Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne MARS 1906 LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13. RUE LOFBYETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 fr. --- Sommaire - Maurice Dufrène M. P.-VERNEUIL - Jean-Paul Laurens CAMILLE MAUCLAIR - LEcole d'Art de la Ville de Birmingham JEAN GAUDIN - Planche hors texte : Le vieux Clotaire s'adressant à Ingonde J.-P. LAURENS --- 1ère Année, N° 3

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY, LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT --- ABONNEMENT ANNUEL Paris & Départements . . . . . . . . . . . . . . . 20 francs Étranger . . . 25 francs Prix de la Livraison : 2 francs L'Année parue ...

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Maurice Dufrène Décorateur Les artistes qui ont délaissé les formes mortes des styles ornementaux anciens sont nombreux, certes, mais peu d'entre eux ont su, aussi rapidement que Maurice Dufrène, acquérir une indiscutable personnalité. Personnalité de bon aloi, d'ailleurs, faite tout à la fois d'audace et de retenue, de distinction et d'harmonie. A première vue, il semble que l'audace et la retenue se doivent mutuellement exclure, et ne se peuvent rencontrer à la fois chez un même artiste. Il en est ainsi assez souvent, du reste. Rompant avec la tradition, reniant les travaux de leurs prédécesseurs, beaucoup, pour affirmer cette personnalité nouvelle qu'ils s'attachent à créer, sont poussés aux pires outrances, croyant s'affirmer davantage par ces outrances mêmes, souvent bien éloignées du bon goût qu'ils ne devraient cependant pas oublier. Combien souvent, durant l'évolution artistique de ces quinze dernières années, avons-nous vu des artistes sombrer dans de douteuses audaces, artistes dont les débuts semblaient cependant excellents et présageaient le plus heureux avenir ! Souvent, par parti pris de se singulariser quand même, de faire autrement que l'on a fait jusqu'alors, l'artiste a pris le contre-pied de ce que la raison commande. Je me souviens avoir vu en Allemagne un mobilier bizarre autant que moderne. Cela date du reste des premières années de l'évolution ornementale de ce pays, où la plupart des artistes sont revenus depuis à une plus sage compréhension des lois ornementales. Les meubles reposant sur le sol d'une façon stable ne pouvant être, suivant l'artiste, que d'une conception banale, celui-ci ne s'était-il pas avisé de donner aux meubles de la pièce que je visitais une forme de trapèze, dont le plus large côté était, en haut, les deux côtés obliques rentrant vers la base, celle-ci étant formée seulement par la plus petite base du trapèze! Cette dernière, si étroite, d'ailleurs, que l'artiste avait eu la joie d'arriver à ce tour de force de sembler faire tenir des meubles triangulaires en équilibre sur la pointe ! On ne saurait imaginer l'impression que l'on éprouve devant les résultats de semblables aberrations ! On ne peut rien rencontrer de tel chez Dufrène. Des audaces, certes, il en a; mais ses audaces sont de bon goût. La retenue dont nous parlions tout à l'heure le prévient toujours à temps, et indique à l'artiste l'instant précis où il doit s'arrêter. Cet instant, Dufrène sait ne pas le dépasser, et reste toujours conscient de la beauté et de l'harmonie, toujours maître de soi. Certaines nécessités sont inévitables. Pour être bien stable, une chaise doit avoir quatre pieds, s'écartant raisonnablement. Avec trois

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Tapis au point noué la stabilité décroît; avec cinq, le siège prend un aspect terriblement compliqué sans que cette stabilité gagne. Donc, conservons les quatre pieds à la chaise ainsi que le veut la logique. Mais, diront les esprits inquiets, qu'allons nous créer dans une chaise nouvelle? Mon Dieu! n'est-ce pas assez de chercher une forme commode, des proportions harmonieuses, une mouluration et une ornementation de bon goût, en un mot, un ensemble parfait? Les chaises nouvelles créées depuis quinze ans sont là pour nous prouver que pour être banale, cette difficulté n'en reste pas moins terriblement difficile à vaincre. Les chaises de Dufrène ont quatre pieds, et il a eu le bon esprit de ne pas chercher à en augmenter ou diminuer le nombre; mais il a su leur donner un profil simple, un dossier et un siège confortables, un aspect sobre et harmonieux. C'est bien là la double caractéristique de son art : pondération et harmonie, qualités rares et précieuses. Sa personnalité n'en reste pas moins frappante, s'étant affirmée dès l'école, ou presque. Aussi bien fut-il toujours largement favorisé par les circonstances. Encore élève à l'école des Arts Décoratifs, brillant élève, du reste, la Maison Moderne se l'attacha comme dessinateur. En 1900, quittant l'Ecole, il se donna entièrement aux travaux de cette même Maison Moderne, pour laquelle il toucha à toutes, ou presque toutes les branches des industries ornementales. C'était là une rare bonne fortune, dont Dufrène sut profiter, et qui le mettait à même d'acquérir ce que l'enseignement, pas trop uniquement Foire imprimée

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Appartient à M. E. Mors Atelier d'Artiste

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Art et Décoration théorique, de l'Ecole, ne pouvait lui donner. Pour le bronze et les cuirs, la céramique et le meuble; pour les bijoux, les appareils d'éclairage, les tapis; pour des décorations murales, il créa des modèles nombreux et variés. Cela le mit à même, et au meilleur moment pour sa culture artistique, d'étudier sérieusement la technique de toutes ces industries. Or on sait de quelle haute importance cette étude est pour un décorateur, et combien il est difficile de faire cette étude pratique, approfondie. Les sources d'information manquent, et aussi trop souvent, quoique contre leur intérêt cependant, la bonne volonté des producteurs et des industriels. Cette bonne fortune, dont Dufrène sentit tout le prix, d'ailleurs, et dont il sut largement profiter, le rendit prêt, dès lors, à se (Cliche Barry)

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Maurice Dufrène Lampe en bronze (Cliché d'Osmond) livrer à une production artistique, mais en même temps rationnelle. Sa collaboration est bientôt requise par plusieurs maisons françaises ou étrangères ; papiers peints, étoffes, frises se succèdent, ainsi que des planches documentaires pour des recueils artistiques, allemands surtout. Il expose au Salon des Artistes Français, aux Arts Réunis à la Galerie Georges Petit. Mais peu à peu, d'autres espoirs le hantent. Il quitte progressivement le bibelot pour se consacrer au meuble, en attendant que les ensembles complets d'aménagements intérieurs qu'il rêve de réaliser lui soient demandés. Cela ne tarda pas, du reste, et il débute par des installations pour la Russie ; ce sont là ses premiers pas, incertains encore, ainsi qu'il est le premier à le reconnaître. Mais en 1904 il nous montrait, au Salon de la Société Nationale, où il entrait, venant des Artistes Français, une chambre à coucher extrêmement intéressante, et dont il me fut donné de parler à cette époque dans cette même Revue. Pendule en palissandre Dès lors en pleine possession de son talent, Dufrène ne cesse de produire, se consacrant presque exclusivement à la réalisation d'ensembles intérieurs ; notamment à Saint-Germain chez M. Véra; à Paris chez M. Mors et chez M. Zervudachi. Il installe la Salle française Service à thé et à café en norcelaine (Cliché d'Osmond)

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Art et Décoration à l'exposition de Venise, fait des meubles séparés, des frises, des tissus, deux ouvrages importants, l'un sur les bijoux, l'autre sur le meuble. C'est là, on le voit, une production active qui, cependant, ne semble pas lasser l'artiste, jeune et dans la plénitude de son talent. Pour être active, elle n'est pas hâtive cependant, car tout y est pondéré, logique. Mais il convient de quitter maintenant l'artiste et de parler de son talent en lui-même. Nous ne saurions le mieux faire qu'en étudiant, très rapidement du reste, car la place nous est mesurée, les reproductions qui accompagnent ces notes. Dufrène y est représenté sous des aspects assez divers pour que nous le connaissions bien après cette étude rapide. Dans ses ornements typographiques, ainsi que dans la plupart de ses compositions, notre artiste, le plus souvent, fait emploi d'une flore toute conventionnelle. Des feuilles, des fleurs sont groupées en lignes harmonieuses, en masses bien équilibrées, sans que pour cela le souci de la reproduction botanique exacte soit venu entraver en rien sa fantaisie. Ce sont des fleurs inexistantes le plus souvent, mais qui, logiquement construites, pourraient parfaitement exister cependant. D'ailleurs, cette inexistence donne plus de liberté aux formes, aux groupements, aux attaches. Quel besoin avons-nous de reconnaître telle ou telle fleur dans un décor? Et ne suffit-il pas que celui-ci soit souple de lignes, harmonieux de tons, agréable à l'œil? Cette fantaisie, cette liberté, nous les retrouverons souvent chez Dufrène, mais toujours avec le souci de rendre la forme vraisemblable, et non point illogique, comme nous le voyons trop souvent ailleurs. C'est du reste d'un principe identique que découle l'ornementation du tapis représenté

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Appartient à M. N. Zerendachi Bibliothèque

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Art et Décoration Brocade dans cet article. De larges feuilles, et d'autres plus menues, se massent géométriquement, presque, se différenciant à la fois par leurs dimensions, par leur valeur et par leur couleur. C'est là encore une composition logique, ne comportant aucun sens arrêté de vision, chose précieuse pour un tapis. Quoique un peu compliqué d'aspect, avec ses Papier de garde Cartonnier, Sellette (Salle Française, Exposition d'art de Venise 1905)

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Appartient à M. E. More Chambre à coucher