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Numéro 13 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • LA PROTECTION DES SITES AU PARLEMENT En déposant, le 31 mai, une proposition de loi tendant à compléter et à modifier la loi du 21 avril 1906, pour organiser la protection des sites et monuments naturels de caractère artistique, scientifique, historique ou légendaire, nous n'avons pas la prétention d'avoir fait œuvre entièrement nouvelle. Déjà, la loi de 1906, dite loi Beauquier, offrait une première arme aux mains de ceux qui ont le souci de conserver les lieux de France remarquables par leur beauté. Mais, dans cette première esquisse, le législateur n'avait eu strictement en vue que le souci du pittoresque; d'autre part, les commissions des sites et monuments naturels, instituées auprès des préfectures, pouvaient seulement inviter les propriétaires à subir une sorte de classement aux effets restreints. Le vote, par le Sénat, de la loi du 31 décembre 1913, en instituant, à côté du classement volontaire, le classement obligatoire, moyennant indemnité, et le classement provisoire, par l'interdiction de modifier un immeuble, dès qu'il est proposé pour le classement, a augmenté les mesures de préservation, tandis qu'il apportait un régime nouveau en faveur de la protection des monuments historiques. Nous avons pensé qu'il serait nécessaire d'assurer, aux sites et monuments naturels, les mêmes avantages qu'aux monuments du passé, et nous voulons compléter la loi du 21 avril 1906, organisant la protection des sites et monuments naturels de caractère pittoresque; car les trois cent trente et un sites classés jusqu'à ce jour, l'ont été à ce titre. D'autres caractères peuvent aussi être invoqués pour conserver et protéger les lieux remarquables de notre pays. Ce sont d'abord les sites et monuments naturels de caractère scientifique, relevant des richesses appartenant aux trois règnes de la nature. Ainsi en est-il d'une contrée remarquable, soit par la faune dont elle est peuplée, soit par la flore qui en constitue l'ornement. Une faune rare, une espèce en voie de disparition, habite parfois un lieu déterminé, parce que celui-ci réunit des qualités climatériques singulières, propres à la vie et à la reproduction de certains animaux : il serait juste d'en assurer la conservation, en établissant la protection d'une réserve, au profit de ces animaux extraordinaires. Il y a des exemples qui étonnent, de certaines catégories d'animaux et d'oiseaux dont on pourchasse les derniers individus dans les Pyrénées et dans les Alpes. Mieux encore que dans la jeune Amérique, c'est dans une vieille terre, comme la France, que nous devons constituer des parcs nationaux, pour donner un abri aux essences qui s'évanouissent et aux races qui vont s'éteindre. Un lieu peut encore offrir une valeur unique par la présence d'un gisement minéralogique, d'une structure géologique dont il convient d'assurer un témoin durable pour les investigations scientifiques : qu'une exploitation inconsidérée bouleverse ou fasse disparaître cette physionomie de la terre, et les recherches de la science peuvent être compromises dans l'avenir. Un site de caractère historique ou légendaire, rappelant une tradition ou un souvenir appartenant à l'histoire ou à la légende, mérite également d'être préservé. Pour que le texte protège d'une manière complète toutes ces marques rares du temps, de la nature et des hommes dans un pays, il faudrait que la loi, comme en Belgique ou au Japon, accordât sa protection aux sites et monuments naturels de caractère artistique, scientifique, historique ou légendaire. Notre texte propose donc une série de mesures ressortissant de la procédure d'expropriation qui, en continuant de laisser toute initiative aux autorités locales, permettront aux amis de la nature d'obtenir des garanties plus effectives et plus complètes. Comme la France se plaît à refléter sa physionomie morale en cultivant le souvenir des hom-

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mes qui ont assuré la tradition de ses idées dans le monde, ainsi se doit-elle à elle-même de conserver les richesses singulières de sa terre, lorsqu'elles portent avec éclat le témoignage de son art et de son histoire, ou le signe de son harmonie, qui paraît jusque dans la beauté de la nature. Marcel Plaisant. Député. NOUVELLES Le samedi 30 juin a eu lieu au Salon des Artistes français la traditionnelle cérémonie de la distribution des récompenses présidée par M. Paul Léon, directeur des Beaux-Arts. Une médaille d'honneur des arts appliqués a été décernée cette année, pour la première fois, à la Société des artistes français. Elle a été attribuée au ferronnier Edgar Brandt, pour l'ensemble qu'il exposait au Salon. La Chambre des Députés, dans sa séance du 22 juin, a voté un crédit d'un million pour la participation de l'Etat à la souscription du monument de la pointe de Grave, dont nous avons donné la description dans notre numéro du 15 avril 1923. Le 4 juillet, fête de l'Indépendance Américaine, le Président de la République a inauguré, sur la place des Etats-Unis, en présence de M. Myron T. Herrick, ambassadeur, un monument « aux volontaires américains » qui est l'œuvre du sculpteur Jean Boucher et dont la figure principale, la statue en bronze d'un volontaire, était exposée au dernier Salon. Des figures symboliques l'accompagnent, et sur le socle sont gravés quelques vers du poète Allan Seeger, volontaire américain tué au service de la France. Le général Mangin, président du comité de souscription, M. Poincaré, président du Conseil, et l'ambassadeur des Etats-Unis prirent successivement la parole. Le samedi 30 juin, a eu lieu au château de Versailles, une « fête merveilleuse » dans la Galerie des Glaces. Devant la porte du Salon de la Guerre, un théâtre avait été improvisé, avec des décors composés par le peintre Juan Gris, pour permettre la représentation du Mariage d'Aurore, une féérie ballet autrefois donnée à la cour de Louis XIV, par la troupe de danseurs et de danseuses envoyés par le tsar Pierre le Grand. Le ballet russe que dirige Serge de Diaghilew reproduisit, à deux cent vingt-six ans de distance, ce divertissement délicat donné autrefois au Grand Roi. L'effort de reconstitution de l'habile metteur en scène fut très apprécié et l'on admira aussi l'heureux parti que le décorateur Juan Gris, sut tirer d'un compromis entre les doctrines modernes et les souvenirs de la décoration du xviie siècle. Un bal, un souper aux candélabres dans la Galerie des Batailles et un feu d'artifice, suivirent. Cette fête continue brillamment la saison donnée au profit de la restauration du château et des jardins. NECPOLOGIE Le 1er juillet est décédé à Levallois-Perret, M. Julien Berr de Turique qui avait jadis connu des succès éclatants au théâtre et qui, dans l'administration des Beaux-Arts à laquelle il appartenait de longue date, occupa avec zèle et intelligence le poste d'inspecteur général des Monuments historiques, chargé spécialement des affaires contentieuses. Le même jour mourait à Paris, M. Camille Benoit conservateur honoraire au Musée du Louvre, dont M. Paul Jamot dira prochainement dans la Gazette des Beaux-Arts, le goût raffiné, l'esprit perspicace, la générosité modeste et aussi le grand talent de musicien. ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Séance du 22 juin M. Franz Cumont fait une communication relative à l'inscription grecque relevée en 1909 sur un autel de marbre de l'ancien temple phrygien de Cybèle, à Rome, près de l'église Saint-Pierre. M. Cl. Huart étudie les inscriptions arabes de Palmyre, découvertes par M. Prost, ancien membre de l'école du Caire. La principale nous renseigne sur une mosquée établie dans les ruines du temple de Bel et construite par Nassir Ed Din, qui, en 1178 avait débarrassé Palmyre des pillards qui l'infestaient. Séance du vendredi 29 juin M. Babelon présente à l'Académie l'envoi adressé par S. M. le roi d'Italie, membre étranger, de 4 nouveaux volumes du Corpus nummorum italicorum, dont il poursuit la publication. Lecture est donnée d'une lettre de M. Picard, directeur de l'école d'Athènes, sur les dernières fouilles effectuées en Grèce, notamment en Macédoine. M. Picard signale d'autre part la découverte faite à Thasos de deux sanctuaires archaïques et d'un monument choragique en forme de grand temple, élevé au me siècle et renfermant sept ou neuf statues dont d'importants restes sont conservés. M. Dussaud donne lecture de son rapport sur deux monuments découverts au nord de Sidon. M. Gsell fait une communication relative à la cuve de marbre découverte par M. Galotti dans un collège musulman de Marrakech, et portant une inscription du dixième siècle, il s'agit d'une très belle baignoire, ornée d'aigles et de quadrupèdes ailés, qui ont été mutilés par des rigoristes religieux. Il existe deux autres cuves similaires : celle du musée de Madrid, du dixième siècle, est ornée de grands aigles et celle de l'Alhambra de Grenade, du quatorzième siècle, est ornée de lions dévorant des cerfs.

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Société Nationale des Antiquaires de France Séance du 13 juin M. Stein fait connaître une lettre de l'empereur Maximilien qui permet de fixer vers 1476 la mort du peintre Jean Hennecart. M. Dimier, à propos d'un contrat d'apprentissage, établit que François Clouet devait avoir un magasin où il vendait ses tableaux et que semblable supposition peut être admise pour le peintre Corneille de Lyon. Séance du mercredi 20 juin M. Amédée Boinet fait connaître un manuscrit, conservé à la Bibliothèque Laurentienne de Florence, qui contient la vie de saint Antoine, en images. Ce précieux volume a été exécuté à l'Abbaye de Saint-Antoine-en-Viennois au milieu du xve siècle, sur l'ordre de Jean de Montchenu, cellier du dit monastère. M. Collinet, examinant les textes qui se rapportent à la cathédrale de Beyrouth, appelée l'Eglise de l'A-nastasie, fixe l'achèvement de cette basilique à l'année 449 et sa dédicace à l'année 460. L'ART ALLEMAND DU XVe ET DU XVIe SIÈCLE dans les collections bruxelloises Persuadé que, pour entretenir la vie d'un Musée, il est indispensable d'y organiser, aussi souvent que possible, des expositions temporaires qui tiennent en éveil la curiosité du public et l'amour-propre des collectionneurs, M. Fierens Gevaert et M. P. Bautier ont pris l'heureuse initiative de réunir, dans une salle du Musée des Beaux-Arts de Bruxelles, un certain nombre d'œuvres peu connues, appartenant à des amateurs bruxellois. L'ensemble ainsi constitué cette année est fort attachant et mérite de retenir l'attention des Cl. Becker érudits. Les maîtres allemands du xve et du xvie siècle y sont représentés, en particulier, par quelques œuvres de choix. C'est sans doute à l'Ecole de Nuremberg de la seconde moitié du xve siècle qu'il faut attribuer un panneau, peint sur les deux faces, qui représente, à l'avers, la Vierge et sainte Elisabeth, surveillant les jeux de leurs enfants, et, par derrière, l'Arrestation du Christ, que dénonce le bai- Cl. Becker ser de Judas. Ce revers, grossièrement enluminé, où l'on voit Jésus remettre en place l'oreille de Malchus, décollée par le glaive du bouillant saint Pierre, décèle la main inexperte d'un apprenti. Au contraire, la scène de l'enfance du Christ, dont les figures s'enlèvent en clair sur un fond d'or, séduit par sa grâce naïve. La Vierge et sainte Elisabeth sont assises sur un large banc de chêne et travaillent comme deux bonnes ménagères, l'une avec son rouet, l'autre avec son dévidoir. A leurs pieds, les deux bambins nus se querellent avec une turbulence qui s'accorde assez mal avec le nimbe auréolant leurs têtes enfantines. Le petit saint Jean, taquiné par son camarade, se plaint à sa mère avec ces paroles, inscrites sur la banderole d'un phylactère : Sichim, Mater, Jhesu tut mier (we) : Regardez-le, mère, Jésus me fait mal. Cette idylle domestique illustre à merveille l'évolution de l'art allemand de la fin du Moyen âge, qui tend à transformer les sujets religieux en tableaux de genre. Dans ces représentations familières et souvent triviales de la Vierge et des saints, on ne trouve plus aucune trace de mysticisme. La mère de Dieu devient une honnête bourgeoise de Nuremberg. Le morceau capital de l'exposition du Musée de Bruxelles est un triptyque du peintre strasbourgeois Hans Baldung Grien, qu'un cartouche apposé sur le cadre appelle à la française Jean Baudoin. Ce Martyre de saint Sébastien, que Mme Goldschmidt-Prizibram a ramené de Vienne en Belgique, est la première peinture signée et datée

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BEAUX-ARTS que nous connaissions de l'artiste : on lit, en effet, au-dessous de son monogramme, formé de ses initiales entrelacées, la date de 1507. Il est probable que ce retable faisait jadis pendant dans l'église de Halle, sur la Saale, d'où il provient, au Cl. Becker Vénus et l'Amour voleur de miel par Lucas Cranach triptyque des Rois Mages, du Musée de Berlin, qui a les mêmes dimensions et présente les mêmes caractères de style. Au centre, saint Sébastien, attaché nu à un arbre, est visé presque à bout portant par deux archers, qui lui ont déjà transpercé d'une flèche la cuisse droite. Derrière lui, on remarque un jeune homme imberbe, coiffé d'une barrette, dont le pourpoint vert donnerait à penser que c'est le portrait de l'artiste, dont le surnom de Grün atteste la prédilection pour le vert. A l'intérieur des volets, se dressent saint Etienne, le diacre protomartyr, tenant, dans un pli de sa dalmatique de brocart, les pierres de sa lapidation, et saint Christophe, bon géant barbu, fléchissant sous le poids miraculeux de l'enfant Jésus, comme s'il portait le monde sur ses épaules. Au revers, on reconnaît sainte Dorothée à sa corbeille de roses, et sainte Apollonie, ou Apolline, à la dent qu'elle tient délicatement entre les pinces d'une tenaille. Le style de cette œuvre de jeunesse est tout à fait durérien : ce qui ne peut surprendre, si l'on songe que Baldung sortait, à cette époque, de l'atelier du maître nurembergeois, chez qui il avait passé cinq ou six ans, et avec lequel il ne cessa d'entretenir d'amicales relations. Malgré l'accentuation des contours et le coloris bariolé qui caractérisent ce dessinateur de cartons de vitraux, dont toutes les figures ont l'air d'être mises en plomb, l'importance de ce triptyque, d'une exécution très soignée, d'une conservation parfaite, n'est dépassée que par le célèbre maître-autel de la cathédrale de Fribourg en Brisgau, exécuté dix ans plus tard, en 1516. C'est une œuvre que le Louvre, et même le Musée de Strasbourg, peuvent envier à Bruxelles. A Lucas Cranach ou à son atelier, appartiennent deux petits portraits jumeaux de l'ancienne collection Peltzer (Coll. Albert Warnant), représentant les Electeurs de Saxe, Frédéric le Sage et Jean le Constant. Quant à la Vénus avec l'Amour voleur de miel (Coll. Léon Cassel), il faudrait y voir, selon M. Flechsig, une œuvre non pas de Lucas Cranach, mais de son fils Hans, qui mourut en 1537. Ce motif anacréontique de l'Amour piqué par les abeilles a inspiré maintes fois les poésies de Melanchthon et de ses disciples, comme chez nous, de Ronsard et des poètes de la Pléiade. C'est évidemment à ce milieu d'humanistes de Wittemberg, avec lesquels il était en rapports, que Hans Cranach a emprunté les distiques latins qui servent d'épigraphe à sa Vénus. Tous ces tableautins mythologiques sortis de l'officine de Cranach, dont le Louvre possède quelques exemples : le Jugement de Paris, les Effets de la Jalouse, sont malheureusement gâtés par la gaucherie du dessin et l'ignorance des proportions. Les Vénus de Cranach ne sont que des poupées maniérees, plus risibles que piquantes dans leur nudité grêle qu'agrément une barrette pourpre, un collier et une écharpe de gaze transparente. Il y a une incompatibilité radicale entre l'art bourgeois de l'Allemagne et le paganisme de la Renaissance italienne. Quelques pittoresques retables en bois sculpté et polychromé (Coll. G. Taymans) complètent cette exposition, qui fut un des attraits du récent Congrès des Sciences historiques, et qui témoigne en faveur du discernement des amateurs bruxellois. Louis Réau. MONUMENTS HISTORIQUES La Collégiale de Saint-Quentin. — Occupée pendant plus de quatre longues années par les Allemands, la ville de Saint-Quentin a ter-

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BEAUX-ARTS riblement souffert de la guerre. Si le délicieux hôtel-de-ville, de style flamboyant, n'a reçu que des blessures en somme fort peu importantes, et se trouve actuellement rétabli dans son intégrité, il n'en est pas de même de la collégiale. Ce superbe édifice, qui n'a peut-être pas la réputation que devrait lui valoir son antiquité, la beauté de son plan et la hardiesse de sa construction, était voué par l'ennemi à une destruction complète. Déjà très fortement atteint par les bombardements et l'incendie allumé par les Allemands, le 15 août 1917, on ne peut oublier, — et la trace en restera éternellement, — que chacun de ses piliers avait été creusé d'un trou destiné à recevoir des charges de mine, dont certaines ont été retrouvées en place : il en serait résulté un effondrement complet et systématique, militairement inexplicable. Fort heureusement, la reprise de la ville, au début du mois d'octobre 1918, empêcha le crime d'être perpétré. Aussi, entreprit-on, dès cette époque, les premiers travaux de sauvetage de l'édifice. La Collégiale était cependant gravement endommagée. La presque totalité des voûtes du chœur, du petit et du grand transept, et de la nef, s'étaient effondrées. Les contreforts et les arcs-boutants fortement entamés, les pignons des transepts en partie écroulés, la tour de la façade découronnée, les maisons attenantes au flanc sud, en partie détruites, donnaient à l'ensemble un aspect de devastation tragique. M. Brunet, architecte en chef des Monuments historiques, qui déjà, avant la guerre, avait la charge de la Collégiale, entreprit aussitôt les travaux de consolidation. Il a bien voulu, dans une visite récente du monument, que nous avons faite en sa compagnie, nous donner, sur place, les indications les plus précises sur l'œuvre à laquelle il s'attache de tout son talent, et nous sommes heureux, en le remerciant ici, d'en faire profiter les lecteurs de cette chronique. Le déblaiement de l'édifice fut mené rapidement, en conservant soigneusement tous les fragments sculptés ou moulurés que l'on rencontrait dans les décombres. Pour parer aux écroulements possibles des parties les plus endommagées, la tour, les contreforts, les fenêtres hautes, on procéda d'abord à un échafaudage presque général, qui permit de boucher, au moins grossièrement, les crevasses et les trous les plus dangereux. Une couverture provisoire fut établie sur la nef ,les transepts et le chœur, non sans difficulté, d'ailleurs, puisqu'il fallait dresser, à 37 mètres de hauteur, sans voûtes au-dessous, des fermes de 14 mètres de portée, destinées à soutenir cette protection indispensable. Nous signalerons, à ce sujet, la disposition habile qui a été adoptée : la charpente provisoire, peu élevée, permettra, lorsqu'on établira la toiture définitive, de poser celle-ci sans découvrir l'édifice, et sans risque de laisser mouiller les voûtes qui seront reconstruites. Les bas-côtes, notamment au sud, ont été recouverts d'une toiture définitive, en même temps qu'un mur en matériaux légers séparait le bas-côte sud du reste de l'édifice, ce qui a permis dès le mois de mars 1920, d'en rendre au culte une partie étendue jusqu'aux chapelles rayonnantes en mai 1921. En même temps, les maçonneries du côté sud étaient reprises définitivement, et les maisons avoisinantes, dévastées par les bombardements, étaient démolies, ce qui laisse voir, dorénavant, la façade du grand transept, dont la disposition assez particulière, avec ses fenêtres rectangulaires, percées au-dessus du portail, était jusqu'ici invisible.

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BEAUX-ARTS Le collatéral du nord a fait également l'objet de reprises sérieuses, et, actuellement, les travaux les plus importants de maçonnerie sont effec- tués à la tour, dont le flanc nord a surtout souffert. La reprise en sous-œuvre des contreforts et de l'escalier, nécessitent de longs et minutieux travaux, dont on prévoit la fin pour la présente année. A l'intérieur, l'édifice ne nécessite pas moins de soins. Si l'on se propose de laisser subsister, partout où ils ne doivent pas compromettre la solidité de l'édifice, les trous de mine, creusés dans les piliers, il faut pourtant en reprendre par endroit les maçonneries pour leur permettre de soutenir les grandes voûtes, à la réfection desquelles on ne peut encore songer. Antérieurement déjà, les murs du chœur, construits en matériaux peut-être insuffisamment résistants, laissaient apparaître des « bouclements » inquiétants. A diverses époques, par des chainages puissants, on s'était efforcé d'y remédier. Un ceinturage général de l'édifice par des chaînes continues de ciment armé, noyées dans les maçonneries, doit donner à toute la construction une rigidité absolue. Au cours du déblaiement de la curieuse crypte du xime siècle, dont les Allemands firent sauter les voûtes, on a été amené à faire des fouilles dont les travaux ne sont pas suffisamment avancés pour qu'on puisse encore en tirer des conclusions certaines sur les édifices qui ont précédé la Collégiale du xime siècle. Deux amorces d'un mur semi-circulaire permettent de croire qu'on se trouve en présence de l'abside d'une église qui serait antérieure à la petite crypte, où se trouvait le tombeau de saint Quentin, crypte que les historiens attribuent généralement au ix° siècle. La dépose des dossiers des stalles appliquées aux murs de clôture du chœur, élevés en 1316, pour remédier aux désordres constatés dans les maçonneries hautes, a fait découvrir de curieuses peintures décoratives remontant à la fin du xve siècle ou au début du xvii°. Ce sont des portées de musique de plain chant, avec leurs paroles. Bien qu'assez détériorées, M. Tessier, spécialiste de la musique ancienne, y a reconnu deux antiennes à la Vierge et un hymne à la Sainte-Trinité. Les mêmes se reproduisent des deux côtés. Etait-ce pour raviver la mémoire des chanoines chantant au chœur ou cette décoration que nous croyons à peu près unique était-elle destinée à affirmer la réputation très grande au début du xvie siècle de la maîtrise de Saint-Quentin ? Le problème vaut d'être étudié. La Collégiale de Saint-Quentin ne reverra évidemment pas, de longue date, sa splendeur passée. Les magnifiques vitraux, que les Allemands avaient déposés, mais dont deux caisses ont disparu sans que l'administration allemande ait été capable de les retrouver, reprendront place quelques jours, dans les baies qui les attendent. Ce jour-là, la vénérable basilique, portant durement marquée sur ses maçonneries, la trace de la barbarie de l'en-vahisseur, reprendra dignement sa place dans notre patrimoine d'art et d'histoire. Jean VERRIER.

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[73] 15 JUILLET 1923 199 BULLETIN DES MUSÉES LA NOUVELLE LOI FISCALE ET LES MUSÉES Nos lecteurs se souviennent de la proposition de loi déposée sur le bureau de la Chambre, par M. Jean Locquin, et ayant pour objet de modifier, au profit des Musées et des Bibliothèques des départements et des villes, la législation fiscale en vigueur (1). Cette intéressante proposition a pris place, sous la forme des deux articles suivants, dans la loi de finances qui vient d'être promulguée au Journal officiel. L'article 33 de la loi du 25 juin 1920 est complété ainsi qu'il suit : > « Toutefois, sont exemptés des droits de mutation par décès et des droits d'enregistrement des donations entre vifs établis par la présente loi et les lois antérieures, les dons et legs d'œuvres d'art, de monuments ou objets ayant un caractère historique, de livres, d'imprimés ou de manuscrits, faits aux départements, aux communes et aux établissements pourvus de la personnalité civile, si ces œuvres et objets sont destinés à figurer dans une collection publique. > > « Les dons et legs de sommes d'argent ou d'un immeuble faits aux départements, aux villes et aux établissements pourvus de la personnalité civile avec obligation, pour les bénéficiaires, de consacrer ces libéralités à l'achat d'œuvres d'art, de monuments ou d'objets ayant un caractère historique, de livres, d'imprimés ou de manuscrits, destinés à figurer dans une collection publique, ou à l'entretien d'une collection publique, seront soumis au tarif réduit de 9 %, sans addition de décimes, prévu à l'article 19 de la loi du 25 février 1901. » L'alinéa premier de l'article 57 de la loi du 25 juin 1920 est complété ainsi qu'il suit : > « Toutefois, ne seront pas soumis à la taxe établie par l'alinéa précédent les payements des prix de vente d'œuvres d'art, de monuments ou d'objets ayant un caractère historique, de livres, d'imprimés ou de manuscrits acquis par les départements, les villes et les établissements pourvus de la personnalité civile, si ces œuvres ou objets sont destinés à figurer dans une collection publique ». Rappelons que la taxe établie par l'article 57 de la loi du 25 juin 1920, auquel il est fait allusion dans ce dernier texte, est la taxe de luxe de 10 %. La promulgation de la nouvelle loi, qui apporte (1) Voir Beaux-Arts, 1er avril 1923. des atténuations heureuses à une législation d'une rigueur excessive et souvent prohibitive, sera accueillie comme un bienfait par tous ceux que préoccupe l'accroissement des Musées et des Bibliothèques de France. UN PORTRAIT DE LA PRINCESSE MATHILDE PAR EUGÈNE LAMI Don de la Société des Amis du Louvre Les portraits de la princesse Mathilde, assez nombreux, après l'avènement de Napoléon III, sont au contraire fort rares avant cette époque, Cl. Serv. Phot. B.-A. La princesse Mathilde Dessin par Eugène Lami c'est dire tout l'intérêt du dessin que la Société des Amis du Louvre vient d'offrir au Musée. La fille du roi Jérôme, Mathilde-Lætitia-Wilhelmine, avait épousé, à Florence, le 10 octobre 1841, le prince Anatole Demidoff; le portrait qui nous occupe peut être daté d'après la coiffure très caractéristique de la fin de 1843 ou de 1844; nous savons que la princesse devait se séparer du prince Demidoff en 1845. Elle nous apparaît

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BEAUX-ARTS ici dans tout l'éclat de la jeunesse, sa physionomie est presque encore celle d'une jeune fille et contraste même avec les épaules déjà puissantes. C'est un très joli dessin au crayon lavé d'encre de chine, mais dont la facture surprend légèrement dans l'œuvre de Lami, et ne serait-ce la dédicace, d'une écriture, il est vrai, un peu plus raide et plus serrée que l'écriture habituelle de l'artiste, sans doute à cause de la dureté du crayon, on pourrait peut-être hésiter à l'attribuer à Lami. La tête de la princesse est vraiment charmante de grâce et de jeunesse, son sourire d'une grande séduction; nous ne parlerons pas des épaules tout à fait sacrifiées par l'artiste. Lami fut un des peintres préférés du prince Demidoff; nous connaissons de lui une suite de soixante-et-une aquarelles représentant des scènes de l'« Histoire de son temps » qui sont un des documents les plus précieux pour le règne de Louis-Philippe et qu'il fit pour le prince Demidoff. Nous connaissons aussi plusieurs portraits de ce dernier par Lami, entre autres celui qui se trouve dans l'aquarelle représentant le salon de Mme Somailoff (1), où l'artiste a groupé autour de la charmante maîtresse de maison, qui devait devenir Mme de Mornay, le prince Demidoff, MM. de Mornay, de Béarn, Paul Delaroche, E. Lami et MM. de Contades et Daru. Il était donc naturel que Lami ait été appelé à faire le portrait de la jeune princesse Demidoff. P.-André LEMOISNE. MUSÉE DE VERSAILLES La Salle des « Gardes de la Reine » a retrouvé maintenant tout son décor pictural ancien par le replacement du second tableau de Noël Coypel : Jupiter élevé par les Corybantes, rapporté du Grand Trianon (voir précédemment Beaux-Arts n° 9, p. 136). La place laissée vacante au « Salon rond » de Trianon sera bientôt remplie par la peinture commandée pour cet endroit: l'Enlèvement d'Orithye par Borée, œuvre de François Verdier, ramenée du palais de Compiègne. Par cette double opération, deux ensembles seront reconstitués, ce dont on doit se réjouir. Le vestibule qui se trouve sous l'aile Gabriel, déjà désencombré des plâtres de monuments funéraires qui l'obstruaient, vient de recevoir, comme décoration, les moulages des deux célèbres statues conservées au Louvre: le Louis XV, de Nicolas Coustou, et la Marie Leczinska, de Guillaume Coustou. Une très belle fonte de l'Apolлон du Belvédère, (1) Voir Paul-André Lemoisne. L'œuvre d'Eugène Lami, 1914, n° 739. exécutée sous la conduite de Louis Valadier, à Rome, en 1780, a été transportée du Louvre à Versailles. Provisoirement placée dans le vestibule de l'Escalier de la Reine, elle est destinée à figurer dans la grande niche de la salle n° 59, qui fut un salon d'attente de l'Escalier des Ambassadeurs, actuellement en restauration, et dans laquelle de très importants et précieux restes de peintures murales, datant de l'époque de Le Vau, ont été découverts par le service d'architecture. JEAN RAON. Apollon (pierre). Deux statues de pierre, qui appartiennent à la décoration du palais sous Louis XIV, reviennent à la lumière après un long exil: un Apollon par Jean Raon et une Diane par Léonard Roger. L'Apolлон gisait, les jambes brisées, mais intact, dans un magasin du Musée, la Diane fut retrouvée, par le service d'architecture, dans l'un des jardinet concédés au personnel, le long de la route de Saint-Cyr, couverte de lierre, ayant perdu ses bras et son chien. D'où provenaient ces œuvres depuis trop longtemps oubliées? la vue de deux bonnes gravures les représentant, insérées dans le Versailles immortalisé de J.-B. de Monicart (Paris, 1720, t. II, p. 383), nous apprit que les deux sculptures avaient été commandées et payées par les Bâtiments du roi entre 1669 et 1672, pour orner la Galerie basse, qui servait alors de passage entre la cour de marbre et les jardins. Grâce aux soins d'un véritable ami de Versailles, M.J.Chan-

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BULLETIN DES MUSEES trell, agissant avec autant de générosité que de perspicacité, ces divinités de pierre revivent désormais à nos yeux dans les niches qui leur furent assignées au xvie siècle. L'Apollon avait besoin d'un soutien; l'architecte A. Guéritte et le sculp- Cliché Braun. J.-J. Henner par lui même (1847). teur Clerget ont su le remettre debout; on admirera la noblesse aisée de sa pose dominatrice et l'élegance de ses draperies amples et souples où se révèle la délicatesse du ciseau de Raon, dans sa fraîcheur première. La pierre fine et tendre n'a jamais souffert, en effet, des injures de l'atmosphère. M. Clerget a reconstitué les parties manquantes de la Diane avec une rare conscience, suivant les traits de l'estampe de l'ouvrage de Monicart, en s'inspirant de la statuaire contemporaine des jardins pour le traitement de la matière : on peut affirmer que pareille restauration ne fut jamais conduite avec autant de succès dans le domaine versaillais. Voilà un bel exemple à proposer à la méditation des nombreux Mécènes qui cherchent à trouver l'emploi de leurs richesses en faveur des beautés de Versailles. G. B. UN MUSÉE JEAN-JACQUES HENNER M. Millerand, président de la République, et Mme Millerand, accompagnés de M. Paul Léon, directeur des Beaux-Arts, représentant le ministre de l'Instruction Publique, ont inauguré, le 27 juin, le Musée des œuvres de J.-J. Henner. Ce Musée, qui est sis au 43 de l'avenue de Villiers, dans l'hôtel vendu en 1922, par la veuve du peintre Dubufe, sera ouvert au public dans le courant de l'automne. Il a été constitué par Mme Jules Henner, veuve du neveu de l'artiste, avec des œuvres provenant des ateliers que celui-ci possédait place Pigalle, et dans sa maison de Bernwiller (Haut-Rhin). La donation à l'Etat, faite par Mme Jules Henner, l'a été dans la forme de celle du Musée Gustave Moreau : le Musée aura la personnalité civile, il sera administré par un conseil composé des membres de la famille, de MM. Lhermitte, Dagnan-Bouveret, Puech, Giraud, membres de l'Institut, et de Mes Bernier, avocat au Conseil d'Etat, et Marion, avoué, M. Many Benner, ami et disciple de Henner, en sera conservateur. Le Musée Henner réunit et présentera à la vue des visiteurs de nombreux dessins, études, croquis, toiles inachevées, en somme tous les documents qui ont servi à Henner pour composer les tableaux actuellement dispersés dans les musées du monde entier. On y trouvera également des œuvres, sinon inédites, du moins peu connues, comme les Naiades, une toile de très grande dimension, qui reproduit, en l'amplifiant, un sujet familier de l'artiste, celui de ces femmes nues aux chairs nacrées, aux yeux Cliche Braun J.-J. HENNER. Etude pour une Madeleine. bleus, aux cheveux blonds, au bord d'une eau aux profondeurs azurées, et devant un fond de rochers bitumineux. On connaît moins la valeur de Henner portrai-

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BEAUX-ARTS liste. A ce point de vue, souvent, le peintre alsacien (né en 1829, à Bernwiller), possède une profondeur et une distinction remarquables. Une salle importante, composée de « portraits de famille », dont les dates s'échelonnent tout le long de la vie de l'artiste, le démontrent. Ce n'est pas le moindre attrait de ce Musée, comme c'était déjà celui de la salle constituée au Petit Palais, avec des dons de la famille Henner, et au Musée de Mulhouse, où sont réunies également des séries d'effigies de grande qualité. Au dernier étage, on trouve de délicats croquis et des paysages d'une facture qui fait parfois penser à Corot, mais on trouve surtout une masse d'études faites à Rome, d'après les maîtres, copies de Fra Angelico, de Giotto, d'Andrea del Sarto, du Tintoret, du Corrège, tableaux poussés, ou rapides notations qui présentent un vif intérêt d'enseignement pour l'étudiant. Enfin, le grand atelier nous met en présence des œuvres religieuses de Henner, et notamment des études qu'il fit pour le Christ au Rosaire, pour le Saint Sébastien, pour le Christ de la Cour de Cassation. Le talent de cet artiste si personnel que fut J.-J. Henner, apparaît ainsi, grâce à ce Musée, sous ses divers aspects, et l'on doit féliciter l'intelligente et sensible donatrice, de son geste pieux. J. G. L. MUSÉE DE CLUNY Un legs de M. Lejeune-Laroze va faire entrer, au Musée de Cluny, un beau fragment de vitrail du xvie siècle, représentant un personnage royal en donateur. Les chiffres et accessoires désignent Henri II, tandis que la tête, d'ailleurs refaite au xixe siècle, indique François Ier. Le décor de l'importante verrière dont faisait partie cette figure, très classique et élégant, peut faire penser à une provenance illustre, comme celle du château d'Anet. MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS M. Donat-Agache, dont le Musée des Arts Décoratifs expose, pour quelques semaines, ainsi que nous l'avons annoncé, la magnifique collection de faïences, vient de faire au Musée un don important : une cheminée en faïence de Moustiers à décor bleu sur fond blanc. Elle présente, entre des moulures rondes, décorées de feuilles de laurier et de chêne, des rinceaux dans le goût de Bérain. Ils sont entremêlés de figures allégoriques, d'animaux, d'attributs, de bustes et de médaillons renfermant des singeries. Cet objet, d'un modèle fort rare, constitue un enrichissement très heureux pour le Musée. C'est un exemple extrêmement intéressant de l'utilisation décorative de la faïence, au début du xviiie siècle. MUSÉE DE BEAUVAIS A l'occasion de la saison d'art de Beauvais, qui comporte cette année, outre une exposition de tapissières à la Manufacture, une réunion des œuvres du sculpteur Gréber et une présentation de séries d'éventails modernes de la région de Méru à l'hôtel de ville, on vient d'inaugurer officiellement au Musée départemental la salle des céramiques de Delaherche dont il a été parlé ici précédemment et qui sera visible dorénavant dans le cadre du Musée. HOTEL DE VILLE DE BOURGES Une exposition du livre d'art ancien et moderne Le 24 juin, a eu lieu l'inauguration de l'Exposition du livre, organisée dans les salons de l'Hôtel-de-Ville, brillamment parés. Dans le cadre magnifique que forment les salons du bel hôtel que s'étaient construit, au xviiie siècle, les archevêques de Bourges, M. Jean Béreux, bibliothécaire-archiviste de la ville, a réussi à montrer, par quelques types heureusement choisis, l'évolution du Manuscrit et du Livre à Bourges, du xive au xixe siècle. Les plus beaux joyaux, les fameux manuscrits exécutés pour le duc Jean, le prince des bibliophiles, manquaient malheureusement, — ils sont jalousement conservés à Chantilly et à Paris, — mais la bibliothèque de la ville, formée à la révolution par la réunion des bibliothèques de l'archevêché, du chapitre et de quelques grandes abbayes de Bourges et des environs, et par des prélèvements faits sur les dépôts de Versailles et de Paris, était assez riche pour fournir les éléments de cette exposition, que sont venus compléter les prêts de collectionneurs de Bourges et de Paris ; le comte Durrieu avait apporté quelques-uns des plus beaux manuscrits de sa collection, et M. Jean Masson, plusieurs livres à gravures du xvie siècle. Une salle avait été réservée au Livre du xxe siècle. M. Duneufgermain, le dévoué directeur de l'Ecole des Beaux-Arts de Bourges, y avait réuni les plus belles éditions illustrées, exécutées en ces dernières années, tant à Paris qu'à Bourges. La municipalité de Bourges a été heureusement inspirée, en rehaussant sa foire industrielle et agricole annuelle, par cette exposition, qui lui fait le plus grand honneur. Un catalogue très complet, abondamment illustré, dressé par les soins de M. Jean Béreux, conservera le souvenir de cette exposition, qui a révélé à tous, même à certains habitants de Bourges, sans doute, les richesses qu'ils possèdent. M. A.

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BEAUX-ARTS CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER SUISSE Exposition Cuno Amiet Parmi les expositions qui ont eu lieu dans le joli local de la Kunsthalle de Berne ce printemps, l'une des plus importantes et des plus significatives fut certainement celle de ce beau peintre en pleine maturité de talent qu'est Cuno Amiet. CUNO AMIET. Tête d'étude. C'est en grande partie chez nous, à Paris, puis à Pont-Aven, qu'il se forma, il y a quelque vingt-cinq ans, après ou avant un passage à Munich. Depuis lors, il a parcouru les différentes étapes de l'évolution-type du peintre moderne, passant par l'impressionnisme et le divisionnisme, pour aboutir à une manière plus large et plus solide, aux visées expressives et décoratives. Il est représenté au Musée de Berne par plusieurs toiles de diverses époques, une Maternité, une figure d'enfant dans un jardin, surtout une grande silhouette de Chef d'orchestre, œuvre récente, d'une vigueur et d'un mouvement caractéristique de ce tempérament ardent et fort. Zurich lui a commandé, pour achever la décoration de l'escalier du Musée, où ont pris place les grandes pages de Hodler, une série de fresques sur le thème de la Fontaine de Jouvence. Toutes ses ambitions visent actuellement à la grande décoration, pour laquelle la technique, réellement pratiquée, de la fresque s'impose à sa recherche. Il a même accepté de décorer, pour le plaisir, une salle d'hôpital d'un concert d'anges, aux tonalités vives et chantantes. Mais, entre temps, sa production courante, telle qu'il l'avait montrée à la Kunsthalle, comporte une série de portraits solidement construits, d'études de figures familières, aux éclairages imprévus et violents, de paysages larges et lumineux où les sites de la montagne d'Oschwand, où vit l'artiste, à quelques lieues de Berne, reparaissement, tantôt sous la neige étincelante, tantôt sous les arbres en fleurs; elle nous révèle le talent abondant et sain, rustique et fort, de cet ami, admirateur et successeur de Fernand Hodler. P. V. TCHÉCO-SLOVAQUIE On a inauguré cet été, à Prague, une Exposition d'Art Français des xixe et xxie siècles, organisée par la Société d'artistes tchèques Manes. Placée sous le haut patronage de M. Masaryk, président de la République, de M. Poincaré et de M. Benès, cette exposition fut un événement artistique de premier ordre. Les organisateurs avaient réuni un ensemble d'œuvres comme on n'en a jamais vu en dehors de la France. Parmi les artistes représentés citons David (3 œuvres, dont le portrait de Navez et celui d'Alex. Lenoir, prêté par le Musée du Louvre), Ingres (6 œuvres, dont La Toison d'or et le portrait de Madame Marcotte, récemment acquis par le Louvre); Prudhon, Gérard, Gros, Géricault, Delacroix (avec des esquisses pour les fresques de Saint-Sulpice, pour celles de la Chambre des Députés et un fragment des Massacres de Scio); Corot (12 toiles, paysages et figures); Courbet (8); Daumier (7). L'école de Barbizon était représentée par Th. Rousseau, Millet avec son Hiver aux corbeaux, Dupré, Daubigny, Diaz, Chintreuil; quatre spécimens représentaient l'œuvre de Manet, dont sa Serveuse de bocks. Citons parmi les impressionnistes Pissarro, Monet, Sisley, puis Toulouse-Lautrec, Monticelli, Puvis de Chavannes, dont une belle réplique du Pauvre Pécheur, Renoir, Fantin-Latour, Degas, Carrière, Seurat, Signac, Cézanne, Gauguin, enfin nombre d'artistes contemporains des plus notoires. La sculpture même, de Houdon à nos jours, était représentée, soit par des moulages, soit par des bronzes originaux. Il faut féliciter les organisateurs de ce beau résultat et remercier les collectionneurs qui ont bien voulu seconder leurs efforts. L'exposition française à Prague a fait honneur à la France et à nos amis Tchécoslovaques, et Prague devint pour un temps un lieu de pèlerinage pour tous ceux qui admirent l'art français. H. JELINEK.