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ART & INDUSTRIE SOMMAIRE: - L'Art décoratif au Salon d'Automne. Louis Vauxcelles. - Une future Exposition d'Art Social. Tristan Leclère. --- 40 pages 32 illustrations --- 3e ANNÉE DECEMBRE 1911
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ART & INDUSTRIE SOMMAIRE: - L'Art décoratif au Salon d'Automne. Louis Vauxcelles. - Une future Exposition d'Art Social. Tristan Leclère. --- 40 pages 32 illustrations --- 3e ANNÉE DECEMBRE 1911
L'Art Décoratif au Salon d'Automne A la différence des autres expositions annuelles, le Salon d'Automne offre parmi ses attractions essentielles un très important effort d'art décoratif, et c'est un des motifs pour lesquels nous l'aimons. L'art décoratif est, en effet, l'art de demain. De tout temps on a brossé des tableaux et modelé des statues, mais c'est seulement aux époques où l'art prenait conscience de soi-même, de ses devoirs et de ses puissances, que l'on a visé à obtenir des ensembles. Or, de nos jours, il n'est pas douteux que se manifeste un semblable mouvement. Nous ne nous satisfaisons plus d'accrocher dans un salon à peu près Louis XVI, ou s'égarer un guérison Louis-Philippe, une statuette de Clodion et une toile de Claude Monet ; nous commençons à trouver, avec raison, que ces disparates jurent de se trouver assemblés, et que, réunissant tant de styles dénués souvent de sincérité, ils ne possèdent, à dire vrai, aucune espèce de style. Précisément nous voulons un style, et un style notre. Il ne nous sied plus d'acquiescer au tapissier qui propose la salle à manger Renaissance, le cabinet de travail Louis XIII, le boudoir Premier Empire; même si ces pièces, par impossible, étaient meublées authentiquement, nous n'y éprouverions nulle jouissance, car nos costumes, nos habitudes, nos gestes et notre conversation détoneraient dans ce milieu qui leur demeure étranger. Nous réclamons des façons de meubles et de tentures qui, ne devant rien à l'histoire et à l'archéologie, doivent tout à l'observation de la société moderne. Et tel est justement le but que poursuit l'art décoratif. Faut-il souligner l'intérêt que présente ce problème vital ? Au point de vue propre à l'esthétique, ce serait peine perdue, car une synthèse ou se fondent harmonieusement l'habitation et ses ornements est supérieure, cela va de soi, à un amalgame niaissement prétentieux dans lequel se juxtaposent, au hasard des trouvailles et des commandes, bergeres et fauteuils, poufs et chaises, murs et tableaux, meubles et rondes-bosses. D'un côté, un intérieur, dans le sens plein du mot ; de l'autre, une boutique de bric-a-brac. Pour la beauté, la cause est entendue. Et au point de vue que j'appellerai utilitaire, la thèse garde toute sa valeur. Un bref exemple, le prouvera. L'an dernier, à ce même Salon d'Automne, les artistes décorateurs de Munich nous ont montré de quoi ils étaient capables. Tandis qu'en France nous nous entredévorions, les Bavarois se disciplinaient, se caporalisaient en une hiérarchie consentie, et nous exhibaient des ensembles stupéfiants par la volonté qui présidait à leur édification. Point de personnalité : chaque artiste collaborait avec le « maître de l'œuvre », et s'effaçait spontanément. Chacun --- L'Art Décoratif au Salon d'Automne - Fasc. I
--- SALON D'AUTOMNE 1911      MEUBLE DE SALLE A MANGER      L. MAJORELLE ---
d'eux ne consent a exister qu'en fonction du tout auquel il participe. Certes, les Munichois conservaient leurs défauts de race ; ils étaient souvent froids, et pesants toujours : sur ce point notre goût inné peut et doit aspirer à les vaincre ; mais, unis solidement, ils luttaient pour une même fin. Et c'est un impératif catégorique qu'ils ont dicté à notre pays. On sait suffisamment l'importance nationale qui s'attache à la reconstitution d'un art décoratif. Est-il besoin de démontrer que l'intérêt régional n'est pas moindre ? Ce n'est pas aux artistes de Lorraine que j'irai prouver l'existence d'un style nancéien ; le cathédrale de Strasbourg ne ressemble ni à celle de Metz, ni à Notre-Dame de Paris, ni aux nef's romanes de Tournai, ni aux églises rouennaises. Il se perpétue, consciemment ou non, un style lorrain, un style strasbourgeois, un style normand ; le costume des bretonnes n'est pas celui du Bas-Rhin et ne se confond pas avec celui des bordelaises ou des arlésiennes, non plus que les armoires du Calvados ne ressemblent aux bahuts trégorrans. Sauvons notre style national et présentons nos styles provinciaux : la force d'expansion française, esthétiquement, commercialement, ne pourra qu'y gagner. La valeur de ce mouvement apparaît si considérable que l'on se demande pourquoi les Salons se montrèrent hostiles à cette révolution artistique. C'est que les plasticiens voulurent toujours accaparer la place, et ils y réussirent à merveille. Ils s'empressèrent d'oublier qu'un mur n'est pas le support d'un tableau, mais un espace nécessaire à l'arrangement de l'habitation et qui appelle la décoration, tenture, fresque, tableau ; et, de même que le tableau n'est qu'un mur expressif, une sculpture est une parcelle détachée d'un monument. Bref, l'un et l'autre, éléments d'un refuge, d'un abri, se réfèrent premièrement à l'utilité. En quoi différent-ils de la décoration qui s'avoue ? C'est pour avoir méconnu cette vérité évidente que la peinture a pris une importance hypertrophique et la sculpture une place démesurée. Pour le public qui se rue au sujet, à l'anecdote, au portrait, pour l'État qui songe uniquement à entasser des toiles et des marbres dans ses musées, la palette et l'ébauchoir sont tout, la gouge et la varlope ne sont rien. On oublie qu'il n'y a jamais eu de barrières entre les arts majeurs et les arts mineurs ; que seul, le talent compte ; que Benvenuto a ciselé des broches et Caffieri des appliques, que Riesener et Gouthière ont fait des bonheurs du jour ; Jacob des guéridons ; que Lalique et Rivaud se donneront aux pendentifs, Carries et Chaplet aux piechets, Jallot et Dufrene aux fauteuils. Cette vérité de la Palisse, il a fallu des décades et des décades pour l'imposer. Il y a une vingtaine d'années que l'art décoratif fut accueilli dans les Salons grâce à l'initiative de Dalou et Roger Marx. Antonin Proust tint a donner
L. MAJORELLE ENSEMBLE MOBILIER POUR CHAMBRE SALON D'AUTOMNE 1911
l'estampille officielle a nos exposants décorateurs de Chicago 1889 vit des essais intéressants dans l'architecture du fer, tandis que l'exposition de 1900 ne connut que le gâchis de la simili pierre de taille ; bref, le mouvement d'art décoratif était créé ; le Salon d'Automne ne fit que le recueillir. Passons sur l'époque où, le snobisme des artistes s'en mêlant, un tel se découvrit ouvrier peintre, ouvrier statuaire, que sais-je encore ? ou fit des objets d'art pour millionnaires, des plaques de propreté à deux louis la pièce, des chaises inutilisables. On vit des arts appliqués, on ne vit pas d'artisans. Il en résulta un style rarement sincère et souvent baroque. Etait-ce de l'art populaire qu'une soupière en étain signée même d'un nom illustre et coûtant dix mille francs ? Comment les styles purent-ils résister à cet assaut ? Parce qu'on en est sûr, parce qu'ils sont consacrés, parce que les fabricants, de père en fils, répètent indéfiniment les buffets Henri II et les canapés Pompadour : la vente en est certaine. Et puis l'architecte était coupable ; depuis de longues années, son imagination ne s'efforçait pas de réaliser « l'expression des besoins de l'individu dans la société » (Plumet.) Désormais il n'enfante plus que le mensonge des façades. Derrière la façade il y aura tantôt un palais inhabitable, un musée ténébreux, qui dérobent leurs absurdités sous une harmonie de pacotille ; tantôt des appartements bourgeois sans air et sans distribution. Cette façade, l'architecte l'orne de son mieux en pastichant les styles abolis, et naturellement, a cette décoration extérieure, abstraite, correspondra, a l'intérieur, un ameublement dénué d'originalité ! Les industriels qui fabriquent l'ébénisterie à la grosse, ne pourront que s'en féliciter. Tel était le mal, et tel il est encore. On a déjà lutte, on lutte, on luttera encore. Est-ce à dire que tous les moyens sont bons ? Assurément non et par exemple il serait vain de compter sur l'activité de l'Etat, du syndicat, voire même de la corporation reconstituée. L'Etat c'est n'importe qui, aujourd'hui Pierre, demain Paul. Le syndicat fait de la politique et la corporation n'est qu'un spectre. Alors, a qui se confier ? aux artisans et aux artistes, aux amateurs et aux critiques, a tous ceux qui éprouvent vivement, qui bataillent pour imposer un idéal et des modèles ; aux isolés qui se donnent et aux écoles régionales qui veulent vaincre. En résumé, c'est de la spontanéité artistique que nous devons attendre des résultats et c'est pourquoi nous saluons avec plaisir les essais courageux réalisés au Salon d'Automne,
L. MAJORELLE MEUBLE DE SALLE A MANGER SALON D'AUTOMNE 1931
PAUL F. FOLLOT SALON DE MUSIQUE SALON D'AUTOMNE 1931
Nous avons regretté l'absence — fut-elle voulue ? fut-elle due à la négligence d'un architecte — de MM. Mathieu Gallerey, Gaillard et Jallot. Ils ont un beau talent et tout le monde se fût réjoui de les voir exposer au Grand-Palais. Du moins prendrons-nous notre mal en patience, grâce aux ensembles que nous soumettent MM. Majorelle, Bigaux, Follot, Dufrene, Francis Jourdain, Jaulmes, Huillard et Sué, Helle, Andre Groult, André Mare. Avant tout, rendons justice à M. Majorelle. Le maître de Nancy fut un des initiateurs du mouvement moderniste ; il commença de combattre, voilà un quart de siècle. Ce fait seul serait déjà un titre de gloire si M. Majorelle en avait besoin ; son ensemble plus sévère que celui de tel exposant, n'est exempt ni de puissance, ni de beauté. M. Majorelle pratique avec bonheur les profils graves, les lignes vigoureuses, les tons rougeâtres et vert-olive, où se complaisent sa science assagie et son impeccable conscience. Evidemment, nous sommes loin des folies déchainées par le grand Emile Gallé, loin des surcharges fantastiques et de la stylisation outrancière, loin aussi des dernières nouveautés qui plaisent à certains créateurs. Mais a qui proclamerait que l'art de M. Majorelle est presque une date dans l'histoire, il faudrait répondre que c'est quelque chose que de dater heureusement et que sans le superbe travail de 1885 les réalisations actuelles n'existeraient pas. On est toujours grand d'avoir frayé la voie, et, au surplus l'art personnel de M. Majorelle montre clairement l'influence que peut, que doit exercer le régionalisme en matière de décoration. Félicitons le grand magasin de nouveautés qui a demandé des modèles à M. Bigaux. Les meubles qu'il nous offre réjouiront à bon droit les amateurs pourvus d'une certaine culture, qui aiment le progrès artistique, quitte à le suivre d'un peu loin. Sa chambre a coucher et son cabinet de toilette setiennent fort bien, sans audace, sans coup d'aile superflu. On en trouvera l'atmosphère et confortable et sérieuse, les bronzes, l'éclairage, les broderies exécutées par M. Coudyser, tout cela est plus que correct : avenant. M. Follot est un jeune qui bondit de progrès en progrès. Déjà ses premières œuvres, encombrées pourtant de souvenirs, laissaient chanter un accent personnel. Les trois pièces qu'il installe ne nous ménagent aucune déception. Œuvre maîtresse de l'artiste, le salon de musique est excellent. Vous rappelez-vous le salon de musique que Munich nous fit, à cette même place, connaître l'an passé ? A cette galerie désorbitante comparez la pièce bien française et moderne où s'est complue l'imagination de M. Follot. Tout y est charme et délicatesse, émotion et sensibilité. Le bleu le plus doux, l'or vieilli, le violet appali et le beige s'y fondent agréablement. Le plafond protège la rêverie, mais ne l'étouffe pas ; les torchères éclairent l'auditoire, sans l'aveugler ; la tenture enveloppe, mais n'excite pas l'attention ; les sièges accueillent le visiteur, sans accaparer les regards. Pour comble d'adresse artistique M. Follot a réussi a
G.-L. JAULMES PETITE INSTALLATION DE CAMPAGNE SALON D'AUTOMNE 1971 L'Art Décoratif au Salon d'Automne — Fasc. 2

Cet article du numéro de décembre 1911 de la revue "Art & Industrie" discute de l'importance croissante de l'art décoratif, notamment au Salon d'Automne. Il souligne la nécessité d'un style contemporain et cohérent dans l'ameublement et la décoration intérieure, contrastant avec les styles historiques jugés désuets. L'auteur met en avant les réalisations des artistes décorateurs de Munich comme modèle d'unité et de discipline, tout en plaidant pour la préservation et la promotion des styles régionaux français.