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Plaisir de France JANVIER 1964 ---

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PLAISIR DE FRANCE (IMAGES DE FRANCE) Revue mensuelle DIRECTEUR GÉNÉRAL RÉDACTEUR EN CHEF : OLIVIER QUÉANT --- Sommaire JANVIER 1964 N° 303-30e année L'éditorial DEUX FAITS SAILLANTS DE NOTRE TEMPS, par Olivier Quéant . . . . . . . . . . . . 1 Aujourd'hui, Demain : THÉÂTRE, par Gilles Quéant. . . . . . . . . . . . 2 CINÉMA, par Marcel Lasseaux.. . . . . . . . . . . 4 EXPOSITIONS, par René Barotte . . . . . . . . . . 6 GRANDES VENTES, par Raymonde Wilhélem 8 LIVRES, par Yves Gandon. . . . . . . . . . . . 10 Notre enquête : VIE NOUVELLE DANS LES GRANDS ENSEMBLES, par Roger Baschet.. . . . . . . . . . 12 LE LUXE EN COMMUNAUTÉ : LA RÉSIDENCE SAINT-MICHEL . . . . . . . . . . . . 18 UNE LEÇON D'UNION DANS UN PARC : MARLY-LES GRANDES TERRES . . . . . . . . . 23 VILLE D'AVENIR ET DE BONNE VOLONTÉ : SARCELLES . . . . . . . . . . . . . . . 31 Lumière sur un chef-d'œuvre de Carpaccio : LA LÉGENDE DE SAINTE URSULE, par La Mazère . . . . . . . . . . . . . . . 36 Tourisme d'hiver au pays sans hiver : TAORMINE, par Paul Lorenz . . . . . . . . . . . . 42 Une étude scientifique : UN PHYSICIEN AUX PRISES AVEC LA RADIES-THÉSIE, par le professeur Y. Rocard . . . 50 Chez l'antiquaire : A Londres, par Guy Weill Goudchaux . . . . . . . . . . . . 53 Plaisir de la maison « jeune » par Anne Fourny : LES BONS ACHATS DES JEUNES MÉNAGES . . . . . . . . . . . . 61 Disques de jazz et de variétés. --- NOTRE NUMÉRO DE FÉVRIER Notre numéro de février : Actualités culturelles par nos chroniqueurs. - Actualité religieuse : réponse à une question brûlante : LA SCIENCE DEVANT LA BIBLE, par le R. P. Dubarle O.P. - Actualité en Nubie : LE DÉPLACEMENT DES TEMPLES, par Mme Desroches-Noblecourt, conservateur des Antiquités égyptiennes au musée du Louvre. - Actualité sur les bords de la Seine : LA MAISON DE LA RADIO, par Gilles Quéant. - Actualité à Versailles : le collier de la reine vient d'être reconstitué ; HISTOIRE DE Mme DE LA MOTTE, par René Briat. - Actualité en montagne : INSTALLATIONS D'HIVER EN SUISSE ; et, actualité chez soi, notre nouvelle rubrique de décoration : PLAISIR DE LA MAISON JEUNE, par Anne Fourny. --- Droits réservés pour tous les articles de ce numéro (textes et gravures). Copyright by Plaisir de France 1963. Les manuscrits non insérés ne sont jamais rendus et ne pourront en aucun cas faire l'objet d'une réclamation.

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d'un mois à l'autre Hommage à André Defert - La mort de M. André Defert, président du Touring Club de France, a endeuillé non seulement la grande association à laquelle il consacra une partie de sa vie, mais tout le tourisme français et international. Elle nous prive aussi d’un ami qui participa au jury de certains de nos concours touristiques. La journée des lépreux - Comme chaque année, l’Ordre de la Charité, que préside M. Raoul Follereau, organise la journée mondiale des lépreux. Elle aura lieu le 26 janvier 1964 et permettra de poursuivre une grande tâche : guérir et rendre à la vie des êtres injustement proscrits. Tableau flamand et chocolats - La célèbre chocolaterie « A la Marquise de Sévigné » a présenté, cette année, sa nouvelle collection de coffrets dans le cadre inédit du château du Vivier, résidence royale au temps de Charles VI. Parmi les dernières réalisations nous retiendrons un coffret dont le couvercle, en bois, représente un détail du triptyque Portinari, œuvre d’Hugo Van der Goes. Cette nature morte, une des premières de l’histoire de l’art, a fait l’objet d’une étude dans notre album récemment paru : « Lumière sur 50 chefs-d’œuvre ». Excellente innovation, les chocolats une fois dégustés, l’œuvre d’art se détache aisément de la boîte et peut décorer votre appartement. Exposition Paul Huet - Une importante rétrospective de l’œuvre du peintre romantique Paul Huet (1803-1869) s’ouvre ce mois-ci à Montpellier, Galerie de la Canourgue (1, place de la Canourgue). Victor Hugo disait de lui : « Il comprit la nature comme il faut la comprendre, empreinte de réalité et pénétrée d’idéal. » L’animateur de cette exposition, M. Pierre Miquel, est lui-même l’auteur d’un volume abondamment illustré sur Paul Huet, ouvrage dont le sous-titre : « De l’aube romantique à l’aube impressionniste » dit assez la place du peintre dans l’histoire de l’art. Dans notre précédent numéro - « La maison du 24 décembre », publiée dans notre numéro de Noël, pages 76 à 83, a été photographiée par Pierre Jahan. DANS L’ÉDITION - Encore un livre suscité par le centenaire du peintre : Pour comprendre Delacroix. L’auteur, Yves Sjöberg, a le mérite d’être bref et clair (Beauchesne, édit.). - Océanie de Jean Guiart est un magnifique ouvrage de la collection : « L’Univers des formes », dirigée par André Malraux et Georges Salles. Il nous permet de découvrir un art aux formes multiples, expliqué par un ethnologue qui fonda en 1961 le centre de documentation pour l’Océanie, mis au service des chercheurs. Nous y découvrons des thèmes et des moyens d’expression que ne renieraient pas nos artistes les plus modernes. - Les Éditions des Deux Cogs d’Or ont publié à l’occasion du nouvel an une série de livres illustrés en couleurs : La Renaissance et ses merveilles, réalisé par une équipe d’écrivains d’art et d’historiens qui contient l’histoire d’une époque fertile en chefs-d’œuvre autant qu’en aventures politiques et militaires ; Don Quichotte de Cervantes dans une version spécialement étudiée pour les jeunes et illustrée d’une manière originale et pittoresque par Benvenudi ; les Merveilles de la chimie, ouvrage d’initiation ayant pour objet de révéler aux jeunes, par des travaux pratiques et des expériences faciles, la passionnante réalité que cachent les formules. - Larousse enrichit sa collection de livres destinés à faire connaître le monde. Il s’adresse aussi aux jeunes en publiant Le monde vivant, de Robert Tocquet, où sont décrits les végétaux et animaux les moins connus de notre univers ; La découverte de la terre, de Charles de La Roncière et Jean Riverain, avec préface de Bertrand Flornoy, présenté comme le livre de bord de 2 000 ans d’aventures, depuis les découvertes du Moyen Age jusqu’à celle des cosmonautes regardant la terre : ouvrage important, abondamment illustré de gravures anciennes et de photographies. Offices et Pitti (musées de Florence) par Marco Rosci, traduit par Fred Bérance, est le premier ouvrage d’une nouvelle collection : « Musées et Monuments », consacrée aux merveilles artistiques du monde entier ; un Durer, de Hans Eckart Rübesamen, présente l’œuvre peint, dessiné et gravé d’un maître dont la vie se passa à rechercher la perfection. - Un autre ouvrage est consacré aux Dessins d’Albert Durer, par Henri Pastoureau, avec la collaboration de Lise Dubief, conservateur au Cabinet des Manuscrits de la Bibliothèque Nationale (Editions Roger Dacosta). - Les cheminées de tous les temps et de tous les pays, par G. Mariacher (Guy Le Prat, édit.), présente une abondante documentation photographique recueillie à travers les continents. Tous les styles y figurent, du Moyen Age à l’Empire. - De très belles photographies illustrent Le Maroc étincelant, de Mireille Morin-Barde : invitation au voyage (édité à Casablanca, diffusé par les Editions Marcus). - Le Dictionnaire de Peinture Contemporaine (1900-1963), rédigé par un groupe de critiques d’art, paraîtra sous la direction de Gérard Mourgue. Il comportera cinq études liminaires, sur les différentes tendances actuelles, et cinq cents pages de notices, accompagnées d’éléments biographiques, d’une photographie du peintre et de la reproduction en noir ou en couleurs d’une de ses toiles. - 4 000 imprimeries est un annuaire où est adopté le triple classement alphabétique, par spécialités et par villes, de toutes les imprimeries françaises. Un instrument de travail indispensable (l’Imprimerie nouvelle-métiers graphiques). HOMMES ET TAUREAUX - A une jeune artiste, Odette Denis, auteur des seize gravures originales qui illustrent le livre Hommes et Taureaux, Henry de Montherlant a donné un précieux encouragement en écrivant le texte de présentation, suivi d’un propos de Juan Belmonte, disparu en 1962. L’ouvrage est un hymne gravé, à la fois grave et dépouillé, évoquant l’épopée du torero que l’artiste a représenté nu et quasi sans visage. Edité aux dépens d’un amateur, le tirage est limité à 99 exemplaires. La typographie est de Pierre Bouchet. Notre photographie montre Henry de Montherlant et Odette Denis devant le livre ouvert. (Phot. Jean-Claude Dorléans.) --- PLAISIR DE FRANCE

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L'ÉDITORIAL deux faits saillants de notre temps Qu'on le veuille ou non, qu'on les aime ou non, les « grands ensembles », ces villes nouvelles créées en dehors des villes anciennes, existent et existeront de plus en plus. Pour désigner ceux qui prennent l’initiative — et le risque — de faire surgir du sol ces cités résidentielles, on a choisi le nom de « promoteur » qui dit bien ce qu’il veut dire. Comme toute nouveauté, comme presque toute création humaine, ce mode d’habitation imposé par un fait qui va être mon premier propos présente des avantages et des inconvénients. Pendant des siècles, au temps des rois, a été réalisé dans l’habitation, donc dans les allées et venues sous la porte cochère et par les rues adjacentes, un brassage des classes de la société. Le riche et le pauvre vivaient au coude à coude, l’un dans les étages nobles, l’autre dans les soupentes ou sous les toits. Jouxtant l’hôtel du gentilhomme, l’échoppe. Un autre brassage était de règle dans nos villes et dans nos villages : celui des âges. L’enfant causait avec le vieillard sur la place ou dans le square. Les « grands ensembles », eux, sont en général habités par des gens de condition semblable et les vieux y sont rares. Si l’on peut regretter cette tendance à la ségrégation sociale, on doit reconnaître les bienfaits par quoi elle est compensée. Un architecte, père d’une de ces cités nouvelles, et qui lui-même y habite un appartement, me disait qu’il éprouvait une satisfaction profonde, le jeudi et le dimanche, en voyant des centaines de gosses jouer dans le parc, où ils respiraient un air moins impur que rue de Miromesnil ou même au parc Monceau ; et en regardant, le soir, les fenêtres de ces milliers de chambres où parents et enfants dormaient, les nerfs à l’abri des trépidations et des bruits. Rien ne sert donc, là encore, de gémir ou de critiquer, d’exprimer des sarcasmes ou de formuler des mises en garde. Une remarque cependant : ce sont les Américains qui ont lancé les constructions à multiples étages, mais eux n’y mettent que des bureaux. Aux Etats-Unis, soixante-quinze pour cent de la population habitent de petites maisons, vingt-cinq pour cent seulement des « buildings ». En France, la proportion est exactement inversée. Ce n’est pas ici qu’on sous-estimera le charme de l’habitation individuelle, résidence principale ou secondaire de chaque famille, unie et isolée sous un toit. Bien sûr, on continuera d’en construire, d’en aménager au goût de chacun. Mais il ne faut point être, dans ce domaine encore, partisan de tout l’un ou de tout l’autre, alors que la vérité — et la nécessité — sont dans l’acceptation lucide des deux formules à la fois. Je connais d’ailleurs des plans de construction, en France, de villes nouvelles qui seront composées de maisons individuelles. Mais plus nombreux évidemment sont les projets de cités communautaires. Ce n’est pas la faute des architectes ni des urbanistes si les gens font beaucoup — ou trop ? — d’enfants. Dans quelle proportion cette prolifération des naissances est-elle due aux principes religieux, à la maladresse ou à l’insouciance de l’homme, aux sollicitations quotidiennes de l’érotisme — dont le R. P. Riquet écrivait récemment qu’il dévore le monde d’aujourd’hui — ou encore aux allocations familiales ? Je laisse l’étude de ce problème aux sociologues. Mais on ne peut nier l’influence du dernier facteur que j’ai cité plus haut. Sans aller si loin que ces Etats de l’Afrique noire où, par le jeu des allocations étendues à quinze, vingt enfants — ou plus — certains citoyens pouvaient s’établir comme reproducteurs de même qu’on fait profession d’électricien ou de boulanger, nos administrations officielles encouragent fortement la procréation. Loin de moi la pensée de comparer cette assistance de l’Etat aux subventions, de plus en plus généralement accordées à l’industrie ou à l’agriculture, puisqu’il s’agit là de la noble mission de créer des individus et non de fabriquer des produits. Mais le fait est là : tout est mis en œuvre, de nos jours, pour accroître une population qui ne trouve ni logements, ni hôpitaux, ni écoles, ni stades à la mesure ou plutôt à la démesure de cette poussée démographique. Comme dans la plupart des domaines, notre époque, sur ce plan, est celle de la quantité. La question que l’on pourrait se poser est de savoir si ce n’est pas au détriment de la qualité. Une autre question, mais qui relèverait alors des sciences politiques, serait de se demander pourquoi tous les pays s’enorgueillissent de leur surpopulation. On ne peut s’empêcher d’y voir encore une marque de nationalisme. Plus une nation est nombreuse, plus elle est forte. C’était vrai jadis du point de vue militaire. Ce l’est moins maintenant, puisque les armes nouvelles exigent un nombre beaucoup plus réduit de soldats. Cette première constatation faite — l’humour ne retirant rien à l’objectivité — j’en arrive à une seconde caractéristique du temps que nous vivons. Il ne se passe guère de jour où je ne reçois dans mon bureau la visite d’une jeune femme — qui n’est pas présentée, comme on dit, par ses parents, mais généralement annoncée par eux. Cette jeune femme vient me proposer des articles, des photographies ou des dessins. Elle est — ou aspire courageusement à être — journaliste, photographe ou illustratrice. Elle m’apprend qu’elle est divorcée et qu’elle a, à sa charge, un ou deux enfants. Sans vouloir provoquer des confidences, il m’arrive, par curiosité disons psychologique, de parler avec cette jeune femme de cet autre fait saillant de notre époque : la prolifération du divorce, de tâcher d’en discerner les raisons : « Nous nous étions mariés très jeunes. Nous n’étions pas préparés sérieusement à la vie en commun. Trop de problèmes matériels et moraux. Trop de sollicitations, de complications, de précipitation peut-être aussi de la vie moderne. » C’est moi qui parle maintenant, à moi-même : « Décidément, pour bâtir solide, aujourd’hui, on va trop vite. Construire un foyer de qualité est aussi rare que de construire un immeuble durable. » Avec une de ces jeunes visiteuses, doucement résignée, je risquai une comparaison entre le présent et le passé : « Autrefois, on hésitait souvent à divorcer à cause des enfants. — C’est vrai… Maintenant on divorce malgré les enfants. » Cette alternative appellerait une exégèse : qui a raison ? Voilà donc toutes ces jeunes femmes seules qui, très crânement, viennent proposer leurs travaux pour vivre et faire vivre leurs enfants. Mais, à une, à deux, à trois, je me permets de demander, tout doucement : « Votre ex-mari ne vous aide-t-il pas ? » Et presque toutes, avec un joli sourire, me répondent : « Non ! » Me revient alors aux oreilles ce vieux mot du jargon juridique : « pension alimentaire ». Serait-ce encore une notion périmée, comme m’écrivait récemment un jeune homme à propos de l’armée ? (Le mariage en deviendrait une autre, si l’on en juge par cette déclaration d’une jeune comédienne à un journaliste : « Je vais être la plus heureuse des mamans, disait-elle, mais ce n’est pas une raison pour me marier. ») De ces visites, de ces aveux, me voici bien forcé de conclure qu’il existe, en pleine paix, dans notre pays, un nouveau maquis : celui des maris qui ont planté là leurs femmes et les enfants par eux engendrés. OLIVIER QUÉANT.