir les appareils de réglage.
Dans la salle du nord, derrière un avant-mur de soutènement, les ruines, beaucoup plus délabrées, mais très caractéristiques, de la fameuse Grotte des Orgues, où une « Damoiselle » tirait d'un instrument mu par des chutes d'eau, « des sons imitant le chant des oiseaux ».
Une déception nous attendait : la partie centrale de la galerie, s'étendant entre ces deux salles sur une longueur de 76 mètres, se trouvait, comme les arcades doriques extérieures, bouchées par des niches par lesquelles le comte d'Artois avait obtenu un plus fort soutènement pour le gigantesque palais qu'il projetait de bâtir à la place du « Château-Neuf ».
Deux mois de fouilles et de forages dans toutes les profondeurs, et de recherches aux Archives Nationales, nous ont démontré que cette partie centrale a été, en partie tout au moins, remblayée par le comte d'Artois. Autre déchéance : un ancien escalier, qui jadis devait relier le centre de la Galerie Dorique avec le « Château-Neuf », sert aujourd'hui de déversoir aux égouts de la ville.
« Sunt lacrymae rerum !... » Mais il n'y a pas qu'à pleurer sur ces splendeurs abolies ou déshonorées : nous en avons remis au jour une partie notable en sa structure intacte et magnifique. Il reste, autant que la solidité le comporte, et elle paraît grande, à dégager la partie centrale remblayée, soutenue non plus peut-être partout, par son ancienne voûte de pierres de taille, mais par une voûte très résistante en meulière et caillasse, qui, n'ayant plus à supporter le poids de l'énorme « Colisée » projeté par Belanger pour le comte d'Artois, serait suffisante à soutenir une terrasse où ne passe plus même le moindre charroi, à peine des promeneurs.
La Galerie Dorique, ainsi intégralement restituée, présenterait, avec ses deux salles extrêmes, un superbe vaisseau et de précieux usages artistiques en pourraient être tirés.
Ceci dépasse les moyens de la Société des « Amis du Vieux Saint-Germain » : nous renvoyons la question à la Direction des Beaux-Arts.
L. DE LA TOURRASSE.
Conservateur du Musée et de la Bibliothèque de la Ville de Saint-Germain-en-Laye,
Secrétaire-général des Amis du Vieux Saint-Germain.
MONUMENTS HISTORIQUES
Nièvre. — L'ancienne église Saint-Genest, à Nevers, désaffectée depuis la Révolution, aurait été peu à peu dépouillée des chapiteaux sculptés fort curieux de la fin du xve siècle, qu'elle conserve encore, si le classement ne l'avait mise désor-
Château-neuf de Saint-Germain La grotte de Neptune D'après une gravure ancienne.
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mais à l'abri des destructions. La porte du croisillon méridional, quoique très mutilée, offre à son linteau une figuration des douze apôtres, dont un seul subsiste intact. C'est une statuette remarquable que Mérimée, dans son enthousiasme, n'hésitait pas à comparer aux chefs-d'œuvre de la Grèce.
Puy-de-Dôme. — Les petites villes d'Auvergne doivent, à la qualité de leurs constructions en pierres dures, de posséder encore nombre de maisons anciennes, que l'on s'efforce de conserver intactes; elles font partie de l'aspect de ces cités. C'est ainsi qu'à Billom, on vient de classer la façade d'une maison, rue des Boucheries, avec sa curieuse porte en anse de panier, du xive siècle, et sa belle fenêtre rectangulaire à colonnettes; et une autre demeure du xve siècle, dont les jolies baies moulurées, surmontées d'arcs en accolades, attirent l'œil des artistes.
Indre-et-Loire. — Les deux maisons dites de La Chancellerie, à Loches, dont, après de longues négociations, on vient de classer les façades, comportent deux époques: l'une est du temps de François Ier., et on y voit, au-dessous d'une baie, un groupe sculpté provenant, croit-on, d'une ancienne cheminée, et représentant Hercule, Déjanire et le centaure Nessus; l'autre se rattache aux souvenirs laissés par Henri II dans la ville de Loches: on y voit, en effet, à la frise du premier étage, les deux D entrelacés et les dates de 1550 et 1551.
Abbaye de Lagrasse. — Le cloître.
Aude. — La très importante abbaye de Lagrasse, dont la fondation remonte à Charlemagne, conserve encore de sa splendeur passée des bâtiments considérables: l'église primitive en ruines, qui peut remonter au ix° ou au xe siècle; l'église de l'abbaye, du xii° siècle, remaniée au xiii° et au xiv° siècles; les bâtiments et le cloître, du xvii° siècle; les celliers, surmontés du dortoir; le logis abbatial, avec sa chapelle du xiii° siècle, et son petit cloître.
C'est cette dernière partie qui vient de faire l'objet d'un arrêté de classement, en y comprenant le transept nord de l'église; ces bâtiments appartenaient, en effet, à un particulier, et risquaient, à l'occasion d'une donation récente, d'être dépouillés des fragments encore importants de leur ancienne décoration. Le reste sera ultérieurement classé.
La petite chapelle fondée par l'abbé Auger de Gogeux, en 1290, ainsi que le rappelle une inscription gravée au-dessus de la porte, est couverte d'une charpente apparente. Des fresques, encore assez visibles, et représentant des saints, décoront les murs. Un très remarquable pavage en carreaux émaillés, du xiii° siècle, recouvre le sol; dans un angle, un petit édicule en marbre blanc forme crédence et armoire à reliques. Un vestibule de même style la précède. Au-dessous, deux salles voutées en berceau, présentent sur leurs portes, les armes de l'abbé Auger.
Le cloître est à deux étages, l'étage supérieur de bois, reposant sur des sablières supportées par des colonnes à chapiteaux assez frustes.
Dans le logis abbatial, une grande salle du xve siècle, à grosses poutres moulurées, possède sa magnifique cheminée de pierre, élevée par le riche abbé Philippe de Lévis.
Jean Verrier.
Abbaye de Lagrasse. — Cheminée du xv° siècle.
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BULLETIN DES MUSÉES
MUSÉE DU LOUVRE
Le Sarcophage de Castelnau-de-Guers
Il y a six mois, M. le C¹ Espérandieu signalait, ici même, la donation faite aux collections du Musée de Nîmes, dont il a la garde, du sarcophage chrétien de Valbonne, que ses demandes et la libéralité de M. Demotte y avaient heureusement fait entrer (1).
Le sarcophage de Valbonne, à peine ainsi sauvé, un second sarcophage du même type apparaissait sur le marché des antiquités de Paris et risquait de prendre, comme il s'en était fallu de peu pour le premier, le chemin de l'Amérique.
Sarcophage de Castelnau-de-Guers.
Les efforts combinés du département des Antiques et du Service des Monuments Historiques ont heureusement réussi à le retenir pour le Louvre, où on peut le voir aujourd'hui dans notre salle des Antiquités chrétiennes.
Il s'agit du sarcophage de Castelnau-de-Guers, près Pézenas, dans l'Hérault, jadis signalé, comme d'ailleurs celui de Valbonne, par Le Blant dans ses Sarcophages chrétiens de la Gaule, mais très brièvement (2).
Le sarcophage comprend sa cuve et son couvercle, à peine endommagé dans l'un des angles. Sur le couvercle, en forme de toit à quatre rampants, la série des imbrications qui le recouvrent est interrompue au milieu, en avant, par un cadre rectangulaire où s'inscrit le monogramme constantinien dans un cercle, la tête en bas. Il en est de même sur la cuve, où les ornements laissent place sur le devant, divisé de la sorte en sept compartiments, à trois figures drapées, représentées debout sous des sortes de dais ou de baldaquins : au centre, le Christ, vu de face, à droite et à gauche, deux disciples, tournés de trois quarts de son côté. Tout le reste du décor est composé, sur le devant, de ceps de vignes chargés de pampres et de grappes, et partout ailleurs de tiges stylisées.
M. le C¹ Espérandieu, en commentant l'image donnée par lui du sarcophage de Valbonne, a marqué le caractère distinctif de cette classe de sarcophages de la France du Sud-Ouest. « Tandis, remarque-t-il, que les sarcophages de Provence et de la vallée du Rhône procèdent nettement de modèles romains, ceux d'Aquitaine confinent à la barbarie », — disons plutôt à l'art qu'on qualifie parfois de barbare. « Les premiers surabondent en scènes bibliques, les seconds, au contraire, ne présentent que peu de personnages et ne sont riches que de motifs ornementaux. » Il n'en est même, à vrai dire, que quelques-uns, comme les deux sarcophages de Valbonne et de Castelnau-de-Guers, qui offrent ainsi la particularité d'ajouter des figures à ces motifs courants de décoration.
Etienne Michon.
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Un buste de Platon
La fondation Ny-Carlsberg, de Copenhague, vient d'offrir au Département des antiquités grecques et romaines, pour prendre place dans la collection de moulages de la salle du Manège, une épreuve du buste de Platon, reconnue par M. Fr. Poulsen, en 1919, à Holkham Hall, chez l'Earl of Leicester, en Angleterre, et publié par lui dans le Journal of hellenic Studies de 1920.
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UNE EXPOSITION TEMPORAIRE AU MUSEE DE BESANÇON
Dessins de la collection Jean Gigoux
Grâce à l'attachement filial de Jean Gigoux (1806-1893) pour sa petite patrie, Besançon, outre sa riche galerie de tableaux, peut offrir actuellement, aux amateurs de dessins, une exposition de premier ordre. La salle centrale du Musée
(1) Beaux-Arts, n° 3, pp. 41-42.
(2) E. Le Blant, Les Sarcophages chrétiens de la Gaule, pl. XXVIII, 1 et pp. 106-107, n° 125. Ibid. pl XXXII, 1.2 et p. 119, n° 145.
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a été consacrée à cette présentation, et les panneaux du rez-de-chaussée et de la galerie sont entièrement couverts de ces feuillets précieux, groupés avec méthode et clarté par le conservateur, M. Chudant.
Gigoux n'était pas, d'ailleurs, en cette matière, le premier bienfaiteur de Besançon. Au début du xixe siècle (1818), l'architecte P. A. Paris avait déjà enrichi la Bibliothèque de Besançon et le Musée d'une profusion d'œuvres exquises, dues à ceux qui avaient été ses compagnons en Italie, lorsqu'il travaillait pour l'abbé de Saint-Non. Mais alors que Paris se contentait de puiser sans façon dans les cartons de ses amis, l'ambition de Gigoux fut, au siècle suivant, plus difficile à réaliser. Aussi éclectique dans le choix de sa collection qu'il avait pu l'être dans ses propres travaux, Gigoux s'était, avant tout, proposé un but d'enseignement. Il voulait, à sa suite, entraîner les jeunes artistes désireux d'apprendre en interrogeant les œuvres de leurs devanciers.
Depuis la Renaissance jusqu'aux contemporains de Gigoux, une revue rapide des siècles et des écoles offre d'abord quelques-uns des noms les plus célèbres. Une étude plus approfondie révèle quantité de petites pièces modestes, mais infiniment précieuses et instructives.
L'évolution de l'Ecole française est représentée depuis l'Ecole de Fontainebleau jusqu'à Gigoux lui-même : Vouët, Claude Lorrain, Watteau, Lar-gillièrе, Van Loo, Greuze, David, Géricault, Delacroix, Th. Rousseau, y figuraient avec, pour chacun d'eux, quelques pièces de qualité rare où on les retrouve tout entiers. Mais tout autour, leurs élèves et imitateurs sont aussi représentés et contribuent à nous éclairer sur chaque époque successive.
La valeur du collectionneur se marque non seulement dans le choix, mais dans l'identification de ces pièces recueillies un peu partout, au hasard de la découverte qui l'amusait et exerçait son sens critique. Il ne se laisse entraîner ni par la mode capricieuse, ni même par ses propres inclinations : dans l'Ecole italienne, c'est vers les tendances décoratives et les recherches d'élégance et de grâce du xvie siècle qu'il se tourne, lui, l'auteur des portraits écrits, vigoureux et objectifs. Il ne s'attache qu'aux dessins postérieurs à la Renaissance, et le xve siècle n'est pas représenté chez lui. Par contre, les écoles italiennes de la fin du xvie siècle, en particulier, s'y trouvent évoquées de façon brillante ; les Ecoles romaine, florentine, Loïonaise, au complet avec les Carrache et leurs céves, l'Ecole vénitienne aussi, jusqu'à Domenico Tiepolo qui clôt majestueusement la série exposée avec sa Fuite en Egypte, sa Montée au Calvaire et son Lazare.
La Fuite en Egypte, en particulier, tracée sur une feuille d'album qui contient d'autres croquis, est une pièce intéressante. On y retrouve l'une des vingt-quatre esquisses exécutées par l'artiste sur ce sujet, dont il avait reçu, paraît-il, la commande, et dont il avait fourni d'abord deux compositions; l'indigence du choix lui fut reprochée et, pour marquer la fertilité de son imagination, il inventa, sur le même thème, vingt-quatre scènes différentes. Ce dessin est la pensée primitive de la vingtième de ces scènes qui furent gravées (1) ensuite de la main même du maître.
Les paysagistes et les peintres de fleurs de la Hollande sont là aussi très nombreux et variés :
(1) Idee Pittoresche sopra la Fugga in Igitto. Inventate et incise da me. Domenico Tiepolo, anno 1753.
TIEPOLO. Esquisse d'une Fuite en Egypte.
BONINGTON. Paysage (aquarelle).
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Wynants, Ruysdaël, Saftleven, Vroom, Van Huysum. Trois dessins de Rembrandt, de beaux Rubens aussi, un exquis Van Dyck, un Snyders très proche du maître, voisinent avec quelques allemands du xvie siècle.
Il était logique que le xixe siècle français tint dans la collection une large place : à l'intérêt de l'amateur se mêle ici l'amitié de Gigoux pour les artistes, l'amitié, le plus vif des sentiments de Gigoux, celui qu'il cultive avec la plus large franchise.
Gérard, Delacroix, Ingres, Granet, Decamps, Diaz, Th. Rousseau, Flandrin, David d'Angers, Pradier, ont été connus de lui, et ses « Causeries sur les artistes de mon temps » fourmillent à leur sujet d'anecdotes sincères et pittoresques. Avec certains, il procède par échange; pour d'autres, au contraire, il opère en anonyme, quand il sait pouvoir soulager une misère ombrageuse; très vite, ses cartons se remplirent. Un souvenir attendri s'atta-tachait à l'œuvre de l'Anglais Bonington, si prématurément enlevé, qui avait travaillé surtout en France, et dont la connaissance explique la séduction invincible exercée sur Gigoux par les peintres anglais (Constable, Lawrence, etc.). De Bonington, l'Exposition de Besançon nous montre une aquarelle aux tons exquis, traitée en pochade et d'un charme d'harmonie incomparable.
Gigoux continue donc la grande tradition érudite et libérale des faiseurs de cabinets du xviiie siècle. Cette salle de dessins, qu'il avait rêvée et réalisée de son vivant au Palais Granvelle, à Besançon, nous la retrouvons aujourd'hui présentée dans des conditions parfaites, au Musée qui est devenu, grâce à l'activité de son conservateur, l'un des plus vivants de France. L'automne dernier, la même salle était consacrée à une exposition de peinture régionale; ce printemps vit présenter l'œuvre des élèves de l'Ecole des Beaux-Arts de la ville, depuis Wyrsch, l'un de ses fondateurs, jusqu'à Courbet, Gigoux, Français, Chartran. La mise en valeur de la donation Gigoux renouvelle aujourd'hui le prestige du Musée. Il est à souhaiter que les artistes comtois contemporains aient à cœur de ne pas laisser s'éteindre cette tradition.
Jacqueline Henri-Bouchot.
LE MUSÉE DE BOURG
Le Musée de Bourg-en-Bresse a été installé depuis peu dans l'ancien prieuré des Augustins, contigu à l'église de Brou, dont l'histoire avait été établie, ainsi que bien des points inconnus jusqu'alors de celle de l'ensemble funéraire magnifique élevé par la veuve de Philibert le Beau, Marguerite d'Autriche, par le délicat et perspicace éru-dit qu'était le Dr Victor Nodet, enlevé récemment à la science et à l'affection de ses amis.
Inauguré officiellement en avril 1922, le nouveau Musée a déjà été doté, par les soins diligents de son conservateur, notre collaborateur, M. Alphonse Germain, d'une notice illustrée parue dans l'excellente collection des Memoranda de la maison Laurens.
La collection des peintures n'est pas considérable et ne trouverait pas, du reste, dans ces bâtiments claustraux d'un aménagement un peu sommaire, de galeries très convenablement dis-
posées et éclairées. Il faut y noter cependant le beau portrait de Néricault-Destouches, par Lar-gillière, publié naguère dans la Gazette des Beaux-Arts (novembre 1921), par M. Germain, la Gar-deuse de Vaches de Millet, cet unique achat de l'Etat au grand peintre de Barbizon, qui fut expédié à Bourg l'année même de son acquisition, en 1859; enfin le Triptyque de Saint Jérôme, daté de 1518, important ensemble de peinture
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BEAUX-ARTS
septentrionale qui figurait, avant la Révolution, à l'église Notre-Dame de Bourg. Le Dr Nodet, (Annales de la Société d'Emulation de l'Ain, 1904), pensait que le tableau fut commandé par un ecclésiastique de Bourg. M. Germain pose encore la question de savoir s'il ne relève pas de l'Ecole de Bourgogne. Louis Gonse, dans ses Chefs-d'oeuvre des Musées de France, mal renseigné sur l'origine locale du tableau qu'il supposait venir de Brou, voyait peut-être plus juste en l'attribuant à un maître néerlandais. L'œuvre est importante, en tous cas, et vaudrait d'attirer l'attention des spécialistes. Nous en donnons ci-joint un fragment, d'après un cliché de M. Germain.
Crédence xvi° siècle
(Musée de Bourg).
Mais le Musée de Bourg rentre aussi quelques importantes sculptures médiévales, entre autres un Christ au Tombeau, d'un réalisme très serré, accompagné jadis du cortège ordinaire, dont il ne reste plus, malheureusement, que des fragments. Le Dr Nodet, qui l'avait découvert et qui avait obtenu son entrée au Musée, en avait établi la date de 1443, date relativement précoce, puisque le beau Sépulcre de Tonnerre n'est que de 1453.
Des meubles abondants et pour quelques-uns de qualité rare, ont fourni matière à quelques pages très justes de M. Germain, sur le mélange de tradition et d'aspect novateur qui se manifeste dans nos ateliers de huchiers du xvie siècle et sur les rapports des ateliers locaux de la Bresse avec ce qu'on appelle «l'Ecole lyonnaise». Il rend hommage particulièrement à la fameuse crédence en noyer, probablement bressane, que nous reproduisons, et qui est une des gloires du Musée.
Enfin, à propos du mobilier rustique, du matériel agricole et des objets divers, faïences, bijoux, costumes, groupés par un régionaliste convaincu, M. Prosper Convert, il souligne de quelques réflexions très justes l'intérêt de cette réunion rétrospective si attachante, où revit l'esprit d'une lignée d'artistes ruraux qui a disparu et où l'on retrouve ces caractères locaux, qui se sont effacés depuis, devant les répétitions banales et les reproductions mortes.
MUSEE ARCHEOLOGIQUE DE TOURS
Depuis son installation dans l'hôtel Renaissance de la place Foire-le-Roi, le Musée de la Société archéologique de Touraine, que l'on désigne plus volontiers aujourd'hui sous le nom de Musée des antiquités de Touraine, avait organisé et accru considérablement ses collections préhistoriques provenant en grande partie des trouvailles faites au Grand-Presigny. Au cours de l'année 1922, l'activité du Dr Dubreuil-Chambardel, qui représente principalement ces études dans la Société, a fait affluer encore des dons précieux du Dr Godefroy, de Neuillé-Pont-Pierre; de M. Parfait, instituteur à Pressigny (trouvaille néolithique faite au lieu dit «le Sauvage»); de M. Gaultier (silex trouvés dans la région de Reignac et de Chédigny), et surtout du Dr Thibault (collection entièrement réunie à Saint-Flovier et aux environs).
On envisage la constitution d'un grand Musée préhistorique tourangeau et peut-être l'occupation par la Société, d'une autre des plus jolies maisons de Tours, récemment acquise par l'Etat, la maison dite de Tristan, chef-d'oeuvre de l'architecture civile du xve siècle, en brique et pierre, qui recevrait ainsi une affectation convenable.
Cet accroissement de locaux serait d'autant plus nécessaire que la Société a reçu en dépôt des archives municipales et départementales, et en don de divers particuliers, des séries d'objets de nature très diverse: armes, costumes, drapeaux, moulages, cadrans solaires, qu'il importe de classer par séries et d'isoler quelque peu pour éviter l'aspect de bric-à-brac et de capharnaüm.
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CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER
BELGIQUE
Un Portrait de F.-J. Lonsing au Musée de Bruxelles
Les Amis des Musées viennent d'offrir à nos collections un tableau de Lonsing, peintre bruxellois du xvm siècle, fixé à Bordeaux, dont l'acte de baptême figure à la date du 27 mai 1739, dans les registres de la paroisse de Sainte-Gudule. Le jeune homme suit les leçons de l'Académie d'Anvers; il y fut l'élève de Martin Geeraerts, peintre de grisailles imitant des bas-reliefs, mais partit bientôt pour l'étranger, sans esprit de retour, et je crois bien que les rapports de Lonsing avec sa patrie se bornent aux trois faits suivants qui m'ont été communiqués par M. Meaudre de Lapouyade, avocat à la cour d'appel de Bordeaux, d'après les Archives générales du royaume. (Secrétairerie d'État et de guerre):
1° L'ordre de payer cent écus romains pour voyage, et cent écus romains pour entretien, au peintre Joseph Lonsing, pour frais de route et séjour à Rome.
2° L'ordre de payer cinquante écus romains au profit de F.-J. Lonsing, peintre, à Rome, sur lettre de Lonsing du 1er juin 1761, envoyant à S. M. le tableau d'Iphigénie en Tauride (17 juin 1761).
3° Une lettre de Lonsing, peintre à Rome, à Monseigneur (le prince Charles de Lorraine, gouverneur général des Pays-Bas), dans laquelle il le supplie de lui continuer sa faveur (1768).
Pensionnaire du prince Charles de Lorraine à Rome, notre artiste y passa vingt années, fréquentant, dit-on, l'atelier de Raphaël Mengs, dont l'influence se discerne en plusieurs de ses œuvres. Il vécut ensuite quelque temps à Lyon, puis s'installa à Bordeaux en 1783. Devenu portraitiste attitré de la société bordelaise, il demeura jusqu'à sa mort dans cette ville, alors à l'apogée de sa prospérité, avec ses hôtels patriciens, ses places régulières et ses quais majestueux.
Le répertoire des portraits peints «par M. Loncin» a été dressé par M. Meaudre de Lapouyade (1). On trouvera dans son livre, outre la plus complète documentation sur l'artiste, de savoureuses anecdotes concernant ses modèles. Nous reproduisons ici un portrait du Musée de Bordeaux, celui d'Emmanuel de Durfort, duc de Duras,
(1) Un maître flamand à Bordeaux, Paris, Jean Schemit, 1911.
«maréchal des camps et armées du roi», dont la physionomie, enluminée et joviale, contraste avec le costume belliqueux. Ce cheval cabré que maîtrise un nègre ne se justifie guère, «les fumées de la poudre étant, relate la chronique, les seules que M. de Duras n'ait jamais connues...»
Lonsing. Portrait du duc de Duras (Musée de Bordeaux).
Les principaux portraits analysés par M. de Lapouyade sont: le maréchal de Mouchy, commandant en chef de la Guyenne, et sa femme; le premier président Le Berthon; Victor Louis, l'architecte célèbre du Grand Théâtre; Germain du Périer de Larsan; le libraire-imprimeur Bergeret, éditeur des Fables de La Fontaine mises en vers gascons, maigre et compassé; Mme Dauberval, danseuse de l'Opéra; le tragédien Larive, dans le rôle de Pompée de la Mort de César; enfin ses derniers protecteurs, après la tourmente révolutionnaire «qui l'atteignit dans sa fortune sans abattre son courage», M. et Mme Mareilhac, qu'il peignit tous deux dans leur parc de La Louvière, à Léognan, près de Bordeaux: le citoyen Mareilhac en costume Werther, reçoit dans ses bras son épouse accourue pour lui porter des fleurs (1).
(1) Il y a dix ans, la plupart de ses portraits ont été rassemblés lors d'une Exposition de l'art du xviième siècle. Voir N. de Cadillac, La Revue de l'Art ancien et moderne, 1913.