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Fig. 1 et 2. Battoirs en bois sculpté. (Kalotasze). L'ART DECORATIF HONGROIS e tous temps la Hongrie a été le point de rencontre des efforts artistiques de l'Orient et de l'Occident; de ce contact est né un goût personnel pour la décoration qui s'est manifesté avec bonheur dans les milieux populaires par les recherches les plus intéressantes dans le domaine du costume, de l'habitation et des objets mobiliers. Tandis que, dès le début du moyen âge, l'architecture officielle recherchait uniquement ses moyens d'expression dans la copie ou l'imitation des formes occidentales, à l'exception d'une petite partie de la Transylvanie où l'on rencontre des traces d'influence byzantine, le peuple restait attaché à son mode d'ornementation très caractéristique. Cette ornementation populaire, dont on a des exemples fort anciens, comme dans les objets trouvés dans les fouilles des tombes de chevaliers hongrois du IXe siècle, s'apparente indiscutablement au style persan de l'époque des Sassanides et la tradition orientale s'y est perpétuée jusqu'à nos jours dans le même sens. Aujourd'hui, l'art décoratif présente à peu près les mêmes caractères chez tous les peuples divers réunis sous la dénomination géographique de Hongrie. L'ornementation hongroise proprement dite, celle de la race prépondérante, est la résultante des influences de ces peuples différents. Il n'y a que chez les Roumains de la Transylvanie que l'on constate dans la sculpture sur bois une inspiration nettement byzantine. Malgré la persistance des caractères généraux dans tout l'art décoratif hongrois, il s'en trouve également de particuliers à chaque contrée. C'est ainsi qu'au point de vue

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L'ART DÉCORATIF Page 122 hongroise fixée en Transylvanie, dans les environs de la capitale Kolorsvai, que le sens de l'art décoratif semble le plus intensément développé. C'est un groupe de quelques villages réunis sous le nom de « kalotaszeq » dont tous les habitants rivalisent de zèle et d'esprit à décorer tout ce qui les entoure. Les lieux de réunion, églises, cimetières sont l'objet d'une recherche de décoration peinte ou sculptée qui s'étend avec la même exubérance aux habitations les plus modestes, à l'extérieur comme à l'intérieur. Les vêtements, les ustensiles de ménage, le ioug des buffles comme les pots de grès sont couverts d'une ornementation dont la richesse et la variété défient la description. Ce luxe dans la fabrication des objets d'usage familier s'explique aisément par ce fait que c'est pour lui-même que travaille l'artiste. À la satisfaction d'amour-propre que lui procure la réussite de son œuvre s'ajoute le plaisir d'en rester le de l'habitation, on trouve dans la vallée inférieure du fleuve « Sajo » occupée autrefois par une tribu magyare nommée « Barkosaj » des maisons de paysans ornées avec une grande richesse d'imagination. Sur les façades de maisons, entre les fenêtres, sont appliqués des motifs modelés en plâtre, des sortes de colonnes ornées d'une manière très fantaisiste et qui rappellent les palmiers peints aux murailles des églises de ces contrées. Les bergers du comté Somogy sculptent de menus objets de bois avec une grâce et une recherche particulières. C'est dans leurs œuvres que l'on rencontre le plus fréquemment les formes empruntées à la nature animée, cerfs et chasseurs, bergers, loups guettant leur proie. Mais c'est surtout dans une peuplade

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L'ART DÉCORATIF possesseur: il superpose ainsi la jouissance de flatter les deux formes de vanité les plus sensibles, celle de l'auteur et celle du propriétaire. Si l'on ajoute à cela l'éumulation concentrée sur un terrain étroit où l'entrain des concurrents est continuellement tenu en haleine par la comparaison de leurs efforts respectifs, on comprendra facilement qu'une saveur d'émotion personnelle nécessairement absente des productions commerciales soumises à des exigences de prix de main-d'œuvre ignorées ici, s'ajoute au charme du plus humble objet de ménage, cuiller de bois sculptée au couteau ou battoir à linge. Le temps ne comptant pas pour ces artistes populaires qui consacrent à leurs travaux les veillées d'hiver ou les heures de garde des troupeaux, ils n'ont pas, devant un ouvrage de longue haleine, l'hésitation de nos civilisations trop pressées de vivre. Il s'ensuit que leur ornementation est le plus habituellement d'une richesse compliquée. D'autre part les peintures et les broderies doivent à ce goût de richesse une gamme de tons éclatants qui, par la profusion même des notes vives juxtaposées, les tient dans une harmonie toujours charmante, malgré ses audaces naïves ou plutôt à cause de la belle santé de ces audaces. Les sculptures des bergers du comté Zolyom ont un caractère sensiblement différent. Les spécimens les plus curieux en sont les anses des tasses de bois dont l'usage est général dans la contrée. En dehors de la

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L'ART DÉCORATIF Page 124 Fig. 7. Porte d'enclôs. (Akazstó). décoration purement géométrique et de la fleur interprétée qui s'y combinent avec des formes d'une diversité surprenante, on y rencontre fréquemment des figures traitées en ronde-bosse d'une vérité d'attitude inattendue, un âne devant sa mangeoire, un berger trayant une chèvre, un autre soufflant dans une trompe. Il est intéressant de retrouver dans cette ornementation des traces indiscutables de styles depuis longtemps disparus du pays, certains motifs sont franchement romains ou byzantins et gardent le caractère d'origine à travers la naïveté de la traduction populaire. Cependant, comme d'ailleurs dans toute la Hongrie, l'influence des styles orientaux reste prédominante. C'est à l'étude et à la conservation de toutes ces traditions d'art populaire en pleine floraison encore à l'heure présente que s'est attachée avec un zèle intelligent et un esprit d'à-propos que devraient imiter bien d'autres fondations européennes placées dans les mêmes conditions, l'Ecole Hongroise d'Art Décoratif à Budapest. Etienne Groh Fig. 8. Broderie en soutache de Kalotaszeq.

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L'ART DÉCORATIF Le professeur Etienne Groh vient de publier avec le concours de la maison d'impression « Jokai » à Budapest, un précieux recueil de documents, sous le titre d’« Art décoratif hongrois ». Une première série comprend soixante planches reproduisant plus de deux cents motifs empruntés exclusivement à l'art populaire de toutes les époques, la seconde série aussi importante est formée de dessins du professeur Groh et de ses élèves. On peut, par le rapprochement des deux séries, se rendre compte de l'esprit qui dirige cet enseignement et se rattache étroitement aux traditions nationales. Ce parti nous semble dû à une inspiration de sagesse des plus heureuses, alors que sous prétexte d'affranchissement et d'originalité, nous voyons d'autres pays et parmi ceux qui ont fait le plus splendidement preuve de leur puissance, de leur santé et de leur personnalité artistiques, emprunter très servilement les plus baroques inventions, les formes les plus saugrenues, germées depuis une quinzaine d'années dans les cerveaux allemands,

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L'ART DÉCORATIF SCHLETTER RIKARD ET S. GROH. Dessin de broderie à la suite des essais, point négligeables, d'ailleurs, de l'architecte belge Horta. Art nouveau ou modern-style, la maladie qui s'est abattue sur l'art décoratif contemporain n'a pas épargné une seule nation européenne, après avoir corrompu le goût public, elle a, par une réaction nécessaire, en exaspérant des résistances légitimes, compromis les tentatives les plus recommandables et assuré l'empire du brie-à-brac et du pastiche sur une clientèle qui ne lui était pas acquise de parti pris. L'art décoratif hongrois moderne en puisant aux sources populaires a, du premier coup, trouvé le remède le mieux approprié à ses besoins; les exemples fournis par M. Stephen Groh en montrent la valeur. L'ouvrage débute par une suite de façades de maisons rustiques décorées de reliefs en plâtre; les motifs d'une simplicité très grande sont formés en général de sortes de pilastres garnissant les murs entre les fenêtres jusqu'à la hauteur d'une corniche qui suit le bord inférieur du double toit et coupe le pignon. Ces pilastres ne touchent pas Fig. 11. SZANTO GERGELI ET GROH. Dessin et broderie sur canevas.

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L'ART DÉCORATIF Page 127 Fig. 14. ERBITS GYULA ET GROH. Bordure. la corniche, ils se terminent en bouquets de feuilles plus ou moins compliqués, mais d'une variété fort curieuse étant donné la pauvreté du thème. Au-dessus de la corniche sont percées des petites lucarnes carrées ou en forme de Fig. 15. MIKALY ISTVAN ET GROH. Dessin de broderie.

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L'ART DÉCORATIF Fig. 12. SZANTO GERGELY ET GROH. Dessin de broderie sur canevas. cœurs, encadrées de moulures surmontées de corbeilles de fleurs naïves, d'emblèmes religieux, d'inscriptions, de dates. Il est à remarquer que celles-ci ne sont guère antérieures au second tiers du xixe siècle, contrairement à ce que l'on observe le plus souvent dans l'art populaire un peu partout en pleine décadence, ces recherches ont donc pris leur développement, à une époque contemporaine. Le bois sculpté témoigne d'un art plus raffiné, qu'il s'agisse de charpentes comme les portes de clôture et les piliers de barrière dont nous donnons des exemples (fig. 5, 6 et 7), ou de menus objets comme les anses de puisoirs, les dévidoirs, les tasses, les hampes de quenouilles, on est charmé par l'élégance du parti décoratif, la distribution judicieuse des surfaces colorées et l'harmonie d'une composition qui reste aisément lisible malgré la richesse d'une ornementation qui ne saurait être plus touffue (fig. 1, 2, 3 et 4). La simple répétition d'un motif découpé à l'extrémité d'une planche, fait de clôtures grossières des dentelles charmantes; d'autre part, des jougs sont construits avec une recherche de forme et un luxe de détails poussés à l'extrême, la sculpture et la peinture s'y combinant pour donner au maximum l'effet précieux. Dans le domaine de la broderie, ce sont les travaux en soutache que l'on trouve presque exclusivement. Ici, les ressources du procédé sont fort restreintes, la merveilleuse variété des motifs n'en est que plus remarquable (fig. 8 et 9), et quand on considère la souplesse et l'ingéniosité de ces ornementsations dues à de modestes paysans, on a bien du mal à feuilleter sans Fig. 13. BIRO MIKALY ET GROH. Pochoir.

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L'ART DÉCORATIF 129 Frise. mauvaise humeur les recueils très civilisés où les femmes du monde et les professionnels eux-mêmes, hélas! cherchent les modèles de leurs travaux d'aiguille! La seconde partie de l'ouvrage est consacrée entièrement à des compositions modernes exécutées par les élèves de M. Stephen Groh, sous la direction de leur érudit et ingénieux professeur. Mettant en œuvre avec beaucoup d'adresse et un grand respect de la tradition les éléments empruntés aux documents de tout ordre, dont il a réuni dans le premier volume une collection si variée et si savoureuse, M. S. Groh, avec le concours de Frise.

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L'ART DÉCORATIF Page 130 Fig. 16. SZOPKO DEZSO ET GROH. Étoffe décorée au pochoir. ses élèves, a établi une suite de motifs de décoration graphique dont beaucoup n'ont pas de destination précise, mais dont les applications sont multiples. D'autres sont plus spécialement étudiés en vue de la broderie sur canevas, par exemple comme les fig. 11 et 12, pour le travail de la soutache, (fig. 15), l'étoffe ou le papier peint (fig. 16), la dentelle. Dans les compositions qui le comportaient, M. Stephen Groh s'est appliqué avec bonheur à préciser le caractère national par des détails de costume, des allusions à des usages, à des traditions populaires, dont le sens nous échappe, mais qui ont évidemment en dehors du ragout exotique que nous autres étrangers pouvons y trouver, une signification précise à laquelle les initiés ne sauraient être indifférents (fig. 13 et 17). Ce que nous pouvons y louer en connaissance de cause, c'est la simplicité des moyens d'expression qu'il faut se garder de confondre avec la naïveté affectée, l'une des plus méprisables et le plus agaçant peut-être des procédés artificiels. Il y a une série de titres de livres très caractéristiques, on comprend d'ailleurs quelles ressources peut tirer l'art typographique des éléments à la fois simples et riches de cette ornementation souple. La seconde partie de l'ouvrage ne comprend aucun exemple de decoration sculptée, alors que celle-ci est si brillamment représentée dans la première, et cela s'explique aisément en ce sens que, sur ce dernier terrain, la lutte est inégale avec l'art populaire pour l'art industriel qui doit tenir compte de questions de temps et de main-d'œuvre ignorées du berger qui façonne lui-même la tasse dont il se Fig. 17. SZANTO GERGELY ET GROH. Décoration murale.

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L'ART DÉCORATIF 131 Angle de tapis. servira; toutefois, combien les arts du mobilier auraient à puiser à cette source! Souhaitons que M. le professeur Groh dirige ses travaux et ceux des intéressants collaborateurs qui suivent ses conseils vers cette nouvelle étude, nous ne doutons pas de l'y voir recueillir des fruits aussi abondants que dans celle de la décoration plane. Auguste Chevassus