Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART ET DÉCORATION JANVIER 1925 JEAN PUIFORCAT, ORFÈVRE, PAR GASTON VARENNE. FERDINAND HODLER, PAR DANIEL BAUD-BOVY. UN ATELIER MODERNE DE DÉCOR TEXTILE, PAR LUC-BENOIST. — UN CONCOURS DE SIÈGES, PAR MARCEL WEBER. — CHRONIQUE : INFORMATIONS, LIVRES. HORS-TEXTE : SOIERIE LAMÉE ARGENT, PAR LLANO FLORÈS. --- EDITIONS ALBERT LEVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2 RUE DE L'ÉCHELLE - PARIS --- CE NUMÉRO : France : 7 fr. Étr. 8 fr.

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ART ET DÉCORATION et l'Art Décoratif REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE Rédacteur en Chef : Léon Deshairs 29e année. — N° 277 Tous les droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays. Les articles parus dans Art et Décoration deviennent la propriété de la revue. Les modèles publiés dans la revue sont et demeurent la propriété de leurs auteurs, toutes reproductions ou imitations même partielles, sont interdites et seront poursuivies par leurs auteurs. Le Numéro : - France . . . 7 francs - Étranger . . . 8 francs L'Abonnement : - France . . . 70 francs - (12 numéros) Étranger . . . 85 francs L'année parue (de 1920 à 1923 inclus), brochée : 72 fr. Reliée, en 2 volumes : 96 fr. (Étranger, port en sus) L'année 1924, brochée : 84 francs. Reliée, en 2 volumes : 108 francs (Étranger, port en sus) Emboîtages (chaque emboîage contient un semestre), 8 fr. (Port en sus : France, 2 fr. Étranger, 3 fr.) --- ÉDITIONS ALBERT LÉVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, Rue de l'Échelle, PARIS (1er) Compte chèques Postaux 6690 R.C. Seine 64696 Téléphone Louvre 33-87 --- EDGAR BRANDT 101 BOULEVARD MURAT.PARIS TEL.AUTEUIL 07-95 12-40 REGISTRE DU COMMERCE DE LA JEUNE N° 116370 FERRONNERIES LUSTRERIE OBJETS D'ART EXPOSITION PERMANENTE

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Plateaux JEAN PUIFORCAT, ORFÈVRE Si l'on accuse parfois nos artistes ou artisans modernes de méconnaître notre tradition ou de lui faire violence, on ne saurait adresser pareil reproche à Jean Puiforcat. De père en fils on est orfèvre dans sa famille et, depuis 1820, trois générations déjà sont demeurées fidèles à un métier qui a ses titres de noblesse. Dans la vieille maison de la rue Chapon s'est transmis l'amour d'une profession qu'illustrèrent en France les Richard Toustain, Ballin, Alexis Loir, les Villiers, Germain, Joubert, Auguste, Biennais, sans vouloir parler d'artisans plus proches de nous et, non content d'œuvrer, on y a collectionné jalousement, dévotement, les plus magnifiques spécimens de l'orfèvrerie française. Peu à peu fut constitué ainsi un vrai musée, d'une valeur inestimable, tant par la beauté des pièces qui y sont réunies, que [par leur rareté ou leur richesse. Grandir parmi de tels trésors, dans un milieu où tout vous parle de la gloire du passé et où il semble bien tentant, d'autre part, de poursuivre une fabrication éprouvée qui n'a qu'à rééditer les modèles anciens pour connaître le succès, puis se révolter contre un tel Plateau

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ART ET DECORATION JEAN PUIFORCAT esclavage, comprendre que la meilleure leçon que nous donnent les artistes d'autrefois, c'est de nous engager à créer, ainsi qu'ils l'ont fait eux-mêmes, et non de les copier, quelle aventure dangereuse ! Jean Puiforcat a voulu la tenter et cela est tout à son honneur. Aventure dangereuse pour un orfèvre, plus encore que pour tout autre artisan. J'en ai indiqué longuement les raisons en un précédent article, (1) je n'y reviendrai pas. Pour s'y risquer, il convient d'être bien armé. Jean Puiforcat commença, chose rare aujourd'hui, par être un simple ouvrier. Il n'entreprit ses études de sculpteur que lorsqu'il connut à fond son métier. Ce double et long apprentissage ne lui a permis de commencer à produire que depuis quelques années. Mais lorsqu'il exposa ses premières œuvres, (1) L'orfèvrerie française moderne. Art et Décoration, février 1923. soit au Salon d'Automne, soit au Salon des Décorateurs, elles retinrent aussitôt l'attention, moins encore par leurs audaces que par les qualités de réflexion, de logique, de convenance, par la belle technique qu'elles révélaient. Jean Puiforcat avait compris, dès ses débuts, comment doit se poser, dans ses grandes lignes, le problème du rajeunissement de la tradition dans l'orfèvrerie. Ce problème présente des difficultés particulières. Les formes arrêtées par un long usage, asservies à des nécessités pratiques inéluctables, ne sont guère susceptibles de profondes modifications. Quant au décor, surabondant jadis et qui changeait avec la mode, il n'en saurait plus être question. Un artiste digne de ce nom se refuse aujourd'hui, à agrémenter une forme d'ornements adventices. Il est loin de nous, quoique proche encore par le chiffre des années, le

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JEAN PUIFORCAT Service à hors-d'œuvre JEAN PUIFORCAT temps où Roty créait pour Christofle des cuillers qui avaient pour motif: Le Génie de l’art, où l’on modelait sur les branches et sur les feuilles de couverts de table, des bleuets, des marguerites et des coquelicots! Où n’a pas conduit l’abus du décor? «Point de morceau qui ne soit historié, écrit le Mercure de France, en parlant de l’argenterie de Louis XIV. Des chandeliers représentent les douze mois de l’année. On a fait les Saisons sur d’autres et les Travaux d’Hercule en composent une autre douzaine. Il en est de même du reste de l’argenterie.» Faut-il rappeler que le xvie siècle n’hésitait pas à surcharger jusqu’aux manches des instruments de chirurgie, lancettes ou bistouris, d’une profusion de figures ornementales? Et plus nous remontons dans l’histoire, plus cette passion du décor qui nous a valu tant de belles choses et qui a été aussi la source de tant d’erreurs et de laideurs, a sévi avec excès. «Les orfèvres du xive siècle, devenus fort habiles dans l’art de modeler et de grouper les figures, constate F. de Lasteyrie dans sa magistrale histoire de l’orfèvrerie, ne se préoccupaient guère de la forme générale des pièces qu’ils fabriquaient, de la pureté de leur profil, de la régularité de leurs contours.» Si nous nous enfonçons plus encore dans le passé, nous voyons qu’à Cuillère à sucre, cuillère à huîtres

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ART ET DECORATION JEAN PUIFORCAT l'époque carolingienne, l'orfèvrerie se confond avec la joaillerie. A Byzance les métaux étaient incrustés de pierres précieuses et d'émaux cloisonnés. Longue tradition de surcharge décorative obtenue par des moyens différents et qui fut interrompue pour la première fois par les Anglais, au XVIIIe siècle. Leur sens pratique imposa le goût de formes simples, discrètement ornées. Il y a eu, depuis lors, de fâcheux retours vers l'ornement. Il était réservé à notre temps que l'on accuse volontiers d'impuissance et dont il faudra faire dater, au contraire, une véritable renaissance des métiers, de réfléchir profondément à ces problèmes d'esthétique et de partir en guerre contre le décor pour le décor. En ceci il a témoigné d'un sens très juste des conditions générales de la vie et des nécessités, pour l'art appliqué, de servir nos besoins. Notre existence moderne, rapide, fiévreuse, au siècle de la machine, de l'automobile, de l'aviation, du cinématographe, de la télégraphie sans fil, nous impose en effet une notion de la beauté qui vaut surtout par les proportions heureuses, par la pureté des lignes, la simplicité des formes, la

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JEAN PUIFORCAT parfaite harmonie des volumes. Ces conceptions ont particulièrement influencé l'architecture et le mobilier. Dans quelle mesure peuvent-elles valoir également pour l'orfèvrerie ? Je n'entends pas parler ici des grandes pièces, surtout, coupes précieuses, etc. qui firent jadis la gloire des orfèvres. Dans son étude sur l'orfèvrerie, M. Frenry Havard n'affirmait-il pas que ces travaux où la figure humaine était traitée en ronde bosse, ont valu à l'orfèvrerie de pouvoir être considérée « comme un art plastique d'un ordre particulièrement élevé. » Des considérations aussi désuètes sur la hiérarchie des arts, ne suffiraient pas à pousser les orfèvres de notre temps à des travaux de ce genre, même lorsque l'occasion s'offre à eux, de plus en plus rarement, d'exécuter ces pièces d'apparat. Celles-ci autorisent, il est vrai, quelque fantaisie. Néanmoins la coupe Jean Potin, que Jean Puiforcat a modelée pour le championnat de hockey sur glace, ses autres coupes destinées à récompenser des performances sportives sans attribution spéciale, prouvent que, sans figures, sans académies en ronde bosse, il est possible de réaliser de belles choses et

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ART ET DÉCORATION JEAN PUIFORCAT de prise commode; elles ne doivent pas, non plus que le bec, dont l'inclinaison est calculée de façon à ce que le liquide s'écoule régulièrement, nuire à l'élégance de la silhouette. Il est indispensable enfin, que nous puissions, sans danger de nous brûler, saisir l'anse, de même que le couvercle, ce qui oblige à les isoler du corps de la théière, tout en maintenant avec elle une étroite liaison. Une théière construite selon ces données sera-t-elle belle? Peut-être et surtout si elle est établie en une matière pauvre, en faïence par exemple, encore que la faïence exige des profils différents de l'argenterie. Mais celle-ci est une matière noble. Une pièce d'argenterie est toujours un objet de luxe et l'orfèvre ne peut se contenter à si bon compte. Aux soucis très stricts de construction JEAN PUIFORCAT de rompre avec le mauvais goût qui a trop longtemps distingué ces sortes de trophées. Son milieu de table avec colonnes en onyx a, lui aussi, même sobriété et même élégance. Mais plus qu'aucune autre, la production courante, ce que l'on nomme l'argenterie de table, doit répondre à des besoins nettement définis et d'un ordre très pratique. La préoccupation dominante de l'orfèvre sera donc de créer d'abord des formes harmonieuses. Leur caractère de nécessité est l'élément essentiel de leur beauté. Travail de sculpteur ou même d'architecte, si l'on veut, de «constructeur» certainement, et non plus de décorateur! Que l'on ne s'imagine pas, du reste, que c'est chose aisée de réaliser la perfection dans de pareilles recherches. Que de problèmes difficiles soulève le simple équilibre d'une théière, par exemple. Pour permettre l'évasement de la panse, il lui faut une base solide et stable; les anses doivent être aisément maniables et

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JEAN PUIFORCAT Service à thé, anses ivoire JEAN PUIFORCAT Service à thé, anses ébène macassar JEAN PUIFORCAT

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ART ET DECORATION JEAN PUIFORCAT d'un plat, d'une coupe, d'un sucrier, procède comme le statuaire qui veut rendre une statue vivante et expressive. Il multiplie les accents. Et l'on se rend compte, en examinant les diverses reproductions qui accompagnent ces lignes, de l'habileté et du goût nécessaires pour éviter à la fois l'abus et la monotonie. Lorsqu'il allume ainsi des lumières sur une surface ou noie d'ombre certains profils, l'orfèvre a le droit de parler de couleur, tout comme le sculpteur. Mais son art possède d'autres ressources encore, qu'il serait dommage de négliger. Il peut associer l'argent à des pierres précieuses, à la corne, à l'ivoire, à certains bois. Jean Puiforcat a fréquemment usé, et il a eu raison, de combinaisons de cette sorte. Il demande des bleus au lapis, à l'amazonite, des verts au jade, à la malachite, à l'aventurine, des jaunes à l'agathe, à l'onyx, à l'ambre, des rouges orange à la cornaline, des rouges plus vifs à l'omnylithe. Il en fait des anses, des boutons de couvercle, des cabochons, ou bien encore il a recours à que nous venons de définir, il ajoute d'autres préoccupations. L'argent a, par lui-même, une certaine sécheresse d'aspect qu'il convient d'atténuer et, pour ce faire, l'art de notre époque excluant le décor en placage, comment procéder sans détruire l'harmonie des formes? A défaut de rubans noués, de palmettes, de godrons, de perles, de ces moyens faciles et commodes, dont toute grammaire ornementale présente un choix abondant, l'orfèvre animera la forme, atténuera sa monotonie et sa froideur, lui donnera quelque agrément, simplement par des infléchissements de plans longuement étudiés et aussi par des cannelures, des côtes, des nervures, voire des cliquetés, par un jeu varié de lumière et d'ombre. Le modèleur qui établit la forme d'une théière, JEAN PUIFORCAT

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JEAN PUIFORCAT Argent, lapis-lazuli, cristal de roche JEAN PUIFORCAT JEAN PUIFORCAT