Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

Page 1

ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - Carlègle PAUL CORNU - Toiles imprimées nouvelles M. P.-VERNEUIL - Naoum Aronson PAUL VITRY - Planches hors texte: Toiles imprimées par ANDRÉ GROULT, d'après les dessins de DRÉSA. --- JANVIER 1912 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS PARIS • 13. RUE LA FAYETTE • Télép. n° 139-22 Prix de la Livraison: 2 fr. — Étranger: 2 fr. 50 16e Année, N° 1

Page 2

Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, LUCIEN MAGNE, JEAN-PAUL LAURENS, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT --- ABONNEMENT ANNUEL PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 francs ÉTRANGER . . . 25 francs Prix de la Livraison. France : 2 francs. — Étranger : 2 fr. 50 L’Année parue ...

Page 3

CHAUFFAGES MODERNES Par Radiateur apparent PAR L'EAU CHAUDE, LA VAPEUR A BASSE PRESSION, L'AIR CHAUD FACILEMENT APPLICABLES A TOUTES LES HABITATIONS CHATEAUX MONUMENTS PUBLICS,VILLAS, HOTELS, BUREAUX, etc. CHAUFFAGE DES APPARTEMENTS avec chaudière au même niveau que les Radiateurs INSTALLATIONS DEMONTABLES pour LOCATAIRES RÉGLAGE AUTOMATIQUE ECONOMIE CONSIDERABLE DE COMBUSTIBLE CALORIFÈRES A EAU CHAUDE OU A VAPEUR EN CAVE SUPPRIMANT les RADIATEURS dans les PIECES et UTILISANT les TRAVAUX EXISTANTS Distribution Facultative de Eau chaude par le Chauffage pour SALLES de BAINS, DOUCHES, TOILETTES, etc FONCTIONNANT MÊME EN ETE Calorifères GURNEY pour le CHAUFFAGE par L'AIR CHAUD LEGEREMENT SATURE CATALOGUES et DEVIS FRANCO AGENCES en FRANCE dans TOUS LES DÉPARTEMENTS et à ATHENES BARCELONE BRUXELLES CONSTANTINOPLE MADRID ODESSA ROUTSCHEUK TIEN-TSIM BUENOS-AYRES, etc. Par Radiateur central en Cave --- DAVÈNE, ROBIN & Cie. Ingénieurs Constructeurs 33, Rue des Tournelles TÉLÉPHONE 1002-78 PARIS ADR TÉLEGR. CALORIGUR-PARIS VOYAGES GRATUITS Nos monteurs voyageant dans toute la France, il n'est généralement pas compte de frais de voyage, si la commande nous est remise un ou deux mois à l'avance.

Page 4

CARLÈGLE EX LIBRIS: --- JAMAIS on n'a tant publié de livres "illustres". C'est peut-être pourquoi rien ne ressemble tant à une marchandise de bazar que le livre d'aujourd'hui, le livre à bon marché et souvent aussi le livre d'amateur. Il lui manque toujours quelqu'un des avantages de la commodité, soit dans le format, soit dans le choix ou la disposition des caractères typographiques, soit dans la qualité du papier. Cela ne l'empêche pas d'émettre toutes les prétentions dont la moindre est qu'il atteint à l'art, sous prétexte qu'il est illustré. Or qu'est-ce, dans le langage courant des éditeurs, des artistes, du public, qu'illustrer un livre? C'est le parsemer de gravures qui ont moins pour but de le rendre beau que d'accompagner d'explications plastiques les explications littéraires du texte; c'est dessiner un par un les portraits des héros, reconstituer dans une couleur locale savante les scènes essentielles, costumer les personnages avec un grand souci d'érudition — de telle sorte qu'un roman s'illustre exactement comme un récit de voyages ou un livre d'histoire. Ce goût de l'actualité par l'image est tel, que des éditeurs ont pu oser illustrer leurs romans avec des clichés photographiques. Cela seul ne suffit-il pas à juger la valeur des prétentions artistiques du livre d'aujourd'hui? Quelle œuvre originale peut bien produire un artiste que l'on a condamné à suivre pas à pas le texte d'un auteur, pour en exécuter à page indiquée, des transcriptions plas-

Page 5

Art et Décoration tiques d'où par avance toute invention personnelle est bannie? Passe encore si on ne lui demandait que de produire, par des effets parallèles, une atmosphère identiques à celle qui s'émane du récit littéraire; si on lui permettait, ici de résumer ce que le texte a détaillé avec une précision suffisante, là d'ajouter ce qui n'était qu'écrit entre les lignes. Hélas! afin qu'il n'oublie jamais quel-le chaîne le rive au texte, l'illustrateur sait que le morceau de phrase qu'il met en image figurera, découpé, sous sa composition. Comment auteur, illustrateur, public ne voient-ils pas qu'il y a la une triple insulte, qui signifie, à l'un, que son texte serait incompréhensible sans une image; à l'autre, que son image n'exprimerait rien sans le texte qui la précise; au troisième, qu'il est incapable de comprendre seul ni texte, ni image? L'erreur consiste en grande partie à ne pas faire de différence entre l'œuvre littéraire du jour et celle d'autrefois. Quand un artiste compose des dessins sur les thèmes fournis par une des œuvres qui constituent le fonds littéraire essentiel de l'humanité, il se trouve dans l'état d'esprit du peintre qui s'inspire d'un grand sujet mythologique ou historique. Il n'est plus tenu par le détail, l'anecdote; les caractères des figures, le développement des scènes peuvent à la fois prendre cette ampleur et accuser cette personnalité qui marquent les grandes œuvres d'art. A la beauté littéraire du texte viennent s'ajouter des compositions dont la beauté plastique double l'intérêt du livre. Mais peut-on espérer que sur une œuvre récente dont — quelle qu'en soit la valeur — le temps n'a pas absorbé l'intérêt anecdotique, dont les personnages n'ont pas acquis encore cette généralisation de caractère que seul le recul des siècles leur donnera, un artiste dessinera des compositions aussi absolument belles? Les plus réputées des illustrations du xvm siècle, faites pour des œuvres de l'époque, nous intéressent en réalité

Page 6

Carlègle moins comme partie de cet objet d'art qu'est un livre, que comme des travaux distincts où nous nous plaisons à retrouver les qualités d'artistes que nous aimons, comme nous nous plaisons à les retrouver dans des estampes faites pour être regardées à part. Est-ce que, pour une réédition des mêmes livres, un grand artiste d'aujourd'hui ne traiterait pas les mêmes scènes avec plus d'ampleur, du fait qu'il en traduirait la vérité essentielle, humaine, et négligerait le fatras anecdotique dont ces illustrations du XVIIIe siècle sont généralement encombrées? Est-ce à dire qu'il faille renoncer à illustrer les œuvres littéraires modernes? Non certes; mais au lieu de chercher à le mettre en tableaux, dont l'aspect n'est pas toujours d'ailleurs en harmonie avec celui des pages, pourquoi ne pas, tout simplement, l'orner? Ce qui fait d'un beau manuscrit gothique un véritable objet d'art, ce ne sont pas seulement le « hors-texte » ni même la « miniature » où sont reproduites les scènes évoquées par le texte; ce sont les jolis rinceaux qui courent dans les marges; les lettrines d'or, de vermillon qui éclairent les colonnes compactes du récit; le rapport admirable de ton qui lie lettres majuscules, décor marginal et tableaux, et qui fait que chaque page en soi est un beau décor et que tout le manuscrit est un recueil d'une parfaite unité. De même les belles impressions des siècles suivants: l'illustration y est rare, simplement gravée sur bois; mais les caractères eux-mêmes, les capitales, les titres, les sobres ornements qui limitent les pages ou les chapitres, équilibrent avec tant de goût leurs vides et leurs pleins, leurs blancs et leurs noirs qu'ils ne produisent pas un moindre effet. Qu'on ne donne à l'illustration par les

Page 7

Art et Décoration hors-texte qu'une place exceptionnelle, que justifiera leur qualité, exceptionnelle En voici un: Carlègle. Depuis plusieurs années il donne, des qualités essentiellement décoratives de son talent, un témoignage répété dans des feuilles qui ne sont point ordinairement le réceptable des recherches ornementales — dans les journaux humoristiques. Mais les journaux humoristiques n'ont-ils pas facilité l'écllosion des meilleurs d'entre nos dessinateurs, des Forain, des Naudin, des Poulbot? et n'a-t-on pas vu déjà, en même temps que certains de leurs collaborateurs habituels comme Willette ou Steinlen illustraient quelques-uns des rares beaux livres d'aujourd'hui, d'autres comme Rouville, poursuivre des réalisations de pur décor? Dès ses premières compositions, Carlègle a manifesté le même souci. Son dessin se présentait presque toujours dans un encadrement de motifs où, d'abord, on ne se plaisait à voir que l'occasion pour son esprit de se livrer à un surcroît de fantaisies malicieuses; mais peu à peu l'arabesque de ces bor- aussi; qu'on augmente par contre l'illustration par le décor; qu'on surveille avec plus de goût le choix du format, des caractères, la disposition des titres et des majuscules, l'ornementation des têtes et fins de chapitres, des hauts et des bas de pages, et l'on verra le livre aussitôt redevenir cette œuvre d'art plaisante à voir, agréable à manier, à feuilleter, à conserver que ne sera jamais le livre d'aujourd'hui dont la typographie uniforme et tristement entassée enclôt les fades aquarelles, passées au gris monotone des similis. Pour cette œuvre de rénovation, ce ne sont point les artistes qui feraient défaut.

Page 8

Carlègle dures se serrait et s'équilibrait avec plus de décision; la recherche ornementale en apparaissait volontaire et obstinée; transportées autour d'un texte typographique, elles et pur, sans sécheresse. A peine de demi-teintes; les blancs et les noirs s'opposent clairement, avec cette même franchise, cette même plénitude qui font la beauté d'un titre détaché en capitales grasses et pleines sur l'étendue du papier. Bien qu'il ne faille accorder qu'une confiance limitée à la qualité des reproductions utilisées, on peut se faire une idée assez juste de ce talent d'illustrateur par deux livres à bon marché qu'a «ornés» Carlègle: les Aventures du roi Pausole, Tête de chapitre (gravure sur bois). constituent le plus joli et le plus neuf des décors de pages. Quant aux dessins mêmes, ils présentaient les qualités des meilleurs dessins d'illustrations. Rien ne s'accorde mieux avec l'aspect des lignes imprimées que l'aspect d'un croquis; faites cette expérience, d'utiliser comme illustrations dans un texte, de simples croquis à la plume, clichés au trait; leurs lignes hésitantes, la proportion dominante des blancs sur les noirs, les rendront beaucoup plus agréables à voir au milieu de la typographie, que des dessins plus poussés où les noirs et les gris couvriraient le papier et éteindraient les blancs qu'animent, au contraire, à côté, entre les lignes et les caractères, de si jolies vibrations. Or les dessins de Carlègle, bien que très raffinés, conservent toujours la sobriété, la fraîcheur des croquis. Leur trait est léger Ornement typographique (gravure sur bois).

Page 9

Art et Décoration de Pierre Louys, et Crapotte, d'Henri Duvernois. On y retrouve le parti employé dans les dessins humoristiques; les pleines pages et les têtes de chapitre sont encadrées de motifs ornementaux, empruntés à l'ordre végétal, fraises, cerises, pins, etc.; un simple trait, pur et souple, dessine la tige, marque le contour des feuilles; un à-plat noir détache le fruit;l'ensemble est léger, rythmé et d'un jolition, sans surcharge de hachures ni de teintes. Quant aux illustrations mêmes, j'avoue, pour les raisons que j'exprimais au début de cet article, préférer le dessin de celles du Roi Pausole, et la tenue typographique de celles de Crapotte. Ce dernier roman est une histoire de mœurs contemporaines et malgré l'arabesque spirituelle dont Carlègle enveloppe les figures les plus communes, il est entrainé à plus d'anecdote et de confusion que dans le Roi Pausole, histoire de mœurs fantaisistes, où son imagination s'épanouit en liberté. Crapotte toutefois, est traitée avec plus de sûreté, plus de maturité d'expérience que le Roi Pausole; à part une recherche de gris par les hachures qui n'est pas toujours agréable et qui souvent est avantageusement remplacée par de légers à-plats de couleur, les noirs et les blancs s'opposent avec plus de franchise, le trait est plus ferme, le ton plus soutenu. Crapotte et le Roi Pausole sont deux histoires de bonne humeur; les héroïnes, jolies femmes plus souvent revêtues du « costume Dessin d'illustration.

Page 10

Carlègle national des filles de Triphème » que de quelque voile que ce soit, ont donné à Carlègle l'occasion de semer les pages de nudités dont son crayon décrit la fraîcheur, à la fois audacieuse et naïve, avec une grâce toute moderne. Depuis longtemps on a goûté dans les compositions humoristiques de Carlègle, les charmes de ce type féminin que Crapotte décrit assez exactement en se décrivant elle-même : « une petite femme grasse, potelée et dodue d'estampe du dix-huit- tième siècle, les jambes fines, la poitrine abondante et la tête ingénue... » Carlègle ne le traite pas seulement comme une académie, mais comme un décor dont la ligne souple et pleine s'inscrit toujours plaisamment en ornement de page. La même bonne humeur se retrouve dans une suite d'albums d'une destination bien différente. Ce sont des albums d'images pour enfants, dont deux seulement ont été publiés, L'Automobile 217 UU et Une histoire qui finit mal. Il faut avoir en vain cherché parmi la production insipide et surabondante des albums d'étrennes quelque recueil simple et joli, en rapport vraiment avec l'imagination fraîche d'un enfant, pour savoir combien peu répondent à cet objet en apparence si simple. Carlègle a imaginé d'animer les objets familiers en leur attribuant des visages et des gestes humains. Il n'en déforme pas l'aspect : leur silhouette est toujours cernée d'un trait délicat et pur ; mais avec finesse, de deux points placés à propos, Carlègle fait deux yeux, de deux supports légers, deux jambes, et voici, comme dans Une Histoire qui finit mal, M- la Bouillotte toute ronde, qui, les anses sur les hanches, rit

Page 11

Art et Décoration de toute la largeur de son couvercle entr'ouvert ; M" la Balance, longue et maigre, avec son fléau sur l'épaule et trainant toute une file de poids qui se tiennent par la main et vont en décroissant, comme une file de bambins; M" la Suspension qui se balance au plafond, découvrant dans le frou-frou de son abat-jour de soie des rondeurs inattendues, tandis que M" les Lampes-à-Pied, ses sœurs, promènent leurs abat-jour verts, comme des ombrelles, et que M" les Chaises, dignes et immobiles attendent, alignées le long du mur, la venue des visiteurs. De même l'Automobile 217 UU — dont les deux lanternes semblent deux yeux énormes et dont les garde-crottes font l'effet de quatre lourdes pattes qui courent à toute vitesse — ne traverse pas des paysages indifférents, lorsqu'elle foule les jolies campagnes plates de Carlègle, dont les horizons s'inscrivent en lignes à peine ondulées; le long des routes poudreuses les peupliers ont l'air de hauts grenadiers au port d'armes et les ormes, avec leurs longues chevelures, de paysans apeurés par le passage du monstre d'acier. Un troisième album, non édité encore, montre les maisons d'une petite ville en conversation; il y en a d'importantes comme la Mairie — un gros fonctionnaire — ou l'Etude du notaire, une parfaite bourgeoise; mais il y en a de modestes, bavardes comme les Laveuses de lessive, leurs hôtesses, ou d'une effrayante fréquentation, comme l'Hôtel Borgne. On a rarement créé pour des enfants des images susceptibles non seulement de les intéresser autant, mais de développer pareillement en eux le sens des poésies familières. Ce sont de plus, pour eux, de jolies leçons de dessin et de coloris; leurs yeux y voient gens, objets et paysages traduits en quelques lignes précises et vivantes, que soutiennent quelques teintes plates, fraîches et harmonieuses. Il serait à souhaiter que l'abondance de semblables modèles les détournât de connaître Projet de frise pour chambre d'enfant.