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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - Le Salon français des Industries d'art moderne à l'Exposition de Liège. - ALBERT MOCKEL - Mobiliers à bon marché. - M. P.-VERNEUIL - L'Orfèvrerie. - ED. MONOD-HERZEN - Concours de Février. - E. GRASSET - Planche hors texte : - Fontaine du Salon français à l'Exposition de Liège. - BELLERY-DESFONTAINES --- OCTOBRE 1905 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LA FAYETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 fr. 9e Année, N° 10

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY, LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT --- Abonnement annuel : PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr. ÉTRANGER . . . 25 fr. Prix de la Livraison : 2 francs L’Année parue ...

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Le Salon Français des Industries d'Art Moderne à l'Exposition de Liège N dépit de son inoubliable séduction, de son importance matérielle et du haut intérêt qu'elle excite, il est un ordre de choses où l'Exposition de Liège ne nous a pas donné tout ce qu'on en pouvait attendre. Elle met peu en honneur les formes nouvelles de l'architecture, et les œuvres décoratives y ont un rôle assez modeste, comme si elles voulaient s'effacer devant l'admirable décor offert par la nature. La façade de staff, qu'un architecte anversois a placée devant les sveltes galeries du Palais principal, n'a de caractéristique que son emphase; en outre, elle est fort peu logique. La conception architecturale y est comme travestie : les notions de structure et de masse disparaissent au profit d'un effet de théâtre obtenu par une courbe colossale et disproportionnée, par la coloration des surfaces et par des motifs épisodiques d'ornementation. Mais la beauté est plus trahie encore par la façade allemande. Celle-ci, très luxueuse, est d'un goût déplorable, et un lourd académisme s'y mêle au style moderne, dont il fausse les tendances. Ces erreurs sont d'autant plus fâcheuses que l'art de la construction a donné lieu, à Liège, à quelques œuvres nullement négligeables, dont les formes appartiennent au passé. D'autre part, les pavillons exotiques sont souvent colorés et charmants. Ceux de l'Algérie et de la Tunisie ont de la grâce; celui de la France africaine, en sa haute masse blanche, ne manque point d'une sorte de grandeur simple et nue. Mais, là encore, il ne s'agit que de formes traditionnelles en leur lieu. On peut, au surplus, les considérer avec plaisir et avec curiosité, mais elles n'apportent rien à l'art contemporain. Il faut pourtant mentionner, en architecture, un petit édifice de fer et de verre, — le pavillon Solvay, — dont le maître Horta a conçu l'ordonnance et disposé les vitraux avec beaucoup de goût et d'ingéniosité. Dans un sens plus classique, on remarquera aussi le beau pont triomphal de M. Paul Demany. De l'une à l'autre rive de la Meuse, il franchit en trois bonds les 170 mètres qui séparent Fragnée du quartier des Vennes. M. Demany en a voulu accentuer surtout la majesté, et l'on n'ose lui reprocher d'avoir usé pour cela d'un style ancien (le style Louis XIV), puisque l'œuvre correspond à merveille à sa destination, et qu'il y a même dans sa solennité une sorte de grâce aristocratique. Cette grâce, le pont de Fragnée la doit certes en partie aux statues de Victor Rousseau disposées aux balcons et sur les becs de pile. Celles qui

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Art et Décoration s'accostent aux pylones nous satisfont plus malaisément, parce qu'un caprice de l'administration força l'artiste à remplacer un groupe multiple par une figure isolée. Il y a, dans les autres, un grand charme, — et une nerveuse sveltesse dans les petits génies dorés qui, du haut des pylones, élancent vers le ciel leurs triomphales trompettes. Parmi les arts mineurs, la joaillerie et l'orfèvrerie belges méritent parfois l'admiration, avec ces bijoux délicats, ces émaux translucides d'Anvers et de Bruxelles, — avec les argenteries de M. Wolfers, et le groupe mélodieux des Heures sculpté par le même artiste. Quant à la décoration moderne, il faut signaler à l'attention la façade en grès de Bigot au Palais de l'Alimentation française. Il y a aussi un caractère architectural dans les deux grands panneaux de M. Ciamberlani et de M. Fabry, au palais du Congo ; et que d'heureuses trouvailles dans l'ameublement et dans toute la parure à la fois simple, attrayante et savoureuse que M. G. Serrurier dispose pour l'une des maisons ouvrières exposées à Cointe! A chacune des galeries de la section française s'ajuste une légère et modeste décoration : petites frises discrètes, dont le dessin s'harmonise avec la nature des objets exposés. Des frises d'une tout autre valeur, au Palais des Beaux-Arts, désignent les salles occupées par la France. La plupart méritent l'attention, et je voudrais insister sur le charme profond de celle que peignit M. Dufau (Les Vergers de France), et sur la précieuse beauté de celle que dessina M. René Lalique (Les Plantes de France). J'aimerais à décrire, enfin, la jolie salle des conférences, si accueillante en sa clarté, en sa parure sobre et juste. Mais il est, non loin d'elle, une autre entreprise française qui sollicite avec force les discussions de la critique. L'initiative officielle qu'elle représente lui confère par surcroît une sorte d'importance morale qui n'est pas négligeable. On ne s'étonnera donc pas que cette revue lui consacre spécialement quelques pages. A côté d'un salon d'honneur de style classique où sont montrés quelques précieux objets extraits du garde-meubles, le gouvernement français a eu l'idée intéressante de placer à l'Exposition de Liège une petite salle moderne. L'architecte de celle-ci est M. Bellery-Desfontaines, — choix qui s'explique par la difficulté de l'œuvre à accomplir. Il fallait en effet, non seulement du goût et de l'intelligence, mais aussi une certaine discrétion quant à l'esprit d'aventure. Il fallait savoir inventer, — et aussi s'abstenir de compromettre la République, qui n'aime pas trop à figurer à l'avant-garde dans les batailles de l'art. Tâche périlleuse d'ailleurs, que d'achever ainsi, avec la hâte usitée dans les expositions universelles, un ensemble original et harmonieux digne d'être confronté avec l'art d'autrefois. Plusieurs siècles d'efforts et de tâtonnements se réalisent chez nous dans les lignes majestueuses ou délicates du Louis XIV et du Louis XVI. Mais le style moderne ne semble pas encore avoir trouvé sa formule, — cette perfection relative où une forme d'art

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Le Salon Français à Liège s'accomplit, s'immo- bilise, et ne trouve plus la force de se re- nouveler. Il a, tout au contraire, la vigueur et l'incertitude de la jeunesse : il se développe en mille essais, il ne cesse de se transformer. Pour le juger, le goût public ne peut s'appuyer sur la tradition, qui est comme une grammaire à l'usage des écoliers de l'art. Tel détail, qui sera demain banal, peut déconcerter aujourd'hui le passant mal averti des choses, et l'artiste lui-même, lorsqu'il crée, trouve bien peu d'exemples pour le guider : s'il se trompe, l'enseignement du passé n'est point là pour prévenir son erreur. Il y a beaucoup à louer dans la salle Bellery - Desfontaines ; il y a aussi quelques réserves à inscrire. Des l'entrée, on est stupéfait du défaut d'éclairage : à midi, si les lampes ne sont allumées, il règne une pénombre où l'on distingue à peine les peintures décoratives des murs. Avec son plafond légèrement arrondi en coupole sur une assise octogonale, la salle aurait pu aisément recevoir un lanterneau. D'autre part, les parois de cette pièce sans fenêtres semblent faites à dessein pour accueillir des verrières. Un caprice de l'Administration des Beaux-Arts a voulu qu'il n'y eût rien de tout cela. Point de jour. Les portes elles-mêmes seront closes par d'épaisses draperies, afin d'éviter les trahisons du soleil qui pourrait glisser un rayon dans ce sanctuaire de la nuit. Mais un beau lustre en fer forgé brille de toutes ses ampoules radiantes, et des lampes dessinent au plafond une incandescente couronne octogonale. Grande recherche de couleur dans la lumière. Le glacial éclat de l'électricité s'avive et se nuance avec douceur dans une pâte de verre mordoré, et voici, par surcroît, des lampes de Daum déversant partout leur lumière aux tons citrins et framboisés. Ces lampes de la maison de Nancy meublent chacune des vitrines, et jusqu'au linteau de la cheminée. On me dit que l'architecte se fût bien passé de cette profusion, mais elle lui fut

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Art et Décoration imposée, comme toute la conception nocturne d'une salle destinée à un éclairage artificiel continu. Dans les parages officiels, cet arrangement avait été jugé particulièrement propre à faire valoir l'émail des produits de Sèvres ici exposés. Avouons qu'on n'avait pas eu tort : la faiblesse de décor et de forme de certains petits vases est ainsi parfaitement déguisée, et le visiteur ne sait plus au juste s'il est déçu par leur indigence, ou bien par les reflets versicolores de ces sources lumineuses qu'il trouve auprès de chaque objet. La question de l'éclairage étant réservée, on ne peut que louer en cette salle les qualités de la structure. Des lignes très amples et très simples s'allègent sans effort et se joignent pour former l'octogone lumineux du plafond ; elles s'accusent en arcs aux grandes baies de l'entrée dont la courbe est soutenue par de minces colonnettes engagées confirmant le jet vertical des montants. Les proportions de tout cela sont agréables, élégantes et heureuses, mais on en découvre la grâce plutôt qu'elle ne s'impose. Les formes sont peu soulignées, et, par exemple, rien ne relève la surface unie des pendentifs. Il semble que l'artiste se soit borné à créer une atmosphère propice sans vouloir détourner l'attention des objets exposés, et de l'éclat des lampes. Et pourtant son effort semble s'être porté beaucoup moins sur la construction proprement dite que sur la décoration de celle-ci, qu'il a cherché à rendre intéressante en la laissant assez discrète. Une large plinthe blanc et or accuse la naissance des murs. Régnant sur elle, un très haut lambris doré et gauffré se couronne d'une frise assez curieuse, où des panneaux de peinture alternent avec des plaques de cuivre repoussé, patinées d'un ton de bronze japonais, d'un effet charmant; et au-dessus de la frise, jusqu'au plafond, une soie brochée orne les murs d'un beautton de vieil or, opulent et très doux, dont le dessin est malheureusement assez banal, sans être déplaisant. On le voit, les diverses nuances de l'or se trouvent combinées : chaudes, mais amorties dans la tenture du sommet, elles sont plus claires et plus brillantes dans le lambris, mais ici toutes gâtées par le caractère bourgeois et l'aspect faussement luxueux de la matière dont le dessin à reliefs achève la vulgarité. Des teintes voisines du ton régnant apparaissent encore comme des rappels lointains, dans le jaune rosé du plafond, dans les reflets des petits bas-reliefs de cuivre patiné, et jusque dans la gamme grise et mordorée des peintures de la frise. Cette harmonie un peu monotone et sans complémentaires, mais délicate et précieuse en son ensemble, n'est rompue que par le blanc vif qui encadre la frise, et par deux grandes masses polychromes qui adossent aux parois principales une cheminée et une fontaine de céramique. Ces deux surfaces de grès sont comme des « épisodes », qui animent et varient le long récit doré que nous content les murs. L'un de ces épisodes est du reste charmant : c'est la fontaine, qui fut dessinée par l'architecte et réalisée par MM. Bigot et Alaphilippe. Je sais bien qu'on en peut critiquer certains petits détails... Il y a là un pied terriblement lourd, et si je m'approche pour palper la ma-

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Le Salon Français à Liège Lustre en fer forgé par Robert tière et pour plonger une main dans l'eau, mes doigts vont s'accrocher au relief trop aigu d'un élégant poisson qui glisse, rouge et nerveux, sur le rebord de la vasque, comme dans le repli d'une vague. L'idée de ce poisson est, je crois, japonaise. Elle est d'ailleurs très amusante, et la tache est assurément bien jolie. Mais pour savoureuse qu'elle soit, cette amusette détonne un peu. Et puis, le grès répugne aux angles vifs, les surfaces arrondies lui conviennent davantage, où la main peut se poser sans crainte d'écorchures. En son ensemble, la conception de la fontaine est délicieuse. Un berceau de feuillage formé d'une mosaïque de grès, se creuse en une niche cintrée où apparaît le visage de la naïade qui versera l'eau à pleines lèvres. Nul flot ne coule de la jeune bouche, mais les tons bien choisis suffisent à donner l'impression d'une humide fraîcheur. Au-dessous d'elle, la niche et la paroi ne sont plus qu'une surface unie, enrichie par la seule beauté de la matière; mais c'est précisément en cette simple surface que

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Art et Décoration Bigot s'est montré le plus heureux. Le grès y prend des tons dorés, aux reflets délicats et chauds, que l'artiste a réalisés pour la première fois et qui enchantent les yeux. La cheminée fait face à la fontaine, mais elle contraste avec celle-ci par son caractère massif. Certes, la matière en est belle. J'ai admiré tout particulièrement au contour du chambranle et dans le cadre du foyer, certaines plaques mi-parties de jaune et d'azur, d'une nuance exquise et des plus rares. D'autres carreaux montrent des incrustations d'émail dans le grès, et ils sont intéressants aussi, en dépit de leur rugosité. Il y a là une perfection technique dont il faut louer les céramistes, MM. Gentil et Bourdet. Ailleurs encore, je note un bon motif formé de salamandres en relief. Mais que de disparates dans cet assemblage qui ressemble à une carte d'échantillons de tout ce que produit la maison... et quel poids dans ces jambages épais, dans ce linteau surchargé qu'on dirait venu d'outre-Rhin! En son luxe vulgaire, le dessin de la cheminée est tel, que l'on devine qu'il fut plus ou moins imposé à l'architecte ; il semble inadmissible que Bellery-Desfontaines en ait lui-même conçu l'ordonnance. A coup sûr n'y reconnaît-on pas l'intelligence claire et tranquille qui conçut l'ensemble de la construction ni la main délicate qui traça les panneaux de l'élégante frise. Car cette frise est une des meilleures idées qu'on trouve réalisées ici. Elle est formée d'un cadre de bois continu, un peu trop large, un peu trop blanc sans doute, qui règne tout autour de la salle en faisant alterner de grandes plaquettes de cuivre repoussé et des sujets traités au pinceau. Le soin le plus averti se révèle non seulement dans la disposition, où il y a de la nouveauté, mais surtout dans le choix des épisodes traités, et dans la continuité des idées mises en œuvre. Les panneaux de peinture offrent une série de petites scènes très simples, représentant divers métiers d'art, et qui doivent nous rappeler ceux qu'on pratique dans les manufactures de l'Etat. La salle où nous sommes est, en effet, destinée à exposer les produits modernes de Sèvres, auxquels on a ajouté quelques belles médailles, les pâtes de verre de Depret, les cuirs précieux de Saint-André, et un meuble rehaussé d'élégants fers forgés, où sont contenus des spécimens des travaux de l'Imprimerie Nationale.

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Le Salon Français à Liège L'Imprimerie nale. Il était bon de se sou- venir de tout cela dans les motifs de la décoration, et assez naturel d’élargir le sujet pour y donner un souvenir aux Gobelins. Voici donc la Lithographie, la Haute-Lisse, la Poterie et l’Ebénisterie. En face, le Fer forgé, l’Orfévrerie, l’Art du Verrier et la Dentelle. Les plaquettes de cuivre se disposent à droite et à gauche de chaque peinture pour en répéter l’idée, mais au lieu d’in- diquer des personnages enaction, elles montrent avec grâce les instruments du travail. Une inadvertance a fait malheu- reusement placer les plaquettes à peu près au hasard : le tambour et les aiguilles de la dentelle, par exemple, entre les figu- res du verrier et de l’orfèvre. Erreur assez fâcheuse, parce qu’on ne saisit pas alors le soin qui a présidé au choix des détails. Tous les éléments de la frise s’appliquent à réaliser une bonne ordonnance déco- rative. On ne trouve donc pas ici de grands cris de couleur, point de coups de trompettes, mais un ensemble des plus sobres. Les peintures doivent s’harmoniser avec le ton des bas-reliefs dont elles sont accostées, et l’artiste les a traitées dans une gamme som- bre, faite surtout de gris et La Sculpture de bruns va- guement do- rés. Les meilleures en ce sens, repré- sentent l’art du Vitrail et l’art du Fer, et on louera l’ Orfévrerie et l’Ebéniste- rie qui ani- ment la paroi et font corps avec elle. Sans désert er ces quali- tés, le panneau de la Lithographie plaira davan- tage, et plus encore celui du peintre-verrier, grâce à une mise en page heureusement trouvée. Ces images sont stables et tranquilles. Nul mouvement superflu n’y vient gesticu- ler. Mais elles sont animées par quelques lignes décisive- ves, par la dis- position plus hardie des surfaces, et cela suffit à les faire ex- pressives et grandes. Elles ont aussi une vie lumineuse qu’on regrette de ne plus trouver aussi généreu- sement répandue autour d’elles. La sobriété des autres panneaux, pour louable qu’elle soit, ne va pas sans être un peu terne, et le dessin, si large et franc dans le peintre verrier, se rapetisse parfois ailleurs, ou s’épuise en mé- nus détails qui ne sont plus de la décoration pure. C’est là un art trop immédiat, trop esclave de l’exactitude; tout objet représenté y aspire à une ressemblance détaillée, tout personnage y est un por- trait. Faut-il l’avouer? Je ne critique ceci qu’avec répu- La Menuiserie La Peinture

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Art et Décoration L'Imprimerie gnance, car je me sens devant une conscience d'artiste. Comment ne pas estimer l'effort d'un homme qui mit dans son travail ce désintéressement et cette probité? Le souci de la vérité lui impose une attention extrême, — mais celui de l'exactitude le conduit à la minutie. Pour Bellery-Desfontaines, tout être humain est marqué d'un trait spécial par ses habitudes de vie et par le tour de ses pensées. L'avocat n'a point la figure d'un médecin, ni le sculpteur la tête d'un photographe : le pli professionnel se creuse sur leurs visages. Il y a certes quelque chose d'assez juste dans cet axiome des physionomistes, et l'on ne peut blâmer le peintre d'avoir cherché, pour chacun de ses modèles, un homme exerçant le métier d'art qu'il voulait représenter sur sa toile. S'il songe à l'art du vitrail, il étudiera M. Gaudin; pour la sculpture, il fera poser M. Jallot ; et M. Pigeat, pour la ferronnerie, lui prêtera son profil caractéristique. Tout cela est fort intéressant, et le moins qu'on puisse dire de préoccupations pareilles, c'est qu'elles attestent la sincérité la plus haute. Et pourtant quelle erreur ! C'est de la peinture décorative qu'il faut sur un mur, ce ne sont pas des portraits avec l'exactitude scrupuleuse que voici; nous demandons un contour puissant mais simple, une image expressive mais anonyme, et point du tout celle d'un individu vivant, point du tout la copie d'un visage que les hasards de la vie façonnèrent à leur gré. Ce que nous voulons voir, c'est un symbole vivant de l'Art du Fer, et non pas tel artiste ferronnier; c'est une idée générale traduite avec largeur, et non pas une forme ainsi particularisée. J'ajoute bien volontiers que tel de ces portraits est compris avec finesse, tracé d'un doigté délicat, et que l'on trouve partout le souci d'éviter le relief importun des tableaux de chevalet. Mais il manque ici ce large esprit de synthèse qui sait élaguer les traits accidentels pour donner à une œuvre la grandeur suprême du style. Il y manque cet esprit de décision qui écarte tout détail inutile pour ne garder d'une figure que la forme essentielle, distante de la nature, et strictement adaptée à son rôle décoratif et architectural. Par bonheur, la gamme très discrète, — presque trop, — sert excellemment l'architecte; les tons amortis des peintures de M. Bellery-Desfontaines ne les détachent point du mur, où leur harmonie est parfaite parmi les ors tendus sur la paroi. On sent fort bien qu'on a ici affaire à un artiste intelligent, et qui cherche. La finesse du panneau du Verrier suffirait à montrer aussi qu'il y a là un œil exercé, sensible assurément et qui ne pêche que par la minutie. Toutes ces qualités se montrent sans plus de réserve et avec beaucoup de goût, dans les charmantes plaquettes de cuivre repoussé qui ajoutent à la frise leur parure sobre et précieuse (1). La matière est belle, disposée d'une (1) L'exécution est de M. Schenk, les dessins de M. Bellery-Desfontaines.

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Le Salon Français à Liège 113 manière intéressante et neuve; l'artiste l'a traitée en légers bas-reliefs qui n'ont ni maigreurnisécheresse; les instruments de travail qu'on nous présente ainsi sont dessinés avec un parti pris très résolu, une sorte de décision japonaise, qui concentre l'intérêt sur une partie de la surface, et le précise en quelques masses choisies. Voici enfin de la synthèse ornementale, et du plus élégant aspect. La décoration de la salle Bellery-Desfontaines est complétée par un lustre en fer forgé qui utilise ingénieusement des motifs empruntés à la flore marine (varech vésiculeux); et les plantes des eaux interviennent encore dans le riche et multiple dessin d'un tapis qui jette au centre de la pièce une note plus ardente et plus vive. Ici encore il y aurait lieu à d'intéressantes observations, car le morceau est d'importance, et la composition en est très étudiée. Mais je me suis attardé en parlant de la peinture, et je me borne à signaler ces deux objets à un examen attentif. Le tapis, surtout, mérite qu'on s'y arrête. Il fut dessiné et exécuté par M. Jorrand, à Aubusson, et c'est M. Robert qui s'est chargé de l'exécution du lustre. Donc, il y a quelques « trous » dans l'œuvre de M. Bellery-Desfontaines, et je les ai montrés sans complaisance. Mais l'artiste a réalisé un ensemble original, encore qu'un peu timide, où l'intérêt est partout éveillé, où l'invention abonde. --- Meuble orné deforforgé par Pigeat, contenant les spécimens des travaux de l'Imprimerie Nationale ---