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LES ARTS N° 78 PARIS — LONDRES — NEW-YORK Juin 1908 A. BESNARD. — PORTRAIT DE S. A. I. LA PRINCESSE MATHILDE (Exposition de Bagatelle)
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LES ARTS N° 78 PARIS — LONDRES — NEW-YORK Juin 1908 A. BESNARD. — PORTRAIT DE S. A. I. LA PRINCESSE MATHILDE (Exposition de Bagatelle)
Exposition de Portraits d'Hommes et de Femmes célèbres DANS LE PALAIS DU DOMAINE DE BAGATELLE Le succès que remporte l'Exposition de portraits d'hommes et de femmes célèbres (1830-1900), organisée ce printemps par la Société nationale des Beaux-Arts dans les palais du domaine de Bagatelle, a pour cause, je le crois bien, beaucoup plus le goût de plus en plus vif du public pour le rétrospectif, que la valeur, l'autorité, le charme, l'éclat des œuvres qui y sont réunies. Étant donné le programme que la Société nationale s'est imposé, ne semble-t-il pas, en effet, qu'il n'était pas impossible de réaliser un ensemble plus brillant, plus significatif, plus pittoresque que celui auquel on nous a conviés? Il y a, dans une entreprise de ce genre, deux conditions essentielles à remplir : la qualité intrinsèque des toiles choisies, la notoriété des modèles; celle-ci, parfois, se doit reléguer au second plan pour laisser celle-là au premier et réciproquement. Certains portraits de jadis et de naguère, qui n'offrent, au point de vue artistique, qu'un intérêt médiocre, se parent en revanche, au point de vue historique, anecdotique, documentaire, d'un très grand prestige. Je me demande, et je ne suis pas seul à me le demander, si, à cet égard, les organisateurs de cette exposition se sont montrés assez sévères dans le choix et des œuvres d'art et des personnalités qu'elles représentent. Le qualificatif « célèbre » me paraît avoir été attribué un peu à la légère à certains hommes et à certaines femmes, morts ou vivants encore, dont la présence ici ne s'imposait aucunement, alors que tant d'autres qui y ont plus de droits ne brillent que par HORACE VERNET. — LOUIS-PHILIPPE IIe ET SES FILS A CHEVAL (Appartient à S. A. R. Mgr le due d'Orléans)
EXPOSITION DE PORTRAITS D'HOMMES ET DE FEMMES CÉLÈBRES INGRES. — LE DUC D'ORLÉANS Appartient à S. A. R. Mgr le duc d'Orléans (Exposition de Bagatelle)
LES ARTS leur absence. — Il n'importe : historiquement et artistiquement, on trouve rassemblées dans les palais de Bagatelle les quelque vingt-cinq ou trente toiles qui suffisent toujours à assurer le succès d'une exposition. Et puis, il y a, pour attirer et retenir le public assez spécial, quoique assez nombreux, qui s'intéresse à ce genre de choses, la séduction, irrésistible vraiment, des lieux mêmes. Tout ce qui touche au xvm siècle français passionne aujourd'hui ce public de choix : le prestige de Bagatelle, le charme incomparable de ce décor si justement vanté, suffisent à assurer la réussite de tout ce que l'on voudra, en quelque ordre de manifestations que ce soit, y tenter. La série de portraits de princes et de princesses de la maison d'Orléans — il n'en est là pas moins de vingt-cinq — parmi lesquels l'admirable Duc d'Orléans d'Ingres, présente, au point de vue historique, le plus vif intérêt. Elle contient : le Roi Louis-Philippe, par Joseph-Désiré Court; la Reine Marie-Amélie, de Gosse; le Duc d'Orléans, d'Alfred de Dreux; la Revue de Louis-Philippe aux Champs-Elysées et le duc d'Orléans à cheval, d'Eugène Lami; le Duc d'Orléans et le duc d'Aumale en Algérie, de Philippoteaux; la Reine Marie-Amélie sur la terrasse de Saint-Cloud et la Princesse Marie d'Orléans, d'Ary Scheffer; le Duc de Nemours en lancier rouge, de Van Ysendyck; S. M. Louise d'Orléans, reine des Belges, du baron Wappers; le Roi Louis-Philippe en Suisse, Louis-Philippe 1st et ses fils à cheval, le Prince de Joinville, d'Horace Vernet ; enfin, le Comte de Paris enfant, en costume de baptême, le Prince de Joinville, jeune officier de marine, la Duchesse d'Orléans et le Comte de Paris, la Reine Marie-Amélie et ses deux petits enfants, de Winterhalter. Parmi ces effigies, on aimera surtout le Louis-Philippe Photo Moreau [ères]. WINTERHALTER. — LA DUCHESSE D'ORLÉANS ET LE COMTE DE PARIS (Appartient à S. A. R. Mgr le due d'Orléans) (Exposition de Bagatelle)
EXPOSITION DE PORTRAITS D'HOMMES ET DE FEMMES CÉLÈBRES LAUCHERT. — LA DUCHESSSE D'ORLÉANS Appartient à S. A. R. Mgr le duc de Chartres (Exposition de Bagatelle)
LES ARTS et ses fils à cheval franchissant la grille du palais de Versailles, d'Horace Vernet, belle page, brillamment composée, où l'éclat des uniformes, les expressions des visages, la très vivante et très caractéristique, magistrale exécution des chevaux font une toile vraiment digne de figurer à côté des grands portraits historiques du passé, et la charmante duchesse d'Orléans, assise, ses belles mains longues et fines posées sur ses genoux, parmi les plis du grand fichu de tulle brodé qui couvre ses épaules, de Lauchert. Le portrait de la même duchesse d'Orléans tenant dans ses bras le comte de Paris tout enfant, par Winterhalter, volontairement solennel et pompeux malgré l'intimité que comporte le sujet, est sec et insignifiant auprès de cette image charmante, d'une si délicate féminité, de Lauchert. Mais c'est au due d'Orléans d'Ingres qu'iront les préférences de tous les amateurs et de tous les artistes. C'est, tout simplement, un chef-d'œuvre, d'une puissance de caractérisation, d'une conscience et aussi d'une ampleur d'exécution, d'une grandeur d'allure incomparables. Le prince est debout, en uniforme, de face, la main gauche appuyée à la poignée de son épée, le bicorné de général tenu par le bras droit replié vers la poitrine, la main droite dégantée, tenant le gant blanc. L'œuvre date de 1842 : c'est, à l'exception du mélaillon en grisaille du prince Jérôme Napoléon (1855), le dernier portrait d'homme peint par l'auteur de l'Apothéose d'Homère. Ingres est, d'ailleurs, fort bien représenté à l'Exposition de Bagatelle. Comme peinture, il y a encore de lui le beau Portrait de Madame d'Agoult, et cinq dessins qui sont cinq merveilles de finesse, d'expressivité, de réalisme aigu et profond, comme tous les dessins de l'admirable maître : les portraits de Jean Alaux, dit le Romain, de Rossini, de Charles Gounod, de Madame Charles Gounod et de l'artiste lui-même. Le Portrait de Rossini est un chef-d'œuvre accompli; on ne se lasse pas d'admirer la sûreté de ce crayon, l'art suprême avec lequel est modelé le visage du grand compositeur, sont fixés ses traits, l'esprit des yeux vifs, pétillants et un peu rêveurs, l'ironie délicate de la bouche, l'ampleur du nez aux narines sensuelles. Ricard est là avec trois toiles, dont une seule, à mes yeux, le représente dignement, — je veux dire le portrait de la Baronne de Samatan; c'est dommage, en vérité, que ce peintre de femmes, exquis et profond, n'ait pas ici une place plus importante. Il y avait droit, ses modèles aussi. D'Eugène Delacroix un curieux Alfred de Musset, une George Sand et un Alexandre Dumas père à vingt-cinq ans; d'Edouard Dubufe, un portrait de Gounod et celui de la Contesse Hallez Claparède; de Henri Lehmann, son portrait et celui de Liszt; de Baudry, des portraits de Madame Cécile Baudry enfant, d'Edmond About et de Madame Edmond About; d'un des Scheffer, — Ary ou Henry, non seulement le catalogue ne le dit pas, mais il l'attribue à un Scheffer sans prénom, comme s'il y en avait un troisième — une étude, une préparation plutôt, d'un portrait de la Reine Amélie, qui est vraiment une belle et émouvante chose; d'Horace Vernet, un portrait de Madame Malibran et un de Louis-Napoléon Bonaparte en général de
EXPOSITION DE PORTRAITS D'HOMMES ET DE FEMMES CELEBRES --- des Nocturnes était tout autre. Il aimait cependant ce portrait, à cause de ses incontestables qualités picturales et il avait raison. Je n'insisterai pas sur le Gaston Calmette de M. W.-T. Dannat, sur l'Armand Silvestre de M. J. Béraud ; à l'heure où ils furent peints, il se peut que ces portraits aient eu de l'agrément ; ils en paraissent bien dénués aujourd'hui, et il semble que l'on aurait pu choisir dans l'œuvre des peintres qui les ont signés d'autres toiles plus significatives de leurs talents respectifs. Le Verlaine de M. Aman-Jean a conservé, au contraire, tout son charme, à la fois tendre et farouche, et c'est aussi un vrai plaisir que de revoir le portrait du Docteur Blanche, par son fils : œuvre d'étude sincère et probe, de facture sérieuse, dont le temps n'a fait qu'affermir les qualités. Il faut enfin mettre hors de pair le portrait de la Princesse Mathilde, par M. Albert Besnard. Nous l'avions revu, il y a deux ans, à l'exposition d'ensemble que le décorateur de l'église de Berck avait tenue chez Georges Petit : M. Besnard a eu raison de nous le montrer de nouveau. C'est un de ses portraits féminins les plus réussis, à certains égards : le parti pris de l'éclairage, la mise en page du tableau, la richesse d'effet, or et pourpre, des colorations, tout concourt à faire de cette toile une belle œuvre, définitive et hautaine, dont la place est à Versailles... ou au Louvre. On peut ainsi, dans les deux petits palais du domaine de Bagatelle, trouver de quoi satisfaire et sa curiosité et son goût des belles choses, et si elles sont là peu nombreuses, on n'a que plus de joie à en savourer la puissance ou le charme, la délicatesse ou la profondeur. GABRIEL MOUREY. --- Photo Moreau frères. INGRÉS. — PORTRAIT DE ROSSINI (dessin) (Appartient à Mme Ch. Cavillier) (Exposition de Bagatelle) la Garde nationale; voilà, si l'on y ajoute la série d'images de la Famille impériale, de Carpeaux, les pièces les plus intéressantes de la section rétrospective. La section moderne offre un bien moindre intérêt. Les portraits de Bastien-Lepage — M. Andrieux, Coquelin ainé, Madame Drouet — sembleront superficiels et fades, et ceux de M. Carolus-Duran — Émile de Girardin, la baronne Hottinguer et sa fille — bâclés et insuffisamment approfondis. De même le Maurice Barrès (1890) de M. Henri Rondel. Ceux de M. Raffaëlli y ont plus de titres : voici trois hommes politiques, dont un, au moins, peut être sûr que son nom demeurera longtemps notoire : c'est M. G. Clemenceau, tel qu'il était en 1883 ; les autres sont M. Pichon (1883 aussi), et M. Millerand (1885). Voilà de plaisantes images, très vivantes, spirituellement croquées, d'un pinceau libre et sûr. On n'a pas moins de plaisir à revoir là, l'Edmond de Goncourt d'Eugène Carrière, aujourd'hui en la possession de M. Albert Besnard. Les traits du maréchal des Lettres françaises vivent à jamais sur cette toile, où le peintre poète des Maternités les a fixés dans leur hautaine distinction, dans leur lumineuse et fine expressivité. Whistler est là également, peint par M. Boldini. Ressemblance momentanée, pas éternelle, fragmentaire, pas intégrale. Il y avait en Whistler une autre gravité, plus d'intelligence, plus de profondeur; il avait, il est vrai, ce maniérisme, ces raffinements de gestes et d'expression, mais c'était là le superficiel de son être; l'intimité du maître --- Photo Moreau frères. INGRÉS. — PORTRAIT DE Mme CH. GOUNOD (dessin) (Appartient à la baronne de Lassus, née Gounod) (Exposition de Bagatelle)
SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS SALON DE 1908 La Société des Artistes français a le désir de se moderniser. Est-ce en vue de la fusion des deux Salons officiels, dont on commence à beaucoup parler? Toujours est-il qu'elle accueille ici et là des œuvres un peu osées, signées d'inconnus. Elle crée aussi une salle de musique et appelle à elle les poètes. On les voit, ils déclament leurs vers: les hommes, devant une assemblée de dames attendries; les muses, sous les regards d'admirateurs séduits par la grâce de la diseuse et le charme de sa toilette raffinée. Autre chose: la Société des Artistes français s'essaye, elle aussi, aux rétrospectives et, dans une salle un peu triste et reculée, il est vrai, elle joint à des portraits, esquisses et dessins d'Alexandre Cabanel, des plâtres et des maquettes d'Ernest Barrias. De celui-ci, il y a peu à dire; il est décédé d'hier et il serait prématuré de situer sa place dans le mouvement d'art du xixe siècle. Alexandre Cabanel intéresse davantage. Il est mort depuis assez de temps pour que son œuvre excite la curiosité. Les portraits de femmes qu'il exécute ont déjà le charme du passé. Certains sont agréables, et c'est par eux, plus que par les grandes compositions, que son nom nous demeurera. On remarque surtout le gracieux portrait de Madame Paul Hély d'Oissel, une toute jeune femme aux beaux yeux et dont les épaules sont protégées par une écharpe de dentelle noire; celui de Madame Hervé, qui a la place d'honneur; ceux de Madame Philippe Gille, des comtesse de Clermont-Tonnerre et Pillet-Will, de Mesdames Cibiel et Drumont. Parmi les portraits d'hommes, les effigies du bon vieux Pacini, de M. Paton et de M. Pierre Cabanel sont vues avec plaisir. Aucune œuvre de ce Salon n'apparaît essentielle. Mais il y a des productions importantes et par la composition et par le nom de leurs auteurs. Telle, par exemple, la Musique de M. Jean-Paul Laurens. Beethoven en est le héros. La statue du grand musicien se dresse, colossale, au milieu d'un orchestre, sur un fond de foule enthousiaste ou recueillie, tandis que vers le ciel, dans l'infinie lumière, se pressent les blanches apparitions des héros que son génie a suscités. C'est là une œuvre imposante, mais qui, malgré les dimensions de la composition, l'effort dépensé, ne saurait être considérée comme définitive. Combien M. Jean-Paul Laurens est plus captivant dans les Tyrans, la petite toile d'une archéologie si précise, qui voisine. On sait combien la décoration de la nouvelle Sorbonne occupe les peintres contemporains. La manne, abondante, n'est pas toujours tombée dans des mains talentueuses. Cependant, une certaine place a été faite aux gens de valeur. La Société des Artistes français nous en donne la preuve, puisque c'est pour la nouvelle Sorbonne que M. Henri Martin a exécuté l'Etude, grande page qui groupe dans un clair paysage méridional, sous des oliviers frêles aux troncs capricieux, de jeunes hommes et des maîtres aimés, parmi lesquels Anatole France, cadencant devant des auditeurs charmés de douces paroles. C'est aussi pour la salle des Autorités de la nouvelle Sorbonne que Mademoiselle C.-H. Dufau L. BONNAT. — PORTRAIT DE Mme J. M... (Société des Artistes français)
SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS. — SALON DE 1908 Photo A. Dupont. JOSEPH BAIL. — LE REPAS DU SOIR (Société des Artistes français)
LES ARTS HENRI MARTIN. — L'ÉTUDE. — Panneau décoratif pour la Sorbonne (Société des Artistes français) a été chargée d'exécuter deux panneaux consacrés l'un à ces sciences abstraites: Astronomie — Mathématiques; l'autre, à ces forces mystérieuses : Radioactivité. — Magnétisme. Deux commentaires terriblement ardus étaient joints à ces titres. Et cependant Mademoiselle Dufau a fait merveille; elle a résolu la question en donnant des formes — exquises — et de la couleur — finement nuancée — aux propositions des docteurs. Souslescieux constellés d'astres, chargés de nébuleuses, de beaux êtres s'aiment; des vapeurs caressées par la chaleur solaire prennent forme, se muent en un adorable anthropomorphisme. Le Repas du soir, de M. Joseph Bail, réunit en vue de l'effet de lumière accoutumé, mais toujours impeccablement rendu, les jeunes femmes à guimpe blanche qu'il place dans tous ses tableaux. Le décor est confortable et provincial. Ah! voici un artiste charmant, M. Walter Mac-Ewen. Il a surpris loin de la France, dans un coin retiré de petite ville de claire Hollande, l'émoi de trois jeunes ouvrières. L'une d'elles a reçu une lettre, une lettre d'amour. Et c'est un peu de trouble d'abord, puis des confidences ensuite. Comme la lettre, toute menue, est bien l'essentiel! Comme on sent que les jeunes yeux la scrutent, cherchent à deviner l'esprit au delà des caractères tracés! Quelques jolies œuvres intimes, encore, sont à citer: les Estampes, HENRI MARTIN. — L'ÉTUDE. — Panneau décoratif pour la Sorbonne (détail) (Société des Artistes français)
W. MAC-EWEN — CONFIDENCES (Société des Artistes français)

Ce numéro de la collection « Les Arts » présente une exposition de portraits d'hommes et de femmes célèbres (1830-1900) tenue au Domaine de Bagatelle. L'article discute la qualité des œuvres, la sélection des modèles, et met en avant des portraits de la maison d'Orléans, ainsi que des œuvres d'Ingres, Delacroix, et Winterhalter. Il aborde également le Salon de 1908 de la Société des Artistes Français, mentionnant des œuvres de Cabanel et Laurens, et conclut avec une chronique des ventes d'art de la saison.