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Art et décoration MAI 1920
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
Art et décoration MAI 1920
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art et décoration REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE Vingt-Quatrième Année — Numéro : 221 --- MAI 1920 ALBERT MARQUET . . . . . . . . . . . . . . . . Tristan Leclère LES VERRERIES DE MAURICE MARINOT . . . . . . Ami Chantre L’ART POPULAIRE TCHÉCO-SLOVAQUE. . . . . . Charles Chotek LES PEINTRES MODERNES ET LE THÉÂTRE. — II. . . Valdo Barbey PLANCHE HORS TEXTE : FLACON DÉCORÉ D’EMAUX POLYCHROMES. . . . . MARINOT Chronique : INFORMATIONS. — LE DROIT DE SUITE, par René Chavance. — L’EXTENSION ET L’AMÉNAGEMENT DE PARIS. II. — LE PLAN D’AMÉNAGEMENT ET D’EXTENSION DE LA VILLE DE REIMS, par Jean Verrier. — AU MUSÉE DU LOUVRE. — AU MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS. — LE MUSÉE DE BAGNOLS-SUR-CÈZE. — LES EXPOSITIONS : ALBERT SIFFAIT DE MONTCOURT, par Paul Vitry. — MAXIMILIEN LUCE. — ANDRÉ HURTRET. — CLÉMENT MÈRE, par Léon Moussinac. — ANDERS JONSSON. — WILL HERR. — LE NOUVEL ESSOR. — LIVRES ET REVUES. • • • PRIX DE LA LIVRAISON France : 6 fr. — Étranger : 7 fr. PRIX DE L’ABONNEMENT France : 60 fr. — Étranger : 70 fr. De 1897 à 1914 : la livraison. 3 francs. En 1919 : 5 livraisons à 5 francs. L’Année : Brochée . 36 fr.; Reliée . 50 fr. LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, RUE DE L’ÉCHELLE — PARIS 1er COMpte DE CHèQUES POSTAUX, N° 6690. TÉLÉPHONE : LOUVRE 33-87
Collioure. Albert Marquet Il y a quelque quinze ou vingt ans, les amateurs égaillés au Salon des Indépendants y découvraient des vues de Paris, des bords de Seine peints dans des gris choisis avec quelques accents noirs d'une rare autorité. Cela valait par la netteté de l'établissement. J'entends qu'il s'agissait moins de la précision du contour que de l'exactitude des valeurs, c'est-à-dire du rapport exact qui existe entre la couleur et son intensité lumineuse. Fromentin a écrit là-dessus, à propos des Hollandais, des pages célèbres : elles ne sont pas oubliées, et qui les entend, entendra ce que je veux dire en parlant de Marquet. Ce que les Hollandais faisaient dans leurs intérieurs, il le fait pour le paysage. Il dose exactement la valeur de blanc et noir d'un ton placé à une certaine distance. Il sait que ce ton se neutralise à mesure qu'il s'éloigne jusqu'à l'horizon. Il sait que les différences de contraste s'adoucissent en même temps et qu'à la limite de ce qu'on peut voir tout est confondu dans une même couleur et une même valeur. Déterminer comment une couleur très claire et une couleur très sombre en arrivent jusque-là, noter exactement toutes les étapes de cette transformation, tel est l'art souverain d'Albert Marquet. Il sort de l'atelier Gustave Moreau ; il y a coudoyé quelques-uns des meilleurs peintres
Art et Décoration de ce temps, de ceux qui ont acquis toute notoriété, comme Henri Matisse ou Charles Guérin, de ceux qu'on discute encore, comme Rouault ou Simon Bussy, de ceux qu'on n'apprécie pas à leur valeur qui est très grande, comme Eugène Martel. Il est curieux de remarquer que tous ces artistes ont échappé complètement à l'influence, d'ailleurs assez dangereuse, de leur maître. Seuls, un Desvallières ou un Georges Rouault en conservent les traces ; pour les autres, il semble qu'ils n'aient rien appris à l'atelier, pas même le métier de peindre. Gustave Moreau avait du moins une exécution savante, des recettes, une cuisine de glacis compliquée. On exécute aujourd'hui à peu près sans méthode et l'on pose un peu au hasard la couleur sur la toile. Un torchis assez inexpressif s'est substitué partout à la belle exécution. Les meilleurs des artistes, les plus passionnés d'une réalisation parfaite, comme Eugène Martel, insistent longuement, recouvrent la toile peu à peu, étendent la couleur au couteau et n'arrivent que par un travail longuement médité au résultat cherché. D'autres, et Marquet est du nombre, comme Henri Matisse, sont surtout des improvisateurs : ils ne s'attardent pas à de patients efforts, à une recherche laborieuse du ton, à une matière nourrie, lentement obtenue, belle en elle-même, ayant ses profondeurs, ses transparences, ses parties lisses ou grenues ; ils procèdent du premier coup ; le ton est vite fait sur la palette et posé sans repeints ; c'est de la peinture à une seule couche. Sur une toile blanche, Marquet dessine à grands traits le paysage choisi; il ne le compose pas, mais, du moins, il cherche dans la réalité le motif qui lui fournira un bel équilibre de masses et de lignes. A ce point de
Albert Marquet vue, de vieilles constructions de banlieue, des ponts, peuvent offrir le même prétexte que le plus classique paysage; au surplus, le dessinateur y trouve une commode simplicité de traits et un dessin d'exécution facile, où seule importe l'observation suffisante des préceptes élémentaires de la perspective. Il n'y a pas là à chercher, comme pour un feuillage par exemple, une interprétation heureuse et personnelle du modelé; l'écriture la plus ordinaire, la plus inexpressive même est déjà quasi suffisante. Les surfaces ainsi délimitées seront remplies de tons presque plats. La justesse de ces tons, l'exactitude de leurs rapports fera le principal mérite des toiles de Marquet. On voit de suite combien une telle technique diffère de celles des générations précédentes. Impressionnistes et néo-impressionnistes se sont acharnés à la poursuite des effets lumineux et pour ce faire ont divisé leur travail en touches séparées allant de la virgule au point. De toutes ces recherches, Marquet ne retient qu'un certain goût du ton clair; et, bien qu'il se contente souvent des neutres, il ne craint pas à l'occasion la couleur franche; seulement, dans l'atmosphère parisienne chargée d'humidité, sur les bords embrumés de la Seine, ces tons ne se présenteront guère qu'au premier plan. A la moindre distance, les couleurs vives s'adouciront et tourneront au gris. Un seul des impressionnistes laisse pour Marquet et ses camarades une leçon plus attentivement étudiée: Cézanne. S'il emploie des touches séparées, c'est pour des tons voisins et non point contrastés et pour mieux assurer la modulation de la couleur et le modelé des formes. Mais surtout il se soucie d'intensifier les effets de contrastes. Quand un objet clair se détache sur un fond plus sombre, Cézanne a soin d'as-
Art et Décoration sombrir encore la partie qui entoure cet objet. Méthode à la fois excellente et dangereuse; si elle est appliquée grossièrement, le procédé, le truc, la ficelle apparaissent immédiatement. Et il faut bien reconnaître qu'il en est souvent ainsi chez les imitateurs de Cézanne. Ils ne savent pas marier l'harmonie aux contrastes; ils ont oublié une autre leçon : celle des maîtres anciens, des Flamands ou des Hollandais comme Brouwer. Là, les passages les plus subtils sont ménagés sans que les contrastes soient sacrifiés; l'expression picturale y gagne infiniment en subtilité. On ne trouvera pas cela chez nos contemporains ni même chez Marquet; mais il assure fortement les oppositions de tons et l'effet, pour très marqué qu'il soit, reste toujours dans ses toiles d'une absolue fidélité à la nature. De Gustave Moreau, qu'a-t-il donc pu retenir? Peu de chose, je l'ai dit, si l'on se soucie uniquement des techniques. Le professeur ne semble donc pas avoir entièrement là rempli son rôle, mais son cas est général et il y a beau temps qu'on n'enseigne plus à l'atelier ce qui peut s'enseigner, c'est-à-dire le métier. Du moins Gustave Moreau a-t-il su éviter de créer une phalange d'imitateurs. Manquant de discipline, ses élèves se sont dirigés dans les sens les plus divers et pourtant nous les retrouvons tous ou presque tous classés parmi les représentants les plus intéressants de notre époque. C'est qu'à défaut de métier matériel, Moreau a communiqué à ses élèves le plus vif amour de leur art. Il a développé en eux cet enthousiasme sacré sans lequel les belles œuvres ne sont pas possibles et chacun a essayé de se faire le métier qui lui convenait le mieux ; on est allé au plus pressé et Marquet, doué d'un œil sûr, habile à définir au premier coup la composition d'un ton, a pu
Albert Marquet Paris. — Notre-Dame vue du quai des Grands-Augustins. se contenter de la technique la plus expéditive. Ce petit homme souriant, à l'œil vit, à la démarche trainante, cet ami d'un Charles Guérin et d'un Charles-Louis Philippe, cet esprit à la fois populaire et distingué, s'est jeté dans la peinture avec ses seuls dons personnels : ils étaient grands. S'il exécute vite, c'est parce qu'il voit juste. D'autres ont besoin de voir les tons déjà posés sur la toile pour les corriger et s'approcher peu à peu de l'effet cherché. Marquet y atteint tout de suite, ou presque. Le spectacle des bords de la Seine était pour lui chose familière. Depuis des années, Albert Marquet a son atelier quai Saint-Michel. De là-haut, il peut voir la brume du soir se lever sur l'eau ou le brouillard du matin disparaître peu à peu en dévoilant les détails de Notre-Dame, des quais et des péniches amarrées le long de la berge. Toutes les villes où l'eau passe ont une atmosphère particulière ; la buée qui emplit l'air lui donne une épaisseur plus grande qu'ailleurs. Ainsi les choses s'enveloppent dans une teinte uniforme et c'est le

Ce numéro de la revue "Art et Décoration" présente un article sur la cathédrale de Reims, explorant son architecture et sa sculpture à travers 225 planches en héliogravure par Paul Vitry. Il inclut également des articles sur Albert Marquet, les verreries de Maurice Marinot, l'art populaire tchécoslovaque, et les peintres modernes au théâtre. La section "Chronique" couvre des informations sur l'aménagement de Paris et de Reims, ainsi que des critiques d'expositions et de livres.