Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
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Sommaire
- Albert Besnard.
- GUSTAVE GEFFROY
- Le Cuir ciselé et repoussé à la main.
- EUG. BELVILLE
- Frise au pochoir.
- (Concours)
- M.-P. VERNEUIL
- Planches hors texte :
- Esquisse pour le plafond de l'Hôtel-de-Ville ;
- Portrait de jeune fille ;
- Étude de cheval.
- par Albert BESNARD
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DÉCEMBRE
1901
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, RUE LA FAYETTE PARIS
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5e Année, N° 12
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. VAUDREMER, GRASSET,
JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY,
LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT
Secrétaire de la Rédaction : GUSTAVE SOULIER
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L’Année parue ...
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Albert Besnard
La biographie d'Albert Besnard s'accorde immédiatement avec son art pour affirmer que son talent, issu naturellement, comme tous les talents réels, de l'histoire entière de la peinture, a pris l'une de ses origines particulières dans l'œuvre de Ingres. Songez aux portraits de femmes de Ingres, à Mme Rivières, à Mme de Senones, etc. Besnard, sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, se rattache au groupe des artistes impressionnistes. Je crois que personne, aujourd'hui, ne manifestera d'étonnement, s'il est signalé des contacts de Manet, Degas, Renoir, avec Ingres, tout autant qu'avec Delacroix. Je reviens à Besnard, aux renseignements qui ont été publiés sur son éducation artistique, et je trouve, tout d'abord, que son père fut élève d'Ingres. Son père mort jeune, il vit avec sa mère, miniaturiste, élève de Mme de Mirbel, mais qui ne pousse pas son fils vers la peinture. Elle eut pourtant, on peut l'affirmer, une influence décisive sur son art, si j'en crois le biographe le plus complet, et sans doute le plus exact d'Albert Besnard, mon ami Frantz Jourdain, qui a été le camarade de jeunesse de l'artiste et qui est resté tendrement fraternel à l'homme. « Mme Besnard — dit Jourdain, — était une nature anxieuse, passionnée, violente, fantasque, et raisonnable pourtant jusqu'au calcul. Son adoration pour Albert la poussait à tout rapporter à lui; mais, en revanche, elle n'acceptait pas de partage dans une affection qu'elle prétendait posséder seule, à l'exclusion de tous autres. »
Je crois que voilà une note précieuse pour la formation d'un esprit. Jourdain dit encore que Besnard fut élevé en « jeune fille » dans une atmosphère saturée de « tiédeur féminine ». Je ne me trompe pas, il y a bien de cela dans l'art de Besnard. Il y a un tempérament de fond
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qui fait songer au produit d'une race ordonnée et raisonnable, à l'équilibre de la beauté classique, il y a la nervosité et la passion, mais tout cela dans une atmosphère de lumière et de couleurs qui a conservé la tièdeur féminine. Et même, par la sveltesse innée des formes, par une persistance juvénile, quelque chose persiste de la grâce fleurie de la jeune fille.
Besnard eut aussi un professeur, M. Jean Brémont. Encore un élève d'Ingres, fanatique de Delacroix,—et d'Ingres aussi. « Il avait, dit Frantz Jourdain, le respect de la liberté cérébrale, l'horreur du parti-pris, la haine de la formule, l'amour de l'indépendance. » Jean Brémont n'apprit pas seulement ses sentiments à son élève, il lui apprit son métier, sa manière de peindre, délicate et légère, « car c'est de M. Brémont que Besnard tient sa façon de
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Eléphantaisie.
peindre en grisaille colorée de glacis. » Lorsque le jeune artiste quitta ce maître sérieux, patient, bienfaisant, il connut l'incertitude à l'atelier Cabanel, s'égarà dans les complications niaises de l'enseignement de l'Ecole des Beaux-Arts. Mais, en somme, il ne sombra pas, parce qu'il avait une personnalité qui ne pouvait pas sombrer. On ne 'peut pas dire des
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médiocres qu'ils se perdent à l'Ecole des Beaux-Arts : il ne se trouveraient nulle part. On en conclurait un peu vite que s'il Ecole des Beaux-Arts ne modifie ni les personnels ni les médiocres, elle n'est pas nuisible. Il y a pourtant un certain nombre de preuves à l'appui de sa malfaisance. Elle est nuisible, puisqu'elle fausse l'enseignement des arts du dessin,
esquisse, elle ne manque ni de talent ni de grâce, sous le convenu obligatoire de la composition. Mais ce fut par son envoi de dernière année : Après la défaite, que Besnard montra son esprit de recherche et d'inquiétude. Il était temps, pour lui, de prendre pied dans la mêlée de Paris, de se trouver en contact avec la vie. Il venait de se marier avec une femme artiste
Étude.
puisqu'elle crée un bouillon de culture où pululent les ferments destructifs. Ce qui est inutile, dans cet ordre d'idées, est nuisible. L'Ecole des Beaux-Arts est donc nuisible, dès que l'on accorde qu'elle crée des inutilités.
Besnard fit, comme tant d'autres, avec une habilité apprise et sans conviction, sa Mort de Timophane, tyran de Corinthe, et il obtint le prix de Rome. C'était en 1874.
Le séjour à Rome fut de quatre années, jusqu'en 1879. L'élève fut un sage élève, fit ses envois de la Source, de saint Benoit ressuscitant un Enfant, de l'Entrée de François Ier à Bologne après Marignan. J'ai vu cette dernière comme lui, sculpteur de talent souple, attentif, d'expression concentrée et originale. Sa mère mourut à peu près à l'époque de son mariage et de sa sortie de l'Ecole. Il mena, dès lors, la vie de travail acharné et de succès croissant pendant laquelle nous l'avons connu.
Tout d'abord il passa deux années à Londres, où Mme Besnard fit des bustes pendant que son mari faisait des portraits : lord Wolseley, sir Bartle frère, l'amiral sir Edmond Commerwell, le général sir Henry Green. Je n'ai pas vu ces portraits qui ont, dit le biographe de Besnard, beaucoup de vie, beaucoup de caractère, et qui ont le mérite de représenter
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Étude.
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vraiment des Anglais. L'assertion doit être exacte, car d'autres toiles de ce temps, visibles dans l'atelier de l'artiste, ont bien l'accent anglais, ou mieux l'atmosphère de Londres, une atmosphère obscure où luit faiblement la lumière du gaz, du coke et du charbon de terre.
Dans la stricte acception du mot, leurs coloristes sont plus peintres qu'en France; ils dessinent avec de la couleur. »
On serait tenté de conclure, sur ces deux ans de séjour à proximité des musées et des collections de l'Angleterre, et sur l'opinion qui vient
Hôpital Cazin-Perrochaud, à Berck.
La Foi.
Il importe ici, où j'essaie de marquer les étapes de l'évolution de Besnard, de recueillir son opinion sur la peinture anglaise qu'il eut tout le loisir d'étudier et de pénétrer : « Là-bas, dit-il, le talent est rare, mais, en comparant les deux peuples, on chercherait peut-être longtemps avant de trouver des artistes équivalents à quelques hautes personnalités de la Grande-Bretagne. Les Anglais possèdent un don précieux : la rêverie, dont l'essence — quand elle n'est pas niaise — est plus élevée, plus noble, plus émue et plus émouvante que la nôtre:
d'être exprimée, que l'artiste a subi l'influence des artistes anglais de premier rang. C'est possible, mais ce ne serait exact, en tout cas, que d'une influence de goût et d'arrangement. Malgré le caractère de féminité qui a toujours été marqué chez Besnard et qui persistera sans doute, l'essence de son art est plus mâle que chez les peintres anglais. Chez ceux-ci, il y a toujours, et quand même, une diminution des maîtres qui les ont éduqués, et Besnard vit très clairement, à n'en pas douter, que, picturalement, en dehors de la rêverie anglaise, il
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y a tout avantage à remonter à l'influence créatrice. Ce fut, en Angleterre, celle de Van Dyck, laquelle prenait son point de départ chez Rubens, un des pères de la peinture. Van Dyck et Rubens, voilà deux sources, deux influences premières. Rubens est le plus grand, il n'est pas besoin d'y insister. Il se fraie sa voie à travers la nature entière, il a la majesté et la fougue d'un élément, et nul, même parmi ceux que l'on peut lui préférer, ne lui est comparable comme génie de conquête. Van Dyck vient de Rubens, et il en vient directement, puisqu'il a reçu son enseignement, puisqu'il a été son collaborateur, puisque sa manière apprise d'élève a dû se confondre sur les mêmes toiles avec la manière géniale de son maître, mais Van Dyck, de par son tempérament particulier, son amoureuse complexion, élégante et passionnée,
devait faire œuvre personnelle avec les moyens trouvés chez Rubens. Le Van Dyck hors des Flandres, le Van Dyck de Gênes et de Londres, en proie au vertige des amours, a produit des œuvres qui ne sont qu'à lui, parce qu'il y a mis tout son élan du moment. Auprès de ces œuvres-là, les meilleurs chefs-d'œuvre des peintres anglais ont quelque chose de timide, d'incomplètement exprimé.
Besnard eût donc avantage à s'éprendre plutôt des initiateurs que des continuateurs, et il est allé vers Van Dyck et Rubens, et là encore il a fait, sans qu'il le veuille peut-être, la même opération qu'il venait de faire en éliminant les peintres anglais : il a, sans perdre le goût de Van Dyck, préféré Rubens. Mais dira-t-on, sa parenté est plus certaine avec nos peintres français du XVIIIe siècle qui
Hôpital Cazin-Perrochaud, à Berck.
La Résignation.
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n'ont pas été, eux non plus, sans influencer l'école anglaise. C'est encore vrai, il ne faut nier aucune influence, elles existent toutes, elles se croisent, elles s'ajoutent les unes aux autres, elles se renforcent, et l'individualité de chaque nouveau venu, se fait jour à travers tout cela, comme la plante vivace qui doit tout à la terre et qui ajoute son ornement à la terre. Entre Besnard et les peintres du XVIIIe siècle, et aussi les sculpteurs de portraits de la même époque, il y a affinité et ressemblance de race, mais il ne faut pas non plus oublier que la peinture du XVIIIe siècle relève de Rubens, qu'elle est imprégnée de son génie, qu'il lui a infusé son sang vif, l'ardeur de son coloris généreux.
Je pensais à tout cela, à ces influences universelles et permanentes, à ces échanges mystérieux, à tout ce qui a aidé à la formation d'une personnalité, et enfin, à cette personnalité elle-même, jaillissante enfin, faite de tout, et ne ressemblant à rien, — je pensais à tout cela, dis-je, en parcourant la maison de Besnard, rue Guillaume-Tell. J'avais vu nombre de toiles anciennes, des ébauches de l'Ecole, des études de toutes sortes, des portraits, des paysages, des tons de chairs, des silhouettes, des attitudes, des gestes, par où se révèle l'incessant travail d'observation et de création de Besnard. Et tout à coup, au haut de l'escalier, j'ai aperçu un portrait vraiment magnifique, un de ces portraits assurés, tranquilles, qui vous font deviner la ressemblance profonde sans que vous ayez besoin de connaître, de voir le modèle. C'est un portrait de femme qui n'a pas été considéré comme achevé, et qui est resté chez le peintre. Il est très bien à cette place, car il représente tout l'art de l'artiste, aussi bien que d'autres toiles, connues et célèbres. La femme est assise auprès d'une table sur laquelle sont placés les objets familiers qu'elle manie tout en causant avec ses visiteurs. Car elle a des visiteurs, on devine autour d'elle, à son air un peu d'apparat, l'hommage empressé et habituel. S'il y a un rien de théâtral, ce théâtral est simple, imprégné de bonhomie. C'est une façon de vivre de tous les jours. Il ne s'agit pas d'une jeune femme dans l'éclat et l'assurance de sa beauté, et néanmoins, comme je l'ai dit, ce portrait est magnifique. Il s'agit tout de même de beauté. Tout d'abord cette beauté de sentiment et de rêverie que Besnard reconnaît à l'école anglaise, et qui est exprimée ici par l'accord mélancolique et délicieux entre le
Portrait de Rodin. (Eau-forte.)
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visage marqué par l'âge, la gorge ferme et jeune et les belles mains pâles et douces. Mais cela ne ressemble pas aux œuvres des peintres anglais. On songe alors à Van Dyck, pour la jolie manière déliée; à Rubens, pour la chaude
Nous sommes ainsi ramenés au récit de l'évolution de Besnard. Lorsqu'il revint, jeune homme, de la Villa Médicis, en 1880, on peut affirmer qu'il vécut des heures d'inquiétude et d'incertitude. Comment pouvait-il en être
atmosphère rouge et dorée, pour la plénitude des formes. Mais cela ne ressemble pas encore absolument à Van Dyck, ni à Rubens. Force est donc de trouver Besnard, c'est-à-dire un homme de ce temps, héritier des siècles, et marchant droit devant lui, découvrant à son tour la nature avec son intelligence et avec ses sens.
autrement? Tous les hommes qui ont affirmé une volonté en art ont connu l'hésitation et l'ignorance des débuts. Ce n'est pas à vingt ans, ni même à trente ans, que l'on peut dire son sentiment de la vie. On ne peut encore que bégayer sa sensation et chercher à la formuler. Besnard était à ce moment, comme les autres, à la recherche de lui-même. Il s'est heureuse-