Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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ART & INDUSTRIE
SOMMAIRE :
L'Art rustique en France (fasc. IX)
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C. de Danilowicz.
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L'Art décoratif flamand (II fasc.)
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E. Hinzelin.
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La Clématite des haies (I fasc.)
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Emile Nicolas.
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Les Arts Décoratifs au Théâtre (fasc. XIII)
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Eug. Belville.
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La Renaissance du Livre (fasc. V)
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Jules Rais.
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40 pages 32 Illustrations
5e ANNÉE AOUT 1913
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L'ART RUSTIQUE EN FRANCE
II
L'AUVergne ET LE CANTAL
Riante et émaillée de l'émeraude de ses plaines que sillonne l'argent mouvant des rivières, l'Auvergne dresse brusquement vers le ciel la crête rude et chaotique de ses monts, aux têtes couronnées de neige, au sein jaïs bouillant du feu souterrain.
« L'Auvergne, dit Michelet (2), est la vallée de l'Allier, dominée à l'ouest par la masse du Mont-Dore qui s'élève entre le pic du Puy-de-Dôme et la masse du Cantal. Vaste incendie éteint, aujourd'hui paré presque partout d'une forte et rude végétation. Le noyer, le châtaignier,
(1) Je tiens à remercier tous ceux qui par leurs conseils, leur empressement, ont contribué à mes recherches, et plus particulièrement M. Gaillard, secrétaire de La Veillée d'Auvergne ; l'érudit chercheur M. le comte Le Pelletier d'Aunay ; M. Deseymard ; le professeur Andollent, directeur du Musée de Clermont-Ferrand ; M. Fabre, maire de Clermont-Fer- rand ; M. Grange, collectionneur ; M. de Chaudessaigues de Tarrieu, collectionneur ; M. Chavaslot, qui m'a fait admirer sa belle collection préhistorique ; M. Busset, artiste peintre, qui a bien voulu faire quelques croquis pour mon étude; Mme, Assa, artiste peintre et tous ceux qui s'intéressent là-bas à mes travaux.
(2) Michelet. Notre France.
L'Art Rustique en France - Fasc. 9. - 1913.
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pivotent sur le basalte, et le blé germe sur la pierre ponce... Villes noires, bâties de lave (Clermont, Saint-Flour, etc.)
« Mais la campagne est belle, soit que vous parcouriez les vastes et solitaires prairies du Cantal et du Mont-Dore, au bruit monotone des cascades; soit que de l'île basaltique où repose la dominante Clermont, assise parmi la cour voluptueuse des montagnes qui se tiennent autour, vous promeniez vos regards sur la fertile Limagne et sur le Puy-de-Dôme, ce joli dé à coudre de sept cents toises, voilé, dévoilé tour à tour par les nuages qui l'aiment et qui ne peuvent ni le fuir ni lui rester »...
De toute la France, l'Auvergne seule est la terre classique de volcans éteints aujourd'hui mais couvant peut-être encore dans d'insondables profondeurs le feu dévastateur. Et le sol de la vieille Arverne possède dans son sein les plus anciennes formations géologiques, les roches archéennes, les premières nées dans la formation de notre globe et où n'apparaît aucune trace de vie organique.
L'Auvergne a un charme étrange, bien à elle; il se dégage de cette terre tantôt sauvagement stérile tantôt abondante et fertile une impression bizarre qui nous transporte malgré nous dans les siècles morts, au temps de luttes épiques, formidables, vers des civilisations primitives, à peine naissantes, prêtes à des combats de géants.
Et j'ai contemplé les paysages auvergnats dans leur rude beauté par des belles journées hivernales où l'air vif, la terre gelée, la neige rendent plus dure, plus primitive encore la nature.
Et je me rappelle ce départ matinal vers Thiers, la Ville Noire de George Sand: une brume légère embue Clermont, cache les Puys et le soleil semble regarder d'un immense œil pourpre la terre où le givre met quelques taches blanches. Puis les voiles disparaissent, les rayons solaires deviennent plus chauds, le ciel surgit limpide et bleu et les Puys apparaissent avec leurs têtes sombres, série des cônes dans l'ondoiement doux des côtes. Puis, à un tournant, comme un grand banc blanc et crénelé apparaît le Mont-Dore avec son capuchon de neige. Et la brume descend, flotte au-dessus de la terre comme une longue écharpe légère et opaque. Sur la route nous croisons des femmes aux robes noires qui se froncent autour des tailles, le bonnet blanc sous la capeline noire. Des attelages de bœufs au joug orné cheminent lentement. Et dans l'allure des gens, dans ces attelages d'un autre temps il y a quelque chose d'archaïque, de pas d'aujourd'hui, qui remonte dans une dernière vague du fond des temps, dans la persistance auguste, forte d'anciennes traditions d'une vieille race pure.
Et il me semble que dans ses champs, sous chaque motte de terre, la
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pioche du chercheur ferait jaillir du sol quelque souvenir d'autrefois, quelque épée brisée, gauloise ou romaine, quelque casque fendu ou un bouclier troué, vestiges d'héroïques défenses ou d'opiniâtres envahissements.
Si les chaînes des montagnes auvergnates n'atteignent pas les altitudes élevées des Alpes et des Pyrénées, les Monts Livradois, ceux du Forez et la magnifique chaîne des Puys donnent à l'Auvergne son caractère sauvage et pittoresque à la fois.
Sur les flancs escarpés de ces roches, à l'abri d'antiques et sombres forêts vivait une race forte, rude, pure, — car les envahisseurs se hasardaient difficilement sur ces hauteurs. Et à l'armée presque toujours glorieusement victorieuse de Rome, souveraine du Monde — ce peuple de montagnards opposa une résistance opiniâtre, acharnée. Si les aigles de César s'arrêtèrent étonnés devant le petit roi Cottius qui dans les Hautes-Alpes ne se laissa pas surprendre et obligea Rome à pactiser avec lui, — la force de résistance des chefs gaulois arvernes ne fut pas moindre, mais la configuration topographique de leur pays ne leur permit pas d'opposer une résistance aussi décisive.
Cependant pendant longtemps ce peuple valeureux et guerrier exerça une puissante hégémonie sur les autres terres gauloises, fier de son indépendance, portant sur ses monnaies comme symbole de la liberté — un cheval libre. Si son indépendance finit avec la conquête romaine — l'Empire vainqueur reconnaissant la valeur de ses nouveaux citoyens les traita avec clémence et les Arvernes entrent par ordre d'Auguste dans la province de l'Aquitaine comme « peuple libre ».
Vieille race pure, conservée dans son entité ethnique par l'isolement
ÉTABLE VOUTÉE, À LA BARAQUE, PRÈS CLERMONT
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Ancien Costume - Mont-d'Or - Village des Bains
Ancien Costume - Environs de Bruide
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ANCIEN COSTUME - CHAMALIÈRES, PRÈS CLERMONT
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"BRAYAUD" PAYGAN DE SANT'BONNET, PRÉS RION - COSTUME DE FÊTELE "BOUSSET" À LA MAIN
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PAYSAN DE SANT'BONNET, PRÉS RION (COSTUME DE TRAVAIL)LA "BERTHE" SUR LE DOS
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Ancien Costume - Femme de Latour
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au milieu de ses montagnes, l’Auvergnat fut cependant étrangement méconnu par ses compatriotes de la grande France.
On fit de lui le Béotien français. A tort assurément, car ce qu’on reproche au paysan cantalien ou limousin s’adapte parfaitement aux paysans de toutes les régions de France.
Le caractère auvergnat est paraît-il un peu dur, violent dans la colère, et jadis le « gouzou » le long couteau qu’on portait toujours sortait promptement de sa gaine dans les rixes et les disputes.
La terre nourrit médiocrement ses habitants en haute Auvergne, aussi l’émigration est un fait constant et presque toutes les grandes villes de France, Paris surtout ont possédé de tout temps une notable colonie auvergnate.
De ce peuple vigoureux et travailleur est sorti une longue lignée d’hommes marquant dans les sciences et les lettres.
Terre de héros, patrie de Vercingétorix — l’Auvergne donna à la France: Grégoire de Tours, Savaron, Jean Domat, Montlosier, d’Agusseau, Michel de l’Hospital, le pape Gerbert, le grand penseur que fut Pascal, La Fayette et tant d’autres.
Puis c’est Sidoine Apollinaire, évêque et poète, — les troubadours tels que Roggers, Ganselme Faydit qui aima Marie de Ventadour et fut le compagnon d’armes de Richard Cœur de Lion, le moine de Montandon qui troussa des vers lestes en belle et galante contradiction avec l’austérité de sa robe de bure.
Au xvir siècle l’abbé Taillandier forma presque une Académie où on disserta sinon savamment du moins longuement sur toutes choses avec une réthorique fastidieuse. Les deux Pasturel, Amalde Faucon et plus près de nous le beau poète Vermonouze illustrèrent suffisamment les lettres et le patois Auvergnat.
Cette terre qu’arrosèrent de leur sang les compagnons héroïques de Vercingétorix, dans la lutte suprême contre les légions de César, l’Auvergne, si belle dans la parure de ses vallées et de ses monts, est le pays où l’antique race celte est encore restée bien homogène.
Cependant comme chaque lambeau de la vieille terre d’Europe elle fut foulée par des milliers de tribus successives, qui les unes après les autres se superposèrent lentement, se liant plus ou moins intimement.
A l’époque préhistorique, dès les temps tertiaires, nous trouvons en Auvergne, au Puy-Courny, les vestiges d’une industrie, souvent contestée, mais que les récents travaux de M. Rutot finissent par faire accepter comme la première manifestation de l’utilisation de la pierre comme outil et arme par l’homme.
Cependant les fouilles ne nous ont pas révélé les ossements de ce précurseur de l’homme. Peut-être était-il un parent des types dont nous possédons les crânes connus sous le nom du crâne de Neanderthal, puisque on le retrouve dans des couches plus hautes à Duise en Auvergne.
(A suivre.)
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L'Art Décoratif Flamand
La Formule de l'Art flamand, c'est : ART & INDUSTRIE
Il n'existe peut-être aucun pays où, plus manifestement qu'en Flandre, l'art soit sorti de la décoration, c'est-à-dire de l'industrie.
Le titre même de la Revue où nous écrivons résume l'esthétique flamande.
On verra, au cours de cette étude, que la peinture ne fut d'abord qu'une miniature agrandie ; que la sculpture naquit des boiseries ou des tombes qu'on ornait, et que les plus merveilleux hôtels de ville, avec leur forme rituelle de châssse, semblent des orfèvreries de pierre.
Chacune de ces vérités, si indispensables à l'histoire de l'art, se rappelle presque à chaque pas, à qui visite les villes flamandes.
Certes, quand on prononce le nom des grands siècles artistiques, le quatorzième et le quinzième, ce sont d'abord des images italiennes qui se présentent à l'esprit. En Italie, de Giotto à Vinci, la renaissance s'est développée avec une prodigieuse et noble puissance : l'église de Sainte-Marie-des-Fleurs, à Florence, en reste comme le temple sacré. Mais il serait profondément inique de ne considérer, dans la renaissance, que le foyer italien. D'autres foyers s'allumaient en Europe, particulièrement entre Seine et Rhin, et un des plus éclatants, c'est celui des Flandres. Des 1350, les Flandres se sont placées au premier rang des pays artistes. Les arts industriels y rayonnent avec une intensité merveilleuse. D'eux, répétons-le, procèdent pour la plus large part, l'architecture, la sculpture, la peinture. L'action de l'art flamand s'exerce sur la France, sur l'Allemagne et même sur l'Italie. En certaines matières d'art, c'est la Flandre qui montre le génie le plus créateur. Si l'on considère la vigueur de l'expression, l'art flamand ne le cede à l'art d'aucun pays. Il ne laisse à désirer parfois que plus d'harmonie dans l'ensemble et de pure beauté dans le détail. A cette terre si riche, il ne manque que d'avoir recèle des chefs-d'œuvre de l'art grec.
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La Belgique est un petit pays, mais un grand patrimoine. Un tel domaine d'illustration et de beauté, ses possesseurs le conservent, l'entre-tiennent, l'exploitent à souhait. Monuments et forêts, cités et paysages, reçoivent les soins dus a ce qui apparaît comme vénérable, magnifique et fructueux.
En un espace si restreint, pas même trente mille kilomètres de superficie, que de régions diverses et de sites caractéristiques ! Voici, de Givet à Namur, la vallée de la Meuse, enveloppée de légendaires collines, hérissee de roches ou de ruines également dramatiques. Voila l'immense plaine brugeoise
L'Art Décoratif Flamand - Fasc. 1 - 1913.