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LES ARTS N° 130 Octobre 1912 --- G. ROMNEY. — PORTRAIT DE LADY EYRE (Née Miss Mary Southwell)
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LES ARTS N° 130 Octobre 1912 --- G. ROMNEY. — PORTRAIT DE LADY EYRE (Née Miss Mary Southwell)
Le Portrait de Lady Eyre (Née Miss Mary Southwell) Par George ROMNEY Il n'y a guère plus d'une trentaine d'années que le nom et l'œuvre de George Romney ont reconnus dans l'opinion des artistes et des amateurs la place qu'ils n'auraient jamais dû cesser d'y occuper, c'est-à-dire auprès de Gainsborough et de Reynolds, celle d'un des portraitistes les plus raffinés et les plus séduisants qu'ait engendrés l'Ecole anglaise. Si célèbre qu'il ait été de son vivant, il fut, dès le lendemain de sa mort, comme oublié. Lui qui avait supplanté Reynolds dans la faveur de ses contemporains, lui qui pendant quarante ans avait vu défiler dans son atelier et y prendre la pose toutes les notabilités de l'aristocratie et de la gentry de son temps, lui de qui la fécondité ne se peut comparer qu'à celle de son rival — le catalogue raisonné de l'œuvre de Romney dressé par MM. Humphry Ward et W. Roberts n'occupe pas moins de deux cents pages in-quarto à deux colonnes! — lui à qui la seule série de ses portraits de lady Hamilton aurait pu épargner pareille disgrâce, ce n'est que près de trois quarts de siècle après sa disparition, vers 1875, qu'il recommença d'être compris et admiré. Aujourd'hui enfin, il a, comme autrefois, ses fanatiques, et je sais bien des gens qui, sans se laisser aller à traiter Reynolds de coquin et de mauvais peintre, ainsi que le faisait lord Thurlow — le préfèrent à Sir Joshua. C'est que Romney est le plus sensuel et le plus voluptueux des peintres de la femme anglaise. Pour en revenir à ses portraits de la « divine » Emma, il est incontestable que jamais, ni chez Gainsborough, ni chez Hoppner, ni chez Reynolds, encore moins chez Raeburn, nous ne retrouverons les accents passionnés, nous ne respirerons l'atmosphère brûlante, avec lesquels il a fixé les traits, dont il a enveloppé l'image de l'ensorceleuse qu'il jugeait « supérieure à toutes les femmes ». Du jour qu'il l'a rencontrée, il semble que sa compréhension de la beauté s'élargisse et s'affine, que son pinceau devienne plus souple, son sens de la forme plus subtil et plus nerveux. L'on a souvent reproché à Romney de manquer de variété, d'être superficiel, de donner à ses modèles les plus divers de complexion et de caractère un air de famille: n'oublions pas qu'il lui arrivait fréquemment de faire poser cinq ou six personnes dans la même journée et qu'il avait en horreur son métier de portraitiste, ne rêvait que de compositions d'après la Bible, Shakespeare et Milton, n'aspirait qu'au moment où il pourrait mettre à exécution ses projets de « grande peinture ». Est-ce une excuse? Je ne sais. L'étrange, en tout cas, c'est que ce soit justement dans les quelque quatre-vingts toiles où il s'est fait l'interprète de l'adorable et mystérieuse lady Hamilton qu'il se montre le plus varié, qu'il entoure le moins le reproche de monotonie dont je parlais tout à l'heure. Quoi qu'il en soit, les dons prodigieux de Romney, son amour des belles couleurs et des belles formes, sa facilité même suffisent, et amplement, à justifier l'admiration et l'enthousiasme dont ses œuvres sont l'objet. Dans les musées et les collections particulières, elles figurent dignement à côté des toiles le plus justement glorieuses. Prenons, par exemple, le beau portrait de Miss Southwell, belle-sœur du docteur Warren, plus tard lady Eyre. L'on sait, d'après les carnets de Romney, si scrupuleusement tenus à jour par le peintre lui-même, qu'il ne mit, à l'exécuter, que quatre séances, et fort espacées l'une de l'autre, puisque la première eut lieu en juillet 1788, la seconde en mars 1789, la troisième et la quatrième en juin 1790, et que ce n'est qu'en 1791, à la veille du mariage de la jeune femme, que le portrait fut livré et payé la bagatelle de cent guinées. L'admirable virtuosité, et comment ne pas y être sensible? étant donné que l'on ne saurait ici accuser Romney d'avoir eu recours pour brosser ce portrait, aux formules d'élégance facile, de grâce convenue dont on pourrait presque dire qu'aucun des portraitistes anglais du XVIIIe siècle, le tendre Gainsborough et le grave Raeburn exceptés, ne s'estabstenu de faire usage. Miss Southwell, telle que Romney l'a peinte, est loin, en effet, d'être ce que l'on est convenu d'appeler une beauté; raison de plus pour supposer que son effigie est ressemblante et que le peintre n'a point cherché à la flatter. Laide? non, certes; seulement différente de telles et telles de ses contemporaines aux poses alangues, aux regards mouillés, au sourire à la fois candide et effronté que nous connaissons. C'est une jeune personne positive et solide et que l'on sent de décision et sachant bien ce qu'elle veut. Elle a des traits énergiques et précis, un peu lourds, le visage rond, et ses yeux bleu foncé ont l'habitude de regarder la réalité face à face plutôt que de s'égarer sur les apparitions brumeuses des rêves. Elle respire la santé; au moral et au physique, on la devine équilibrée, normale. L'on comprend que, par contraste, elle ait intéressé Romney, dont la pensée et les yeux étaient alors d'autant plus obsédés par l'image de la « divine » Emma, qu'elle était loin de lui, à Naples même où, depuis 1785, après cinq ans de vie commune, Charles Greville s'était vu obligé, par ses embarras financiers, à l'expédier auprès de son oncle, Sir William Hamilton. Ce portrait de Miss Southwell est vraiment une admirable chose, d'une richesse et d'un éclat de matière peu communs, même chez Romney, d'une force de caractérisation plus rare encore dans son œuvre. Quelle étonnante fraîcheur dans les carnations! Quelle splendeur dans les étoffes! Cette robe de satin blanc que rehaussent les notes noires des rubans de velours des manches et des franges dont sont garnis les trois volants du tablier et des crevés du corsage, cette robe de satin blanc aux miroitements radieux, parmi les tonalités amorties et chaudes à la fois de l'escalier, de la colonne, des balustres de pierre, des arbres et du ciel, del'épais rideau rouge au gland d'or qui composent le décor où s'anime et vit la jeune femme; cette robe de satin blanc est sans aucun doute un des morceaux les plus souples, les plus gras, les plus verveux, les plus savoureux, les plus magnifiques qu'ait brossés Romney. Ceux qui connaissent son œuvre le retrouvent là tout entier avec son ardent amour de la couleur, sa souverain maîtrise d'exécution ample et forte qui fait songer parfois aux Flamands, parfois aux Italiens de la grande époque. Nul maniérisme ici, ni nulle mièvrerie: l'on esten présence d'une de ces pages sonores et soutenues, comme seuls en peuvent signer les vrais peintres; d'un coin de la toile aux autres, le portrait de Miss Southwell semble d'une seule coulée. Les étonnants techniciens qu'étaient encore ces maîtres du XVIIe siècle, et comme ils savaient leur métier! Quelle joie on les sent éprouver à l'exercer! Je songe, en écrivant cela, à ces innombrables images de femmes qui peuplent les musées, les châteaux, les maisons d'Angleterre, à toutes celles qu'a exécutées de son pinceau févreux et passionné le peintre de lady Hamilton. Il se peut qu'elles se ressemblent les unes les autres. Sont-elles pour cela moins charmantes? Leur séduction est-elle moindre? Ah! que non! Et ne serait-ce pas assez qu'elles nous renseignent si complètement et de si troublante et de si agréable manière sur la sensibilité de celui devant qui elles posèrent et qui en fixant sur la toile la vision voluptueuse qu'il eut de leur éphémère beauté, leur a donné l'immortalité et se l'est donnée à lui-même? GABRIEL MOUREY.
GILLES GUÉRIN. — LE TRIOMPHE DE LOUIS XIII Bas-relief. — Cheminée du salon Louis XIII MAISONS-LAFFITTE NFIN, M. Léon Bérard, convié à exercer les prérogatives de sa charge de sous-secrétaire d’État aux Beaux-Arts, est venu, l’autre mois, apporter au château de Maisons-Laffitte et au musée aménagé sous ses lambris authentiques, la consécration officielle... Voilà huit ans environ que les érudits et les artistes, que tous ceux que possède la passion intelligente des beautés du Passé, en dehors de tout « fétichisme », attendaient, escomptaient cette inauguration!... Que leur impatience est donc excusable, au sentiment de quiconque se souvient des vicissitudes et des traverses connues par Maisons! Et ici, nous n’évoquons point la mémoire des transformations et des remaniements intérieurs dus aux nombreux propriétaires de la somptueuse résidence seigneuriale, qui ont, presque tous, laissé, en maints endroits, les traces d’un goût parfois déplorable, sinon odieux. Nous songeons simplement aux diverses « affectations » envisagées au lendemain de l’acquisition par l’État, personnifié en l’occurrence par M. Henry Marcel, qui assumait à l’époque les fonctions de directeur des Beaux-Arts. C’était en 1904. La « colonie », créée par Laffitte, jadis possesseur du domaine de Maisons, s’était développée au point de produire le morcellement des terrains du parc à l’infini et d’entrainer la ruine des fastueux ombrages, pour multiplier la naissance des villas bourgeoises. La faveur, dont jouissait Maisons-Laffitte, villégiature préférée de Parisiens notoires, suscita la formation d’une Société immobilière, plus préoccupée de réaliser d’importants bénéfices qu’attentive à sauvegarder les belles œuvres dignes d’être conservées « intactes pour la postérité », comme J.-F. Blondel, le grand théoricien de l’Architecture, disait justement de ce même château de Maisons. Impatient de tirer argent de tout, la Société projetait d’abattre l’admirable chef-d’œuvre de François Mansart, de vendre les pierres et les inestimables motifs décoratifs, comme « matériaux de démolition », puis de lotir les quelques hectares qui constituaient une zone d’isolement autour de l’édifice... Un habitant de Maisons-Laffitte, M. Engrand, homme avisé et de goût cultivé, s’inquiéta de l’avenir et sut inquiéter l’opinion, d’abord assez indifférente. Les efforts furent prodigués en vue d’assurer la conservation du château; on ne fut avare ni de peines ni de démarches. D’abord, l’absence de crédits engagea à proposer au Département de la Seine, l’acquisition de Maisons. Le Conseil général de la Seine étudia un projet d’installation d’un « asile départemental ». Maisons en « asile », les convalescents logés, parqués plutôt dans la majestueuse galerie des Fêtes, la « salle à manger des Nobles » (un pur chef-d’œuvre de l’art du XVIIIe siècle, la plus curieuse création de l’architecture française au temps de Louis XVI, transformée en dortoir!), c’eût nécessairement été le vandalisme à demeure. Là où survivait le décor harmonieux et sévère du Grand Siècle à son aurore, là où la collaboration des plus fameux sculpteurs de la fin du XVIIIe siècle, sous la direction de l’architecte Bellanger, avait produit l’ensemble décoratif de la « salle à manger d’été », c’était le cadre tout désigné pour restituer quelques intérieurs du temps!... On devait fort naturellement songer à placer des tapisseries, des tentures, des tableaux, des meubles, des bustes qui fussent en parfaite harmonie avec la décoration des diverses pièces de l’édifice; on devait fatalement songer à créer le « Musée de Maisons ». Cependant, avant d’arriver au port, M. Henry Marcel dut user de diplomatie et d’habileté infinies. La pauvreté du budget des Monuments historiques n’admettait pas les largesses. On parvint néanmoins à acheter le château avec les terrains environnants (au moins en partie) pour deux cent mille francs! Puis, il fallut s’occuper de réparer avec soin les dégradations de la façade, de nettoyer et de remettre en état l’intérieur du château, qui se trouvait en proie à l’abandon le plus indescriptible, semblable à une demeure dont les hôtes seraient partis en toute hâte... Affecté aux Musées nationaux, en 1911, par M. Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d’État aux Beaux-Arts, Maisons n’a pu être ouvert au public qu’en juillet 1912. Nous sommes donc redevables du nouveau musée à M. Engrand, qui en fut l’instigateur, et à M. Henry Marcel, qui comprit à merveille quelle perte irréparable serait la destruction du château. Les éloges prodigués ne pourront remplacer une visite à Maisons!
LES ARTS Sans doute, « Maisons » nous présente un musée d'une modestie rare, si on le compare à tant de palais, où s'entassent, classés suivant un ordre plus ou moins méthodique, les restes du Passé, les simples « curiosités » et les œuvres d'art d'un agrément inappréciable; mais ne vaut-il pas mieux, dans un sentiment de goût et dans un dessein d'édition, disposer dans les logis de jadis quelques tapisseries, quelques portraits, quelques bustes, des meubles en rapport avec la date et le style des pièces de ces logis ?... Essayer de redonner une apparence de vie à des salons qui ont gardé la plus grande partie de leur belle ordonnance originale, en y plaçant des morceaux décoratifs appropriés, qui rendent à chaque salon son caractère particulier, n'est-ce pas la méthode de choix pour évoquer les images du passé et aider à l'intelligence de l'Histoire? M. Paul Vitry, conservateur adjoint du Musée du Louvre, s'est heureusement inspiré de ces principes dans l'aménagement de Maisons. Il s'est acquitté de la mission dont le sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts l'avait chargé, avec un goût très sûr et une compétence unanimement appréciée. Avec le précieux concours de la « Société des Amis du Château de Maisons », M. Vitry a réuni un nombre suffisant de tableaux, de tapisseries, de sculptures pour donner un semblant d'animation à ce merveilleux exemple de l'architecture civile au début du XVIIe siècle. Si l'on n'a encore pu installer le musée d'art décoratif du Grand Siècle que d'aucuns avaient rêvé, l'arrangement parfait de certaines salles, la présence d'œuvres du temps habilement présentées dissimule une pénurie souvent fâcheuse, notamment dans les salles contemporaines de la construction. Quel chef-d'œuvre incomparable! Et aujourd'hui encore, ainsi que le voulait J.-F. Blondel, quelle leçon n'offre-t-il point à nos architectes-décorateurs ! Mais il convient de rappeler brièvement, sommairement, l'histoire et les fortunes diverses du domaine de Maisons. Autrement, on ne saurait se rendre compte des aménagements réalisés par ses possesseurs successifs. A l'endroit même où s'élève le château, exista jusqu'en 1642, une simple maison perdue au milieu de bois qui n'était que le prolongement de la forêt de Saint-Germain. Cette maison appartenait à la famille de Longueil, originaire de Normandie, fort ancienne et parvenue aux hauts emplois, à la fin du XVIe siècle. Depuis 1399, elle comptait des conseillers au Parlement de Paris. En 1620, René de Longueil, dernier en date des Longueil, héritier d'une charge de conseiller du Parlement, devint, à vingt-six ans, premier président à la Cour des Aides, puis, en 1624, s'éleva, grâce à ses qualités de finesse et à ses mérites de courtisan, à la place de président à mortier, ce LEPAUTRE — FAUNE CHASSANT (Palier de l'escalier d'honneur) L'ESCALIER D'HONNEUR
MAISONS-LAFFITTE LA SALLE A MANGER D'ETÉ Décoration sculptée par Lhuillier sur les dessins de Bellanger (xviiie siècle)
LES ARTS qui en faisait un personnage considérable et lui donnait facilité d'accès auprès du Premier Ministre. En 1650, à la mort de d'Emery, surintendant des Finances, le président de Longueil fut assez habile pour s'imposer comme médiateur entre Mazarin et les Frondeurs; ce poste de surintendant fut la récompense de ses bons services, mais il ne garda la charge qu'un an, obligé de se démettre pour des raisons assez mystérieuses. Il garda néanmoins le titre de « ministre d'État » avec le droit d'entrée au « Conseil du Roi » et fut créé en 1658 « marquis de Maisons ». Ce « marquisat » consacrait le faste et la magnificence du château que François Mansart avait fait construire de 1642 à 1650, sur la demande instante de Longueil. À cette époque, François Mansart avait quarante-quatre ans et il était l'un des plus réputés parmi les architectes contemporains. Nous vous ferons grâce des anecdotes innombrables sur l'origine de la fortune de René de Longueil. La plupart prennent source dans le Siècle de Louis XIV, cette œuvre où Voltaire a mélangé si agréablement l'esprit et l'anecdote, les polémiques et les réflexions littéraires, sans nul souci de vérité historique. Nous signalerons encore que Saint-Simon insiste sur les préférences de Louis XIV pour Maisons où il séjourna à plusieurs reprises, et notamment lors de la mort de son fils, le duc d'Anjou, à Saint-Germain. Nous retrouverons intacts, au cours de notre visite, les appartements royaux, tels que Mansart les a aménagés en vue du Roi et de la Cour. Mentionnons rapidement que les descendants et héritiers de René de Longueil n'ont point marqué dans l'histoire de Maisons. Il faut venir à Jean-René de Longueil, LOUIS XIII D'après le bronze de WARIN (Musée du Louvre) arrière-petit-fils du fondateur, pour rencontrer un personnage digne d'attention. Ce Jean-René de Longueil, président au Parlement, membre de l'Académie des Sciences, ami ethôte de Voltaire, mourut en 1731, à trente et un ans. Il installa à Maisons un laboratoire de physique, se livra à des expériences, y reçut la société la mieux choisie et la mieux représentative de l'esprit du temps. Hénault, Villars, Thiriot, la marchande de Villars y fréquentèrent. Voltaire affectionnait ce séjour. On montre encore, au second étage, une chambre dont l'alcoë est décorée d'une peinture d'assez mauvais goût: « Jupiter apparaissant à Danae sous la forme d'une pluie d'or. » C'est la fameuse chambre où le philosophe manqua mourir de la petite vérole, se confessa au curé de Maisons et fut sauvé par « les soins bienfaisants » de son hôte. De là, la reconnaissance expansive de Voltaire qui situa à Maisons son fameux Temple du Goût. On a prétendu du moins que ces versiculets fameux désignaient le château: Simple en était la noble architecture; Chaque ornement, à sa place arrête, Y semblait mis par la nécessité; L'art s'y cachait sous l'air de la nature; L'œil satisfait embrassait sa structure, Jamais surpris, et toujours enchanté (i). (i) Voltaire, Le Temple du Goût, p. 333, t. XII, des Œuvres complètes, édition Beuchot (in Collection des Classiques Français), Paris, 1833. LE CARDINAL DE RICHELIEU D'après le marbre attribué au BERNIN (Musée du Louvre)
MAISONS-LAFFITTE Vue prise des bords de la Seine. — Estampe de PÉRELLE Vue prise du côté du parc. — Estampe de PÉRELLE Photos Roumi & Cie.
LES ARTS De la marquise de Belleforière, héritière des Longueil, le domaine passe à son petit-fils Armand de Belleforière, marquis de Soyecourt. Période de décadence. Le nouveau propriétaire, perdu de dettes, songe à se débarrasser du domaine, fort onéreux. Il reçoit Louis XV, avec l'arrière-pensée de se libérer de Maisons en le faisant acheter pour l'une des favorites du moment. Madame de Pompadour, puis Madame Du Barry s'enthousiasment, puis forment d'autres projets... Cependant Soyecourt, pressé d'argent, vend objets d'art, tableaux, meubles, arbres, met tout au pillage... Enfin, le comte d'Artois achète le château en 1777, s'éprend du merveilleux décor qui l'environne, modifie le rez-de-chaussée de l'aile droite pour y installer l'admirable « salle à manger des Nobles » sous la direction de Bellanger, l'architecte de Bagatelle; mais, en 1782, faute d'argent, les travaux sont interrompus. Furent-ils repris? En tout cas, quand éclata la Révolution, le comte d'Artois s'empressa d'émigrer, et les commissaires de la Convention, chargés de dresser l'inventaire de ses biens, trouvèrent les appartements de Maisons tout encombrés d'échafaudages. Devenu propriété nationale, le château fut mis en vente et adjugé au citoyen Lanchère, entrepreneur de transports militaires (singularité de nom !) pour la somme de 858,853 livres. Ce fut l'époque où commença le pillage méthodique de Maisons et de ses richesses. Les œuvres d'art, réunies par le comte d'Artois, les motifs décoratifs qu'on put déplacer sans peine, furent, les unes reléguées dans des musées, les autres dispersés au feu des enchères publiques. Il est à présumer que les fameuses grilles qui fermaient le vestibule d'honneur furent, à ce moment, transportées au Louvre. Au xixe siècle, les propriétaires successifs de Maisons firent passer le domaine par des alternatives de destructions et d'embellissements, du goût de chaque époque. Ces embellissements (?), si l'on excepte la période du maréchal Lannes et de sa veuve (1804 à 1818), eurent des conséquences désastreuses. Le maréchal Lannes, duc de Montebello, reprit les travaux commencés sous le futur Charles X et fit mener à bonne fin l'œuvre entreprise par le décorateur Lhuillier, sur les dessins de l'architecte Bellanger. Cédée par la duchesse de Montebello à Jacques Laffitte, l'ancienne résidence du comte d'Artois devint le rendez-vous des adversaires de la Restauration: La Fayette, Benjamin Constant, le général Foy, Manuel (qui y mourut en 1821), Mignet et Thiers (qui erraient à travers le parc en évoquant des souvenirs d'Histoire), Arago, Béranger (dont les Mémoires considèrent Maisons comme un ennuyeux séjour). Laffitte se livra à des mutilations blâmables. Dans la « Galerie des Fêtes », il arracha et vendit les tapisseries. En 1839, presque ruiné, il ordonna la destruction des écuries et des dépendances, qui assuraient le confort du château. Puis, ce fut le morcellement du grand parc et la création de Maisons, villégiateure à la mode. Dès lors, la décadence se précipita: en 1850, c'est le directeur d'une compagnie d'assurances qui acquiert des héritiers de Laffitte le château avec le petit parc d'une trentaine d'hectares que Lafitte avait sauvegardé; puis, en 1877, un spéculateur se rend propriétaire de l'édifice avec ses entours, qu'il dépêche, lotit et fait valoir. Il fait si bien valoir son acquisition qu'une société immobilière se constitue, en 1904, dans l'intention d'exploiter la faveur grandissante de Maisons-Laffitte. Nous avons raconté au début comment M. Engrand multiplia ses efforts et parvint à assurer finalement le « sauvetage » (c'est le mot qui s'impose) d'une demeure admirable à tant d'égards. Les transformations de Maisons se sont accomplies à mesure que le domaine tombait entre des mains diverses, à mesure que la Société évoluait. De là, le caractère remarquable de la décoration intérieure qui présente souvent comme le reflet des transformations sociales. D'abord, le goût majestueux et grandiose du temps de la Fronde, qui s'accuse dans l'aspect extérieur du château, encore empreint de la grâce fine et nerveuse de la Renaissance française, puis la noblesse grave et pleine de dignité du vestibule d'honneur, encore survivante dans les pièces avoisinantes, mais en plein épanouissement dans le « salon Louis XIII ». Ici, c'est le chant de départ de l'architecture classique dans la décoration du xviiie siècle, qui trouve son expression la plus parfaite avec l'escalier, d'une structure hardie et sublime, et avec cette galerie des Fêtes, dont la riche et un peu lourde ornementation n'est pas sans évoquer à l'esprit l'image des salles de Versailles, auquel les Sarrazin, les Guérin, les Van Opstal, les Buyster et tant d'autres collaborateurs de Mansart devaient travailler dans la suite. Puis le temps accomplit son œuvre. Les architectures de Mansart se recouvrent des boiseries du xviiie siècle, notamment dans la chambre du Roi, dont l'alcoë est transformée, amoindrie, suivant les ordres du comte d'Artois. La grâce et le confort, la recherche de l'intimité restreignent le décor tout d'apparat. Néanmoins, l'époque ne dédaigne point la beauté décorative, tout en la subordonnant à l'agrément de l'habitation. Vient ensuite l'influence des maximes de l'antiquité, qui se révèle dans le style nouveau : à la noblesse primitive du temps de Mansart, à la grâce riche et ornementée imposée par les artistes du xviiie siècle, succède une simplicité grave et unie aux lignes austères mélangées de motifs gréco-romains, un style discipliné et froid, sorte d'écho d'un siècle où le génie d'un homme est partout présent. Et c'est l'appartement de la Reine, dont les murailles nues se soumettent aux lignes sévères et inexorables de l'ordre napo-léonien... Mais conduisons le visiteur éventuel à travers les salles du nouveau « musée », après lui avoir retracé, dans une description des plus brèves, le plan et la construction du château. Le château de Maisons s'élève, comme nous l'avons dit, à la place d'une simple maison seigneuriale que possédait la famille des Longueil, située en pleine forêt de Saint-Germain, au milieu d'un domaine acquis depuis le xive siècle. Elle servait plutôt de résidence de chasse que de logis accoutumé. Cependant, l'emplacement était magnifique : il réunissait nombre d'avantages, notamment sa proximité de Paris dont il était distant de quatre lieues et son voisinage de Saint-Germain, où la Cour résidait assez souvent. La vue portait, d'un côté, depuis Cormeilles-en-Parisis jusqu'au paysage merveilleux de Marly, et, d'autre part, la masse touffue et verdoyante des arbres de la forêt de Saint-Germain formait avec l'ensemble un paysage d'une douceur, d'un agrément infini. En donnant charge à François Mansart de diriger les travaux de sa future demeure et en lui assignant cet endroit, René de Longueil manifestait donc la marque d'un goût excellent et fastueux. La situation était, du reste, bien de nature à plaire au génie inventif et au sentiment artistique de Mansart. De fait, Maisons fut, de tout temps, considéré comme le chef-d'œuvre de ce grand architecte. On ne saurait se dispenser de citer, une fois de plus, le passage célèbre où Perrault, l'auteur de la Colonnade du Louvre, rend hommage à son confrère, ce confrère à qui il succéda dans la conduite des travaux du Louvre :
MAISONS-LAFFITTE --- Photo Broun & Co. DESSUS DE PORTE XVIIIe siècle --- Photo Broun & Co. ATELIER DE PAJOU. — LOUIS XVI marbre --- Photo Robert Bolopay. LE CARDINAL MAZARIN D'après le marbre attribué à LERAMBERT (Musée de Versailles)
LES ARTS --- « Le château de Maisons, dont Mansart a fait faire tous les bâtiments et les jardinages, est d'une beauté si singulière qu'il n'est point d'étranger curieux qui ne l'aille voir comme une des plus belles choses que nous ayons en France. » (Perrault, Éloge de Mansart.) Disparus, ces « jardinages » que nous pouvons nous représenter assez aisément grâce aux anciennes estampes des Silvestre, des Pérelle, des Mariette; abattus les bâtiments annexes, les écuries et les communs avec les arbres centenaires qui les avoisinaient; détruites les cascades et les décorations diverses des « jardinages », qui s'étageaient sur la façade sud-est entre le château et la Seine. Toutes ces parties du domaine de Maisons ont subsisté jusqu'à la ruine de Jacques Laffitte. Les précédents propriétaires, éprouvant pour l'œuvre de Mansart les admirations de ses contemporains, se sont bien gardés de la transformer. Une tradition même assure que Louis XV renonça à l'acquérir, de crainte que, devenu bien de ses favorites, le domaine ne fût le jouet de leurs caprices, et, si le comte d'Artois a multiplié les embellissements, il a toujours respecté les grandes lignes et conservé la disposition des appartements. Il eût été, du reste, vraiment dommage d'altérer la physionomie du château, admirable aujourd'hui par la noblesse de sa construction et l'harmonie élégante et altière de ses dehors, même au milieu du paysage mesquin, ravagé, étirqué, même avec la simple et unique parure des deux parterres à la française dont l'administration des Beaux-Arts a jugé à propos d'agrémenter la cour, qui s'étend devant la façade nord-ouest... Il faut avouer que le château se détache à miracle dans cette plaine qui s'étend jusqu'au mont Valérien, ayant le ruban de la Seine comme bordure. Et les promeneurs qui, de Sartrouville, s'acheminent vers Maisons, ont tout loisir d'admirer, le long de la grand route, la perspective sud-est, aussi singulièrement harmonieuse, aussi étonnamment élégante que la façade opposée... L'on se trouvera bien de faire visite au château, en venant de la gare. On entre dans la localité de Maisons-Laffitte par une avenue à laquelle la municipalité reconnaissante a donné justement le nom du véritable fondateur, du créateur de Maisons. Au bout de l'« Avenue de Longueil », à l'entrée du parc, on rencontre deux pavillons, d'architecture identique, qui commandaient jadis l'entrée du domaine. Ces pavillons avec portes monumentales formaient l'entrée du « grand parc », où le public pouvait être admis. Sur la droite du rond-point, deux autres pavillons absolument semblables, aujourd'hui disparus, défendaient (Au-dessus de l'entrée : le Feu, sous les traits de Jupiter lançant la Foudre). — Bas-relief pierre par JACQUES SARRAZIN LE VESTIBULE D'HONNEUR Photo Robert Baloigny.
MAISONS-LAFFITTE l'entrée de la « Cour d'honneur », qui, à partir de Laffitte, prit le nom de « petit parc ». Au Grand Siècle, cette « Cour d'honneur » s'étendait (on peut le voir par les estampes du temps) depuis le rond-point actuel jusqu'aux fossés du château, c'est-à-dire jusqu'au château même. La grille, qui coupe si fâcheusement la perspective de la façade nord-ouest, n'existait pas. Transplantée du château de Mailly, en Picardie, elle n'a aujourd'hui d'autre utilité que d'isoler le château avec les parterres, en dépit de son dessin agréable, mais nullement en harmonie avec les dehors de l'édifice. Supprimez, en pensée, cette grille et vous aurez la perspective de la « Cour d'honneur » d'autrefois. A gauche, c'étaient les écuries, que les documents nous présentent comme une suite de bâtiments, peut-être d'importance plus considérable que le château même; à droite, on avait com- LA SALLE DES PÊTES Tapisseries des Chasses de Guise (xvii° siècle) mencé à édifier un bâtiment qui devait faire face pour établir la symétrie... Nous avons dit que Laffitte méritait d'être tenu pour responsable de la destruction des écuries. L'étude de l'architecture extérieure de Maisons réclame-rait de longs détails. L'édifice se présente, en effet, comme l'un des plus curieux, l'un des plus intéressants, sinon le plus curieux, le plus intéressant, du temps de la Fronde. Le château de Maisons est situé entre cour et jardin. La « cour », nous venons de la décrire, telle qu'elle était autrefois. Pour la décrire, telle qu'elle est aujourd'hui, nous n'avons qu'à ajouter qu'elle s'étend de la fameuse grille jusqu'au château, qui présente ses lignes incomparables d'élégance et de majesté, précédé de deux ailes avancées, qui se prolongent elles-mêmes par deux corps de bâtiment formé d'un rez-de-chaussée surmonté d'une terrasse. Cependant, Maisons avait encore un jardin. Ce jardin s'étendait devant la façade postérieure, au sud-est. Il comprenait des parterres, des boulingrins, des perspectives régulières qui s'allongeaient jusqu'à la Seine, qui se poursuivaient au delà, sur l'autre rive. La haute qualité de l'architecture est de combiner ici les

Ce numéro de la revue "Les Arts" présente un article sur le portrait de Lady Eyre par George Romney, soulignant la redécouverte de son œuvre au XIXe siècle et sa sensualité dans la peinture de femmes anglaises. Il aborde également l'histoire et l'aménagement du château de Maisons-Laffitte, devenu un musée, ainsi qu'une rétrospective du portrait au Salon d'Automne, discutant de son importance et de son évolution au cours du XIXe siècle.