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Art et décoration AVRIL 1920
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
Art et décoration AVRIL 1920
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art et décoration REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE Vingt-Quatrième Année — Numéro : 220 --- AVRIL 1920 --- LES PEINTRES MODERNES ET LE THÉÂTRE. — I. . . . Valdo Barbey LE XIe SALON DES ARTISTES DÉCORATEURS. . . . . Émile Henriot UNE DÉCORATION D'AUGUSTE MATISSE . . . . Roger de Félice Chronique : ANDRÉ METTHEY. — JEAN BAFFIER. — QUELQUES PROJETS DU “GROUPE DE L’ART”. par René Chavance. — EXPOSITION DE DESSINS ET TRAVAUX MANUELS, par Léon Rosenthal. — L’EXTENSION ET L’AMÉNAGEMENT DE PARIS, par Jean Verrier. — EXPOSITIONS: P.-L. DUSOUCHET, par Charles Saunier ; MAX JACOB, LOUISE HERVIEU, P.-E. GERNEZ, FERDINAND OLIVIER, PIERRE LAPRADE. — LES VENTES, par Tristan Leclère. • • • PRIX DE LA LIVRAISON France : 6 fr. — Étranger : 7 fr. PRIX DE L’ABONNEMENT France : 60 fr. — Étranger : 70 fr. De 1897 à 1914 : la livraison. 3 francs. En 1919 : 5 livraisons à 5 francs. L’Année : Brochée . 36 fr. ; Reliée . 50 fr. LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, RUE DE L’ÉCHELLE — PARIS 1er. COMpte DE CHèQUES POSTAUX, N° 6690. TÉLÉPHONE : LOUVRE 33-87
L'Oiseau bleu. Le Pays des Souvenirs... EGOROF. LES PEINTRES MODERNES ET LE THÉÂTRE I. — Les décors russes Le fait de confier à des peintres plutôt qu'à des professionnels l'exécution de mises en scène eût paru, il y a vingt ans, singulièrement contraire à tous les usages du théâtre. Il semblait que, seuls, les décorateurs de carrière fussent qualifiés pour collaborer avec l'auteur ou le compositeur à la représentation du drame. Le premier directeur qui eut, en France, cette « audace » fut Lugné Poë ; c'est grâce à lui et pour son théâtre de l'Œuvre que Toulouse-Lautrec, Vuillard, Bonnard, Séruzier et Maurice Denis brossèrent jadis des toiles de fond et furent les artisans, même avant les Russes, d'une rénovation dont nous retracerons ici le développement. Paris eut donc le privilège de voir naître un mouvement qui fut ignoré chez nous, mais que l'étranger sut exploiter aussitôt. Il ne sera question, dans cette étude, que des mises en scène exécutées sur les scènes pari-siennes ; aussi ne ferons-nous que mentionner les recherches faites à Moscou par le grand artiste anglais Gordon Craig qui réalisa de grandioses conceptions décoratives pour des œuvres de Shakespeare et nous bornerons-nous à rappeler les découvertes de Georges Appia sur les diverses intensités de lumière propres à créer un cadre pour les opéras wagnériens. Ces deux novateurs ne purent malheureusement jamais venir jusqu'à Paris où leurs créations demeurent inconnues.
Art et Décoration EGOROF. C'est en 1908 que l'on vit pour la première fois chez nous les décors russes; l'œuvre de Mousorgoski, Boris Goudounow, fut montée cette année-là à l'Opéra et produisit un effet considérable; des horizons inconnus s'ouvraient à nos yeux et les arts du théâtre semblaient vivre d'une vie nouvelle. En 1909, à l'apparition des Ballets russes, l'impression de ces spectacles fut telle qu'on put se rendre compte de l'ignorance où nous étions en France dans l'art de créer une atmosphère de couleur pour la représentation du drame. Jusqu'alors le public parisien n'avait eu sous les yeux que les décors conventionnels et puérils des grands opéras ou ceux non moins médiocres de l'Opéra-Comique ou de l'Odéon. Les idées de vérisme chères à Antoine étaient partout en faveur; on exigeait du décorateur la représentation de la nature en tous ses détails, un arbre avec ses moindres feuilles, une fleur avec tous ses pétales, une maison avec tous les éléments de son architecture. La scène de Pelléas et Mélisande représentant la tour du château tapissée de lierre est le triste modèle du genre. Et quelle œuvre plus que Pelléas était mieux faite pour inspirer un décorateur! On ne savait que peu de chose des efforts de stylisation tentés par les peintres modernes de Moscou, les Benois, les Roerich, les Anisfeld, les Fédorowsky, les Bakst qu'avait su grouper Serge de Diaghilew en galvanisant leur talent. L'erreur serait de croire que cet art si nouveau et si profondément national fut apprécié dès son apparition sur les scènes russes; bien au contraire, le public de Pétrograd et de Moscou, aussi peu initié que le nôtre, restait indifférent au mouvement qui se produisait sous ses yeux. Il fallut le triomphe des Ballets russes à l'étranger pour lui démontrer la grossièreté de son ignorance. A Paris, ces spectacles provoquèrent un enthousiasme immense, car ils démontraient jusqu'à quel degré de perfection et de puissance pouvait atteindre le ballet ainsi compris. Impression de style tout d'abord, avec parti
ROERICH. Le Sacre du Printemps (2e tableau). (Cliché Comedia Illustré).
Art et Décoration LÉON BAKST. pris de simplification. De la peinture uniquement, mais hardiment traitée et permettant, à l'aide d'une simple toile de fond, de créer le cadre adéquat. L'auteur du décor était également l'auteur des costumes qui contribuaient à la couleur de l'ensemble, puisqu'ils en faisaient partie intégrante. Différents théâtres eurent le privilège d'accueillir les Ballets russes : l'Opéra, le Châtelet, le Théâtre des Champs-Élysées, mais c'est au Châtelet surtout qu'ils firent l'impression la plus forte sur un public que fascinaient les cadres fastueux créés à des chefs-d'œuvre par des peintres de talent. Ceux qui assistèrent à ces soirées inoubliables aiment à évoquer tout d'abord, entre tant de visions féeriques, la palette somptueuse et chaude de Shéhérazade (musique de Rimsky-Korsakoff) où Bakst sut marier les ors avec les verts véronèse et les orangés. Sur des coussins éclatants reposaient les favorites du Sultan avec, à leurs pieds, les esclaves aux larges culottes lamées d'argent, puis apparaissaient les eunuques aux chefs surmontés de calottes énormes et leur maître, nègre tragique vêtu de rouge et porteur d'un trousseau de clef sonores... A Shéhérazade succédait Pétrouchka (musique de Strawinski) et sa foule bigarrée évoluant parmi les baraques foraines de Pétrogad ; on y admirait l'art d'un Benois tout en finesse après celui d'un Bakst tout en oppositions violentes. Pétrouchka se composait de deux tableaux, la place de la foire et l'intérieur d'un théâtre de marionnettes, conçus dans ce même esprit de délicatesse et de poésie si caractéristiques du talent de Benois. Puis ce fut la chambre blanche éclairée par la lune du Spectre de la Rose (musique de Schumann, décors et costumes de Bakst) et les visions fantastiques du Dieu bleu (musique
Les Peintres Modernes et le Théâtre de Reynaldo Hahn, décors et costumes de Bakst) ; de Thamar (musique de Balakirev, décors et costumes de Bakst), de Sadko (musique de Rimsky-Korsakoff, décors et costumes d'Anisfeld), de l'Oiseau de feu (musique de Strawinski, décors et costumes de Golovine), et de nombre d'autres créations dues au génie inventif et fertile des peintres russes. C'était un enchantement des yeux venant s'ajouter à celui de l'ouïe. Ainsi il était démontré que le décor et les costumes conçus par le même artiste, avec le désir d'obtenir l'intensité dans la couleur et dans le style, loin d'écraser le drame ou la musique, les servaient au contraire et en accentuaient l'expression. Jusqu'alors, décorateur et costumier avaient travaillé chacun de son côté, souvent même un danseur ou une danseuse avait fait exécuter son propre costume sans autre préoccupation LÉON BAKST.

La revue "Art et Décoration" publie son numéro d'avril 1920. Ce numéro contient des articles sur les peintres modernes et le théâtre, notamment les décors russes, ainsi que le XIe Salon des Artistes Décorateurs. Il présente également des chroniques sur divers artistes et expositions, et des critiques d'art.