Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
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Sommaire
- Les Etoffes tissées, M.-P. VERNEUIL.
- George Minne, H. FIERENS-GEVAERT.
- Le Mobilier, GUSTAVE SOULIER.
- Abel Truchet, GUSTAVE KAHN.
Planches hors texte :
- Modèle d'étoffe, par Alex SANDIER.
- Fête à l'Exposition, par Abel Truchet.
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OCTOBRE 1901
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, RUE LOFAYETTE PARIS
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5° Année — N° 10.
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. VAUDREMER, GRASSET,
JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY,
LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT
Secrétaire de la Rédaction: GUSTAVE SOULIER
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L’Année parue ...
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CORNILLE FRÈRES.
Les Étoffes tissées
Nous avons entrepris d'étudier les différentes industries qui fournissent au décorateur les principaux matériaux dont il a besoin.
Commençant par le pochoir, nous en avons rapidement examiné la technique, la plus simple d'entre toutes; au contraire, avec les étoffes tissées c'est une des plus compliquées que nous abordons aujourd'hui; et force nous sera, ne pouvant entrer dans des détails par trop spéciaux et complexes, de rester dans les limites d'un aperçu plutôt que d'une étude.
Pour la fabrication des étoffes destinées à l'ornementation, plusieurs moyens d'exécution existent, formant autant d'industries séparées dont les produits répondent à des exigences diverses de matières, de solidité et de prix de revient.
Deux classes principales les groupent cependant en étoffes tissées et en étoffes imprimées: Les premières plus solides, plus belles d'aspect, plus riches, sont aussi plus chères que les secondes. Toutes les gammes colorées y sont d'une exécution facile, alors que l'impression ne peut permettre que des gammes restreintes et déterminées; cette limite dans l'emploi des couleurs est une conséquence forcée des réactions qui se produisent lors de l'impression et du développement des couleurs sur l'étoffe même, alors que rien de tel n'existe pour les étoffes tissées. Nous laisserons donc de côté cette fois les tissus imprimés.
Pour tisser les étoffes, deux procédés sont en usage: le tissage à la main et le tissage mécanique.
Si le second a pour lui l'avantage d'un prix de revient très minime, le premier aura celui de la beauté d'exécution et des ressources plus grandes dans le coloris. Nous nous occuperons donc exclusivement ici du tissage à la main.
SAUREL ET MIAULET.
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Il va sans dire que diverses matières peuvent être ainsi tissées : coton, laine ou soie. Le procédé sera le même pour ces différentes matières, la finesse du tissu étant cependant plus grande dans les étoffes de soie que dans celles de laine ou de coton.
Le métier en usage est toujours l'ancien de carrés représentant les points, carrés que, pour la facilité d'exécution et de lisage, on agrandit un certain nombre de fois et que l'on colorie dans la gamme du modèle. Le nombre des couleurs à employer et les moyens d'exécution divers seront alors déterminés.
Nous parlons ici de moyens d'exécution; les ressources sont en effet assez nombreuses; mais pour les examiner, encore faut-il que nous rappelions comment est constitué un tissu.
Toute étoffe est, en principe, composée d'une chaîne et d'une trame. On nomme chaîne l'ensemble des fils formant en quelque sorte l'âme du tissu. Ces fils sont placés dans le sens de la longueur de l'étoffe et fixés primitivement sur le métier. C'est entre eux que l'ouvrier lance sa navette, navette entraînant derrière elle le fil constituant la trame perpendiculairement à la chaîne.
Nous allons prendre pour exemple la fabrication d'une étoffe de soie, la main d'œuvre étant identique pour la laine ou le coton.
Le fil de grège de soie, après avoir été mouliné à deux ou plusieurs bouts pour constituer un fil solide et régulier qui doit servir à faire la chaîne du tissu, est d'abord, à la teinture, débarrassé de la partie gommeuse qui provient de la sécrétion du ver à soie, puis teint à la nuance déterminée.
Ce fil, qui est en écheveau, est dévidé sur de longues bobines en bois qui, enfilées les unes à
Dessin de Bohl.
CORNILLE FRÈRES.
métier Jacquard, comme nous le verrons plus loin. Voici succinctement les transformations diverses que subit le dessin de l'artiste arrivant à la fabrique, avant d'en sortir à l'état d'étoffe d'ameublement.
On procède d'abord à la mise en carte.
Dans le tissu exécuté, chaque point représente un carré minuscule d'une surface d'autant plus restreinte que le tissu sera plus fin.
Or, la mise en carte n'est autre chose que la transcription du dessin de l'artiste au moyen
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Étoffes tissées
Cartons d'étoffes.
côté des autres en un certain nombre sur un cadre en bois appelé cautre, servent à faire l'ourdissage de la pièce. L'ourdissage est la réunion, sur une longueur égale à celle qu'aura la pièce tis-sée, du nombre de fils qui doit constituer la chaîne du tissu.
Une fois cette chaîne faite et montée sur le rouleau du métier à tisser, les fils un à un sont noués aux fils qui ont fait la pièce précédente par une ouvrière habituée à ce travail et qui, lorsqu'elle est habile, peut en nouer de 1.000 à 1.200 à l'heure. Les pièces de soieries de dessin un peu chargé et en 1 m. 30 de large ayant jusqu'à 15 et 20.000 fils qui peuvent être simples, doubles ou triples, on voit le temps qu'il faut pour ce travail préparatoire.
DE FEURE.
Ces fils de chaîne passent dans des petits maillons en cuivre ou en verre qui sont fixés à des lissettes en fil, maintenues à leur base par la pesanteur de petites tringles en plomb ou en fer, et communiquant à la mécanique par des cordes fines appelées arcades.
Ces arcades sont passées dans les crochets de la mécanique Jacquard.
Ces crochets sont commandés par les aiguilles de la mécanique.
Ces aiguilles, placées horizontalement, sont libres à une de leurs extrémités et de l'autre butent contre un ressort ou élastique qui lorsqu'elles ont été déplacées les fait revenir à leur position primitive.
A la mécanique est adapté un cylindre sur lequel tournent les cartons consti-
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Or, les tissus peuvent être constitués, suivant leur contexture, par une, deux ou trois chaînes qui travaillent simultanément et peuvent être de couleurs différentes, ressource précieuse pour le décorateur.
Mais en plus, chaque chaîne peut, elle-même, être coloriée différemment dans l'espace de sa largeur, pour donner aux fleurs ou aux ornements des colorations différentes ou des ombrés qui adoucissent les colorations. C'est ainsi qu'une même fleur pourra, par un simple effet de coloration de chaîne, être rouge foncé d'un côté, et se dégrader ensuite pour arriver au rose tendre de l'autre.
La trame du tissu est constituée par le lancement de la navette, qui étend la trame dans toute la largeur du tissu. Or, il peut y avoir, suivant le tissu et sa richesse de coloration, autant de navettes que l'on veut, mais pratiquement ce nombre ne dépasse guère quatre navettes travaillant ensemble.
Cependant, lorsque la richesse de la coloration nécessite un grand nombre de navettes et que l'effet à obtenir n'existe pas dans toute la largeur du tissu, on se sert de petites navettes à main que l'ouvrier passe à l'endroit indiqué : c'est ce que l'on appelle le broché, lequel n'est,
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tuant le dessin. Ces cartons ont été percés d'après la mise en carte de façon que chacun représente le travail que doivent faire les fils de la chaîne pour chaque coup de navette.
Ce cylindre est donc percé d'autant de trous qu'il y a d'aiguilles à la mécanique, soit, suivant les comptes, jusqu'à environ 1.300 aiguilles.
Lorsque le carton vient s'appliquer sur l'extrémité libre des aiguilles, les parties pleines de ces cartons, c'est-à-dire celles qui ne sont pas percées par des trous, repoussent l'aiguille qui entraîne le crochet et lui donne une position inclinée qui fait que la tête de ce crochet n'est pas enlevée par une grille qui marche conjointement avec la mécanique.
La grille, enlevant les crochets non repoussés, lève donc par ce fait, grâce à la transmission, certains fils de la chaîne, et la navette, lancée alors, entraîne la trame passant donc entre les fils qui sont levés et ceux qui restent à fond, constituant le tissu et le dessin de l'étoffe.
Voilà en quelques mots ce qui se produit pour chaque lancé ou coup de navette.
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somme toute, qu'un tissage local supplémentaire. Le nombre des brochés est alors indéfini, et c'est une des plus précieuses ressources en tissage, pour la beauté et la richesse de l'étoffe.
Mais, lorsque la ou les navettes travaillent dans toute la largeur du tissu, ce n'est donc pas du broché que l'on fait, mais du lancé. Ce lancé peut lui-même être latté suivant les effets à obtenir, c'est-à-dire qu'alternativement la même navette peut se modifier de couleur.
Ainsi, afin de prendre un exemple aussi simple que possible, si nous devons avoir une étoffe ornée de rangées alternées de motifs rouges ou jaunes, l'ouvrier, lorsqu'il tissera la rangée de fleurs rouges, lancera une navette chargée de fil de cette couleur; puis arrivé à la rangée des motifs jaunes, il changera de navette et en lancera une autre chargée de fil de couleur appropriée. Il va sans dire qu'il aurait pu dans ce cas simple, lancer d'une façon continue ses navettes rouges et jaunes, la couleur qui ne devait pas être aperçue passant à l'intérieur du tissu; mais l'emploi des lattés, en dehors même de l'économie de matière, permet de multiplier encore le nombre des
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satin de huit, satin de cinq, satin de six, etc., etc., donnant plus ou moins de brillant à l'étoffe.
Le sergé qui est la levée successive des fils qui se trouvent l'un à côté de l'autre, contrairement au satin dont la levée des fils change suivant la contexture de ce satin.
A côté de ces tissus et formant une classe bien à part, se trouve encore le velours, c'est-à-dire un tissu dont une des chaînes, appelée poil, passe au tissage sur une lamette en cuivre munie d'une rainure, ce qui permet avec un petit couteau en acier de couper les fils qui se trouvent sur cette lamette. Ces fils coupés constituent alors le velours et sont liés par la trame à la chaîne même du tissu.
Ces velours peuvent être unis ou façonnés, c'est-à-dire que les dessins en velours peuvent
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couleurs, ce qui serait impossible si celles-ci devaient être tissées de bout en bout. Pratiquement, on ne dépasse guère cinq ou six couleurs lancées.
Mais la contexture même du tissu peut varier à l'infini, grâce aux armures différentes que l'on peut employer.
On appelle armure d'un tissu, le travail apparent que font les fils de la chaîne. L'armure primordiale est la toile ou taffetas, dont la contexture est constituée par la levée alternative de la moitié des fils de la chaîne. Un coup les fils pairs et l'autre coup les fils impairs. Ceci est l'armure la plus simple.
Il y a ensuite le satin, employé fréquemment pour faire le fond des tissus façonnés, et qui peut être interprété de bien des manières :
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être simplement en velours uni de couleurs différentes et formant des dessins : fleurs, rinceaux, etc.; ou bien, ils peuvent se détacher sur un fond de soie, toile ou satin, ou d'une armure quelconque, ce qui constitue une ressource précieuse de richesse pour le tissu.
Si au lieu de couper les fils se trouvant sur le fer en cuivre on tisse un fer rond et qu'on le tire ensuite, le poil non coupé restera bouclé et continuera le velours frisé.
On peut donc dans le même tissu avoir: fer coupé et fer frisé tissés alternativement, ce qui existe dans les beaux velours de Gênes ou de Venise que les anciens nous ont laissés et que l'on a si souvent recopiés et modifiés.
On ne peut que regretter, en face de ces matières somptueuses et de ces vestiges anciens, que les industriels n'aient pas encore songé à nous doter de velours à dessins modernes. Ou, s'ils y ont songé, comme M.M. Cornille avec la portière de Mlle Rault, que ces tentatives soient restées isolées et perdues presque. Car, quelle différence considérable de beauté entre les velours imprimés d'un usage courant, velours de coton et à bas prix du reste, et les beaux velours tissés que l'on pourrait obtenir, en mettant en œuvre cette matière admirable qu'est la soie!
Pour donner une idée de la complexité et de la longueur du travail du tissage, prenons en exemple l'étoffe tissée par MM. Cornille d'après le dessin de A. Sandier. Cette belle étoffe, dont nous reproduisons une partie du raccord dans notre planche hors texte, est tissée en soie. Elle a o m. 70 de large, et le raccord, c'est-à-dire le dessin complet, a 1 m. 50 de haut.
M. DUFRÈNE.
Deux chaînes ont été employées : une bleue formée de 7.000 fils doubles, et une blanche formée de 3.500 fils doubles; soit 10.500 fils doubles, ou 21.000 (vingt et un mille) fils simples dans une largeur de 70 centimètres!
Mais ceci ne forme que la chaîne. Voyons la trame ou plutôt les trames.
Celles-ci comportent: quatre trames lancées: crème, ocre, rouge et vert d'eau.
Deux trames de fond en organsin bleu clair
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du ton de la chaine, et enfin un broché vieux bleu. Soit en tout, six trames et un broché, constituant cent quarante duites ou lancés par centimètre; ce qui veut dire que pour tisser un centimètre d'étoffe l'ouvrier a dû lancer soient encore abordables, pour la plupart.
Les tissus de laine, plus gros de matière, sont, avons-nous dit, tissés de même façon que ceux de soie. On y mêle souvent celle-ci pour les enrichir, et des brochés de cette matière y sont surtout d'un bel effet.
De même, dans ces tissus divers, on fait entrer quelquefois l'or ou l'argent. Mais, comme le métal fin coûterait très cher, on emploie le plus souvent des bronzes qui noircissent malheureusement plus ou moins rapidement à l'air. Du reste, l'emploi du métal est-il bien nécessaire quand on a la soie à sa disposition ? Rien ne saurait dépasser la richesse de cette belle matière, aux coloris brillants et profonds.
La laine, d'une beauté plus simple et plus sévère, n'est certes pas non plus à dédaigner, et de son union avec la soie naissent les effets les plus heureux.
Avec ces deux matières, le décorateur n'a plus rien à désirer, et il lui reste à connaître à fond la technique de cette industrie pour en tirer toutes les ressources.
Or ce n'est pas chose facile.
Car parmi toutes les techniques se rapportant aux industries ornementales, aucune, croyons-nous, n'est aussi compliquée. Aucune ne présente autant de détails infinis, longs à connaître et à mettre en œuvre. Du reste, c'est surtout là le côté propre et presque exclusif du fabricant. Le dessi-
cent quarante fois ses navettes! Soit une production d'à peine soixante-dix centimètres par jour!
On voit par là combien est long ce travail; et l'on est étonné que malgré leur prix relativement élevé les belles soieries d'ameublement
Nous devons à l'obligeance de M. Barlatier, directeur des usines de MM. Cornille frères, les renseignements techniques qui figurent dans cet article.
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Étoffes tissées
nateur n'a pas besoin de pousser si loin la connaissance.
Examinons maintenant les reproductions des étoffes données en exemple ici.
En tête de cet article figure une étoffe des plus simples, mais d'un effet cependant charmant; sur un fond d'un bleu verdâtre s'enlèvent des arbres d'un gris argenté. Deux tons ont suffi pour ce décor très réussi exécuté par MM. Cornille frères, d'après le carton de Bohl.
Vient ensuite un petit jeu de fond de M. Saurel, aux lignes un peu écrites peut-être. Dans l'étoffe exécutée par MM. Cornille, et où des iris forment le décor, nous voyons nettement l'usage excellent des brochés qui y a été fait. Le fond et les feuilles y sont tissés de bout en bout; mais pour les fleurs, localisées, le broché, tout en économisant une grande quantité de matière, a permis d'y multiplier les tons, autorisant ainsi les dégradés les plus savants. Une vingtaine de couleurs différentes y ont été employées, ce qui eût été impossible si ces couleurs avaient dû être lancées.
Trois modèles de M. de Feure, d'une conception parfois un peu bizarre, mais d'un arrangement ingénieux et bien ornemental, sans parler de la couleur toujours charmante.
La maison Liberty a su dès longtemps se créer un style bien particulier. Bien qu'un peu de sécheresse dans les motifs soit souvent à regretter, la composition en est intéressante et la coloration douce et bien harmonisée. Mais le côté géométrique qu'affecte l'ornementation
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