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Plaisir de France AOUT 1965
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Plaisir de France AOUT 1965
PLAISIR DE FRANCE (IMAGES DE FRANCE) Revue mensuelle DIRECTEUR GÉNÉRAL RÉDACTEUR EN CHEF : OLIVIER QUÉANT --- Sommaire AOUT 1965 — N° 322 - 31e année - D'un mois à l'autre : - EROS ROI, par Olivier Quéant ... 1 - Aujourd'hui et demain : - THÉÂTRE, par Gilles Quéant... 4 - LIVRES, par Yves Gandon ... 5 - VENTES, par Raymonde Wilhélem ... 6 - LIVRES D'ART ET LIVRES SUR L'ART, par René Barotte ... 9 - CINÉMA, par Marcel Lasseaux ... 10 - Exposition à Venise : - FRANCESCO GUARDI, RÉVÉLÉ PAR SES DESSINS, par Marcel Brion, de l'Académie française... 12 - Tourisme ture : - BROUSSE AUX 200 MOSQUÉES, par Paul Lorenz ... 20 - Les styles d'Europe à travers la peinture : - L'EMPIRE, par René Briat ... 28 - Science : - UNE MAISON SOUS LA MER, par Gilles Quéant... 36 - Muséographie moderne : - LE CHATEAU DE SAINT-GERMAIN, MUSÉE D'AVANT-GARDE, par Roger Baschet ... 42 - Décoration : - DEUX MAISONS À ELBE : - Dressée vers le ciel, la « folie » de Pierre Balmain ... 49 - Allongée sur la colline ... 57 - L'Art floral : - DU JARDIN À L'ÉCOLE, par Odette Joyeux... 63 - Décoration-actualités : - L'ÉVOCATION DE LA MER, par Anne Fourny... 66 - Courrier décoration : - « PLAISIR DE FRANCE » RÉPOND À VOS LETTRES ... 68 --- NOTRE COUVERTURE La maison de Pierre Balmain — voir notre reportage complet p. 49 — telle qu'on l'aperçoit de très loin dans l'île d'Elbe. Le mât a 12 mètres de hauteur où flottent trois poissons de soie peinie, chacun de 8 mètres de long ; Pierre Balmain les a reçus en cadeau lors d'un voyage au Japon (Photographie Pierre Jahan.) --- NOTRE NUMÉRO DE SEPTEMBRE « Plaisir de France » en Grande-Bretagne : L'ANGLETERRE A UN TOURNANT, par Jacques Chastenet, de l'Académie française. LES CHATEAUX ANGLAIS VUS DU CIEL, par Jeanine Delpech. Décoration : L'Ambassade de France à Londres et la maison de Cecil Beaton. Philippe Jullian vous guide chez les antiquaires de Londres. L'Angleterre à Paris, par Anne Fourny. — A l'occasion d'un millénaire : Démontons le Mont Saint-Michel, par Arnault-Plessis. — Art : Les musées soviétiques en France, par Pierre Cabanne. — Les styles d'Europe à travers la peinture : La Restauration, par René Briat. — L'élégance masculine, par Eddy Dubois. — Et nos chroniques habituelles. --- Droits réservés pour tous les articles de ce numéro (textes et gravures). Copyright Plaisir de France 1965. Les manuscrits non insérés ne sont jamais rendus et ne pourront en aucun cas faire l'objet d'une réclamation.
PEINTURE PATINE DECOR SUR MEUBLES MURS - BOISERIES DORURE A LA FEUILLE PAPIERS PEINTS TENTURE RESTAURATION CADRES-MEUBLES BOISERIES RÉFÉRENCES : PALAIS DE L'ÉLYSÉE ASSEMBLÉE NATIONALE, ARCHIVES Nales, APPARTEMENTS, BUREAUX, ETC. M. LEGRAND - TARDIF DÉCORATEUR CONSEIL ENTREPRISE GÉNÉRALE DE PEINTURE ET DÉCORATION 29, RUE BAYEN PARIS-XVIIe ETO. 38-20 PARKING COUR --- LE BRIDGE PROBLÈME P : A.9.8.5. C : V.10.3. K : 10.4.2. T : R.V.9. P : 7.4. C : R.8.2. K : A.R.9.5. T : A.8.4.3. N O S P : R.6. C : 7.4. K : D.V.8.7.6.3. T : D.10.7. P : D.V.10.5.2. C : A.D.9.6.3. K : — T : 6.5.2. Enchères : Sud : --- Ouest : --- Nord : --- Est : --- 1 pique --- contre --- surcontre --- 2 carreaux --- 2 cœurs --- 3 carreaux --- 3 piques --- passe --- 4 cœurs --- passe --- 4 piques --- — --- passe --- Ouest entame l’as de carreau, comment Est-Ouest doivent-ils jouer pour faire chuter le contrat? Voir solution du problème page iv. PLAISIR DE FRANCE --- Le "drink" des Gens Raffinés SANS ALCOOL NI EXCÈS DE SUCRE. NE PRÉDISPOSE PAS A L’EMBONPOINT SE SERT NATURE OU AVEC UNE TRANCHE DE CITRON OU D’ORANGE Schweppes “INDIAN TONIC”
Joie de vivre... elle a choisi son terrain AU LOTISSEMENT LE BELVÉDÈRE A CARRY LE ROUET SUR LA COTE BLEUE A 12 km de MARIGNANE - A 20 minutes de MARSEILLE TOUT PRÈS DE LA CAMARGUE !!! LOTS DE 1000 à 1200 m² ENTIÈREMENT VIABILISÉS (ARTICLE 9 DÉLIVRÉ) 30 à 40 F le m² CRÉDIT 60% + FACILITÉS RENSEIGNEMENTS ET VENTES : UNION FONCIERE ET IMMOBILIERE S.A. service PF 4, RUE STANISLAS-TORRENTS MARSEILLE (6) Tel: 52.18.70 MEMBRE DE LA FEDERATION NATIONALE DES CONSTRUCTEURS PROMOTEURS ET DE LEURS ORGANISMES DE CONTROLE ET DE GARANTIE --- LE BAUBE HUILIERS ET SUJETS MONTÉS EN LAMPES LUSTRES ANCIENS - ABAT-JOUR Travaux spéciaux et transformations 7, rue des Filles-du-Calvaire PARIS ARC. 32-09 --- TABLE DES MATIÈRES La table des matières de l'année 1964 a été imprimée. Elle sera envoyée gratuitement à tous les lecteurs qui nous en feront la demande. Quelques tables de 1963 sont encore disponibles, mais les précédentes sont épuisées. --- CALENDRIER DES PRINCIPALES RÉUNIONS DE COURSES MOIS D'AOUT 1965 Dimanche --- DEAUVILLE --- Prix Jacques Le Marois --- Lundi --- ENGHIEN (T) --- Prix de Bruxelles --- Mercredi --- DEAUVILLE --- Prix de Saint-Crespin --- Jeudi --- ENGHIEN --- Prix de La Haye --- Samedi --- DEAUVILLE --- Critérium de Bernay --- ENGHIEN (T) --- Prix de Genève --- Dimanche --- DEAUVILLE --- Prix Kergolay --- ENGHIEN (T) --- Prix de Buenos-Aires --- Mardi --- DEAUVILLE --- Prix Georges Courtois --- ENGHIEN (T) --- Prix de Rome --- Jeudi --- DEAUVILLE --- Prix de Victot --- ENGHIEN (T) --- Prix de New York --- Samedi --- DEAUVILLE --- Prix Gontaut Biron --- ENGHIEN (T) --- Prix de Milan --- Dimanche --- DEAUVILLE --- Prix Morny --- ENGHIEN (T) --- Prix d’Europe --- Mercredi --- DEAUVILLE --- Prix de Hastings --- Jeudi --- DEAUVILLE --- Prix de Reux --- Samedi --- DEAUVILLE --- Prix d’Astarté --- Dimanche --- DEAUVILLE --- Grand Handicap de la Manche --- Mardi --- DEAUVILLE --- Prix Quincey --- Jeudi --- DEAUVILLE --- Prix Ridgway --- Dimanche --- DEAUVILLE --- Grand Prix de Deauville --- Les 3, 6, 9, 13, 17, 20, 27 (Grand Prix), 31 : Courses à CLAIREFONTAINE. Les 1er, 3, 5, 8, 10, 15, 17, 19, 22, 24, 26, 29 : Courses à CAGNES-SUR-MER. Les 12 et 16 : Courses à LEVANS (Alpes-Maritimes). --- PLAISIR DE FRANCE
d'un mois à l'autre A la mémoire des déportés Un monument va être érigé par un comité international au camp de Neuengamme, près de Hambourg, où moururent 85 000 déportés. Un gisant en bronze, œuvre de Mme Françoise Salmon, rescapée elle-même d'Auschwitz, reposera au pied du monument, sur la terre qui renferme les cendres des disparus. DANS L'ÉDITION - Winston Churchill et l'Angleterre du XXe siècle, par Jacques Chastenet, de l'Académie française, s'ajoute aux précédentes études sur William Pitt, Wellington et le règne de Victoria, pour dérouler jusqu'à nous la fresque de l'Histoire britannique. (Fayard, édit.) - Un prince 1900, c'est Robert de Montesquieu, redoutable, irritant, fascinant, et qui vous tiendra éveillé toute une nuit si vous le découvrez dans ce livre de Philippe Jullian. (Librairie Académique Perrin.) - Dans les « Classiques du XXe siècle » (Editions Universitaires), excellente présentation de Cocteau et de son œuvre par Gérard Mourgue. Voici le legs du poète « aux jeunesse successives qui l'ont toujours soutenu ». - Agrippa d'Aubigné, l'une des plus hautes consciences de la Réforme, et le guerrier, et l'amant, et notre premier poète épique, tous ses aspects apparaissent avec éclat dans l'ouvrage que lui consacre Jeanne Galzy. (Gallimard, édit.) - Au petit bonheur la chance (Hachette, édit.) est un livre d'images : 80 photographies de René Malte nous font accomplir un voyage à travers la France insolite : contrastes, rencontres imprévues, tel est le résultat d'une longue quête qui souvent fait rire et parfois émeut. - Armand Biancheri, professeur agrégé de philosophie, a étudié les Sociétés humaines (Larousse, édit.) : un vaste et passionnant sujet qui lui permet de confronter, en ethnographie et sociologie, nos mœurs et nos coutumes avec celles des sociétés dites primitives. Deux mille illustrations accompagnent le texte. - Alors que se réunissait à Sceaux le Congrès de l'Union Internationale des Architectes, la revue Architecture française publiait son numéro spécial, véritable inventaire des dernières créations modernes en France. - Un récit historique qui vaut un roman : Berryer devant la cour d'assises, par Marcel Rousselot, membre de l'Institut (Sirey, édit.). Compte rendu du procès politique qui eut lieu en 1832 et se termina par un acquittement. - Dans la collection des maîtres de l'art décoratif moderne (Pierre Cailler, édit.), Renée Moudret Uldry consacre un petit livre à Paule Marrot dont les tissus imprimés ornent tant de nos demeures citadines ou champêtres. Des planches en noir et en couleurs accompagnent un texte qui dépênt bien une femme qui fait honneur à l'artisanat français. - La cote du peintre Edouard Detaille, longtemps oublié, remonte aujourd'hui. On découvre un dessinateur qui se consacra tout entier aux scènes militaires. Pierre Chanlaine nous conte sa vie d'historien des armées et en quelque sorte de correspondant de guerre. (André Bonne, édit.). - « Mon Dieu, aidez-moi à aider... » C'est la prière de François Rostand dans Pensées pour vivre (Editions du Chalet), et c'est assez dire la spiritualité de ce recueil. - Paris inconnu, par Georges Pillement. Les circuits pour étrangers dédaignent habituellement ce qu'aime, dans Paris, Georges Pillement : les vieilles maisons, les hôtels des XVIIe et XVIIIe siècles, encore nombreux et beaux malgré les destructions et les déchéances. Ce plaisir que nous fait partager l'auteur de « la France inconnue » s'étend non seulement aux hôtels du Marais, qui commencent à sortir de l'ombre, mais aussi à ceux des quartiers de l'Université, du Luxembourg, des Grands Boulevards, d'Auteuil ou de Charonne. Les descriptions, d'un style sobre et précis, abondent en anecdotes piquantes, en épisodes savoureux qui animent ces murs chargés d'ans et d'histoires. (Grasset, édit.) - Hommes et cités de Provence, par Marie Mauron. Voici, dans leur cadre, de grands hommes que tout le monde connaît, et ceux, de la taille au-dessous, moins connus et aussi plus drôles. Tous sont provenants, ont passé leur existence ou quelques années de leur vie — ce qui suffit à les marquer — sur la terre de lumière. De la reine Jeanne à Van Gogh, du bailli de Suffren à Monticelli et à Cézanne, à Nostradamus, à Vauvernargues, à Mistral, ce sont quarante figures, attachantes, profondes, singulières, tendres ou rieuses que le plus sensible des historiographes de la Provence, Marie Mauron, évoque avec son grand talent. (Editions du Sud - Albin Michel.) - Les Entretiens avec Closon sur l'art, l'homme et la vie, recueillis par Jacques Billot (Sté française de presse) sont les propos d'un peintre qui participa depuis l'impressionnisme à tous les grands mouvements de la peinture pour arriver à l'abstrait. Réflexions qui tendent par des voies imprévues à nous mener « vers la connaissance de nous-même et la plénitude ». - Un illustre traité de l'architecture romaine, le seul qui soit venu jusqu'à nous, celui de Vitruve, reparait dans la traduction de Claude Perrault, corrigée et présentée par André Dalmas. (Les Libraires associés.) --- De gauche à droite, Mme Meccati, le Comte G. de Pracomtal, M. Olivier Quéant, M. Perea. Le prix des Drags Le 25 juin dernier, à l'Hippodrome d'Auteuil, notre Directeur Général Olivier Quéant a remis l'objet d'art offert par « Plaisir de France » à Mme Meccati et à M. Perea, propriétaires de Florinaco, cheval gagnant du Prix des Drags, en présence du comte Gérard de Rochefort, Président, et du comte Guillaume de Pracomtal, Vice-Président de la Société des Steeple-Chases de France. Les mail-coaches traditionnels ont amené à l'hippodrome les élégantes dont certaines portaient les derniers modèles des couturières et modestes. Ce fut, une fois encore, à l'actif de la Société des Steeple-Chases de France, une très belle réunion, favorisée par un temps magnifique. L'objet d'art — une pendulette présentée dans un étrier — est la création de la Maison Schiltz. A l'Académie de Marine M. Leonce Peillard, dont nous avons à plusieurs reprises signalé à nos lecteurs les importants ouvrages, a été récemment élu à l'Académie de Marine (section historique). Prix du jeune travailleur intellectuel Ce prix de 3 000 F a été remis le 16 juin par M. Pierre Descaves, président de l'Association Nationale pour la Diffusion de la Création Intellectuelle, à Francis Lery, architecte, et à Pierre Blanchard, fresquiste. Les Congrès L'orangerie du château de Sceaux vient de servir de cadre à l'assemblée générale de l'association « Vieilles maisons françaises » que préside, avec une inlassable activité, la marque de Amadio. De nombreux propriétaires de vieilles demeures y représentaient les huit mille adhérents. Il y fut en particulier question des charges fiscales et de tous les dangers qui menacent le patrimoine français. Le VIIe Congrès Mondial de l'Union Internationale des Architectes s'est tenu du 5 au 9 juillet au Palais de Chaillot. A cette occasion, les participants ont disposé d'un guide intitulé « Cent œuvres d'architecture contemporaine dans la région parisienne », ouvrage abondamment illustré et qui leur a permis de découvrir les meilleures réalisations de ces dernières années. La Fédération Mondiale des Villes jumelées, dont les buts sont d'aider à une meilleure compréhension des peuples entre eux, a réuni ses membres français dans la mairie du quatrième arrondissement de Paris, afin d'obtenir une coordination de tous les efforts. Dans son numéro spécial d'avril 1965 « Cités unies », l'association donne un aperçu des domaines dans lesquels s'exercent les échanges : culturel, scolaire, sportif, économique, technique, linguistique. Expositions Du 19 juin au 10 octobre a lieu dans l'hôtel de ville de Beauvais une exposition de tapisseries : « Chefs-d'œuvre des Manufactures nationales, de Le Brun à Mignard (1662-1694). » Organisée par la Ville de Beauvais et le Mobilier National, cette manifestation fait partie du cycle annuel commencé en 1964 à l'occasion du triconentaire de la manufacture et qui obtint un si grand succès. Claude Kahn à Epidaure Ce n'est pas au théâtre d'Epidaure que l'on entend ce beau pianiste, mais sur le disque inaugural des nouveaux Disques Epidaure. En grand interprète romantique, Claude Kahn joue Beethoven, Chopin et Liszt, avec l'excellent orchestre de Hambourg. Le Cervin La photographie des pages 30 et 31 de notre numéro de juillet, représentant le Cervin, est de Marie-Thérèse Furrer, épouse du célèbre guide zermattois. Le tunnel sous le Mont-Blanc C'est le 16 juillet que les premières voyitures furent admises à franchir le tunnel routier du Mont-Blanc : le plus long du monde puisqu'il mesure 11,600 km, reliant la vallée de Chamonix à Courmayeur, en Italie. Un gigantesque ouvrage qui va sérieusement raccourcir les distances entre la France et l'Italie. --- Plaisir de France
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L'ÉDITORIAL Eros Roi Laisant aux vertueux le droit d'être moralistes, je n'entends prendre ici que la plume de l'historien dont le travail consiste à observer en s'abstenant de toute critique « pour » ou « contre ». Tel le biologiste qui dissèque un crapaud et décrit ce qu'il voit sans s'insurger contre le volume de son foie ou louer la capacité de ses poumons. Dans le domaine que je vais aborder, il y a deux sortes d'hypocrisie. L'une consiste, pour certains qui ne sont nullement détachés de la gamme des plaisirs procurés par la chair, à jouer les pudibonds. C'est l'hypocrisie du premier degré. L'autre hypocrisie — celle du second degré comme on dirait d'une équation — est pratiquée par les gens qui feignent la surprise, voire l'indignation, lorsque devant eux on constate l'actuelle promotion de l'érotisme. Hypocrite est ce cinéaste, ou ce publiciste, ou cet éditeur, ou ce couturier qui fait semblant de ne pas comprendre que dans ses artifices « osés » il est allé un peu loin, alors qu'il le sait très bien et que son astuce toute commerciale n'échappe pas plus à lui-même qu'à autrui. Ceux-là jouent aux innocents ; ils crient au scandale : un scandale au second degré. Il n'y a rien de nouveau, prétendrait-on? Et de rappeler le libertinage du costume féminin à certaines époques (de Gabrielle d'Estrées aux Merveilleuses du Directoire), d'évoquer aussi ce gentil magazine dont les dessins égrillages signés d'Hérouard ou de Leónne, de Millière ou de René Vincent étaient découpés et épignés en 14-18 sur les murs de nos papes (on disait alors les « guitounes » ou les « cagnas »). Soyons objectifs. Ces croquis polissons n'avaient aucun rapport avec les photographies dix fois plus réalistes, cent fois plus suggestives publiées dans des revues actuelles qui ont des tirages mille fois supérieurs à celui de la gazette d'antan. Rien de nouveau? Jadis sur les trottoirs de la place de la Madeleine, de louches individus présentaient furtivement aux passants des cartes postales galantes : la police les traquit. De nos jours, sur ces mêmes trottoirs, à l'éventaire des kiosques sont empilés, affichés, offerts à tout venant, des illustrés dont les images, voire les couvertures, laissent loin en arrière, en fait d'audace, les cartes postales des trafiquants. La vente de ces journaux est libre. Rien de nouveau? Pense-t-on! Comparez donc les affiches d'autrefois avec celle qui surgit un jour de printemps dernier sur tous les murs de Paris : cette femme en soutien-gorge, au grand chapeau noir, au collier de perles, et constate impartialement la différence dans le procédé comme dans l'intention. Ce même procédé habile, cette même intention provocante, on les retrouve dans cette belle revue de mode à qui jamais, il y a vingt, dix ou même deux ans, ne serait venue l'idée de présenter des sandales sur des mannequins intégralement nus. Rien de nouveau? Vraiment! Prenons la profession d'actrice de théâtre ou de cinéma. Jadis, le talent importait avant tout, avec, bien sûr, la beauté, la grâce, le charme. Aujourd'hui, on oblige de grandes comédiennes à se livrer sur scène à un strip-tease (parfois désastreux) et pour pouvoir « faire du cinéma » il faut commencer par montrer son nombril. Une princesse, récemment, après avoir hésité à acquérir à ce prix la célébrité, y a, paraît-il, renoncé. Ce n'est plus : « Pas d'argent, pas de Suisse ! », c'est : « Pas de cuisse, pas d'argent ! » Bien sûr, il y a eu, à la Belle Époque, les danseuses du French Cancan avec leurs jarretelles noires et la lingerie en dentelle. Mais tout cela était fait pour affrioler les vieux messieurs. De nos jours, les voyeurs, ce sont les millions de jeunes. Rien de nouveau? Feuilletons l'histoire du costume de bain. Environ 1900, les femmes se baignaient vêtues d'un caraco bleu marine gansé de blanc, d'une culotte bouffante, de bas noirs et d'espadrilles haut lacées. À Préfailles, vers 1912, un grand bruit venu de la plage parcourut les salons des hôtels : une femme se baignait en maillot! ô scandale! Les épouses prirent un air pinché, les maris, l'œil brillant, coururent vers le rivage. La troisième étape de la progression fut le deux-pièces, de plus en plus restreint. Enfin, le « monokini ». Jusqu'où va-t-on? Et pourquoi pas? Et pour quoi faire? A nous les nouvelles astuces, à nous encore l'hypocrisie. Une rédactrice de service écrit : « Si vous avez envie de jouer à la femme nue, c'est amusant, car, à dix pas, cette couleur (sable) se confond avec la peau bronzée. » A quoi riment ces finasseries ? Pour qui nous prend-on, nous, les hommes, les vrais ? Car maintenant que j'espère avoir prouvé aux gens de bonne foi qu'il y a bien un phénomène nouveau, l'intérêt est d'en chercher — toujours en historien — les causes. J'en vois une. Ce serait une réaction contre une industrialisation, une mécanisation générale, contre l'avènement du robot, de l'électronique; un retour brutal, forcené, vers la nature, vers ce qu'il y a de plus éternel et de plus instinctif : le sexe. Cette explication serait illustrée par la nouvelle vague des films érotico-futuristes, du genre James Bond. Deux excitations de tendances opposées se jumelant pour provoquer le maximum de sensation dans les foules passives : d'un côté, l'appel de la technique sans cesse en progrès, de l'autre, une constante : le désir physique. Une seconde hypothèse : cette libération du corps de la femme, ce défolement ne seraient qu'un des aspects d'une libération générale, celle des hommes et des peuples. Ils s'inscriraient dans la révolte universelle des jeunes contre les lois, les conventions, les principes, sur laquelle, toujours en simple témoin, je reviendrai un jour. Quelle qu'en soit l'origine, ce phénomène est évidemment amplifié et exploité — sinon créé — par des intérêts commerciaux. Car à qui profite-t-il? Aux producteurs de magazines et de films, qui voient leurs ventes accrues par la demande du public sur laquelle les marchands ont de tout temps spéculé. Mais cet aspect commercial n'est ici qu'accessoire. Revenons aux causes du phénomène et émettons une autre hypothèse : les hommes de l'ère atomique auraient besoin de cette excitation de leurs sens, atténués ou détraqués par une névrose générale. Comme le besoin crée l'organe, cette campagne d'érotisme serait comparable à la publicité faite en faveur des sports d'hiver qui incite les masses à faire du ski. Ce n'est plus, cette fois, l'historien mais le psychanalyste qui est requis. Il se rappellera que les déshabillages gradués ont eu pour berceau les Etats-Unis où ils portaient — on ne sait pourquoi — le nom français de « burlesques », avant d'être introduits en Europe sous l'étiquette américaine de « strip-tease ». Un mot maintenant des conséquences du phénomène actuel étudié ici. Sera-ce un déchaînement physique avec, encore, un accroissement du nombre des naissances et de celui des divorces, atteignant l'un et l'autre de nouveaux chiffres records? Sera-ce au contraire, par saturation ou par réaction, le recul en désordre d'un troupeau de blasés ou d'invertis? La place va me manquer et il me reste à dire l'essentiel. Dans un récent article, Denis de Rougemont, abordant le même sujet, établissait une distinction pertinente entre la sexualité — cet instinct qui vise à la reproduction de l'espèce — et l'érotisme — qui ne s'attache qu'au plaisir. A rapprocher d'une mise au point : le dieu égyptien dont l'attitude répétée sur les bas-reliefs du temple de Karnak choque certaines visiteuses n'est point le dieu de l'érotisme mais bien celui de la fécondité. Mais je crois qu'il faudrait éléver le débat beaucoup plus haut. Je crois qu'à une époque où tout est analysé et planifié il est temps d'en finir avec le plus grand malentendu de la vie : le corps est-il impur, certains organes honteux? Qu'est-ce que la pudeur? Ou commence l'outrage? A ce propos, je me demande d'après quel code, suivant quels critères, la censure permet ou interdit telle séquence, telle image d'un film. N'y a-t-il pas encore dans ses appréciations une autre hypocrisie, celle-là au troisième degré? Car pourquoi ceci et pas cela? Oui, quand les Eglises, les Etats et les pères de famille se résoudront-ils à crever cet abcès que portent en leur flanc toute l'éducation des enfants, toute la morale conventionnelle? Je pense à ce vieux texte latin de la chrétienté qui délimitait dans le corps humain les parties « honestae », les parties « minus honestae » et les parties « dishonestae ». Je pense aussi à cette longue période durant laquelle on fit ou on laissa croire que le péché originel avait une tout autre signification que la vraie : le péché d'orgueil. Et je laisse la parole à l'auteur de cette thèse récemment soutenue en Sorbonne par Jacques Durandeaux — qui serait, me dit-on, un prêtre — sous le titre « L'Eternité dans la vie quotidienne » (1): > « Les idéologies peuvent changer, les races peuvent disparaître, les civilisations s'engloutir : la réalité sexuelle reste le commun dénominateur de toute humanité. » Olivier QUÉANT. (1) Desclée de Brouwer, édit.
 
AUJOURD'HUI, DEMAIN... Les théâtres de banlieue attirent les Parisiens Il y a quinze ans, le T.N.P. qui venait de naître, sous l’impulsion de Jean Vilar, faisait ses premiers pas à Suresnes, Clichy et Gennevilliers. Puis il rentra dans sa coquille de Chaillot. Puisque le théâtre ne venait pas à lui, le public de banlieue dut aller au théâtre à Paris qui comptait et compte encore une cinquantaine de salles. Mais depuis deux ans les efforts de plusieurs jeunes animateurs, tels que Pierre Debauche et Gabriel Garran, pour implanter le théâtre dans les faubourgs, portent leurs fruits : Théâtre Gérard-Philippe à Saint-Denis, Théâtre Daniel-Sorano à Vincennes, Théâtre Romain-Rolland à Villejuif, Théâtre de la Commune à Aubervilliers, Théâtre des Amandiers de Nanterre, Théâtres ambulants... L’art dramatique se développe en banlieue et, fait nouveau, il arrive que les Parisiens n’hésitent pas à sortir de la capitale pour passer, aux meilleurs prix, leurs meilleures soirées de théâtre. Un conseil : retenir ses places. A droite : Pierre Debauche qui dirige, après le Théâtre Daniel-Sorano, le Théâtre des Amandiers dont il a planté le chapiteau à Nanterre. En page de gauche - en haut : la salle du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers bénéficie d’un équipement moderne. Dans une cabine suspendue au-dessus du public : le poste de commande lumière et son. - En bas : Gabriel Garran, animateur du théâtre et metteur en scène de Mort d’un commis-voyageur d’A. Miller. (Phot. Bernard et R. Doisneau-Rapho.)
THÉÂTRE par Gilles Quéant Les Nations en scène. — Au Théâtre Sarah-Bernhardt et au Théâtre Montparnasse, ce fut, dans le cadre du Théâtre des Nations, l'annuel défilé des troupes étrangères. On comptait beaucoup sur l'Italie, représentée par Anna Magnani, que Franco Zeffirelli avait décidée à remonter sur une scène. Elle parut donc, puissante et relativement modérée, dominant de haut le pénible mélodrame de Giovanni Verga, choisi pour célébrer son centenaire : La Louve a malheureusement cent ans. Zeffirelli s'est surpassé dans le maniement des foules et des épées qui traversent de part en part Roméo et Juliette. Mais ce n'est pas le seul aspect remarquable de ce spectacle auquel tant de Parisiens ont regretté de ne pouvoir assister : acteurs, décors, tout y était d'une qualité exceptionnelle. Autre événement shakespearien, un audacieux Hamlet traduit par Yves Bonnefoy, présenté par le Théâtre National de Belgique, mis en scène par le Tchèque Otonar Krejca et interprété par Bernard Verley, suscita des discussions passionnées. Une comédie musicale en hébreu, le Roi et le Savetier, ne fut pas de l'hébreu pour nos oreilles. Le rythme le plus allègre fait danser la musique d'Argov, et le Théâtre Cameri de Tel-Aviv possède en Illy Gorlitsky un comédien aussi multiple que Robert Hirsch. Deux ouvrages de Michel de Ghelderode furent apportés par la Belgique : un drame médiéval, d'un symbolisme assez attardé : Sire Halewyn, et un savoureux, un merveilleux mimodrame inspiré au poète par les tableaux de James Ensor : Masques ostendais. L'Irlande a produit un des meilleurs spectacles, en jouant toutes les difficultés : elle a porté Dedalus à la scène, le Stephen D de James Joyce. L'Odéon sans Barrault. — Au Théâtre de France, Shakespeare ouvrait le Rideau vert de Montréal avec le Songe d'une nuit d'été, préservé, restitué par la pure traduction de Georges Neveux, par le naturel de la troupe canadienne, par le décorateur, par le costumier. Eternelle fraîcheur. Mais nous avons dû la meilleure représentation de l'Odéon à Marcelle Tassencourt et Thierry Maulnier qui nous ont fait découvrir une œuvre forte et belle, Agnès Bernauer, d'un grand romantique allemand du XIXe siècle, méconnu en France, Frédéric Hebbel, dont Pierre Debauche nous avait déjà présenté la Judith. Cette histoire médiévale d'un fils du due de Bavière qui s'éprend d'une fille de basse condition et l'épouse secrètement a été interprétée avec fougue par Jacques Dumesnil, Corinne Marchand et Michel Rhul. Fin de saison en banlieue. — Début juin, Pierre Debauche faisait « cirque plein » à Nanterre, avec les Ennemis de Gorki, pièce un peu lourde sur un prélude à la révolution prolétarienne en Russie, mais qui bénéficiait d'une très bonne distribution : Silvia Monfort, André Cellier, Yves Brainville, et une révélation : la jeune Evelyne Istria. Cependant, au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers, Mort d'un commis-voyageur, d'Arthur Miller, continuait à attirer un nombreux public ; succès pleinement justifié par la qualité de la pièce, la meilleure de Miller, de la mise en scène de Gabriel Garran, des décors mobiles ingénieux, bien qu'un peu compliqués, d'André Acquart, et de l'interprétation dominée par le grand talent de Claude Dauphin. Celui-ci fut bouleversant de vérité humaine dans le rôle de ce représentant partagé entre son refus enfantin d'une réalité à laquelle il substitue ses chimères et son désespoir lucide d'avoir perdu sa place dans une société implacable. On doit à Garran et à Aubervilliers l'un des meilleurs spectacles de la saison théâtrale parisienne. Les beaux soirs du Marais. — Les soirées majeures de la comédie eurent pour cadres l'hôtel d'Aumont, avec la Seconde surprise de l'amour, et l'hôtel de Rohan, avec le premier en date des Don Juan, celui de Tirso de Molina, adapté par Maurice Clavel et magnifiquement incarné par Jacques Daegmine. C'est également devant l'admirable façade de Rohan que fut projeté le célèbre ballet de Prokofiev, Roméo et Juliette. Si les danseurs furent inégaux, l'orchestre, conduit d'une main de velours, envoya la nuit. Les réserves faites sur la troupe du Ballet de Zagreb, que l'on eût voulu plus aérienne, moins empêtrée dans de fâcheux costumes, n'atteignent pas, cela va sans dire, les deux étoiles qui composaient le couple tragique. Milorad Miskovitch est tout naturellement Roméo, par la beauté, la noblesse, la ferveur et le désespoir final. Quant à Juliette, excepté Oulanova, personne ne saurait dépasser l'émotion, la poésie, l'espèce de miracle qui s'accomplit sous nos yeux lorsque Chauviré distingue Roméo à travers le bal ou lorsqu'elle boit le narcotique. Deux mille personnes, debout, ne pouvaient même pas applaudir, transportées dans un autre astre. La trompette et le clavier. — Paris a reçu encore deux musiciens prodigieux : Louis Armstrong, acclamé par la jeunesse dans l'immense gare du Palais des Sports qui devenait, grâce aux splendides éclats de cette trompette, un lieu de jugement miséricordieux ; et le pianiste italien Arturo Benedetti Michelangeli, qui transfigure tout ce qu'il touche, les morceaux les plus connus, les plus usés. Deux magiciens.
1. Influence du cinéma sur ce tableau de Roméo et Juliette, réglé par Zeffirelli, au Théâtre des Nations. 2. Claude Dauphin et Hélène Bossis jouent au théâtre de la Commune d'Aubervilliers la meilleure pièce d'Arthur Miller : Mort d'un commis-voyageur. 3. Jacques Dumesnil et Corinne Marchand dans Agnès Bernauer, donné par la Compagnie Tassencourt au Théâtre de France. 4. Yves Brainville et Evelyne Istra, dans les Ennemis de Gorki au Théâtre des Amandiers, à Nanterre. 5. Geneviève Brunet (la marquise) et Evelyne Dandry (Lisette) dans la Seconde surprise de l'amour, à l'hôtel d'Aumont. 6. Roméo et Juliette, dansé par Yvette Chauviré et Milorad Miskovitch, à l'hôtel de Rohan. (Photographies Bernard.) LIVRES par Yves Gandon Sur les bords de la Veule. Ce nouveau roman d'André Billy constitue la suite et la fin d'un ouvrage dont j'ai rendu compte ici, le Jardin des délices. Les deux protagonistes s'y retrouvent, Cam Le Breil et Steph Lancre, demi-frères et tous deux peintres de conceptions esthétiques différentes, l'un tenant pour l'art dit abstrait, l'autre pour un surréalisme situé entre Salvador Dali et Chirico. Ils se heurtaient quelque peu dans le Jardin des délices. Ils se sont maintenant rapprochés et vivent quelque part du côté de Fontainebleau, sur les bords de la Veule. Cam y possède un domaine nommé les Deux Baraques, à proximité d'un moulin. Deux pavillons y ont été construits, les deux frères vivant chacun chez soi. L'action du roman, qui peut être lu indépendamment du précédent, n'est d'ailleurs pas limitée à ces deux personnages, mais ramifiée et diffusante, à l'image de la vie. À une époque où la technique du roman est constamment remise en question par des querelles de mandarins essouflés, il y a là, je pense, un bon exemple de la liberté de mouvement qui doit régner dans toute fiction romanesque. Le choix est soumis au libre arbitre de l'écrivain. Selon qu'il possède ou non l'art du récit, ses incursions hors du thème central, l'éparpillement même des personnages retiendront le lecteur ou lui feront tomber le livre des mains. Sur les bords de la Veule (Flammarion, édit.) est un roman qui retient, en dépit de son manque apparent d'unité. Car on pourrait soutenir que l'unité de ton, dans un roman, peut suppléer à l'unité d'action. C'est tout à fait le cas ici. Dans un bref avertissement, l'auteur signale qu'il avait matière à deux ou trois volumes, mais que, renonçant à se contraindre, il s'est amusé à sa façon. Je peux lui assurer que le lecteur partage son amusement. Quand il met en scène Cam, et Charlotte Lissard qui se donnera à ce dernier mais refusera de l'épouser sous un faux prétexte, c'est le voluptueux et l'amateur d'art qui sont sollicités (la belle Flamande tient une galerie de peinture en Avignon). Quand Steph, l'abstrait, le poète anti-classique, décline de son côté la proposition que lui fait la séduisante Alberte de devenir sa femme, c'est un autre échantillon d'humanité en qui s'incarne un pessimisme résigné. Et il y en a d'autres, beaucoup d'autres, tous pittoresques et bien typés sur les bords de la Veule : M. Tilliers, par exemple, ancien professeur d'histoire naturelle, honnête savant, qui sert parfois la messe à l'abbé Venois, curé du village. Curieux prêtre que celui-ci. Brillant théologien, éloquent prédicateur, il aurait pu aspirer à de hautes fonctions dans l'Eglise. Malheureusement, il a perdu la foi, tout en persistant à vouloir assumer son ministère. On reconnaît là une de ces figures d'ecclesiastiques pour lesquelles André Billy a toujours marqué de l'intérêt. Mais il y a aussi l'étrange M. de Vouares qui vit à l'hôtel et qui finira par étrangler une petite servante ; il y a l'amie d'enfance de Charlotte, la douce Gisèle, qui mourra de la sclérose en plaques ; il y a le peintre abstrait Van Maele, qui vit à Gordes, un enthousiaste doublé d'un naïf. Chemin faisant, Steph parle de la théorie des éléments du philosophe Chavelard, en lequel il n'est pas difficile de reconnaître, avec sa grande barbe, feu Gaston Bachelard. Ailleurs, le professeur Tilliers nous gratifie d'un petit cours, où la poésie trouve son compte, sur les plantes aquatiques. Et, bien entendu, un roman d'André Billy serait incomplet si, à deux ou trois endroits, nous n'étions pas informés sur les agréments d'un repas bien conçu, où les grives au genièvre précèdent des tripes de thon mijotées au vin blanc de Palavas, sans oublier les crépinettes de porc ni les andouillettes de Vendœuvre. Sur les bords de la Veule n'appelle pas des conclusions que l'auteur n'a pas cherchées. La vie est ainsi faite, et c'est à chacun de nous de décider si elle mérite d'être vécue. Ce que l'on peut dire, c'est qu'André Billy s'y présente sous les traits d'un sage revenu de bien des illusions, mais animé d'une profonde pitié pour ses frères humains, hommes ou femmes. Les grands bonheurs sont rares et toujours menacés, mais les petits bonheurs, et notamment ceux qui ne tiennent pas aux êtres, restent à la portée de la plupart. Cette leçon de résignation, et d'un optimisme relatif, peut, je crois, être tirée d'un roman qui, d'un bout à l'autre, se lit avec un vif plaisir d'esprit. Un homme fait. Dans un port de la Manche, l'affaire Bréviaire est une grande entreprise de pécheries et conserveries, à la tête de laquelle se trouvent trois frères, Léopold, Léonce et Lionel, grands bourgeois bien assis dans leur dignité. Un quatrième frère, Léonard, l'aîné, n'occupe aucune fonction officielle, encore qu'il dirige en principe. C'est le plus intelligent, le plus doué ; il est craint, voire écouté, mais sa vie privée fait l'objet d'un scandale. Il a une maîtresse, Hélène Jurgoust, professeur de dessin dans une institution de la ville, et s'en cache à peine. Bref, on ne le comprend pas. Arrivé là, Jean-Jacques Gautier, auteur du livre, s'est arrêté. Le héros lui résistait. Alors il a changé de manière. Son roman, mué en récit fait de confidences, a pris un nouveau départ. Léonard Bréviaire est devenu son interlocuteur et il lui a été ainsi permis de faire un retour en arrière. Nous apprenons donc que Léonard, brillant sujet, d'humeur indépendante, connut, durant une période de vacances, une séduisante personne, nommée Jeanne Langoiran, et à laquelle il faisait une cour discrète. Un jour qu'il l'avait emmenée dans sa voiture « grand sport », il donne dans un arbre. Il est intact, mais la demoiselle est défigurée. Bourrelé de remords, il lui rend visite chaque jour dans sa clinique et l'épouse. Mariée, Jeanne semble faire

Cette revue mensuelle, "Plaisir de France", aborde dans son numéro d'août 1965 divers sujets culturels et de société. Elle présente des articles sur l'érotisme dans l'art et les médias, des critiques littéraires et artistiques, des reportages sur le tourisme et la décoration intérieure, ainsi que des chroniques sur le cinéma et le théâtre. Le numéro inclut également des informations pratiques comme le calendrier des courses hippiques et des annonces immobilières.