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LES ARTS N° 44 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Août 1905 BOTTICELLI (attribué à). — LA BELLE SIMONETTA (Collection de Sir Frederick Cook)
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LES ARTS N° 44 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Août 1905 BOTTICELLI (attribué à). — LA BELLE SIMONETTA (Collection de Sir Frederick Cook)
LA COLLECTION DE SIR FREDERICK COOK, Visconde de Monserrate A Richmond La vaste collection de tableaux et d'objets d'art de Doughty House, Richmond, près de Londres, a été formée par feu Sir Francis Cook, le premier baronnet, vicomte de Monserrate en Portugal. La majeure partie fut réunie entre 1860 et 1890; il y eut peu d'additions après cette date et aucune depuis la mort de Sir Francis en 1901. Depuis lors, au contraire, il a été fait de judicieuses éliminations, et l'on peut dire que le propriétaire actuel, Sir Frederick, possède la collection particulière la plus nombreuse et la plus complète d'œuvres des maîtres anciens qui se trouve en Angleterre. D'autres collections peuvent contenir des chefs-d'œuvre plus célèbres ou des tableaux d'une plus grande valeur historique; aucune ne représente aussi complètement toutes les époques de la peinture, — l'art moderne excepté, — et son caractère général, sévère et pondéré, reflète admirablement les goûts et les prédilections de son distingué fondateur. Le noyau de la collection (une centaine de toiles) fut acheté en bloc à Sir J. Charles Robinson, le curateur des galeries de peinture de feu la reine Victoria, dont Sir Francis Cook consulta les lumières et rechercha les avis dans toutes les acquisitions qu'il fit plus tard. Il ne reste qu'un petit nombre de ces premiers tableaux, car, comme tous les collectionneurs avisés, Sir Francis améliorait constamment l'ensemble de sa collection en se débarrassant des œuvres inférieures et, comme le nombre des tableaux croissait rapidement, il fallait faire de la place en sacrifiant judicieusement les moins précieuses des premières acquisitions. Néanmoins il fallut ajouter des galeries aux galeries jusqu'à ce que la collection prit les vastes proportions qu'elle a actuellement; et, dans ces deux dernières années, il a fallu faire de nouvelles modifications, de façon à gagner de l'espace et à permettre une disposition plus avantageuse des tableaux. Quelques-uns des chefs-d'œuvre de la collection sont si connus et ont été si souvent gravés dans les catalogues illustrés, les journaux et les revues, qu'il a paru plus intéressant de reproduire ici un certain nombre des œuvres les moins connues. Nous citerons, parmi les premiers, les tableaux célèbres, tels que les Trois Maries au Sépulcre, d'Hubert Van Eyck, la Madone à l'Iris, d'Albert Dürer, et la Femme aux Omelettes, de Velasquez. Il nous semble également inutile de reproduire les trois
Photo Brown, Clément & Cie. TINTORETTO (JACOPO ROBUSTI dit). — PORTRAIT D'UN SÉNATEUR VÉNITIEN (Collection de Sir Frederick Cook)
LES ARTS Rembrandt, c'est-à-dire le Portrait de la Sœur de l'Artiste, le Portrait d'Aloïte Adriaans et l'Intérieur avec l'Histoire de Tobie. L'exposition récente à Paris de la Femme au Bain (Gabrielle d'Estrées, peut-être), par François Clouet, a familiarisé le public avec une remarquable œuvre française, de même que la nouvelle publication de l'Arundel Club a fait connaître à un grand nombre d'amateurs de l'art italien l'important tondo de l'Adoration des Mages de Filippo Lippi et la touchante Pietà de Moretto de Brescia. La petite predella de Raphaël, avec une scène de l'histoire de saint Nicolas de Tolentino, a un intérêt historique considérable, car elle est (avec un fragment correspondant à Lisbonne) tout ce qui reste d'un retable jadis fameux, peint dans sa jeunesse par Raphaël pour Città di Castello. Elle a été reproduite, il y a quelques années, dans la Gazette des Beaux-Arts. On peut citer parmi les autres belles œuvres italiennes de la collection, la Sainte Famille de Fra Bartolommeo, signée et datée de 1516 qui, avec la Sainte Famille, appartenant au comte Cowper, représente dignement ce maître dans les galeries particulières d'Angleterre, et rachète la pauvreté du spécimen que possède la National Gallery; le Christ couronné d'Épines d'Antonello da Messina ou Solario; le Mars, Mercure et Bellone de Paris Bordone et le retable avec la Nativité (signé et daté de 1534) de Perino del Vaga. De Signorelli il y a deux admirables fragments d'un Baptême qui sont supérieurs à tout ce qu'on voit à la National Gallery; de Crivelli une ravissante Madone et d'Ercole de Roberti, Médée et ses Enfants, d'un superbe coloris et d'un beau dessin. Mais il est temps d'arriver aux œuvres reproduites ici. Commençons par les Italiens et quelques peintres Espagnols et Français. Les deux saints, Michel et Bernard de Fra Filippo Lippi, ne sont pas seulement des œuvres d'une grande beauté; ils ont aussi la plus haute valeur historique. Il est peu de peintures du xve siècle dont l'authenticité soit aussi parfaite, car nous possédons une lettre autographe de l'artiste, adressée à Jean de Médicis, en date du 20 juillet 1457, dans laquelle il donne une description et un petit croquis de la composition entière, où l'on voit une madone et des anges entre ces deux saints. Il serait intéressant de retrouver la partie centrale et de reconstituer ce triptyque dans son cadre gothique. Ces deux saints proviennent d'une collection particulière de Madrid et, avec l'important tondo du même peintre, font d'une visite à la collection de Richmond un pèlerinage obligatoire pour ceux qui étudient l'art de Fra Filippo Lippi (1). On pourrait croire que Burne-Jones a été inspiré par le saint Michel, car il est des œuvres de maître moderne qui présentent beaucoup de traits communs avec ce tableau au point de vue du sentiment artistique et même du coloris. Quoi qu'il en soit, on ne peut nier que le saint de Fra Filippo ne soit une des plus belles créations de l'art florentin. (1) Cependant M. Edward Strutt, qui prétend être le dernier des biographes de Filippo, ne fait même pas mention de ces tableaux. Photo Brown, Clement & Co. FRA FILIPPO LIPPI — SAINT BERNAUD ET SAINT MICHEL (Collection de Sir Frederick Cook)
LA COLLECTION DE SIR FREDERICK COOK Photo Brown, Clément & Co. TITIEN (attribué au). — PORTRAIT D'UN JEUNE CHEVALIER DE MALTE (Collection de Sir Frederick Cook)
LES ARTS Pour nous en tenir toujours à cette école, mentionnons le séduisant portrait de femme, dit Bella Simonetta, attribué à Botticelli. C'est incontestablement un des plus attrayants des portraits qui passent pour la représenter; par le coloris et le sentiment, il attire l'admiration du spectateur comme autrefois celle de Laurent de Médicis. Bien que, par les traits, il diffère un peu du portrait de Chantilly qui porte son nom, il n'est pas impossible de concilier les deux effigies si l'on tient compte du fait qu'ils sont dus à deux artistes différents, et surtout si l'on se souvient de la puissante personnalité de l'être étrange que fut Piero di Cosimo, lequel a dû communiquer à son modèle quelque chose de sa nature romanesque. D'ailleurs, le portrait de Richmond est moins un portrait qu'une brillante improvisation sur une jolie femme, jointe à une allégorie qui n'est pas facile à interpréter. On peut certainement affirmer l'identité de la Dame de Sebastian del Piombo avec la fameuse Fornarina du même artiste qui est au Musée des Offices. Même type et même attitude dans les deux tableaux, bien que celui de Richmond soit antérieur à l'autre de quelques années. On en peut fixer la date avec exactitude car, au point de vue du coloris et de l'ordonnance générale, cette dernière œuvre se rapproche de la Fille d'Hérodiade, prêtée par M. Salting à la National Gallery et qui est datée de 1510. La Dame de Richmond, qui a l'attitude d'une Madeleine, a donc été peinte par Sebastian del Piombo, alors qu'il était encore élève du Giorgione à Venise, et ce tableau fournit un point de comparaison important pour ceux qui veulent se faire une idée juste de l'art de Sebastian del Piombo au début de sa carrière. Le Sénateur du Tintoret est un bel exemple de la peinture vénitienne de la fin du xvie siècle ; il est plein de vigueur et de caractère. Il est instructif de comparer ce portrait d'un vieillard, largement et puissamment traité, avec celui d'un faire plus guindé, mais non sans noblesse, d'un jeune patri- cien, désigné sous le nom de Chevalier de Malte, attribué non sans raison au Titien, bien que, en réalité, fort peu dans sa manière. A la vérité, ce jeune noble vient de Florence et non de Venise, et malgré la signature TITIANVS (évidemment ajoutée après coup), il faut chercher le peintre parmi les disciples du Bronzino et de Pontormo. Il est probable que nous nous trouvons en face d'une œuvre de Francesco Salviati, dont l'é- lève, Giuseppe Porta, surnommé aussi Salviati, a fait de ce portrait une réplique qui est au musée de Berlin. Van Dyck a fait dans son album (aujourd'hui à Chatsworth) un croquis de cette toile, ce qui prouve que ce charmant tableau avait alors pour les Flamands le même attrait qu'il a de nos jours pour les gens du Nord. Une étrange et atti-rante Tête du Christ, une des plus émouvantes et desplus impressionnantes qui existent, nous ramène à Venise. On dirait presque que c'est un por-trait; peut-être l'auréole qui l'entoure a-t-elle été ajoutée après coup pour donner un caractère sa-cré à ce qui n'était à
Photo Brown, Clément & Gie. SODOMA (GIOV. ANT. BAZZI dit). — SAINT GEORGES ET LE DRAGON (Collection de Sir Frederick Cook)
LES ARTS l'origine qu'une simple ressemblance. Ce qui donne un intérêt particulier à cette supposition, c'est l'analogie des traits du modèle avec ceux d'Albert Dürer, et ce problème devient encore plus intéressant quand on a constaté que l'auteur de cette tête est Jacopo de Barbari. Cela semble prouvé par un mélange de styles du Nord et de Venise, et par le caractère général de l'œuvre qui rappelle le maître du Caducée. On a aussi attribué cette œuvre à Lotto ou à Cima, et on lui a prêté une origine milanaise, mais il y a de puissantes raisons pour combattre ces opinions, et le sentiment général confirme l'attribution qu'on en a faite à Barbari. Quant à savoir s'il convient d'établir un rapport à ce sujet entre le nom de Dürer et celui de Barbari, c'est une énigme dont le mot est encore à trouver. Sodoma est représenté par une belle peinture, Saint Georges et le Dragon, dans laquelle il a déployé de grandes qualités d'imagination. Sauf à Sienne, cet artiste ne peut être jugé nulle part mieux qu'à Richmond, car aucune galerie européenne ne possède de lui une œuvre comparable à celle-ci pour la beauté du coloris et le charme délicat du paysage. Le manteau de saint Georges, d'un rouge flamboyant, jette une note éclatante de défi dans la composition, et si le cheval paraît appartenir à la race porcine, le sujet n'est-il pas du domaine de la légende ? Des documents existants prouvent que ce tableau a été peint par Sodoma en 1518. Voici, par Césare da Sesto (comme Sodoma de l'école milanaise originellement), un retable qui est son œuvre la plus considérable après le polyptyque de Melzi. Son art, milalais, vénitien et romain, y est résumé en éléments fort reconnaissables qui donnent une impression de décousu peu agréable. Césare da Sesto fut le premier des éclectiques et finit ses jours en Italie méridionale, dans un milieu conforme à son caractère. Ce tableau, comme celui de Naples, paraît avoir été peint pour une église de Messine ; on voit encore aujourd'hui, amusée de Palerme, une curieuse transcription de cette composition. La Vierge et l'Enfant sont dérivés de Léonard de Vinci ; le saint Georges est emprunté à Paris Bordone, et ensuite au saint Georges de Castelfranco, du Giorgione. Les bas-reliefs et les saint Jean-Baptiste rappellent Raphaël et la dernière manière des Stanze. Certes, il fallait un génie supérieur à celui de Césare da Sesto pour faire de tous ces éléments disparates une œuvre réussie. Et malgré tout, le caractère ambitieux de cette œuvre, joint à une certaine majesté, a une certaine sobriété dans le coloris, fait de ce retable le tableau principal des dernières années de l'artiste. La galerie de Richmond renferme aussi un exemple capital de sa première manière, un Saint Jérôme peint sous l'influence directe de Léonard de Vinci. L'Inspiration de saint Jérôme, traitée d'une façon si remarquable et si originale, fait penser au Corrège, et c'est
LA COLLECTION DE SIR FREDERICK COOK LE PÉRUGIN (attribué au). — LA FLAGELLATION DU CHRIST (Collection de Sir Frederick Cook)
LES ARTS comme étant de lui que ce tableau a été gravé dans la galerie de Le Brun; il passa ensuite dans la collection de Sir Thomas Baring, à qui Sir Francis Cook l'acheta, il y a bien des années. Il n'est guère douteux maintenant que ce tableau est l'œuvre d'un habile élève du Corrège, Rondani, dont on voit des peintures authentiques à Parme et ailleurs. Les inscriptions dans le coin et sur la banderole sont incompréhensibles et ont probablement été défigurées quand le tableau a été restauré. Passant à l'Italie centrale, nous constatons que Signorelli est admirablement représenté par deux fragments de ce qui a dû être un Baptême du Christ. Ces figures révèlent si parfaitement les meilleures qualités de ce grand maître, qu'on doit préférer ces fragments à tous les exemples que possède la National Gallery. Nous en reproduisons un dans lequel il est intéressant de noter le motif de l'homme qui se dévêt, motif qui se retrouve dans le Baptême du Christ de Piero della Francesca, qui est à la National Gallery. Mais Signorelli montre des connaissances anatomiques bien supérieures, et réussit à faire, d'un incident banal, une chose d'une grande beauté. Ces fragments sont fort bien conservés et ne sont inférieurs à aucune des œuvres de Signorelli. Le Portrait d'une Dame, attribué, suivant la tradition et comme tous les profils de cette époque, à Piero della Francesca, a donné lieu à bien des hypothèses. Quelle est cette femme à la coiffure bizarre? Quel artiste peignait de cette façon? La difficulté est telle que les critiques ne peuvent se mettre d'accord sur l'école à laquelle appartient ce portrait, et encore moins sur l'identité du modèle. Ce tableau est-il vénitien, ombrien, florentin, siennois? Chacune de ces écoles a ses partisans. Une chose, en tout cas, semble claire, c'est que ce n'est pas le portrait d'Isotta de Rimini, comme on le désignait quand il figurait dans la collection Barker, et qu'il n'est pas l'œuvre de Piero della Francesca. Et cette constatation négative faite, on ne peut en dire autre chose à présent. Pour finir, nous reproduisons, parmi les œuvres des maîtres italiens, un charmant petit tableau de l'Italie centrale, représentant la Flagellation du Christ. Autrefois, quand il figurait dans la collection Northwick, il passait pour un Raphaël, attribution que la critique moderne repousse. Il est malaisé de dire s'il est du Pérugin ou de Lo Spagna. Le fait est que ce petit tableau est d'une si exquise facture que ces deux noms ne nous satisfont pas. Nous sommes en présence d'une autre énigme qui vaut la peine d'être devinée. La même incertitude plane sur l'Apollon et Marsyas, du Louvre, œuvre comparable, sous bien des rapports, au tableau de Richmond; et si la première de ces œuvres est, comme bien des critiques l'affirment, du Pérugin, la seconde peut l'être également. Au point de vue du fini de l'exécution et de son état de conservation, cette peinture est des plus remarquables; elle attire par la beauté du coloris beaucoup plus qu'on ne pourrait le croire à la vue de la reproduction, qui fait apparaître la pauvreté du dessin de certaines parties. Il va sans dire que ces douze tableaux sont loin d'épuiser la série intéressante d'œuvres italiennes que possède la collection de Richmond, car, outre les neuf autres peintures importantes dont Photo Brown, Clement & Co. CESARE DA SESTO. — LA VIERGE ET L'ENFANT, ENTRE SAINT JEAN-BAPTISTE ET SAINT GEORGES (Collection de Sir Frederick Cook)
LA COLLECTION DE SIR FREDERICK COOK Photo Braun, Clément & Cie. VELASQUEZ. — MENDIANT ESPAGNOL (Collection de Sir Frederick Cook)

Ce numéro de la collection "Les Arts" présente la collection d'art de Sir Frederick Cook à Richmond, en Angleterre. Il met en lumière des œuvres de maîtres anciens tels que Botticelli, Tintoret, et Titien, ainsi que des peintures italiennes et espagnoles moins connues. L'ouvrage aborde également le tableau "Samson trahi par Dalila" de Rembrandt, récemment acquis par le musée Stadel de Francfort.