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First pages of the volume, freely accessible.
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1re Année - N° 10
2e 50
15 Mai 1925
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REVUE BI-MENSUELLE DES AMATEURS ET DES ARTISTES
ÉDITÉE PAR LES
“NOUVELLES LITTÉRAIRES”
L’ART VIVANT
ARTS DÉCORATIFS ET APPLIQUÉS
PEINTURE • LE LIVRE • SCULPTURE
LES ARTS DE LA FEMME
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LE SALON DES TUILERIES
Par Florent FELS
LE SALON DE « L’ARAIGNÉE »
Par CHARENSOL
L’Art des Jardins . . . . . . Georges Truffaut.
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L’art du Maquillage . . . . . Charensol.
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La Beauté du Navire . . . . G.-J. Gros.
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Les abat-jour . . . . . . . . Edmée.
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Esthétique de la foire . . . . Legrand Chabrier.
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Ouvrages d’art . . . . . . . . J.-G. Goulinat.
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Créatrices d’art moderne . . Gabrielle Rosenthal.
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Faits divers.
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Girls . . . . . . . . . . . . . André Levinson.
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Les grandes ventes . . . . . Charles Bourgeat.
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Technique picturale . . . . J.-G. Goulinat.
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A travers le monde
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Orfèvrerie et cristallerie . . Gabriel Mourey.
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Informations. Calendrier des Expositions.
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Directeurs-Fondateurs : JACQUES GUENNE et MAURICE MARTIN DU GARD
Rédacteur en Chef : FLORENT FELS.
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Vente et Administration :
LIBRAIRIE LAROUSSE
13-17, Rue du Montparnasse
PARIS
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Moderne : La Flandre — La Hollande — L’Espagne — La Monarchie
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1re Année - N° 10. 2 fr. 50 15 Mai 1925
L'ART VIVANT
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Téléphone : CENTRAL { 97-16
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Rédacteur en chef :
Florent FELS
Revue Bi-Mensuelle des Amateurs et des Artistes
Éditée par les "Nouvelles Littéraires"
DIRECTEURS-FONDATEURS :
Jacques GUENNE et Maurice MARTIN DU GARD
ABONNEMENTS :
Un an : France 58 f. Étranger 75 f.
Six mois : — 30 f. — 38 f.
ÉDITION DE LUXE
Un an : France 110 fr. Étranger 150 fr.
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L'ART DES JARDINS
Si vous voulez entrer dans les bonnes grâces d'un jardinier,
fût-ce un simple planteur de choux, assurez-le que vous le
considérez comme un artiste;
il ne saura rien vous refuser
quand vous lui aurez accordé
un titre qu'il s'est depuis
longtemps donné à lui-même,
mais qu'à son avis l'usage
ne consacre pas assez.
Aussi bien ce planteur de
choux a-t-il raison. Car plan-
ter des choux, ce n'est pas
uniquement les mettre en
terre à la profondeur et à
la distance que prescrivent
la pratique et la science.
C'est, par surcroît, les ali-
gner en belles files qui don-
nent au carré ou au champ,
d'où qu'on vienne, la pers-
pective que souhaite l'es-
prit. Ainsi celui qui plante
choux, comme disait Pa-
nurge, n'accomplit pas seu-
lement une tâche paisible,
pleine de sécurité, et envia-
ble au navigateur assailli par
la tempête. Son œuvre satisfait
à toutes les définitions
classiques de l'art. Les mêmes lois régissent la planta-
tion des choux et la construc-
tion des Parthénons. Le
cordeau doit prendre place
à côté du pinceau, de la
règle ou de la lyre, et il
nous faut dénouer la ronde
des muses pour faire entrer
dans leur choeur la Muse
UN JOLI COIN DANS LE JARDIN NATUREL
DES ÉTABLISSEMENTS GEORGES TRUFFAUT.
— i —
des Jardins — non pas celle de Delille grande dame à pa-
niers et à périphrases, qui ignore l'art de jardinage plus
encore que l'art de poésie — mais une muse maraîchère,
qui porte sabots, agit plus
qu'elle ne parle, sait tailler
et planter, et nomme le fu-
mier par son nom.
L'art du planteur de choux
crée les jardins à la française ;
il enseigne la géométrie aux
buis, aux ifs, ou aux plan-
tes à feuilles colorées ; il
conduit les espaliers, et les
contre-espaliers ; il range les
légumes selon la loi du nom-
bre, et il dispose les fleurs
selon l'ordre qui leur sied.
Mais il n'est point d'art
classique qui n'aît un frère
ennemi épris de contrastes
et de désordre apparent. Le
jardinier romantique, qui, à
vrai dire, a lu Jean-Jacques
plus que Victor Hugo, fait
éclater tout Quatre-vingt-
treize à travers le jardin.
Il proclame l'indépendance
de la plante, consacre ses
droits, et rend aux arbres
leurs branches et leur liberté.
Il traite la symétrie comme
un ci-devant, et s'il a
gardé son cordeau, c'est seu-
lement pour l'aider à tracer
des courbes, car, déclare sa
Constitution, la ligne droite
est la ligne la plus laide d'un
point à un autre.
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L'ART VIVANT
Rien pourtant n'est hasard dans cet art qui se prétend révolutionnaire, et l'ordre y trouve sa place dans le désordre étudié. Appliqué par un artiste habile, ce dessin romantique du jardin exige une connaissance des plantes, de leurs besoins et de leurs effets, qui dépasse de loin celle que suppose l'art classique. Il s'agit d'utiliser non plus quelques plantes consacrées, mais la multitude des plantes cultivées, de choisir et de varier, de disposer chaque plante en tenant compte de ses exigences, de son port, de l'époque de sa plus grande beauté, de la nuance de son feuillage, de ses fleurs et de ses fruits. Il faut en somme composer un tableau à venir avec des lignes et des couleurs que le soleil créera peu à peu. Il faut escompter l'œuvre de la nature et collaborer avec elle par avance. Ainsi l'émailleur attend l'aide incertaine du feu.
Combien la perfection en cet art est malaisée, l'expérience quotidienne le prouve. J'ai toujours aimé errer dans ces rues des villes qui sont proches des champs, et m'arrêter, malgré les aboiements des chiens, aux grilles ou aux démocratiques barrières de châtaignier. Chaque jardin est une œuvre, bonne ou mauvaise, où s'affirme un tempérament autant qu'en une peinture ou en un poème, et les promenades en banlieue révèlent l'art autant que les visites aux musées ou aux bibliothèques.
Il est des jardins ordonnés, solennels et froids, mais qui, s'ils s'ouvrent devant des hôtels aux belles lignes, deviennent majestueux et graves — des jardins échevelés, sauvages, encombrés de lilas et de sureau, qui habillent joliment des hermitages de bois et de chaume — les jardins internationaux où la pelouse est anglaise, le parterre français et le bassin japonais. Les uns sont touffus comme des pépinières, d'autres, nus comme des places publiques ou hérisssés de statues comme le Père-Lachaise. Les uns sont tellement dallés qu'ils ne sont plus que pierre, d'autres ne sont qu' ciment, ou graviers, ou rochers en carton. Les uns sont des terrains vagues, les autres des squares. Et il en est encore où s'arrondit, entre le perron bourgeois et la cuvette aux trois poissons rouges, la boule couleur d'argent, symbole de la médiocrité satisfaite, qui concentre en elle l'univers et le déforme.
Ces œuvres d'art, inégales mais vivantes, appartiennent à toutes les écoles: Sous les nuages couleur de perle, la ligne lointaine et pure d'une muraille d'if devant des arabesques de buis à l'accent mélancolique et racinien d'une passion contenue. Une guirlande harmonieuse de roses blanches sur une pergola est comme une strophe claire de Lamartine. L'intime solitude des jardins herbus et clos de lierre fait songer à Sully-Prudhomme, et à Samain ou à Henri de Régnier ce jet d'eau parmi les troènes qui se lamente et s'élève et retombe d'un effort vain. Un groupe de roses trémières ou d'ancolies, c'est une page naïvement mièvre de Francis Jammes, tandis que ces tulipes jaunes vif, précises comme une enluminure, sont pareilles à un rustique chant de trouvère :
Au jardin y eut une flor
Qui plus luiait que ne fait or.
Je me contenterai de rappeler, aux jardiniers improvisés à qui le métier est difficile et ingrat, les principes les plus sacrés de l'art horticole. J'en ai compté jusqu'à sept. Vous en méditerez un chaque jour de la semaine, et quand vous serez au dimanche vous recommencerez jusqu'à ce que ces vérités vous soient à tout jamais évidentes.
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L'ART VIVANT
UN GROUPE DE TULIPES DE DARWIN.
DE LA ROSERAIE GEORGES TRUFFAUT A VERSAILLES.
I. — Si vous habitez quelque bel hôtel à lignes sévères au milieu d'un parc, si vous avez une large terrasse devant de grands horizons, le jardin à la française vous est permis. Mais si vous disposez de vingt mètres carrés devant votre pavillon de meulière ou de briques, n'essayez pas plus de copier Lenôtre dans votre jardinet que de planter au milieu d'un massif une réduction en terre cuite de la Tour Eiffel.
II. — N'imitez pas cette jeune femme qui ne consentait à avoir des enfants qu'à condition qu'ils vinssent au monde tout élevés. Si vous voulez un jour avoir de grands arbres, résignez-vous d'abord à en planter de petits.
III. — Ne prenez pas votre jardin pour un compartiment du métro, ni les plantes pour des êtres compressibles. Ne dites pas « il y aura toujours de la place pour celle-ci » car le nombre des fleurs dans un jardin est limité par des règlements qui ne sont sans doute pas près d'être rapportés.
IV. — Si votre jardin est interdit au soleil, prenez-y le frais en été, mais n'essayez pas d'y faire mûrir des dattes ou des bananes, ni même d'y faire fleurir des roses.
V. — On ne connaît pas encore une seule plante qui se nourrisse du suc des pavés ou de la substance des plâtras, des moellons ou des tessons de bouteilles.
VI. — Les plantes en pots ne vivent pas d'amour et d'eau claire : donnez-leur d'abord à manger.
VII. — Si d'ailleurs vous ne nourrissez pas vos plantes, attendez-vous à votre tour à la célèbre mésaventure de ce paysan qui vit mourir son âne, précisément au moment où il l'avait accoutumé à vivre sans manger.
Georges TRUFFAUT.
PARC DE VERSAILLES. UNE VUE DES JARDINS A LA FRANÇAISE.
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L'ART VIVANT
La BEAUTÉ du NAVIRE
L'architecture navale apparaît comme ayant eu une très lente évolution. Cela tient à ce que dans les deux périodes au cours desquelles elle s'est développée, période de la construction en bois et période de la construction en fer, la première qui se termine à une époque relativement récente, vers le milieu du xix° siècle, la transforma moins au cours des âges que la seconde période en ces quatre-vingts dernières années. Celle-ci peut d'ailleurs se subdiviser elle-même puisque dès 1859, l'acier a remplacé le fer dans la construction des bâtiments dont le vaisseau cuirassé La Gloire fut le premier des types.
Longtemps encore après l'invention de la vapeur en 1829, il faut tenir compte que tout bâtiment était armé et construit en prévision de l'attaque et de la défense, mais que du jour où le souci de la lutte abandonna les navigateurs, la ligne des bateaux (et nous faisons abstraction de l'apport nouveau des matériaux employés à la construction) subit dans son ensemble des modifications plus rapides.
Notre musée de la Marine possède une belle collection de modèles des constructions en bois. Ils s'échelonnent depuis les temps les plus reculés dont il nous est possible de remonter le cours jusqu'à l'apogée de la marine à voiles, vers 1840. Ce n'est pas dire cependant que le nombre de ces modèles soit d'une variété considérable, car les bois qui servaient à la construction des bateaux étaient choisis des années à l'avance, conservés préalablement dans les fosses pleines d'eau des arsenaux, ou dans des sables vaseux. Il importait que ces bois ne puissent plus se déjeter une fois mis à l'usage. Pour cette même raison les navires restaient de six à dix ans sur le chantier, ce qui explique que leurs formes risquaient peu de se modifier et que les types de bateaux longtemps restaient les mêmes.
NORTH. LA CHASSE A LA BALEINE
La marine à rames, la plus ancienne de toutes, a duré jusqu'au xviii° siècle. Les caractéristiques des navires à rames ou galères furent fixées par les Égyptiens. Un archéologue naval Jal a écrit : « La galère subtile du xvii° siècle est une tradition assez fidèle de la galère égyptienne du xve° siècle avant Jésus-Christ ». Longue et étroite la galère n'avait qu'une
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L'ART VIVANT
LE SANTA MARIA, NEF DE CHRISTOPHE COLOMB, XV° SIÈCLE.
faible profondeur. La voilure carrée ou triangulaire offrait peu de surface et ne servait qu’avec les vents favorables. La galère comptait parfois jusqu’à cinq rangs superposés de rameurs.
Le bas-relief de l’Acropole représente la partie centrale d’une trièr. Celle qui figure au musée de la Marine est la reconstitution par l’amiral Serre d’une trièr athénienne la Sofia (iv° et v° siècles avant Jésus-Christ).
Notons également dans la marine antique la galère romaine sensiblement pareille à la galère grecque.
Les bateaux Scandinaves (année 1578) dont quelques-uns furent trouvés presque en entier dans le tombeau des rois offrent quelque analogie avec les chaloupes des Vikings (Scandinavie viii° et ix° siècles). Les Vikings avaient aussi des drakkans, bâteaux de quarante mètres souvent pontés et portant un château à l’avant et à l’arrière.
De tous les types de galère du xviii° la Réale (1690 à 1715) offre le plus beau des modèles. On appelait ainsi la galère amirale destinée au général des galères. Elle était munie à l’avant d’un éperon effilé. Elle se distinguait en dehors de ses affûts nombreux par un logement élevé à l’arrière, appelé carrosse orné de sculptures et d’étoffes somptueuses qui retombaient presque jusqu’à la mer. Derrière le carrosse s’élevait le gouvernail. La mûture se com-
BATIMENT DE GUERRE DES VIKINGS. (SCANDINAVIE, VIII° ET IX° SIÈCLES)
LA COURONNE» VAISSEAU DE 72 CANONS CONSTRUIT A LA ROCHE-BERNARD EN 1638.
Les sculptures de la Réale s’étalaient à profusion à l’arrière et à l’avant du bateau. Puget qui était le chef du service de la décoration à l’arsenal de Toulon en exécuta la plupart ainsi que Lagrange. Le peintre Le Brun collabora aussi à l’ornementation des vaisseaux ainsi que le démontre une lettre de Colbert : « …Je suis bien aise que le sculpteur de la Pêle soit arrivé… Vous devez observer surtout que le sculpteur ne doit pas s’éloigner du dessin de Le Brun qui est assurément le plus beau. »
Il y eut aussi des galères à double châteaux avant et arrière que l’on nommait les galiasses (début du règne de Louis XIV). Ces bâtiments étaient d’origine vénitienne et l’idée première en est attribuée au constructeur Bressano. Plus hauts que les galères ordinaires ces bâtiments rendaient leur abordage difficile et le nombre de leurs canons latéraux augmentait leur puissance.
VAISSEAU A RAMES. 1785
Comme la marine à rames celle à voiles remonte aux époques les plus reculées. Mais elle n’atteignit guère son apogée qu’au bout de trente siècles de son développement. Beaucoup plus haut que la galère le bateau à voiles voit ses flancs dégagés et libres de tout appareil de propulsion. La caractéris-
LA GLOIRE
LANCÉE EN 1859, C’EST LE PREMIER DES NAVIRES CUIRASSÉS.
AMERICAN
QUI VOYAGEAIT SUR LE MISSISSIPPI VERS 1830.
LE SOLEIL-ROYAL» VAISSEAU DE 104 CANONS, PRIT PART SOUS LE C° DE TOURVILLE A LA BATAILLE DE LA HOGUE, 1632.
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L'ART VIVANT
VOILIER BRITANNIQUE
tique des bateaux à voiles au temps de Louis XIV est qu'ils sont tous surmontés à l'arrière d'un château magnifiquement orné par des sculptures dues à des maîtres du ciseau. La poulaine et le taille-mer sont très décorés également. Les sabords ont intérieurement les mantelets peints en rouge et les dorures courent tout le long du navire.
Sous Louis XV les vaisseaux ont un aspect déjà assez moderne et qui se rapproche bien mieux des bateaux à voiles du XIXe siècle que de ceux de l'époque du grand roi. Ces vaisseaux ont l'avant plus relevé, les extrémités sont plus fines, moins lourdes d'ornements. Seule une dunette surélevée du gaillard en pente émerge du château arrière. Les flancs du navire se rétrécissent. Entre les batteries et les gaillards la peinture est bleue avec entourage d'un cordon doré. Les lignes de batteries sont marrons. Les mantelets des sabords sont rouges. Sobriété et élégance. L'architecture prend de la race.
L'ensemble du bateau est encore moins orné sous Louis XVI, un règlement de 1785 ayant supprimé la figure d'avant « pour la remplacer par un écusson fleurdélisé ». Dorures et peintures ont disparu.
Les figures avant reparaissent à la fin du premier empire, mais l'ornementation se réduit à la peinture noire avec les lignes de batteries jaunes.
Sous Louis-Philippe la mode est venue du bateau bien ras sur l'eau très droit, surmonté de trois mâts effilés et nus. « Pour allonger à l'œil le corps des vaisseaux, les lignes blanches (et non plus jaunes comme sous l'empire) des batteries sur lesquelles les sabords dessinent leur noir échiquier se prolongent maintenant sur l'éperon et sur les bouteilles dont elles sabrent impitoyablement les sculptures (*). » On constate également l'augmentation de la voilure et l'allongement des mâts.
A l'avènement de la vapeur le type des vaisseaux subit une modification radicale.
La coque munie des roues à aubes qui actionne la machine apparaît quelques temps encore assez volumineuse, mais dès 1841, date de l'invention de l'hélice le navire modifie à nouveau sa forme et devient tel que nous le voyons aujourd'hui tendant de plus en plus à la sobriété et à la simplicité de ses lignes.
Actuellement, les paquebots sont devenus des « Palaces » flottants, à bord desquels l'homme moderne passe des semaines, souvent des mois, quelquefois la moitié de son existence. Il importait donc que ces bâtiments fussent construits et aménagés à la manière des grands hôtels, et sinon plus richement que ceux-ci, du moins avec un ensemble de commodités et même d'agréments qu'il serait difficile de trouver, si
U.S.S. « MISSISSIPPI », DANS LE CANAL DE PANAMA
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L'ART VIVANT
U.S.S. «CALIFORNIA» ET SON HYDRAVION
diversement réunis, dans un hôtel des capitales. Piscine, manège, théâtre, salle de concert, nursery, chapelle, grands et petits salons, salle de jeu, fumoir, salle à manger, etc., s'ordonnent ici selon les conceptions de nos meilleurs architectes. Il s'est agi de tout caser dans une coque oblongue, gigantesque mais fine, énorme mais proportionnée sans que rien ait été négligé dans l'étude minutieuse de ses plans.
Extérieurement cependant, le paquebot, comme presque tous les bâtiments marins à quelqu'époque qu'ils appartiennent, révèle une magnificence et une beauté de lignes avec lesquelles les aménagements intérieurs ne peuvent encore rivaliser. Il est vrai que la mer, le ciel qui la rejoint, le nuage, le mouvement des vagues ajoutent à la majesté du navire
Quant à l'aménagement des paquebots, il a subi presque jusqu'à nos jours le goût de décorateurs surannés. Au siècle de la vapeur, de l'électricité, de l'avion, de la T.S.F; on a continué à tourmenter d'Henri II, de Louis XV, XVI et leur descendance, le bras des fauteuils du salon des premières, les dorures des plafonds, les rampes du grand escalier et les cabines de luxe.
Les tentatives du «modern-style» n'ont guère amélioré non plus l'aspect intérieur de nos bateaux. Les dessus de portes en paraphes ou les pieds de table en arabesques n'ont en effet rien apporté d'heureux dans le renouvellement de l'esthétique du navire.
Aujourd'hui, un goût sobre et plus sûr tire de beaux effets de l'architecture d'une ville flottante. Les longues galeries rectilignes, les meubles nets, précis dans leur destination, l'harmonieuse perspective des salles, le poli du cuivre, des bois rares, plats et brillants, dans des cabines qui semblent toujours neuves avec leurs armoires parallèles et leurs larges hublots ; tout cela a fait du paquebot un bâtiment qui correspond bien dans sa conception aux nécessités de l'esthétique actuelle.
Cuirassés, moderne marine à voiles ou marines à vapeur, de tous les navires le paquebot se classe, indépendamment de son luxe, de son confort et de ses perfectionnements scientifiques, comme la plus parfaite réalisation connue jusqu'à nos jours de l'architecture navale. Il est probable qu'il devienne un jour, vu la diversité de ses compartiments, le mouvement type de l'architecture tout entière.
GABRIEL-JOSEPH GROS.
VOILIER BRITANNIQUE
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S. S. PARIS. Le grand escalier du fumoir,