Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - Quelques Tableaux de la Société Nationale des Beaux-Arts. - IVAN STRANNIK - Le Meuble aux Salons de 1902. - HENRI FRANTZ - L'Architecture aux Salons de 1902. - FRANTZ JOURDAIN - Planche hors texte: - Méditation. - H. MARTIN. --- JUIN 1902 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LAFAVETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 fr. 6e Année, N° 6

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY, LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT --- Abonnement annuel : PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr. ÉTRANGER . . . 25 fr. Prix de la Livraison : 2 francs L'Année parue ...

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Au soir (Panneau décoratif.) AUBURTIN. Quelques Tableaux de la Société Nationale des Beaux-Arts $\bullet \bullet \bullet$ a peinture, à la Société Nationale des Beaux-Arts, n'est plus tapageuse comme jadis. On a trouvé qu'elle manquait de hardiesse. Peut-être, par son effort continu, a-t-elle habitué nos yeux à ses colorations; peut-être aussi, ayant achevé de réagir contre les poncifs naguère encore régnants, n'a-t-elle plus besoin, pour s'affirmer, d'être excessive. Mais ce qu'on ne peut lui refuser, c'est d'être fraîche, franche, harmonieuse d'ensemble et agréable à l'œil. L'un des caractères qu'il importe de noter, dans ce salon de 1902, c'est la place importante qu'y occupe la décoration. L'Ile Heureuse de Besnard (1) est une œuvre incomparable, d'une souveraine et parfaite beauté. Le paysage y est lumineux, humide, d'un éclat estompé. Le bleu et le vert y dominent, unis avec goût parmi les brumés et les buées. Au premier plan, dans l'île même, un groupe de femmes, voluptueux et élégant, parmi des fruits, des fleurs, d'abondantes agapes. Des faunes, en jouant de la flûte, les regardent. Ainsi, de la musique se mêle à la sérénité de ce bonheur. Un faune s'approche et drôlement tend sa sébile pour la quête. Sur la rive, une femme très blanche et magnifiquement drapée d'étoffes souples que la brise gonfle, se tient, les bras levés vers les barques nombreuses qui viennent à elle sur le lac bleu. Son geste est doux d'appel.... De l'autre côté du lac, le lointain s'efface, les montagnes et les forêts touffues pâlissent; seule s'y précise la blancheur crue de la ville désertée. Dans l'île heureuse, une statue se dresse, d'un mouvement gai, et semble vivre aussi d'une vie joyeuse et féconde. La composition de cette œuvre, simple et large, l'exécution hardie et toute la placidité rêveuse dont elle est imprégnée donnent une impression de plénitude, d'ardeur satisfaite et de repos. Les galeries du rez-de-chaussée contiennent d'étonnants cartons de Besnard, destinés à la décoration d'un appartement privé. Le Jour, Les Fruits, Les Fleurs (1), voilà les sujets qu'il a choisis, beaux et simples, et il les a traités avec ce même amour de la vie luxuriante qui est la poésie profonde de son art. Des faunes et des femmes au bord de l'eau. Une femme danse et l'étoffe qui l'entoure s'évase en fleur. L'eau est nacrée, jaune et bleue. Les lointains chauds ont des tons rouges violacés. Un coin de forêt, superbe, s'épand comme une draperie.... Sous une tonnelle de verdure, une femme allaite un enfant, il y a auprès d'elle des paniers de fruits; un enfant nu est à ses pieds. Au loin la mer bleue... Une jeune femme aspire des senteurs de roses, vêtue d'aurore, au pied d'une colonne antique. À l'entour s'emmèlent des verdures et des fleurs. Paisible aussi, suavement et avec la plus douce poésie, est le panneau d'Aman-Jean, Le Parc. Dans une atmosphère légère, des femmes s'épanouissent, heureuses; et la grâce de leurs (1) Reproduite dans Art et Décoration. Année 1900, 2e semestre, page 27. (2) Reproduits dans Art et Décoration. Année 1896, 1er semestre pp. 178-179.

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Art et Décoration formes modernes dans leur élégance cons- ciente, la lassitude calme de leurs mouvements est une chose exquise. Leurs yeux sont vagues et pleins de rêve. Elles se sentent nécessaires à chaud et souple; la tête, de profil, a une expression de repos amusé. Elle regarde le paon que sa compagne caresse de son éventail entr'ouvert. Accoudée sur le banc, une troisième femme suit des yeux cette ma- nœuvre. Une autre, coiffée d'un large chapeau aux contours gracieux, les épaules entourées d'une légère écharpe, est assise sur l'herbe. Elle présente de face son visage mince et pur, vide d'idées, mais plein d'impressions. Comme pendant au groupe du banc, de l'autre côté du tableau, se tiennent, attentives et douces, deux femmes. Les deux paons, au milieu, semblent sym- boliser l'idée de beauté qui a inspiré l'artiste. Tout, dans Le Parc, est d'une élégance parfaite, d'une sy- métrie harmonieuse. Un bassin d'eau, encadré de pierre, est entouré d'une allée que suit un cercle d'ar- bres taillés. Il s'ouvre sur une échappée de forêt que l'automne dore déjà. La bordure du tableau se compose de feuilles mélangées, à distances égales, de roses incar- nadines. Cette bordure est de M. Félix Aubert; elle ne dépare pas le tableau, mais n'ajoute rien à sa grâce. Pâles, presque trop pâles dans leur transparence bleue, sont les panneaux d'Auburtin. Le Soir est imprégné de calme doux. Sur l'herbe, parmi les arbres, des fillettes demi-nues rêvent dans le crépuscule naissant. L'une d'elles, appuyée à un saule, semble contempler la mer blonde qui s'étend devant elle. Deux autres fillettes sont figées dans un calme heureux; sous un arbre, leur compagne joue d'une flûte à sept roseaux. De pe- tites chèvres sont là; l'une semble aussi attirée par la mer, l'autre broute paresseusement. Les Danses nues sur fond du soir sont du même style. Les teintes sont jolies, d'un vert mourant; mais les trois femmes qui dansent sous les lauriers ont des poses plutôt bizarres que gracieuses. La joie de leurs corps est affectée. Chacune d'elles danse indépendamment des autres, et ces poses la beauté de tout ce qui les environne, elles savent qu'elles l'embellissent encore de leur présence, et cette certitude suffit à leur puéril et charmant bonheur. Deux femmes sont assises sur un banc rustique. L'une d'elles ne laisse voir que de dos ses épaules d'un modèle

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AMAN-JEAN. Le Parc (carton de tapisserie). LE PARC

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Art et Décoration mignardes étonnent dans ce décor muet. Très différents entre eux par le tempérament l'anecdotique et l'obscur; ils ont compris que la joie est l'âme même de la peinture décorative. Il y a une conformité parfaite entre l'impression de repos que donne la peinture d'Aman-Jean et de Besnard, et le calme des lignes architecturales auxquelles doit se marier un panneau décoratif. L'allégorie n'est pas fréquente en ce salon. L'art d'aujourd'hui semble de plus en plus porté à des notations ayant par elles-mêmes leur sens et leur valeur, et en cela il est consciemment pictural, n'usant que de ses moyens propres d'évocation. Quelques allégories pourtant méritent d'être mentionnées. Sous ce titre, La Marche à l'idéal, M. Georges Desvallières représente ceci: parmi des ossements, des pierres et des décombres, un homme au regard ardent, au corps décharné, les pieds liés au sol par des chaînes de ronces, fait un pénible effort pour avancer. Sa main tendue repose sur la main d'une femme, forme légère, enveloppée d'étoffes diaprées, dont le pied touche la terre à peine. Et il ne voit pas son visage, mais c'est d'elle qu'il prend sa force et sa confiance. Le lointain a des reflets de perle noire. C'est l'infini triste éclairé par l'illusion. Le peintre belge Frédéric, dans son triptyque de L'âge d'or, évite le rêve facile et les chimériques joliesses. Le Matin et le Soir représentent un groupement d'êtres aux membres souples et forts, sans grâce antique mais beaux de santé. Et placée entre ces deux tableaux de vie remuante, la Nuit solennelle de paix candide: dans une vallée, un amoncellement de corps, tassés ensemble en une proximité fraternelle, trouve le repos, tandis que, sur les versants sombres des collines, témoignage du labeur bon et facile, d'innombrables troupeaux de moutons dorment aussi, tassés les uns contre les autres, comme ces hommes qui les ont gardés pendant le jour... Joueuses de balles. P.-A. LAURENS. et par l'art, ces peintres ont le mérite d'avoir trouvé des sujets qui conviennent parfaitement à l'art décoratif; ils ont accordé leur œuvre à sa destination. Ils ont évité le dramatique,

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Portrait. LA GANDARA.

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Art et Décoration Frédéric réussit les plus difficiles enchevêtrements d'êtres et de choses, avec un parti pris d'éviter la grâce convenue. Son réalisme, dans le dessin, la couleur, la composition, a ce caractère d'être vigoureusement stylisé suivant une très personnelle conception d'art à la fois emblématique et vraie. Le carton décoratif de Koos, Non omnis moriar, exprime avec plus de conscience que de subtilité l'idée de la survivance des morts dans leur postérité pieuse et saine. Le ton général de l'œuvre est gris et brun, plutôt pâle. Les figures sont sculpturales, groupées avec le soin constant de l'équilibre et de la symétrie. Non omnis moriar, où des qualités sont évidentes, semble un peu trop fait d'après des modèles en plâtre. Il en résulte que les attitudes des personnages, au lieu de rendre la continuité de la vie et de son mouvement ininterrompu, semblent immobilisées comme en une soudaine catalepsie. Et l'on s'étonne de l'à-propos de cet événement, qui a laissé le juste instant d'une pose harmonieuse et satisfaisante. Le lointain, un bout de lac, un charriot de foin qui passe, l'homme qui le conduit, vivent seuls d'une vie quotidienne et réelle. Les Études d'intérieur, une Étude de fleurs et Le Perron de Mlle Crespel sont d'une touche très large et d'un goût distingué où l'in- Autour d'un mourant. DINET.

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KOOS. Non omnis moriar (carton). M. 26591.

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Art et Décoration fluence anglaise se fait sentir. Un coin de façade, un escalier de pierre avec un vase en forme d'urne à chaque marche, des géraniums épanouis dedans, et au premier plan- une abondance habilement arrangée de fleurs et de feuillages, voilà Le Perron, Mlle CRESPEL. Le Perron. qui est une jolie chose, fraîche et agréable. Les dessins aquarellés de Mme Carpentier, par leurs tonalités, rappellent un peu Rivière, avec aussi une jolie note personnelle. M. Baudoin a très heureusement repris la pratique ancienne, et qu'il est fâcheux de voir tomber en désuétude, de la fresque, dont les tonalités mates et franches conviennent si bien à l'ornementation murale. Ses études ont un caractère antique, d'un dessin sûr, robuste, d'une hardiesse sereine. Deux petits paysages sont exquis de délicatesse, d'atmosphère large, de fini même dans l'absence des vains détails; la simplification des nuances et des demi-teintes, l'alliance originale et non heurtée des couleurs donnent à ces fragments un charme grave. La mise en valeur, dans une intention d'art des lignes du corps, de toutes les ressources que donne la toilette, des gestes nerveux et modernes, des bijoux qui, eux aussi, sont personnels, des capricieuses expressions qui, pour être momentanées, n'en sont pas moins révélatrices et captivantes, enfin l'ensemble de beauté qu'un être humain, dans l'épanouissement de sa personne, peut donner, c'est le but auquel tendent les meilleurs portraitistes actuels, et ainsi leur art se rapproche de la décoration. Le plus caractéristique à cet égard est, sans doute, La Gandara. Dans son merveilleux portrait de la dame en gris, la tête seule serait incompréhensible et bizarre; mais tout le corps, avec sa pose lasse et agacée, les mains baguées nerveuses et fines, la toilette qui suit hardiment les lignes des membres, le mince pied dans son bas transparent et sa petite pantoufle vernie, révèlent une grâce impatiente, donnent un accent personnel que n'atteindrait pas la plus minutieuse étude de visage. Les yeux du modèle, sur lesquels se concentrait jusqu'à ces derniers temps l'attention des peintres de portraits, sont ici à demi-clos... Et comme l'Ile Heureuse de Besnard donne une impression unique et pleine de paix élégante et doucement joyeuse, les portraits de La Gandara donnent une impression de vie intense, artificielle, compliquée et bien d'aujourd'hui. La même recherche d'un ensemble décoratif, la même utilisation des corps pour la beauté se retrouvent dans les portraits de Sargent. Ces deux sœurs qui se tiennent, droites et victorieuses dans leur raideur américaine, mettant la joie de leurs étoffes riches parmi le luxe de leur intérieur, vivent sous nos yeux. La ressemblance est certaine; mais ici le peintre dépasse la ressemblance : c'est l'âme de ses modèles, influencée et expliquée par leur entourage, leurs velours et leurs satins qu'il découvre. Et comme il est servi, sans hésitation ni défaillance, par ses admirables procédés de facture! Les tons bleutés des bras, la main légère et sûre qui tient l'éventail, sont expressifs et révélateurs. Cette énorme potiche de

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P.-A. LAURENS. Proserpine rendue à sa mère.