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ART & DÉCORATION NUMÉRO 9 --- revue fournie en 1897 LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
ART & DÉCORATION NUMÉRO 9 --- revue fournie en 1897 LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS
Sommaire CE NUMÉRO A ÉTÉ ÉTABLI SOUS LA DIRECTION d'ALBERT LÉVY PAR GASTON DIEHL ET BORIS J. LACROIX ART & DÉCORATION NUMÉRO 9 CHEF DE PUBLICITÉ ANDRÉ J. BAHRY (H.E.C.) --- MOBILIERS ET ENSEMBLES DE VACANCES Charlotte Perriand, décorateur par Boris J. Lacroix FERRONNERIES FRANÇAISES par René Chavance MOBILIERS EN SÉRIE ET PROTOTYPES par Gaston Diehl PAPIERS PEINTS ET TISSUS au Salon des Arts Ménagers ENSEMBLES DE STYLE par Pierre Bressay AFFICHES par Marcel Zahar MAISONS DE VACANCES EN SUISSE par S. Gille-Delafon VERS UN STYLE UTILITAIRE ? par Boris J. Lacroix INFORMATIONS, EN FRANCE ET À L'ÉTRANGER EN COULEURS INTÉRIEURS de Charlotte Perriand LA COUVERTURE DEUX TABLES ET DEUX SIÈGES de Charlotte Perriand (composition de Boris J. Lacroix) FONDÉE EN 1897, S'EST ADJOINT LES REVUES : L'ART DÉCORATIF, LES ÉCHOS D'ART, L'ARCHITECTE PARAIT 4 FOIS PAR AN Tous droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays. Les modèles publiés sont et demeurent la propriété de leurs auteurs ; toutes les reproductions ou les imitations, mêmes partielles, sont interdites et seront poursuivies par les auteurs. Prix : France, le numéro, 250 francs ; l'abonnement annuel (4 numéros), 900 francs. Étranger (sauf pour les pays indiqués plus loin) : l'abonnement, 1.050 francs. Autres pays (Australie, Danemark, États-Unis, Grande-Bretagne, Indes, Palestine) : l'abonnement, 1.100 francs. À toute demande de changement d'adresse joindre 10 francs en timbres-poste. Chèques postaux, Paris 261.69. Il reste quelques numéros ou volumes antérieurs à l'année 1939. Se renseigner à l'administration de la revue. LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, RUE DE L'ÉCHELLE, PARIS, OPÉRA 65-38
* MOBILIERS ET ENSEMBLES DE VACANCES CHARLOTTE PERRIAND DÉCORATEUR Un humoriste affirmait que les villes seraient bien plus agréables si on les bâtissait à la campagne. Il est heureux que l’on n’ait pas pour habitude d’écouter les humoristes, car où irait-on alors en vacances ? Où irait-on chercher ce contraste, ce dépaysement, cette détente physique et morale dont le besoin fait périodiquement échapper l’homme à sa termitière citadine et à ses servitudes ? Comme la fonction crée l’organe, le mode de vie en détermine le cadre ; celui des maisons citadines est le plus souvent à l’image même des contraintes, du formalisme et de l’étriquement qui finissent toujours par dominer la vie des sociétés trop concentrées. Hors de la ville, plus près de la nature, l’individu se croit autorisé à quelque relâche-ment. Il lui faut ces sièges plus profonds, ces meubles moins fragiles, ces aménagements plus commodes et ces couleurs plus fraîches qu’il se refuse souvent ailleurs ; son intérieur n’est plus seulement la marque d’un standing dont il est devenu l’esclave, il doit être aussi Coin de feu dans la salle commune d’une auberge de montagne, près de Saint-Nicolas-de-Véroce, dont l’enseigne « Au Vieux Matelot », assez inattendue à cette altitude, est gentiment rappelée par le petit bateau fiché sur la hotte de la cheminée. Le dispositif vertical d’éclairage indirect, sur le côté gauche de la fenêtre, maintient le soir, à cet endroit, l’illusion de l’éclairage diurne.
PHOTO KARQUEL. * Différents aspects du bar dans un petit hôtel de montagne, aux Allues (P. Grillo et Christian Durupt, architectes). Formes et matériaux concourent à satisfaire un parti pris de robustesse et de facile entretien non seulement apparents, mais réels. Le pin naturel ciré donne sa note de fraîcheur généreuse. Deux murs sont blancs, les autres sont rouges, le plafond est bleu nuit. Tout un bestiaire, traité avec un humour rupestre par P. Grillo, évolue parmi les hublots lumineux du plafond bleu, sur lequel il se détache en traits jaunes et rouges.
au service de son repos et de son plaisir. On songe alors qu'il n'y a pas que les « grandes vacances » et l'évasion hors de la ville, il y a encore les fins de journée jusqu'au lendemain matin ; il y a aussi les fins de semaine et tous ces petits moments de loisir que l'on passe chez soi et qui seraient encore de vraies vacances si toutes les conditions en étaient réunies et celles, notamment, du décor environnant. C'est peut-être là qu'un enseignement se cache derrière la boutade de notre humoriste qui conduit à penser que cette ambiance, vers laquelle on court à chaque possibilité d'évasion, rien n'empêcherait d'en créer les éléments essentiels aux lieux mêmes où se passe la plus grande partie de l'existence. PHOTOS KARQUEL. Il semble bien que ce soit aussi le sentiment de Charlotte Perriand, à en juger par l'ensemble de son œuvre et par les quelques réalisations présentées ici. Ces ensembles et ces mobiliers n'ont pas tous été uniquement ou spécialement conçus en vue de cadres bal- (Suite de l'article page 12.)
PHOTOS KARQUEL. L'équipement des huit chambres de l'hôtel des Allues, dont on vient de voir le bar, a été réalisé à partir d'une gamme d'éléments relativement restreinte. Toutefois, ces éléments, adaptés à la disposition particulière de chaque pièce et très diversement combinés entre eux, créent pour chaque chambre une physionomie particulière et qui n'est jamais celle d'une chambre d'hôtel : lits pour une ou deux personnes, tout en bois ou partiellement garnis de paille naturelle ou de couleur ; le même fauteuil paillé ou garni de fourrure ; tablettes plus ou moins longues sous l'allège de la fenêtre, abritant le radiateur et s'élargissant ça et là pour devenir une table ; les tabourets du bar augmentés d'un dossier sont devenus chaises et les guéridons du même bar sont devenus tables de chevet. Les murs de moellons grassement jointoyés ou blanchis, ou bien encore peints d'un ton vif, s'harmonisent ou s'opposent avec la couleur des dessus de lit et des rideaux.
Des gorges lumineuses partiellement encastrées dans le plafond dispensent au mieux l'éclairage de leurs invisibles tubes fluorescents. Remarquer la construction en bois et métal du large tirou disposé sous chaque tablette et son casier mobile pour le rangement des petits objets. Chaque chambre dispose, en outre, de larges placards à portes coulissantes, avec penderie, tablettes et tiroirs à l'anglaise ; chacune aussi est précédée d'une petite entrée vestiaire séchoir où peuvent être laissés les vêtements et les souliers mouillés de neige et sur laquelle donne une salle de bains particulière. PHOTOS KARQUEL
Encore un bar dans un hôtel de montagne (P. Grillo et Ch. Durupl, architectes), mais aménagé, cette fois, dans l'écurie d'une ancienne maison paysanne dont l'architecture primitive, conservée telle quelle, suffit à déterminer l'ambiance. Le comptoir, monté en moellons apparents, est simplement couronné d'un épais plateau en pin naturel ; des éclairages dissimulés tirent leurs effets du jeu des voussures. Le sol est dallé en rondins de mélèze sur forme et joints de bitume. PHOTOS KARQUEL CI-DESSOUS : Table de restaurant en bois naturel. Remarquer le parti de rondeur de tous ces volumes, doux aux yeux et au toucher et que l'on n'a pas à craindre de heurter. Cette rondeur n'engendre toutefois aucune mollesse des lignes et, dans sa rusticité, cette table conserve une réelle élégance. Un vernis spécial, résistant à la chaleur et aux alcools, protège ces tables de restaurant ainsi que les dessus de bars.— L'autuel en bois naturel garni de fourrure.
Ce détail d'architecture appartient à la salle commune du «Vieux Matelot», dont on a vu le coin de feu en tête de cet article. Deux vues et un plan en montrent les différents aspects. La plus grande partie du mur qui sépare cette salle de l'extérieur est constituée par un vaste châssis vitré pivotant dans lequel est ménagée une porte d'accès; la salle est bien close sans que ses occupants soient privés du spectacle de la nature environnante. Le panneau vitré, ayant pivoté sur lui-même, a mis la salle de plain-pied avec l'extérieur tout en continuant à la protéger, puisqu'en se raccordant avec un muret extérieur il a délimité sur la terrasse, convenablement orientée, toute une zone abritée du vent. Remarquer la saillie extérieure des solives apparentes du plafond intérieur.
PHOTO GRAVOT. * Dans ce petit ensemble que constituent essentiellement un divan, des sièges et des casiers métalliques, il est intéressant de trouver déjà cette table en bois massif qui préfigure tout un autre aspect des recherches de Charlotte Perriand. En dessous, détails de la chaise pliante en tubes de métal. PHOTO KOLLAR
On retrouve dans cet intérieur, réalisé au Japon, la table reproduite sur la page précédente. Les ressources de l'artisanat local et des conditions hygrométriques particulières ont permis de tirer d'une seule bille ce plateau de table au rebord saillant pris dans la masse. Les chaises sont en bois clair paillé. En dessous, détail d'une autre table du même type : plateau d'ardoise, monolithe, piétement en bois massif.

Ce numéro de la revue "Art & Décoration" présente des mobiliers et ensembles de vacances, notamment ceux conçus par Charlotte Perriand. Il explore également les ferronneries françaises, les meubles en série, les papiers peints et tissus, ainsi que des ensembles de style et des affiches. Des maisons de vacances en Suisse et la question d'un style utilitaire sont également abordées, avec des illustrations d'intérieurs et de mobilier.