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31e ANNÉE - TOME XXXII Nouvelle Série FONDATEUR Armand DAYOT --- L'ART ET LES ARTISTES ART ANCIEN, ART MODERNE ART DÉCORATIF --- DIRECTEUR : Magdeleine A-DAYOT 8, Bd Flandrin, Paris-XVIe ADMINISTRATION : 39, rue du Général-Foy Paris-VIIIe --- Revue mensuelle d'Art de France et de l'Étranger --- NUMÉRO 171 NOVEMBRE 1936

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L'ART ET LES ARTISTES Revue Mensuelle d'Art ancien, d'Art moderne, d'Art décoratif Compte Chèques postaux : 603.89 Registre du Commerce Seine 58.503 (PARAISSANT DIX FOIS PAR AN) Tous droits réservés. Fondateur ARMAND DAYOT Directeur Magdeleine A-DAYOT COMITÉ DE PATRONAGE - Louis BARTHOU, de l'Académie Française, ancien président du Conseil des Ministres. - Philippe BERTHELOT, Ambassadeur de France. - Albert-BESNARD, de l'Académie Française, peintre, membre de l'Académie des Beaux-Arts. - Antoine BOURDELLE, sculpteur. - Maréchal LYAUTHEY, de l'Académie Française. - Raymond POINCARÉ, de l'Académie Française, ancien président de la République. - Robert de la SIZERANNE, critique d'art. M. Léon BÉRARD, de l'Académie Française, ancien garde des Sceaux. M. Raoul DAUTRY, Directeur général des Chemins de fer de l'Etat. M. Henri FOCILLON, critique d'art, professeur d'histoire de l'Art à la Sorbonne. M. Edouard HERRIOT, ancien président du Conseil des Ministres. M. Georges HUISMAN, Directeur général des Beaux-Arts. M. Paul LANDOWSKI, de l'Institut, sculpteur, Directeur de l'Ecole de Rome. M. Jean-Julien LEMORDANT, peintre. M. Paul LÉON, del'Institut, Directeur général honoraire des Beaux-Arts, professeur au Collège de France. M. Louis LUMIÈRE, de l'institut. Gouverneur Général OLIVIER. M. André TARDIEU, ancien président du Conseil des Ministres. COMITÉ D'HONNEUR M. D. DAVID-WEILL, de l'Institut, président du Conseil des Musées Nationaux, vice-président de l'Union Centrale des Arts Décoratifs, vice-président de la Société des Amis du Louvre. M. Maurice FENAILLE, de l'Institut, vice-président du Conseil des Musées Nationaux. Comte M. de CAMONDO, vice-président de l'Union Centrale des Arts Décoratifs, membre du Conseil des Musées Nationaux. Mme Pierre GOUJON, née REINACH, amateur d'art. Julien SCHWOB D'HÉRICOURT, amateur d'art. M. H. EBRARD, amateur d'art. --- 31e ANNÉE — TOME XXXII — SOMMAIRE DU NUMÉRO 171 (Novembre 1936) JÉROME BOSCH (5 Illustrations). ANDRÉ JACQUEMIN (6 Illustrations). UNE ŒUVRE NOUVELLE DE PAUL LANDOWSKI (5 Illustrations). TAL-COAT, peintre de l'espace (7 Illustrations). UNE VISITE A JEAN DUNAND (5 Illustrations). PAUL FIERENS GASTON POULAIN RAYMOND ISAY M. L. CAHEN-HAYEM MAGDELEINE A. DAYOT L'ACTUALITÉ ET LA CURIOSITÉ. — Exposition Internationale d'Art de Venise, par J. ALOUX et C. MARCHESINI (2 Illustrations). — A travers le Salon d'Automne, par Magdeleine A. DAYOT. — Les Échos des Arts, par J. M. — Chronique de l'Exposition 1937, par J. M. (1 Illustration). — Chronique des Arts industriels, par Fabien SOLLAR. — Les Expositions, par M. A.-D. (2 Illustrations). — Les Expositions annoncées, Les Livres (1 Illustration) par M. A.-D. — Chronique Théâtrale et Cinématographique, par M. A.D. (2 Illustrations) En hors-texte : TENTATION DE SAINT ANTOINE, par Jérôme BOSCH Prix de ce numéro : 15 francs. — Abonnement pour la France : Un an (dix numéros) 100 francs. (Demandes de changement d'adresse : 1 fr. 50. — Numéro spécimen : France 5 fr. — Étranger : 7 francs.) ABONNEMENTS POUR L'ÉTRANGER : 1° PAYS AYANT ADHÉRÉ À LA CONVENTION DE STOCKHOLM (Afrique du Sud, Albanie, Allemagne, Rép. Argentine, Autriche, Belgique, Brésil, Bulgarie, Canada, Colombie, Congo Belge, Cuba, Danzig, Egypte, Espagne et Colonies, Estonie, Ethiopie, Finlande, Grèce, Guyane, Hollandaise, Hedjaz, Hedjed et dépendances, Hongrie, Iraq, Lettonie, Libéria, Lituanie, Luxembourg, Maroc espagnol, Mexique, Pays-Bas, Perse, Pologne, Portugal et colonies, Roumanie, Suisse, Tchécoslovaquie, Turquie, U.R.S.S. (Russie), Uruguay, Vatican, Venezuela, Yougoslavie : Un an (dix numéros) 130 francs. Le numéro ordinaire : 13 francs. Le numéro spécial : 18 francs. — 2° PAYS N'AYANT PAS ADHÉRÉ À LA CONVENTION DE STOCKHOLM : Un an (dix numéros) 130 francs. Le numéro ordinaire : 18 francs. Le numéro spécial : 20 francs. Administration : 39, Rue du Général-Foy, Paris-8° Téléphone : LABORDE 76-34 Copyright by L'Art et les Artistes, 1936

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AU PRINTEMPS DU 16 AU 30 NOVEMBRE EXPOSITION PRIMAVERA 10e PETITE FOIRE DES ARTS DÉCORATIFS MODERNES --- la femme chez elle --- - ENSEMBLES MOBILIERS - TABLES DRESSEES - DÉCORATIONS FLORALES - LUMINAIRE

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Photo Giraudon JÉROME BOSCH. — TENTATION DE SAINT ANTOINE (détail du panneau central du triptyque) Musée National de Lisbonne AU MUSÉE BOYMANS DE ROTTERDAM JÉRÔME BOSCH ses contemporains et ses successeurs De Geertgen tot sint Jans à Scorel, dans les blanches galeries du Musée Boymans, se déroule en bon ordre, avec calme, avec dignité, le cortège des « primitifs hollandais » qui, de 1450 à 1550 environ, ne se distinguent des « flamands » que par un goût parfois plus prononcé pour l’exactitude des paysages, des atmosphères, et pour les physionomies caractérisées, au besoin caricaturales. L’école « des anciens Pays-Bas », avant la Réforme et la Renaissance, est une par l’esprit, le style et la technique. Jean van Eyck est son parangon. Le séjour que fit à La Haye, avant 1425, le maître de l’Agneau mystique serait à l’origine d’une tradition septentrionale, spécifiquement « néerlandaise », dont certains jalons nous échapperaient, mais dont Jérôme Bosch et ses contem- N° 171 - NOVEMBRE 1936

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L'ART ET LES ARTISTES porains, Geertgen tot sint Jans, le Maître de la Virgo inter Virgines, le Maître d'Alkmaar, quelques autres, se pourraient réclamer dans le dernier quart du quinzième siècle. Bosch, en tout cas, soit qu'on le rattache à ce groupe « préhollandais », soit qu'on le situe dans le cadre élargi de l'école improprement qualifiée de « flamande » et de « primitive ». Bosch surprend, étonne, détonne, Bosch fait scandale. Il est unique et merveilleusement « moderne » pour son temps, pour le nôtre aussi. Sa prodigieuse Tentation de saint Antoine du Musée de Lisbonne, à l'exposition « flamande » de l'Orangerie, l'hiver dernier, a subjugué les peintres, les poètes, et fait éclater le génie du visionnaire, du plus grand des surréalistes, au beau milieu du défilé, de la procession des maîtres recueillis, austères, émouvants de Bruges, de Gand, de Bruxelles. La même Tentation, à l'exposition de Rotterdam qu'elle domine et qu'elle dramatise, demeure l'exception, le miracle sans précédent, sans lendemain. Il semble que Jérôme Bosch s'isole dans sa fantaisie, dans son rêve ou son cauchemar. De même, cependant que la cathédrale gothique serait incomplète sans ses gargouilles, le Moyen âge septentrional a besoin de ce clown sublime, de ce Charlie Chaplin de la peinture, pour achever le monument de sa ferveur et de sa foi, à l'heure où celui-ci commence de trembler sous les coups de l'esprit critique, de l'humanisme italianisant et de l'hérésie luthérienne. Rotterdam, en juillet dernier, tandis que s'ouvrait, au Musée Boymans, l'admirable exposition qu'on doit à la sagacité, à la ténacité de M. D. Hannema, célèbrait le quatrième centenaire du plus illustre de ses fils : Erasme. Mais si le peintre de la Nef des fous ressemble par certains côtés de son humour à l'auteur de l'Eloge de la folie, il est à remarquer qu'Erasme est plus de son époque par la pensée que par la forme (il est « moderniste » en latin), alors que Bosch, dont les croyances, les idées sont encore médiévales, parle, en peinture, un langage nouveau. Du Maître de la Virgo inter Virgines (dont l'œuvre-type est au Rijksmuseum d'Amsterdam) on a tenté de faire un précurseur, un annonciateur de Bosch. Il faut renoncer à cette opinion. Il y a plus d'archaïsme chez Bosch débutant que chez l'auteur de l'élégante et pathétique Mise au tombeau de Liverpool. Le Maître de la Virgo inter Virgines apparaît ici sous son meilleur jour : paysagiste d'un grand charme, il manque d'assurance dans la construction de ses figures, mais confère à ses héroïnes bizarrement coiffées une grâce exquise, un peu minaudière. Son Mariage mystique de sainte Catherine (Musée de Lisbonne) fait penser aux mondanités, aux suavités de Memlinc. Ailleurs et notamment dans la Résurrection de la collection Goudstikker, d'Amsterdam, l'aspect grimaçant des visages dénonce les relations du maître avec Jérôme Bosch. Dans le coloris de Geertgen tot sint Jans (Gérard de saint Jean), il y a parfois des éclairs, des étrangetés, des finesse qui préludent aux symphonies, aux polyphonies boschiennes. Le rôle de Geertgen, qui vécut à Harlem et y mourut vers 1490, âgé de vingt-huit ans, a été décisif et a orienté l'école dans les voies qui, au XVIIe siècle, ont été reconnues pour les plus strictement hollandaises. Geertgen fut, en effet, non seulement un maître du plein air (voir la Résurrection de Lazare, du Louvre, qui occupe une place d'honneur à l'exposition du Musée Boymans) mais encore un des premiers peintres de « portraits collectifs » et de nocturnes. Dans son Christ de pitié du Musée archipiiscopal d'Utrecht, il pousse un cri de douleur qu'on croirait échappé à quelque réaliste espagnol, à quelque amateur de supplices et de sang. Il arrive ainsi qu'un « préhollandais » tranche sur le flegme des autres. Mais dans quel monde tout à coup nous introduit Jérôme Bosch ! Une vingtaine d'œuvres du « faiseur de diables » occupent une salle du Musée Boymans, et jamais sans doute on n'en vit autant à la fois... si ce n'est dans les collections espagnoles, sous le règne de Philippe II. Les quatre ou cinq pièces maîtresses de l'Escorial et du Prado (Chariot de foin, Délices terrestres, etc.) n'ont pas quitté l'Espagne — et nous tremblons pour elles ! — mais voici, face à la Tenta-

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JÉROME BOSCH lion de Lisbonne, qu'il faut renoncer à décrire et à commenter, l'Enfant prodigue du Musée de Rotterdam, révélant un aspect plus humain, plus naturaliste du génie boschien. Entre ces deux pôles de l'art — imagination débridée et observation de la vie, des choses, de l'homme — que de nuances viennent s'exprimer dans des brabançonnnes. La Crucifixion de la collection Franchomme, à Bruxelles, vaut par ses lointains estompés, par le sentiment de l'espace qui s'y exprime en indications délicates. Au catalogue des ouvrages antérieurs à 1500 s'inscrit, avec le Paradis de la collection P. de Boer, à Amsterdam (exposé pour la première fois et qui con- Photo A. Frequin, La Haye Musée Boumans, Rotterdam JÉROME BOSCH. — L'ENFANT PRODIGUE ouvrages dont la variété confond et commence par dérouter le visiteur! Jérôme Bosch, paysagiste, poursuit les conquêtes des Harlémois. Ses fonds, dans ses peintures de jeunesse, sont généralement panoramiques et comme aperçus du haut d'une tour. A l'arrière-plan de ses Epiphanies, il traduit la grandeur et la mélancolie des plaines campinoises ou tient certains motifs que Bosch amplifiera dans les Délices terrestres), le charmant Saint Antoine ermite du Musée de Valenciennes, dont le site clair, aéré, a presque l'air d'un Corot d'Italie. Le Louvre a envoyé à Rotterdam la Nef des fous, le Kunsthistorisches Museum de Vienne un petit Portement de croix d'un coloris vif et joyeux, le Musée Walraff-

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L'ART ET LES ARTISTES Richartz de Cologne une Nativité aux figures exceptionnellement simples et grandes, le Musée de Gand son beau Saint Jérôme prosterné dans un paysage assez romantique, à la Joachim Patenier. Est-ce à Patenier ou à Bosch qu'il faut attribuer le précieux et impressionnant Incendie de la collection Ch. de Burlett, de Bâle? Le Jésus devant le grand prêtre (collection van Beuningen, Rotterdam) est d'un satirique dont les inventions cruelles font songer la première fois qu'une figure de gueux est prise pour motif principal d'un panneau, traitée pour elle-même avec cette ampleur de style, cette gravité, cet amour. Les bergers réalistes de Van der Goes, qui sont les ancêtres de ce «promeneur solitaire», participaient de toute leur ferveur à la célébration du mystère de la Nativité. Le trimardeur de Bosch est livré à lui-même, à sa misère, à sa tristesse. La disproportion qui s'observe entre sa haute silhouette et tantôt aux fameuses caricatures de Léonard de Vinci, tantôt à Goerg. La minuscule Tentation de saint Antoine de la collection Gutmann, de Harlem, est d'un enlumineur démoniaque, aux scrupules d'entomologiste. Mais n'y a-t-il pas, dans l'Enfant prodigue du Musée Boymans, un réalisme épique et une rusticité grandiose qui anticipent à la fois sur le Bruegel du Misanthrope de Naples et sur l'art de Louis Le Nain? C'est bien les figurines d'hommes et d'animaux qui peuplent, à l'arrière-plan, un paysage d'une inexprimable douceur, accentue la signification de cette image, à la fois vraie et symbolique, de la pauvreté, de la plus amère condition humaine. Et rarement la parabole évangélique a été rendue de manière à la fois aussi simple et aussi sublime. Quant à Bosch «peintre», jamais il n'a été plus libre que dans les deux LUCAS DE LEYDE. — JOUEURS DE CARTES Coll. du due de Pembroke, Wilton House

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JÉROME BOSCH grisailles de la collection Kœnigs (en dépôt depuis plusieurs années au Musée Boymans): le Déluge et l’Enfer? Ici, aux perspectives compartimentées des premières œuvres, dont il subsiste quelque chose dans le «verticalisme» du terrain, se superpose une «poétique de l’étendue» dont le jeu des valeurs est seul à soutenir l’expression subtilement lyrique. Quant au dessinateur, il est repré- ne connaît aucun frein, aucune limite. Les contemporains de Jérôme Bosch ont admiré surtout le moraliste. Plus tard on le tint pour un «drôle», pour un amuseur, pour un pitre. C’est le surréaliste aujourd’hui qui s’impose à nous. Il est capricieux, cocasse, fantasmagorique, mais non «gratuit». Tous les éléments de ses cauchemars sont copiés, calqués sur le réel; l’assem- LE MAITRE DE LA «VIRGO INTER VIRGINES» MISE AU TOMBEAU senté à Rotterdam par une quinzaine de pages, de croquis véritablement «endiablés» (cabinets de Berlin, du Louvre, de l’Albertine, de Bruxelles, de Dresde, etc.), au sujet desquels nous nous contenterons de rappeler que, selon M. Max-J. Friedländer, Bosch est en avance de cent cinquante ans sur son époque quand il manie la plume et saisit au vol une inspiration qui blage seul est burlesque. C’est dans ce «réalisme fantastique», dans cette utilisation du vrai à la production du monstrueux et du miraculeux que réside pour nous le secret de son esthétique. Mais son art ne serait qu’une curiosité, qu’un document sur les passions et les refoulements du xvesiècle, si Bosch n’était un grand peintre et un grand poète. S’il a eu des visions, il a eu«sa