Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART & INDUSTRIE SOMMAIRE: - L'art décoratif dans la Maison Ouvrière (Suite et Fin). Emile Hinzelin - Architecture Funéraire Edmond Uhry - Alphonse Piquemal Paul Brulat 40 pages 62 illustrations 3e ANNÉE NOVEMBRE 1911

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L'Art Décoratif dans la Maison Ouvrière (Suite et Fin) Sans nombre, aux Expositions de l'Habitation, les mobiliers art nouveau évoquent dans leurs lignes tous les gestes de la plante et tous ses essors : tige, feuille et fleur. Oh ! ces chaises fines, fragiles, frémissantes, qui inspirent tant de rêves, y compris peut-être, fantaisie vraiment néronienne, celui de s'y asseoir ! Fauteuils, divans et lits semblent destinés à meubler l'appartement de Camille, — vous savez : la Camille de Virgile, si légère qu'elle faisait à peine plier la pointe de l'herbe ! PORTE DE L'IMMEUBLE RUE ERNEST-LEFÉVAE, 5 ET 7 PARIS FONDATION DITE GROUPE DES MAISONS OUVRIÈRES ARCHITECTE LABUSSIÈRE Novembre 1911. — L'Art Décoratif dans la Maison Ouvrière. — Fasc. 4:

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IMMEUBLE ARCHITECTES H. SAUVAGE ET C. SARAZIN Nous avons vu tel pavillon où les vivantes flexibilités végétales étaient si bien imitées par le mobilier et la décoration toute entière que ses hôtes actuels connaissent sans doute la plus émouvante illusion : à la nuit tombante, ils s'imaginent que la libre nature a repris ses droits, que leurs sièges poussent des rameaux, que les bourgeons épanouis font craquer leur table, qu'un lierre véritable rampe sur leurs boiseries, que le coupe-papier qu'ils manient distrairement prend racine dans leur main. N'est-ce pas délicieux ? Dans l'habitation moderne, le souci du pittoresque l'a emporté d'abord en ce qui concerne le mobilier. Ceci vient de ce que le meuble est plus facile à transformer que l'immeuble. La mode avec ses transformations continuelles, parfois si imprévues, se fait nécessairement sentir dans la décoration et dans le mobilier des maisons ouvrières. Aussi bien que le salon des plus oisifs, la chambre des plus laborieux est sujette à ses lois. À peine si cette dernière peut entièrement résister à quelques-uns de ses insolents caprices.

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22, RUE SEVERS PARIS IMMEUBLE ARCHITECTES H. SAUVAGE ET C. SARAZIN Montées ou démontées, les cuisines modernes révèlent la splendeur de leurs fourneaux, de leurs cuivres, de leurs étains, de leurs faïences. Temple du goût! Palais... du palais! A voir tant de complication et de faste, on craint que les meilleurs cuisiniers contemporains ne perdent de vue l'unique principe, l'imperatif catégorique de leur bel art : Fais en sorte que les aliments deviennent tendres, tout en conservant leur saveur naturelle. Ces cuisines, qui font songer à des laboratoires de chimiste, rappellent en même temps les boîtes de magie blanche. Admirez, par exemple, un coupe-légumes perfectionné. « Tenez de la main gauche la pomme de terre, la carotte, le navet ; saisissez de la main droite ce pas-de-visse ; faites-le tourner et, soudain, la pulpe de neige, d'ocre ou de nacre se mue en spirales, en dentelles. » Ainsi parla l'éloquent marchand qui a vendu cet appareil. « — Mais, cet appareil me semble toutneuf. — Il l'est. Lorsqu'on a voulu s'en servir, on n'en a obtenu ni spirales, ni dentelles comestibles. On a eu brusquement la mine quinaude d'un enfant qui tâche à couper un fil de fer avec un couteau de plomb. En compensation, on a dû admirer, une fois de plus, la dextérité de ces marchands modernes qui auraient réussi à vendre des apéritifs sur le radeau de la Méduse ».

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ARCHITECTES H. SAUVAGE ET C. SARAZIN IMMEUBLE BOULEVARD DE L'HOPITAL PARIS

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ARCHITECTE LABUSIÈRE FONDATION DITE GROUPE DES MAISONS OUVRIÈRES IMMEUBLE 124-126, AVENUE DAUMESNIL PARIS

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IMMEUBLE RUE DE L'AMIRAL RONSIN PARIS FONDATION DITE GROUPE DES MAISONS OUVRIÈRES ARCHITECTE LABUSSIÈRE Dans les arts de l’habitation, l’Allemagne accomplit aujourd’hui des efforts extraordinaires. On en a vu les preuves aux Expositions récentes. On a dit avec raison : — Voila de l’organisation. Voila du labeur. Voila de la persévérance. Voilà de la discipline. Ici, le sculpteur n’essaie pas de masquer l’architecte, ni le peintre d’éclipser le menuisier : tous concourent à l’effet d’ensemble, comme ils marcheraient au canon. Voila une habile disposition de la lumière. Voila un curieux souci du détail. Voila de la méthode. Voila du progrès. — Est-ce tout ? Puisqu’il s’agit de beaux-arts, n’ajouterez-vous pas : « Voila de la beauté ? » — Hélas ! non. Trop de choses blessent encore le goût. Quel abus de lignes froides comme la glace, et de bois sombres comme la pluie:

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IMMEUBLE RUE DE L'AMIRAL RONSIN PARIS FONDATION DITE GROUPE DES MAISONS OUVRIÈRES ARCHITECTE LABUSSIÈRE Etoffes, tapis, meubles, sont les compagnons muets, mais intimes, de notre existence toute entière. Il faut donc qu'ils nous sourient. Le sourire n'est pas chose d'Allemagne. Jusqu'à présent, son génie ne connaît pas de milieu entre le sérieux et le bouffon. Un meuble n'est meublant que s'il contient la tiédeur de la joie humaine. Que nous veulent ces silhouettes raidies et pédantesques, ces teintes seches et rêvées ? Vivre là-dedans ! Autant vaudrait s'enfermer en un cachot de boue gelée ! En matière d'art, l'Allemagne a la volonté de parvenir. Elle a surtout une puissance de « réclame » tout à fait étourdissante. D'idées originales, point. De tout temps, elle a vécu sur le commun. Saisissant les inventions d'autrui pour les adapter à ses besoins, elle déroba successivement le style byzantin à l'empire grec, le style gothique à la France, la peinture aux Flandres, à l'Italie, à la France.

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FONDATION DITE GROUPE DES MAISONS OUVRIÈRES HÔTEL POPULAIRE 94, RUE DE CHARONNE, PARIS Cet hôtel, réservé aux hommes, contient 750 chambres, salles de réunion, de correspondance, de lecture. — Fumoir. — Restaurant économique. Bains (0 fr. 30), douches (0 fr. 10), coiffeur, tailleur, cordonnier. Location à la journée (0 fr. 70 la journée), à la semaine (de 4 fr. 20 à 6 fr. la semaine) --- ARCHITECTES MM. LABUSSEIÈRE ET LONGEREY

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--- HOTEL POPULAIRE SALLE DE REPOS --- GROUPE DES MAISONS OUVRIÈRES --- Mais quoi! Il ne s'agit pas d'artistes, il s'agit de producteurs et de négociants. L'Allemagne sent bien que la France gardera toujours sa supériorité comme créatrice élégante, indépendante et généreuse. On imite la France qui n'imite personne. En Allemagne, de gros bataillons se forment pour emboîter le pas derrière tout artiste qui arrive au succès fructueux. En certaines villes allemandes fonctionnent des écoles d'art parfaitement organisées et outillées. L'enseignement technique y est donné avec force et continuité. L'enfant apprend à dessiner et à modeler à quatre ou cinq ans. — Hé, quoi! sur les bancs de l'école maternelle? — Vous l'avez dit! Ensuite, à l'école primaire, on cherche à distinguer le métier pour lequel il a des dispositions et on lui en inculque les principes. Quand il a treize ans, on l'invite à se prononcer d'une façon formelle. Pendant une année, on lui fait commencer l'apprentissage du métier définitivement choisi. À quatorze ans, il peut entrer avec profit dans un atelier. S'il a des qualités de premier ordre, on le place dans une école secondaire où tous les métiers ont une classe à part. Tous les métiers, sans exception. Voici même celui de mécanicien-dentiste; voilà même une classe de fausse antiquité. (Les fausses dents, soit; mais les faux vieux meubles ou les fausses vieilles dentelles...). Vient enfin, quatrième et suprême maison d'enseignement, l'Ecole des Arts du Travail, où l'on forme les futurs chefs d'ateliers et les futurs professeurs. N'oublions pas que partout règne la discipline à la prussienne. Les professeurs sont impitoyablement pliés à son joug. Celui d'entre eux qui passe deux années sans avoir obtenu de bons résultats, c'est-à-dire formé de bons élèves, est révoqué sans indemnité. Imaginez des généraux forcés de gagner des victoires, sous peine de mort. La France qui, depuis tant de siècles, a, dans les arts décoratifs, une précellence incontestée, se voit menacée sur un terrain qu'elle pouvait croire sien à jamais. Avertie ainsi, elle saura se défendre. --- Novembre 1911. — L’Art Décoratif dans la Maison Ouvrière. — Fasc. 5.